Sommaire
ILa littérature d'idées par siècleALa littérature d'idées au XVIe siècle1L'humanisme2Le savoirBLa littérature d'idées au XVIIe siècle : le classicismeCLa littérature d'idées au XVIIIe siècle : les LumièresIILes formes de l'argumentationAL'argumentation directeBL'argumentation indirecteIIIL'analyse d'un texte s'inscrivant dans la littérature d'idéesACaractéristiques générales d'un texte argumentatifBL'analyse d'un texte dans le cas d'une argumentation directe1La structure argumentative2Les différents types d'arguments3Les différents types de raisonnements4Les autres caractéristiques d'une argumentation directeCL'analyse d'un texte dans le cas d'une argumentation indirecte Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 19/01/2026 - Conforme au programme 2025-2026
La littérature d'idées regroupe les œuvres par lesquelles les auteurs expriment des réflexions, idées ou prises de position sur des thématiques en lien avec leur époque. Les thèmes peuvent être très divers : l'éducation, la découverte de l'altérité, l'intolérance, l'injustice, la guerre, l'exercice du pouvoir, la relation de l'homme à la nature, etc.
L'objet d'étude intitulé « La littérature d'idées » couvre trois siècles, du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Cela signifie qu'à l'écrit, le texte proposé pour le sujet du commentaire se situe obligatoirement dans ces limites chronologiques.
La littérature d'idées par siècle
Lors d'un commentaire de texte, il faut comprendre en quoi le texte s'inscrit dans une époque et reflète les aspirations de celle-ci, ou traverse les époques pour interpeller le lecteur.
La littérature d'idées au XVIe siècle
L'humanisme
La période humaniste est une époque marquée par des découvertes remettant en question la place de l'être humain au centre de l'Univers. Paradoxalement, l'être humain devient le centre de questionnements multiples :
- la question des origines ;
- la barbarie ;
- la relation à l'Autre (incidence des grandes découvertes) ;
- l'impact des guerres de religion entre catholiques et protestants.
Les écrivains vont proposer une lecture critique du comportement des êtres humains autant capables de contribuer au progrès que de se livrer à des pratiques d'une grande cruauté.
Étienne de La Boétie rédige le Discours de la servitude volontaire en 1576, ouvrage de réflexion sur les raisons qui poussent un État à accepter de manière tacite le pouvoir d'un roi.
Montaigne, dans les Essais, propose des réflexions sur sa vie en les associant à des réflexions plus générales sur l'être humain.
Le savoir
- L'invention de l'imprimerie permet la diffusion des textes en latin et grec.
- La redécouverte des textes antiques donne des modèles à suivre pour retrouver un âge d'or perdu. On note une influence notoire des auteurs italiens de la Renaissance.
- La langue française dans les écrits remplace progressivement le latin, permettant un accès plus large au savoir. L'éducation et l'accès aux connaissances deviennent des priorités.
Rabelais invente des romans mettant en scène des géants, Gargantua (1534) et Pantagruel. L'éducation humaniste du jeune géant est une priorité, il doit apprendre à exercer son esprit critique.
La littérature d'idées au XVIIe siècle : le classicisme
Le règne de Louis XIV met en place un système codifié de hiérarchie, la Cour de Versailles en est l'illustration. Toute conduite doit tendre vers l'idéal d'un honnête homme modéré dans ses passions, dont les principes sont la recherche de la vertu, de la mesure, de la bienséance. Cette bonne conduite doit lui permettre de vivre en harmonie dans la société. C'est le siècle des moralistes.
[le public] peut regarder avec loisir ce portrait que j'ai fait de lui d'après nature, et s'il se connaît quelques-uns des défauts que je touche, s'en corriger.
La Bruyère
Les Caractères, Préface
Jean de La Bruyère consacre sa vie à une seule œuvre, Les Caractères, alternance de maximes et portraits qui invitent le lecteur à réfléchir sur ses comportements.
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.
Jean de La Fontaine
Fables, Préface
Jean de La Fontaine compose 12 livres qui composent ses Fables.
La littérature d'idées au XVIIIe siècle : les Lumières
Le mouvement des Lumières se développe dans toute l'Europe et regroupe des écrivains et philosophes. Ces hommes des Lumières ont plusieurs « combats » :
- l'obscurantisme ;
- les formes d'intolérance religieuse ;
- les superstitions ;
- l'accès à la justice pour tous ;
- la liberté ;
- la recherche du bonheur sur terre en permettant l'affranchissement de toute forme d'autorité.
