La politique : introduction Cours

I

La société humaine : une société politique

Le terme "politique" définit une société ou une population gouvernée par des dirigeants.
L'homme a besoin de vivre dans une communauté politisée, Aristote dit de lui qu'il est un "animal politique". En grec, polis signifie d'ailleurs "cité", "société".

Une société stable a besoin d'une autorité, donc d'une hiérarchie. L'homme rêve de ne pas avoir de contraintes, mais il a presque toujours eu des chefs, parce qu'il n'y a pas
d'organisation humaine sans une autorité qui empêche ses propres débordements. L'homme a besoin d'un maître. Or, souligne Emmanuel Kant, le maître appartient aussi à l'espèce humaine. L'homme a ainsi besoin d'avoir des dirigeants.

Il y a donc un pouvoir politique qu'il faut distinguer des autres formes de pouvoir :
économique, éducatif ou religieux. Le pouvoir politique suppose le consentement à obéir.
Les expressions de convention, pacte, contrat entre gouvernants et gouvernés
(gouvernement et peuple) précisent cette idée, développée surtout dans les temps modernes aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis jusqu'à aujourd'hui.

L'homme est un animal politique et la société est presque toujours hiérarchisée. Toutefois, cette hiérarchie ne prend un sens politique que là où le pouvoir est reconnu comme une autorité nécessaire à la vie collective, d'où l'importance de la Constitution.

II

La mise en place du pouvoir politique

A

Le gouvernement

Le pouvoir politique suppose d'abord une science du commandement, que nous appelons la science politique : c'est la mise en place du gouvernement. Cette "mise en place" se fait historiquement de plusieurs manières.

Mise en place du pouvoir Exemples
Un seul homme impose à une société en désordre une vision plus cohérente qui lui est personnelle et qu'il cherche à faire reconnaître.

César impose sa "dictature" à la République romaine en décomposition.

Plusieurs hommes (donc un groupe, une faction, un parti politique) affirment représenter le peuple entier. Les révolutionnaires français de 1789, exclus des privilèges féodaux, renversent l'aristocratie régnante, puis se livrent à une lutte entre factions pour le contrôle du nouveau pouvoir.

Un soulèvement populaire "anarchique" (c'est-à-dire sans chef) tente de renverser un pouvoir établi, jugé injuste ou complice d'un autre pouvoir.

Les Allemands de l'Est se "révoltent" en 1989 contre le pouvoir soviétique, et obtiennent la destruction du mur de Berlin qui séparait l'Allemagne en deux, peu avant la chute de l'Union soviétique survenue en 1991.
B

La séparation des pouvoirs

La séparation des pouvoirs est nécessaire à la mise en place du pouvoir politique.
En effet, le gouvernement peut dégénérer en tyrannie si le chef qui gouverne décide de changer les lois selon son bon vouloir et s'il s'accapare tous les pouvoirs.

Pour qu'on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir.

Montesquieu

De l'esprit des lois

1748

C'est pour cette raison que l'on distingue trois pouvoirs :

  • le pouvoir exécutif ou pouvoir de décider ;
  • le pouvoir législatif ou pouvoir de dire la loi ;
  • le pouvoir judiciaire, plus ou moins confondu au départ avec la fonction du commandement.
C

Les fondements de l'État

État

L'État désigne l'ensemble des institutions qui organisent la vie d'une société sur un territoire donné.

L'État est un système de pouvoirs reconnu, défini par le droit. Dans un État au sens propre, c'est-à-dire constitutionnel, le gouvernement apparaît comme l'une des instances qui dirigent la société. Il est coordonné au pouvoir législatif. La Constitution garantit l'ensemble de la structure étatique car elle est à son fondement.

Pour s'assurer de la conformité des décisions politiques à la justice, il est nécessaire de considérer également la classe politique elle-même. La pratique du pouvoir politique donne lieu à différentes philosophies politiques.

