Terminale ES 2015-2016
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Terminale ES 2015-2016

Quelle est l'influence de la culture politique sur les attitudes politiques ?

Les attitudes politiques sont le reflet des cultures politiques propres aux différents groupes sociaux. La culture politique résulte du processus de socialisation politique qui se déroule tout au long de la vie. Elle oriente les comportements politiques, par exemple le fait d'aller voter ou non, et pour qui, notamment à travers l'identification partisane.

I

Qu'est-ce que la culture politique ?

A

La culture politique et la culture civique

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La culture politique

Culture politique

La culture politique est un ensemble de normes, de valeurs, de connaissances et de croyances définissant les comportements et attitudes politiques des membres d'une collectivité. Elle permet d'acquérir une identité, de se situer et d'agir dans l'espace politique, c'est-à-dire l'ensemble des positions quant à l'organisation et aux contenus des décisions publiques.

La culture politique diffère selon les sociétés et est observable à travers les attitudes politiques, c'est-à-dire les positions qui s'expriment à travers les comportements et opinions politiques. La culture politique d'un individu s'inscrit dans la culture politique de la société. Celle-ci est le produit de l'histoire politique de la société et des formes d'organisation du pouvoir qui s'y sont succédées.

Les chercheurs américains Gabriel Almond et Sydney Verba élaborent ainsi dans Civic Cultures une typologie des cultures politiques :

  • La culture paroissiale : c'est la situation des sociétés traditionnelles, où la culture politique est centrée sur les intérêts locaux. Par exemple, les individus votent selon des enjeux strictement locaux, qui ne concernent qu'eux, sans tenir compte des positions politiques plus générales des partis auxquels les candidats locaux appartiennent.
  • La culture de sujétion : elle désigne l'ensemble des attitudes et comportements qui prévalent dans les régimes autoritaires. Elle consiste en la soumission ou la passivité des gouvernés.
  • La culture de participation : dans les régimes démocratiques, la citoyenneté est supposée active, et les individus participent de différentes manières au débat public et à l'expression d'opinions politiques (que ce soit à travers l'adhésion aux partis politiques, la participation à des syndicats ou associations, etc.).
Comportements politiques

Les comportements politiques sont les actes par lesquels les individus agissent dans la vie politique. Ces comportements peuvent être conventionnels (le vote) ou non conventionnels.

Il faut distinguer opinions politiques, comportements politiques et attitudes politiques.

  • Une opinion politique est un avis, une prise de position.
  • Un comportement politique est un acte politique manifeste.
  • Les opinions et comportements politiques se fondent sur des attitudes politiques. Celles-ci sont des dispositions générales, des orientations politiques souvent durables, qui ne sont pas directement observables.
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La culture civique

Dans les sciences sociales anglo-saxonnes, culture civique et culture politique sont synonymes. En français, on peut introduire une nuance et distinguer la culture civique d'un individu ou d'un groupe comme étant l'ensemble de connaissances, de normes et de valeurs qui orientent leur conduite en tant que citoyen, et notamment qui manifestent leur attachement au système politique dans lequel ils se trouvent. La culture civique possède alors une triple dimension :

  • Dimension cognitive (l'ensemble des connaissances de son système politique)
  • Dimension affective (l'ensemble des perceptions positives ou négatives que l'on a de son environnement politique)
  • Dimension évaluative (l'ensemble des jugements que l'on porte à son égard)

Le système scolaire a une incidence sur la culture civique : il participe à la formation citoyenne et permet aux individus de prendre part à la vie politique de façon "éclairée".

B

Sous-cultures et clivages politiques

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Les sous-cultures politiques

La culture politique ne peut pas être séparée de la culture globale de la société, et ne peut donc pas être analysée séparément. Cependant, il existe une multitude de sous-cultures politiques au sein de toutes les société. Il n'y a donc pas de cultures politiques nationales homogènes, mais plutôt une multiplicité de sous-cultures qui peuvent promouvoir des modèles différents d'organisations de la décision publique.