Les armes des Lumières sont l'application de la raison en toutes circonstances, l'exercice de l'esprit critique et l'éducation. Les auteurs peuvent le faire à travers des argumentations directes ou indirectes. Les écrivains de ce siècle posent les fondations de la future Révolution.
De 1751 à 1772, Diderot, d'Alembert et D'Amilaville participent au projet de l'Encyclopédie (« Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers »), ouvrage qui affiche l'ambition de collecter une somme considérable de savoirs. L'Encyclopédie présente également des articles tels que « Guerre ou Paix » rédigés par D'Amilaville.
Voltaire écrit le Dictionnaire philosophique, composé d'articles posant une réflexion sur les thèmes chers aux philosophes.
Montesquieu (Lettres persanes) et Madame de Graffigny (Lettres d'une Péruvienne) mettent à la mode le genre du roman épistolaire. Les personnages étrangers observent la société et en proposent une critique indirecte.
Les formes de l'argumentation
Dans la littérature d'idées, l'auteur cherche à faire passer un message. Il peut le faire de deux manières :
- Il peut poser ses idées de manière directe, on parle alors d'argumentation directe.
- Il peut également le faire de manière indirecte, soit pour contourner la censure soit pour solliciter l'esprit critique de ses lecteurs, tout en cherchant à le divertir.
L'argumentation directe
| Forme d'argumentation directe | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| Essai | Réflexion personnelle sur des sujets de nature diverse | Essais de Montaigne (XVIe siècle). Dans l'avant-propos intitulé « Au lecteur », Montaigne affiche son intention, qui est tout autant de livrer le portrait d'un individu que de nous renseigner sur la nature humaine : « Chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». |
| Traité | Le propos est construit de manière rigoureuse, il s'agit souvent une dénonciation avec une critique. | Traité sur la tolérance de Voltaire (XVIIIe siècle). Accusé du meurtre de son fils retrouvé pendu, Jean Calas, protestant, est condamné au supplice de la roue. Voltaire publie de manière anonyme ce texte dans lequel il prend la défense de Calas, injustement puni. |
| Discours | Destiné soit à l'oral soit à l'écrit, il reprend le cheminement d'un exposé sur un thème. Comme il est souvent présenté devant une assemblée, il emprunte aux procédés de la persuasion. | Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes de Jean-Jacques Rousseau (XVIIIe siècle) dans lequel l'auteur cherche à prouver que l'origine de l'inégalité entre les hommes dépend de la société et que c'est la recherche de la propriété qui éloigne l'homme de sa vraie nature, ce qui risque de la conduire à sa perte. |
| Maximes, Caractères, Pensées | Formes brèves dont la visée cherche à livrer une réflexion morale. | Les Caractères de La Bruyère (XVIIe siècle). L'auteur livre des portraits ou des maximes inspirés de l'observation des hommes : « Un caractère bien fade est de n'en avoir aucun ». |
| Préface | Texte placé au début d'un ouvrage qui permet à l'auteur de préciser ses intentions ou éventuellement de répondre aux attaques de ses détracteurs. | Préface de Fontenelle aux Entretiens sur la pluralité des mondes (XVIIe siècle). « Il ne me reste plus dans cette préface qu'à parler à une sorte de personnes mais qui seront les plus difficiles à contenter ». L'auteur anticipe les arguments et les reproches que ses détracteurs risquent de lui opposer. |
L'argumentation indirecte
| Forme d'argumentation indirecte | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| Fable | Texte court, souvent en vers, dont le caractère narratif et vivant permet de divertir le lecteur tout en lui délivrant un enseignement moral. La morale peut être explicite ou à découvrir, comme on le ferait pour un message caché. | Les Fables de La Fontaine (XVIIe siècle) qui mettent en scène des animaux et permettent à l'auteur de livrer des réflexions déguisées sur la société de cour. |
| Conte merveilleux (ou conte de fées) | De tradition orale le plus souvent, ils véhiculent des histoires dont le premier public est enfantin, mais au sein desquelles on cherche à glisser des enseignements moraux. | Les Contes de Charles Perrault (XVIIe siècle). L'auteur compose des fictions en prose comportant des éléments du merveilleux et propose une moralité en vers. « Moralité / Les diamants et les pistoles / Peuvent beaucoup sur les Esprits ;/ Cependant les douces paroles / Ont encore plus de force, et sont d'un plus grand prix. » (« Les fées ») |
