Distinguer les différents registresExercice fondamental

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait du roman Les Misérables de Victor hugo ?

Ney tira son épée et prit la tête. Les escadrons énormes s'ébranlèrent. Alors on vit un spectacle formidable. Toute cette cavalerie, sabres levés, étendard et trompettes au vent, formée en colonne par division, descendit, d'un même mouvement et comme un seul homme, avec la précision d'un bélier de bronze, qui ouvre une brèche, la colline de La Belle Alliance, s'enfonça dans le fond redoutable où tant d'hommes déjà étaient tombés, y disparut dans la fumée, puis, sortant de cette ombre, reparut de l'autre côté du vallon, toujours compacte et serrée, montant au grand trot, à travers un nuage de mitraille crevant sur elle, l'épouvantable pente de boue du plateau de Mont-Saint-Jean. Ils montaient, graves, menaçants, imperturbables ; dans les intervalles de la mousqueterie et de l'artillerie, on entendait ce piétinement colossal. Etant deux divisions, ils étaient deux colonnes ; la division Wathier avait la droite, la division Delords avait la gauche. On croyait voir de loin s'allonger vers la crête du plateau deux immenses couleuvres d'acier. Cela traversa la bataille comme un prodige.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait du roman Germinal de Zola ?

Il ne comprenait bien qu'une chose: le puits avalait des hommes par bouchées de vingt et de trente, et d'un coup de gosier si facile, qu'il semblait ne pas les sentir passer. Dès quatre heures, la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant. Sans un bruit, d'un jaillissement doux de bête nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les verrous, avec ses quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. Des moulineurs, aux différents paliers, sortaient les berlines, les remplaçaient par d'autres, vides ou chargées à l'avance des bois de taille. Et c'était dans les berlines vides que s'empilaient les ouvriers, cinq par cinq, jusqu'à quarante d'un coup, lorsqu'ils tenaient toutes les cases. Un ordre partait du porte-voix, un beuglement sourd et indistinct, pendant qu'on tirait quatre fois la corde du signal d'en bas, "sonnant à la viande", pour prévenir de ce chargement de chair humaine. Puis, après un léger sursaut, la cage plongeait silencieuse, tombait comme une pierre, ne laissait derrière elle que la fuite vibrante du câble.

À quel registre littéraire appartient le texte poétique suivant, composé par Louise Labé ?

Je vis, je meurs : je me brûle et me noie.
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est trop molle et trop dure.
J'ai grand ennuis entremêlés de joie :
Tout à un coup, je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure :
Mon bien s'en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait de la pièce Le Bourgeois Gentilhomme de Molière ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE :
Soit. Pour bien suivre votre pensée et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer, selon l'ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j'ai à vous dire que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles parce qu'elles expriment les voix; et en consonnes, ainsi appelées consonnes parce qu'elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. Il y a cinq voyelles ou voix: A, E, I, O, U.

MONSIEUR JOURDAIN :
J'entends tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE :
La voix A se forme en ouvrant fort la bouche : A.

MONSIEUR JOURDAIN :
A, A, oui.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE :
La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d'en bas de celle d'en haut : A, E.

MONSIEUR JOURDAIN :
A, E; A, E. Ma foi, oui. Ah! que cela est beau !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE :
Et la voix I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l'une de l'autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles: A, E, I.

MONSIEUR JOURDAIN :
A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE :
La voix O se forme en rouvrant les mâchoires et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas : O.

MONSIEUR JOURDAIN :
O, O. Il n'y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, O, I, O.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE :
L'ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait du roman L'Affaire Saint-Fiacre de Georges Simenon ?

Encore quatre minutes ! Les oraisons. Le dernier Évangile ! Et ce serait la sortie ! Et il n'y aurait pas eu de crime !
Car l'avertissement disait bien : la première messe...
La preuve que c'était fini, c'est que le bedeau se levait, pénétrait dans la sacristie...
La comtesse de Saint-Fiacre avait à nouveau la tête entre les mains. Elle ne bougeait pas. La plupart des autres vieilles étaient aussi rigides.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait du recueil de poésie La Légende des siècles de Victor Hugo ?