Les comportements politiques, de même que les normes et les valeurs politiques des individus, dépendent alors des sous-cultures propres à chaque groupe. Ils évoluent par ailleurs avec les transformations économiques et sociales des sociétés.

Jusque dans les années 1980 en France, il existait une sous-culture ouvrière importante, marquée par une culture de gauche. Les ouvriers avaient acquis des connaissances politiques et adoptaient des comportements politiques en accord avec leurs valeurs, et notamment en cultivant une proximité importante avec le Parti communiste et ses structures d'organisation (journaux, colonies de vacances, groupes de jeunes, etc.). La désindustrialisation, la désyndicalisation et la montée de la précarité ont érodé cette sous-culture. Alors qu'ils étaient 73% à voter à gauche aux présidentielles de 1988, les ouvriers n'étaient plus que 37% à le faire aux présidentielles de 2007.

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Le clivage gauche − droite en France

Les grands clivages politiques nationaux peuvent correspondre à des sous-cultures spécifiques. L'origine du clivage gauche − droite en France provient de la position géographique des partis lors de l'Assemblée nationale de 1789 :

  • Le clergé et l'aristocratie s'étaient positionnés à droite du président de l'Assemblée, pour le veto royal.
  • Le tiers état, à gauche de l'assemblée, contre le pouvoir du roi.

Ce clivage gauche − droite s'est profondément ancré dans la culture politique française au fil des siècles, mais il a aussi beaucoup évolué. Il s'est exprimé avec plus ou moins de virulence au fil des différents débats qui prennent place dans le monde politique français. Selon les périodes, il a pu porter en priorité sur la question religieuse (la droite française voulant promouvoir le rôle de l'Église et des valeurs catholiques en France contre la gauche républicaine à la fin du XIXe siècle), sur les questions économiques (la droite française de l'après-Seconde Guerre mondiale soutenant une économie de libre marché contre une gauche plus favorable à l'intervention de l'État et la planification) ou des question de société à dimension plus culturelle (c'est l'exemple du ressurgissement d'un clivage gauche-droite à l'occasion des débats sur l'ouverture du mariage aux homosexuels ou du débat entre gauche et droite sur l'accueil des migrants).

Selon une grille d'analyse proposée par Étienne Schweisguth et Gérard Grünberg, le clivage sur la question religieuse s'est effacé à la fin du XXe siècle, ce qui a permis d'opérer une différenciation à partir de l'opposition entre libéralisme culturel et libéralisme économique. Ce sont deux dimensions différentes de la structure des opinions :

  • Le libéralisme culturel donne le primat aux libertés individuelles et à l'épanouissement, la tolérance des différences.
  • Le libéralisme économique donne le primat au marché et à la concurrence, et lutte pour minimiser les interventions de l'État.

Globalement, la gauche est plutôt assimilée au libéralisme culturel et à une plus grande défiance à l'égard du libéralisme économique. Elle est plutôt progressiste (liberté des mœurs, défense des plus faibles, etc). La droite à l'inverse est plutôt associée au libéralisme économique et plutôt orientée vers la sécurité, la patrie, la réussite individuelle, etc.

Sur les sujets de société, les clivages peuvent être importants, mais ils peuvent aussi évoluer. Par exemple, une grande partie de la droite française a largement accepté le droit à l'avortement et la contraception, après s'y être fortement opposé lorsque ces lois ont été votées dans les années 1970. Le débat sur le mariage pour tous en 2013 a ainsi ravivé le clivage, les hommes et femmes politiques de droite s'étant pour la plupart positionné contre cette réforme menée par un gouvernement de gauche. Cela a été un clivage structurant à un moment donné, mais qui n'est pas immuable et univoque. En effet :

  • Les positionnements peuvent évoluer au cours du temps.
  • Il existe toujours des nuances au sein des blocs d'opinion politiques, car les individus qui les composent peuvent avoir des avis communs sur certains sujets mais des opinions différentes sur d'autres.
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Un clivage dépassé ?

Le clivage gauche − droite n'est pas immuable et a évolué au cours du temps et de l'histoire en France. Cela peut tenir à l'évolution des grands enjeux idéologiques.