| Conte philosophique | Aventures d'un héros confronté à des épreuves dont il va pouvoir tirer un enseignement. La visée didactique est affichée dans ce type de récit et s'inscrit bien dans la continuité de la devise du XVIIe « Plaire et Instruire ». On trouve les contes philosophiques principalement au XVIIIe siècle. | Le Prince philosophe d'Olympe de Gouges (XVIIIe siècle) : les aventures d'un prince qui deviendra roi de Siam. Cette histoire permet de livrer les réflexions sur la place des femmes dans la société du XVIIIe siècle et les dangers du fanatisme. |
| Pièce de comédie | La comédie est une tribune efficace pour livrer un message derrière le rire. C'est la devise de Molière « Castigat ridendo mores » : il corrige les mœurs par le rire. | La Colonie et L'Île des esclaves de Marivaux (XVIIIe siècle). En pratiquant l'inversion des rôles, l'auteur invite, le temps d'une la représentation théâtrale, à réfléchir sur la question de l'égalité entre les hommes et les femmes dans La Colonie, entre les maîtres et les esclaves dans L'Île des esclaves. À la fin de la pièce, tout rentre dans l'ordre mais la réflexion est censée être amorcée. |
| Utopie | Récit qui décrit une société idéale. On décrit les usages de ses habitants, les modes de gouvernements, les lois : tout est censé montrer le modèle vers lequel une société doit tendre. Les utopies permettent de critiquer, par opposition, la société de l'auteur. | Utopie de Thomas More (XVIe siècle) décrit une île dont le système économique et politique et la modération du comportement des insulaires doit servir de modèle. |
L'analyse d'un texte s'inscrivant dans la littérature d'idées
Caractéristiques générales d'un texte argumentatif
L'auteur peut chercher à convaincre, persuader, démontrer ou délibérer :
- Démontrer, c'est partir d'une proposition donnée comme vraie et conduire un raisonnement qui aboutit à une conclusion sûre. La démonstration est une démarche scientifique.
- Convaincre, c'est justifier la thèse qu'on a choisie pour la faire adopter par autrui. Les arguments utilisés sont d'ordre rationnels et logiques.
- Persuader, c'est faire appel aux sentiments et aux émotions pour chercher à provoquer une réaction chez le lecteur.
- Délibérer, c'est prendre une décision ou adopter une opinion à l'issue d'une confrontation d'idées.
Un texte argumentatif peut avoir différentes tonalités.
| Tonalités | Utilisation | Procédés littéraires employés |
|---|---|---|
| Tonalité didactique | On l'utilise lorsque l'on cherche à « instruire » le lecteur. Le raisonnement est clair, argumenté. |
|
| Tonalité polémique | L'idée est souvent présentée de manière virulente, comme une attaque. |
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| Tonalité satirique | On l'utilise pour attaquer une cible en se moquant d'elle, on utilise l'ironie (décalage entre les propos du locuteur et ce qu'il pense en réalité). |
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| Tonalité pathétique | L'auteur cherche à susciter la compassion face à la souffrance qu'éprouvent les individus. |
|
Le paratexte donne des indications sur l'époque. On utilise les connaissances sur l'époque pour activer les bons leviers d'analyse du texte.
On identifie le thème du texte ainsi que la thèse de l'auteur, c'est-à-dire le point de vue que l'auteur livre au lecteur. Il faut être attentif aux procédés de la satire et de l'ironie : en effet, l'auteur peut dire une chose et chercher à suggérer le contraire. Ne pas percevoir la tonalité satirique peut conduire au contresens du texte.
On détermine s'il s'agit d'une argumentation directe ou indirecte.
L'analyse d'un texte dans le cas d'une argumentation directe
La structure argumentative
Une argumentation directe comporte les éléments suivants :
- le thème du texte, c'est-à-dire sur quel sujet porte celui-ci ;
- la thèse est l'opinion que l'auteur défend sur ce thème ;
- la progression du raisonnement (c'est là qu'entre en jeu l'identification des arguments) ;
- les arguments sont les raisons que l'auteur utilise pour affirmer ou contrer la thèse. On peut les appuyer par des exemples qui s'ajoutent ou se substituent à l'argument.