C'est le duel effrayant de deux spectres d'airain,
Deux fantômes auxquels le démon prête une âme,
Deux masques dont les trous laissent voir de la flamme.
Ils luttent, noirs, muets, furieux, acharnés.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait de L'Iliade d'Homère ?

C'est ensuite Hippodamas – qui vient de sauter de son char et qui s'enfuit devant lui – qu'il frappe au dos de sa pique. L'homme exhale sa vie en un mugissement ; tel mugit le taureau que les jeunes gens traînent en l'honneur du seigneur d'Hélice et qui réjouit l'Ébranleur du sol ; c'est avec un mugissement pareil que sa noble vie abandonne ses os. Achille, lance au poing, marche alors sur le divin Polydore, fils de Priam, pareil aux dieux. Son père lui défendait de se battre : il était le plus jeune des fils de son sang ; il était aussi le plus aimé de lui. A la course, il triomphait de tous. Aujourd'hui, par enfantillage, pour montrer la valeur de ses jarrets, il bondit à travers les champions hors des lignes, quand soudain il perd la vie. Le divin Achille aux pieds infatigables l'atteint de sa javeline – au moment même où il cherche à tourner brusquement le dos – en plein corps, à l'endroit où se rejoignent les fermoirs en or de son ceinturon et où s'offre au coup une double cuirasse. La pointe de la lance se fraie tout droit sa route à côté du nombril. Il croule, gémissant, sur les genoux. Un nuage sombre aussitôt l'enveloppe, et de ses mains, il rattrape ses entrailles, en s'effondrant.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait du conte "La Belle au bois dormant" de Perrault ?

Il était une fois un Roi et une Reine, qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés qu'on ne saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du monde ; vœux, pèlerinages, menues dévotions, tout fut mis en œuvre, et rien n'y faisait. Enfin pourtant la Reine devint grosse, et accoucha d'une fille : on fit un beau Baptême ; on donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu'on pût trouver dans le Pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. Après les cérémonies du Baptême toute la compagnie revint au Palais du Roi, où il y avait un grand festin pour les Fées. On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un étui d'or massif, où il y avait une cuiller une fourchette, et un couteau de fin or garni de diamants et de rubis.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait du roman L'Assommoir de Zola ?

Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s'inquiétant de l'heure. Mais ils ne sortirent pas tout de suite ; elle eut la curiosité d'aller regarder, au fond, derrière la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonctionnait sous le vitrage clair de la petite cour ; et le zingueur qui l'avait suivie, lui expliqua comment ça marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l'appareil, montrant l'énorme cornue d'où tombait un filet limpide d'alcool. L'alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s'échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. Cependant, Mes-Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours. Lui, aurait voulu qu'on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau. Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce rousin de père Colombe ! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot, tout de même. L'alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris.

À quel registre littéraire appartient le texte suivant extrait de la pièce de théâtre L'Avare de Molière ?

LA FLÈCHE : Hé bien ! Je sors.
HARPAGON : Attends. Ne m' emportes-tu rien ?
LA FLÈCHE : Que vous emporterois-je ?
HARPAGON : Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.
LA FLÈCHE : Les voilà.
HARPAGON : Les autres.
LA FLÈCHE : Les autres ?
HARPAGON : Oui.
LA FLÈCHE : Les voilà.
HARPAGON : N' as-tu rien mis ici dedans ?
LA FLÈCHE : Voyez vous-même.
HARPAGON : (il tâte le bas de ses chausses.) ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu' on dérobe ; et je voudrois qu' on en eût fait pendre quelqu' un.
LA FLÈCHE : Ah ! Qu' un homme comme cela mériterait bien ce qu' il craint ! Et que j' aurois de joie à le voler !
HARPAGON : Euh ?
LA FLÈCHE : Quoi ?
HARPAGON : Qu' est-ce que tu parles de voler ?
LA FLÈCHE : Je dis que vous fouillez bien partout, pour voir si je vous ai volé.
HARPAGON : C'est ce que je veux faire. (il fouille dans les poches de la Flèche.)
LA FLÈCHE : La peste soit de l' avarice et des avaricieux !