Les registres et les tonalitésCours

Le registre ou tonalité est défini par l'effet global (impression ou émotion) produit par un texte littéraire.

Dans une même œuvre, le registre n'est pas unique. Il peut varier régulièrement en fonction des effets recherchés par l'auteur.

I

Le registre pathétique

Registre pathétique

Le registre pathétique, du grec pathos qui signifie « souffrance », a pour but de faire ressentir de la compassion au lecteur.

Gervaise, cependant, se retenait pour ne pas éclater en sanglots. Elle tendait les mains, avec le désir de soulager l'enfant ; et, comme le lambeau de drap glissait, elle voulut le rabattre et arranger le lit. Alors, le pauvre petit corps de la mourante apparut. Ah ! Seigneur ! quelle misère et quelle pitié !

Émile Zola, L'Assommoir, 1877

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les interjections ;
  • les exclamations ;
  • les questions rhétoriques ;
  • le champ lexical de la souffrance ;
  • les métaphores et les comparaisons ;
  • les hyperboles.
II

Le registre tragique

Registre tragique

Le registre tragique a pour but de susciter l'effroi et la pitié face à la fatalité qui s'abat sur un personnage.

Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal.
Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal !

Victor Hugo, Hernani, 1830

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les interrogations et les exclamations ;
  • les constructions passives ;
  • l'expression de la nécessité ;
  • les champs lexicaux du destin, de la fatalité, de la mort ;
  • les métaphores et les comparaisons.
III

Le registre dramatique

Registre dramatique

Le registre dramatique, du latin drama qui signifie « action », a pour but de produire un effet de suspense par des ralentissements et accélérations pour tenir le lecteur en haleine.

Et la machine, libre de toute direction, roulait, roulait toujours. […] La chaudière était pourvue d'eau, le charbon dont le foyer venait d'être rempli, s'embrasait ; et, pendant la première demi-heure, la pression monta follement, la vitesse devint effrayante. […] C'était le galop tout droit, la bête qui fonçait tête basse et muette, parmi les obstacles. Elle roulait, roulait sans fin, comme affolée de plus en plus par le bruit strident de son haleine.

Émile Zola, La Bête humaine, 1890

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • la succession rapide de verbes d'action ;
  • les champs lexicaux de la vitesse ou de la lenteur ;
  • les champs lexicaux de la peur, de la panique ;
  • les hyperboles.
IV

Le registre lyrique

Registre lyrique

Le registre lyrique, du grec lyrikos qui signifie « lyre », a pour but d'exprimer des sentiments personnels de manière spontanée et poétique.

Nous étions seuls, la croisée ouverte ; il y avait au fond du jardin une petite fontaine dont le bruit arrivait jusqu'à nous. Ô Dieu ! je voudrais compter goutte par goutte toute l'eau qui en est tombée, tandis que nous étions assis, qu'elle parlait et que je lui répondais. C'est là que je m'enivrai d'elle jusqu'à en perdre la raison. […]
Quelle douceur infinie dans les premiers regards près d'une femme qui vous attire !

Alfred de Musset, La Confession d'un enfant du siècle, 1836

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • la première personne du singulier ;
  • les exclamations ;
  • les interjections ;
  • les questions rhétoriques ;
  • le champ lexical des sentiments ;
  • les répétitions ;
  • les métaphores et les comparaisons ;
  • les hyperboles.
V

Le registre élégiaque

Registre élégiaque

Le registre élégiaque, du grec elegos qui signifie « chant funèbre », a pour but d'exprimer une plainte causée par un deuil, une séparation douloureuse, une réflexion sur la mort.

Je lamente sans réconfort,
Me souvenant de cette mort
Qui déroba ma douce vie :
Pensant en ces yeux qui soulaient
Faire de moi ce qu'ils voulaient,
De vivre je n'ai plus d'envie.

Pierre de Ronsard, Sur la mort de Marie, 1578

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les interjections ;
  • les questions rhétoriques ;
  • les champs lexicaux de la souffrance, du regret, de la plainte ;
  • les champs lexicaux de la mort, du deuil ;
  • les hyperboles.
VI

Le registre épique

Registre épique

Le registre épique, du grec epicos qui signifie « qui concerne l'épopée », a pour but de décrire une scène de manière à produire un effet d'agrandissement, de spectaculaire, à la manière des épopées.

Alors on vit un spectacle formidable.
Toute cette cavalerie, sabres levés, étendards et trompettes au vent, formée en colonne par division, descendit, d'un même mouvement et comme un seul homme, avec la précision d'un bélier de bronze qui ouvre une brèche, la colline de la Belle-Alliance.