Les différents types d'arguments
| Types d'arguments | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| L'argument logique | L'argumentateur démontre son idée en se servant du lien cause/conséquence. | « Un préfet de police est, pour mon goût, l'homme le plus heureux. Pourquoi ? Parce qu'il agit toujours, et toujours dans des conditions nouvelles et imprévisibles » Alain, Propos sur le bonheur. |
| L'argument d'autorité | L'argumentateur prend appui sur un livre, un nom de personne reconnue, un fait historique. | « Et comme dit Platon, il ne faut pas les dresser l'un sans l'autre. » Montaigne, Essais, « De l'institution des enfants ». |
| L'argument d'analogie | L'argumentateur fait une comparaison entre une notion abstraite et une image concrète afin d'en rendre la compréhension plus facile. | « Le fanatisme est à la superstition, ce que le transport est à la fièvre. » Voltaire |
| L'argument de valeur | L'argumentateur s'appuie sur des valeurs morales partagées par un même groupe. | « En un mot, c'est le bon goût, tenez-vous y. » Madame de Sévigné |
| L'argument ad hominem | L'argumentateur attaque un trait de la personnalité de son interlocuteur. | « Et la stérilité de son expression / Fait mourir, à tous coups, la conversation. » Molière, Le Misanthrope |
Les différents types de raisonnements
| Types de raisonnements | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| Le raisonnement par induction | Le locuteur part d'un fait particulier pour arriver à une vérité générale. | « Parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique » Olympe de Gouge, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne |
| Le raisonnement par déduction | Le locuteur part d'une vérité générale pour conclure sur un fait particulier. | « Rien ne sert de courir / Il faut partir à point ». C'est ce qui arrive aux deux animaux de la fable de La Fontaine, Le Lièvre et la Tortue. |
| Le raisonnement par analogie | Le locuteur établit un parallèle entre deux faits afin de rendre concrète son idée. | « Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côte et qu'il gravât sur une de vos pierres (…) : ce pays est aux habitants de Tahiti, qu'en penserais- tu ? » Diderot, Supplément au voyage de Bougainville |
| Le raisonnement par concession | Le locuteur concède un point de l'idée adverse pour mieux le renverser ensuite. | « Il y a pourtant des choses agréables mais rien qui enlève, point de ces tirades de Corneille qui font rêver » Mme de Sévigné, Lettres à sa fille |
| Le raisonnement par l'absurde | Le locuteur avance des causes et conséquences sans fondement pour discréditer un raisonnement. | « Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres. » De l'esclavage des nègres, Montesquieu |
| Le raisonnement par syllogisme | Raisonnement déductif rigoureux qui, ne supposant aucune proposition étrangère sous-entendue, lie des prémisses à une conclusion (si tout B est A et si tout C est B, alors tout C est A). | Tous les hommes sont mortels. Or Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. |
Les autres caractéristiques d'une argumentation directe
Pour rendre la fiction divertissante pour le lecteur, les dialogues ont leur importance : ils donnent au lecteur l'impression d'assister à l'échange. La fiction est ainsi plus facile d'accès pour tous les publics (enfants ou adultes).
Fénelon écrit en 1694 Les Aventures de Télémaque, texte dans lequel il invente les péripéties de Télémaque (fils d'Ulysse, personnage principal de l'Odyssée), parti à la recherche de son père et vivant des aventures identiques à celles vécues par Ulysse. Télémaque est accompagné de Mentor (la déesse Athéna déguisée en vieillard). À chaque épisode, il y a des dialogues entre eux deux : les échanges permettent de confronter des points de vue et de tirer un enseignement moral.
Les marques d'énonciation peuvent montrer la subjectivité de l'auteur :
- marques de 1re personne ;
- usage du « on » ;
- modalisateurs ;
- indices plus discrets comme les guillemets, qui peuvent mettre une distance à l'égard de ce que l'on dit.
Les champs lexicaux et les figures de rhétorique peuvent porter les marques du point de vue de l'auteur, notamment lorsqu'ils ont des connotations mélioratives ou dépréciatives.
La disposition typographique peut avoir un sens.
L'usage de majuscules peut permettre de faire ressortir une idée.
L'analyse d'un texte dans le cas d'une argumentation indirecte
Une argumentation indirecte contient une structure narrative : une situation initiale, un événement perturbateur, des péripéties, un événement stabilisateur, une situation finale.
On analyse la manière dont l'auteur organise la narration du texte fictif :
- Insiste-t-il sur la situation initiales ou passe-t-il rapidement cette étape ?
- Sur quels éléments du schéma narratif insiste-t-il le plus et pourquoi ?
- Les dialogues prennent-ils une place importante dans la narration ?
- Le narrateur intervient-il dans la fiction pour la commenter ou reste-t-il neutre ?
Le récit fictif est toujours accompagné d'une morale, présentée implicitement ou explicitement au début ou à la fin du texte.