La laïcisation progressive de la société française et la perte d'influence de l'Église catholique ont peu à peu relégué au second plan l'opposition gauche-droite en termes religieux.

Un autre grand enjeu idéologique qui structurait l'opposition gauche-droite ans l'après-guerre était la position par rapport au communisme et au système économique soviétique. La chute du mur et l'effondrement du bloc communiste ont fait disparaître cet enjeu, la plupart des partis ayant entériné cet échec et accepté un programme économique relativement libéral. Cette convergence entre droite et gauche sur les questions économiques, relativement aux grands débats des Trente Glorieuses, tient aussi aux évolutions structurelles du contexte international, et notamment à la mondialisation et l'intégration européenne, qui ont promu une libéralisation des marchés nationaux.

Le clivage entre droite et gauche peut aussi évoluer selon l'apparition de nouveaux enjeux.

Les enjeux en termes de sécurité et d'immigration prennent de plus en plus d'importance, pouvant amener une restructuration de l'opposition gauche − droite : les partisans d'une politique répressive de l'immigration seraient à droite selon cet axe, alors qu'il peut s'agir d'individus de classes populaires qui voteraient plutôt à gauche pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux.

De même, l'opposition entre des partis favorables à l'intégration européenne et des partis plus sceptiques peut rapprocher sur certains plans des partis par ailleurs considérés comme totalement opposés sur un axe gauche − droite. Certains partis peuvent ainsi préconiser des mesures similaires au nom de principes opposés.

Ces évolutions font qu'il existe en France un recul du sentiment identitaire selon l'axe droite-gauche. En 2012, 58% des Français estiment que ce clivage est dépassé. Cependant, il demeure l'élément structurant fondamental pour ceux qui s'identifient à un univers politique. Ainsi, bien que le clivage gauche-droite représente mal la complexité des opinions politiques, il reste structurant et reste un élément central de l'identification politique.

II

Transmission et influence de la culture politique

A

La socialisation politique et l'identification partisane

Socialisation politique

La socialisation politique est un processus d'apprentissage par les individus des règles, des normes et des valeurs qui constituent la sphère politique. C'est en même temps un apprentissage par les individus de leur place dans cette sphère, c'est-à-dire des règles, normes et valeurs auxquelles ils adhèrent et qui orientent leurs choix, leurs représentations et leurs comportements politiques.

La socialisation politique est donc le processus social au cours duquel les individus acquièrent et développent des préférences politiques. C'est un phénomène très étudié, car il pose la question de savoir ce qui justifie les choix politiques des individus, et en fonction de quoi ils déterminent leurs orientations politiques.

La socialisation désigne d'une manière générale l'ensemble des processus contribuant à l'acquisition et à l'intériorisation par un individu des normes, valeurs et comportements. C'est un processus dynamique qui se fait par inculcation, imitation et interactions. La socialisation politique suit les mêmes dynamiques que le processus général de socialisation. Elle se fait par inculcation et imitation, notamment des générations âgées aux générations les plus jeunes, mais aussi par interactions entre individus d'un même groupe d'âge. La chercheuse française Anne Muxel montre ainsi que la socialisation politique peut correspondre à deux logiques concurrentes :

  • Une logique d'identification : c'est une logique d'héritage, à travers laquelle les individus intègrent des normes et valeurs politiques des générations passées, notamment celles de leurs parents et de leur milieu social d'origine.
  • Une logique d'expérimentation : elle correspond au processus de formation de l'identité et des choix politique à travers les expériences concrètes et le vécu des individus. Les variations du contexte économique, social et politique qui rendent la socialisation politique propre à chaque génération. Les mobilisations collectives notamment sont un moment important de la formation de l'identité politique des jeunes qui se mobilisent

Les milieux de socialisation sont pluriels : la famille, l'école mais aussi les médias ou encore les religions, etc. La socialisation politique est à la fois une contrainte sociale, et le résultat d'interactions entre l'individu et son environnement. Elle transmet une culture politique (et les éléments de sous-cultures) et permet une identification partisane.