Victor Hugo, Les Misérables, 1862

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les verbes d'action ;
  • le champ lexical du combat ;
  • les personnifications ;
  • les accumulations ;
  • les hyperboles ;
  • les superlatifs ;
  • les pluriels ;
  • les métaphores et les comparaisons.
VII

Le registre fantastique

Registre fantastique

Le registre fantastique a pour but de créer une atmosphère angoissante dans laquelle le lecteur doute de la véracité de phénomènes d'ordre surnaturel.

Or, ayant dormi environ quarante minutes, je rouvris les yeux sans faire un mouvement, réveillé par je ne sais quelle émotion confuse et bizarre. Je ne vis rien d'abord, puis tout à coup, il me sembla qu'une page du livre resté ouvert sur ma table venait de tourner toute seule.

Guy de Maupassant, Le Horla, 1887

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les champs lexicaux de la peur et de l'étrange ;
  • les modalisateurs exprimant le doute ;
  • les questions ;
  • les subordonnées circonstancielles d'hypothèse.
VIII

Le registre réaliste

Registre réaliste

Le registre réaliste a pour but de produire un effet de réel, une illusion de réalité.

À sept heures, le matin, puis à midi, puis à six heures, le soir, les ménagères réunissaient leurs mioches pour donner la pâtée, comme des gardeurs d'oies assemblent leurs bêtes. […] On posait devant eux l'assiette creuse pleine de pain molli dans l'eau où avaient cuit les pommes de terre, un demi-chou et trois oignons ; et toute la ligne mangeait jusqu'à plus faim.

Guy de Maupassant, « Aux champs », 1882

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les indications chiffrées ;
  • les expansions du nom (adjectifs) ;
  • le niveau de langue familier ;
  • les termes techniques ;
  • les noms propres réels ou réalistes.
IX

Le registre comique

Registre comique

Le registre comique a pour but de susciter le rire du lecteur.

PÈRE UBU.
Ah ! Mère Ubu, vous me faites injure et vous allez passer tout à l'heure par la casserole.

MÈRE UBU.
Eh ! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte ?

PÈRE UBU.
Eh vraiment ! et puis après ? N'ai-je pas un cul comme les autres ?

MÈRE UBU.
À ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues.

Alfred Jarry, Ubu roi, 1896

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les répétitions ;
  • les hyperboles ;
  • les jeux de mots ;
  • le niveau de langue familier ;
  • les situations comiques (quiproquo).
X

Le registre satirique

Registre satirique

Le registre satirique a pour but de critiquer quelqu'un ou quelque chose en s'en moquant.

Il est grave : il est maire et père de famille.
Son faux col engloutit son oreille. Ses yeux
Dans un rêve sans fin flottent insoucieux,
Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille.

Paul Verlaine, « Monsieur Prudhomme », Poèmes saturniens, 1866

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • le vocabulaire péjoratif ;
  • les antiphrases ;
  • les métaphores et les comparaisons dévalorisantes ;
  • les hyperboles.
XI

Le registre ironique

Registre ironique

Le registre ironique a pour but de critiquer de manière implicite en sous-entendant le contraire de ce qui est exprimé explicitement.

Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici : « La guerre est sainte, d'institution divine, c'est une des lois sacrées du monde. »

Guy de Maupassant, Gil Blas, article « Guerre », 1883

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les exclamations ;
  • les antithèses et les oxymores ;
  • les litotes ;
  • les antiphrases ;
  • les hyperboles.
XII

Le registre didactique

Registre didactique

Le registre didactique, du grec didaskein qui signifie « enseigner », a pour but d'apporter un enseignement au lecteur de manière logique, claire et pédagogique.

Ainsi, si le toucher semble offrir à lui seul une garantie suffisante de réalité, […] c'est que, dans notre expérience, cet accord du toucher avec les autres sens peut être toujours raisonnablement présumé. Vous marchez dans la nuit noire, vous vous heurtez à des objets invisibles, mais vous êtes assuré que, la lumière intervenant, vous verriez les objets et que vous les verriez dans l'ordre, avec les formes et les proportions que le toucher vous indique.

Jean Jaurès, De la réalité du monde sensible, 1891

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • le présent de vérité générale ;
  • les indéfinis ;
  • les connecteurs logiques ;
  • les comparaisons ;
  • les raisonnements par analogie ;
  • les questions.
XIII

Le registre polémique

Registre polémique

Le registre polémique, du grec polemos qui signifie « combat », a pour but d'indigner le lecteur afin de le faire réagir.

Vous n'avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l'homme méchant a pour collaborateur fatal l'homme malheureux !

Victor Hugo, « Détruire la misère », 1849

Les procédés littéraires utilisés sont :

  • les exclamations ;
  • les questions rhétoriques ;
  • le vocabulaire violent ;
  • les hyperboles ;
  • les accumulations ;
  • les répétitions ;
  • les gradations.