III

Les dirigeants et la pratique du pouvoir politique

A

La pratique du pouvoir politique selon Platon et Aristote

Aristote et Platon chacun ont leur vision sur qui doit gouverner et comment.

Aristote parle de l'homme politique comme de celui sachant saisir le kaïros, ce moment propice à l'action. Cette notion fondamentale est empruntée par Aristote à son maître Platon. Le kaïros est une vertu politique, consistant à savoir saisir une opportunité.

Platon quant à lui parle du philosophe-roi, le dirigeant idéal de la cité. Éduqué par la mathématique et la philosophie, le chef de la cité ou République doit être éveillé aux idées et par-dessus tout à l'idée du bien (idée de l'unité et de la justice). Il est capable de gouverner seul en conservant les justes rapports des classes sociales et des vertus qui leur correspondent : intelligence des chefs, courage des guerriers, tempérance (modération) des artisans et commerçants qui constituent le peuple.

La vision de Platon est utopique. Son expérience même l'a prouvé : malgré son statut de philosophe, il est vendu comme esclave à l'issue de son troisième et dernier voyage en Sicile, auprès du "tyran" Denys de Syracuse. Il espérait pouvoir le convertir à sa vision de la politique et finit sans liberté. Cette expérience peut être perçue comme l'échec du philosophe à gouverner.

B

La vision machiavélique du pouvoir politique

Machiavel apporte une double réponse à la question "qui doit gouverner ?"

Dans Le Prince, celui qui gouverne doit disposer de la force du lion pour conquérir le pouvoir et de la ruse du renard pour le conserver. Machiavel va jusqu'à dire que le prince peut user de violence ou dissimuler la vérité afin de parvenir à ses fins. Ainsi, pour Machiavel, le mal est nécessaire en politique. En revanche, pour conserver le pouvoir, le prince doit être légitime et juste. Pour cela, il importe qu'il mette en place des lois pour le bien de son peuple et qu'il assure la paix.

Dans le Discours sur la première décade de Tite-Live, Machiavel envisage toutefois la démocratie. En effet, il affirme que le peuple est capable de virtù (vertu, courage, détermination). En ce sens, il peut donc se gouverner.

C

Le pouvoir politique vu comme un contrat social

L'idée du pouvoir politique reposant sur un contrat, le contrat social, est à la source de la société que nous connaissons et de l'État moderne.

Dans ce cas, ceux qui gouvernent doivent exercer le pouvoir politique en accord avec ceux avec qui ils ont passé un contrat, donc le peuple. On discerne trois contractualistes à connaître.

Théories contractualistes Explications
La théorie de Thomas Hobbes L'état de nature ne garantit pas la sécurité. Le contrat social est un contrat qui soumet l'homme à l'autorité politique. Cette soumission doit être totale, en échange les citoyens bénéficient de la sécurité et du respect de leurs biens. C'est une forme d'absolutisme tolérant l'existence d'une sphère privée où il n'a pas de pouvoir .
La théorie de John Locke L'état de nature permet à l'homme de s'assurer une descendance, de punir ceux qui menacent sa vie et d'avoir le droit de propriété. Toutefois, il ne permet pas toujours la sécurité, donc l'État est nécessaire. Cependant, le contrat passé doit permettre à l'homme de garder ses privilèges naturels. Le gouvernement est légitime si la majorité le soutient et s'il assure la sécurité et la propriété de chacun. C'est le libéralisme.
La théorie de Jean-Jacques Rousseau L'état de nature était bon, mais l'homme développe l'amour-propre, l'orgueil et la vanité en société. Dans cette mesure le rapport de force apparaît et régit les relations. Le contrat social doit permettre d'atteindre un État dans lequel les lois sont légitimes et justes. Par le contrat, l'homme se donne totalement à la communauté mais uniquement parce qu'en tant que sujet il jouit des droits qu'il a fait promulguer en tant que citoyen. Le contrat social doit instaurer l'égalité juridique entre les hommes malgré les différences naturelles.