Identification partisane

L'identification partisane est le fait pour un individu de s'identifier à un parti ou de reconnaître en lui le meilleur défenseur de ses intérêts et opinions.

L'identification partisane repose sur une relation affective d'un électeur à un parti. Cette relation se fonde sur un sentiment de proximité avec les idées de ce parti ou de cet ensemble de parti (par exemple gauche ou droite). Cette identification partisane est souvent formée lors de la socialisation primaire et reste relativement stable au cours de la vie car elle est renforcée par le milieu professionnel qui est souvent proche du milieu duquel les individus sont issus, du fait de la reproduction sociale.

B

Les instances de socialisation politique

La socialisation politique primaire joue un rôle primordial dans la transmission des préférences politiques des parents aux enfants. La famille tend à fournir les premiers repères ou les absences de repères politiques aux jeunes.

Les travaux de l'université du Michigan dans les années 1950 − 1960 mettent en évidence l'importance de la famille dans la transmission des identifications partisanes. La famille joue un rôle prépondérant dans la socialisation politique et la transmission des préférences politiques. Les individus développent au sein de leur famille une préférence partisane, souvent la même que ceux du milieu où ils sont issus. Ces travaux ont cependant été relativisés, notamment par les travaux de la sociologue française Annick Percheron qui montre que s'il peut y avoir reproduction, et si les enfants formulent très tôt des préférences partisanes souvent analogues à celles de leurs parents, ils peuvent aussi être confrontés à diverses situations modifiant leur identification partisane.

La politologue française Anne Muxel distingue ainsi entre "affiliés" (qui reproduisent les positions politiques parentales) et "désaffiliés" (qui s'éloignent des positions politiques de leur milieu d'origine) pour exprimer que la reproduction des proximités partisanes n'est pas mécanique.

L'école a un rôle moins important que la famille, mais elle peut contribuer à une modification des perceptions et participe à la socialisation politique. C'est notamment à travers l'école que des valeurs communes mais politiques peuvent être transmises, comme les valeurs républicaines, qui désignent un ensemble de principes fondamentaux de la vie en collectivité promus par la république (schématiquement organisées autour du triptyque liberté, égalité, fraternité). L'école est aussi pour les élèves un lieu où peuvent se former à la vie démocratique en participant aux élections de délégués de classe, de représentants au conseil de vie lycéenne, etc.

Le rôle des médias dans la socialisation politique primaire est discuté. Les médias diffusent un certain nombre d'informations et d'orientations politiques, mais celles-ci sont filtrées lorsque les individus les reçoivent (notamment par la grille de lecture transmise par les parents).

La socialisation politique ne s'arrête pas avec la socialisation primaire. C'est un processus continu, la socialisation secondaire peut donc renforcer ou modifier les premières orientations politiques à travers :

  • La trajectoire des individus : ascension sociale ou chute sociale
  • Le contexte social et politique : Annick Percheron met ainsi en évidence un effet de génération permettant de comprendre l'évolution des attitudes politiques entre les différentes générations et le contexte dans lequel elles ont grandi.
  • L'intérêt pour la politique : il dépend de l'âge, du genre, du niveau de diplôme, du sentiment de compétence politique, etc.
  • Les instances de socialisation secondaire : les associations auxquelles l'individu participe, voire les syndicats ou les partis, de même que les groupes de collègues ou le couple sont des instances de socialisation politique qui peuvent confirmer ou modifier l'identification politique d'un individu.

Pierre Bourdieu s'est intéressé à la notion de compétence politique. La compétence politique est la croyance des individus dans le fait qu'ils sont capables de se repérer dans la distribution des positions politiques et d'émettre un jugement (une opinion) politique valable. Le plus souvent, les individus non diplômés estiment ne pas avoir de compétence politique, ne pas comprendre ce qui se joue dans les oppositions politiques et ne pas être capable de faire le bon choix. Cela peut être un élément explicatif de leur abstentionnisme lors des différentes élections.

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