La France : des milieux métropolitains et ultramarins entre valorisation et protectionCours

La diversité des milieux français constitue un atout pour la France qui peut les aménager facilement et les valoriser. Toutefois, ces milieux sont fragilisés, notamment par les activités humaines, et présentent des risques pour la population. La protection des milieux et la gestion des risques est désormais un sujet important en France. 
Pourquoi la diversité de ses milieux constitue-t-elle un atout pour la France et comment différents acteurs interviennent-ils pour protéger ces milieux et prévenir les risques ? 

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La diversité des milieux français, leur aménagement et leur valorisation

Les milieux français présentent une grande diversité de paysages. Certains milieux ne sont plus vraiment naturels, ils sont aménagés par l'homme. De nombreux paysages sont aujourd'hui valorisés et protégés.

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La diversité des milieux français

Le territoire de la France métropolitaine est marqué par la diversité de ses paysages : des littoraux, des reliefs, des climats différents. Les paysages d'outre-mer contribuent également à la diversité des milieux français.

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Les littoraux

Les littoraux français sont caractérisés par :

  • des marais ;
  • des falaises calcaires ;
  • des rochers de granite ;
  • des dunes ;
  • des calanques. 
littoraux français marais falaises granite dunes calanques

© Wikipédia, Uwe Küchler, Mont St. Michel and Tombelaine, Luftaufnahme, 17 juin 2006 / © Wikipédia, Jean-Luc Faisans, Panoramique de l'aiguille d'Étretat, août 2005 / © WikipediaBretagne, jackmac34, Larrousiney, Vue aérienne de la dune du Pilat, août 2004 / © Pixabay, Ploumanach Granite Rose, 17 juin 2017 / © Flickr, lublud, Calanques Marseille.

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Les reliefs

En matière de reliefs, le territoire de la France métropolitaine est globalement peu élevé puisque 60 % de sa superficie a une altitude inférieure à 250 mètres. Traditionnellement, on oppose deux parties, l'ouest et l'est. 

  • À l'ouest d'une ligne Metz-Bayonne, c'est la France hercynienne (relief très ancien) des basses altitudes, avec des plaines (Flandre, Bassin parisien, Aquitaine) et des plateaux peu élevés (Picardie, Normandie, Massif armoricain). 
  • À l'est de cette ligne, la France alpine des hautes altitudes est constituée de hauts plateaux (Morvan), de moyennes montagnes (Vosges, Massif central, Jura) et de hautes montagnes (Pyrénées, Alpes, monts corses) séparées par de grandes vallées (Rhône).
reliefs France métropolitaine outre-mer
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Les climats

Situé sur des latitudes moyennes, le territoire métropolitain français présente toute la gamme des climats de la zone tempérée. À l'ouest, le climat est océanique (Bretagne). Vers l'est, le climat est semi-continental (Alsace). Au sud-est (Provence), le climat est méditerranéen, tandis que sur les hauts reliefs, le climat montagnard domine. Ces climats présentent différentes caractéristiques et participent à la richesse des paysages de la France. 

différents climats France

Ces climats ont des caractéristiques différentes : 

  • Le climat océanique est marqué par des précipitations modérées (600 à 800 mm/an), des étés plutôt frais, des hivers doux, un ensoleillement moyen.
  • Le climat semi-continental est marqué par une forte amplitude thermique avec des étés plus chauds et des hivers froids. Les précipitations, entre 500 et 700 mm/an, sont uniformes.
  • Le climat méditerranéen est marqué par un fort ensoleillement avec des étés chauds et secs, parfois arides, et des hivers doux et humides. Les précipitations sont souvent fortes en automne.
  • Le climat montagnard est lié à la présence de hauts reliefs, il est marqué par des étés frais et des hivers très froids. Les précipitations sous forme de neige sont abondantes en hiver.
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Les milieux spécifiques de l'outre-mer

La majeure partie des territoires de l'outre-mer se localisent dans la zone intertropicale : Antilles, Mayotte, La Réunion, Polynésie. Le climat y est tropical, chaud et humide à deux saisons. Ce sont surtout des îles. Les territoires d'outre-mer sont caractérisés par des montagnes, des récifs coralliens, des forêts tropicales et des littoraux à mangrove. 

Les territoires ultra-marins se caractérisent tous par leur insularité, hormis la Guyane et la terre Adélie. Certaines îles abritent des volcans actifs : 

  • la montagne Pelée en Martinique ;
  • la Soufrière en Guadeloupe ;
  • le Piton de la Fournaise à La Réunion, etc. 

 

La France est le seul pays du monde à posséder dans les trois océans des récifs coralliens (Polynésie, Mayotte, Antilles). Ces derniers, avec les forêts tropicales (Guyane) et les littoraux à mangrove (Guadeloupe), constituent des réservoirs exceptionnels de biodiversité.

milieux spécifiques outre-mer

Samuel Étienne, avril 2010, © Wikipédia & @ Wikimedia Commons

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L'aménagement des paysages français

Le territoire métropolitain français est globalement peu contraignant donc facile à aménager, notamment en matière de transports. La présence des hommes et leurs aménagements (urbanisation, transports, agriculture, industrie, tourisme) ont contribué à transformer la majeure partie des milieux français qui ne peuvent plus vraiment être considérés comme totalement « naturels ». Les forêts font particulièrement l'objet d'aménagement.

Dès l'Antiquité, le territoire français a été aménagé et donc transformé. C'est le cas des cours d'eau qui ont été endigués, parfois détournés ou équipés de barrages pour divers usages : régulation du débit, irrigation, production électrique, etc. Les activités agricoles ont largement façonné les milieux et parfois transformé radicalement certains paysages.

La Champagne crayeuse

La Champagne crayeuse, située à l'est de Reims et qui s'étend jusqu'à Troyes au sud, a été profondément transformée par les activités agricoles depuis deux siècles :

  • Au début du XIXe siècle, cette terre calcaire très pauvre était vouée à un élevage peu productif. Elle était surnommée la « Champagne pouilleuse ».
  • Sous Napoléon III, dans un contexte de reboisement de la France, elle est plantée d'une immense forêt de pins noirs d'Autriche, la deuxième du pays derrière celle des Landes, mais nettement moins productive car peu fertile. 
  • Au milieu du XXe siècle, grâce aux progrès agricoles (engrais et mécanisation), les agriculteurs la déboisent pour y créer de grands champs ouverts (paysage d'openfield) afin d'y cultiver céréales, oléagineux ou légumineuses. 
  • Les rendements agricoles très élevés en font aujourd'hui l'une des plus vastes et riches régions agricoles d'Europe.
Champagne crayeuse Reims France

Clicgauche, juin 2006, © Wikipédia

La forêt française métropolitaine la quatrième plus grande d'Europe : elle s'étend sur 17 millions d'hectares. Les milieux forestiers qui occupent 31 % du territoire métropolitain ont vu leur superficie presque doubler depuis le début du XIXe siècle. La plupart des forêts françaises ne sont pas « naturelles » mais ont été transformées et aménagées par les hommes. La forêt a une triple fonction :

  • Sur le plan économique, la forêt permet de produire du bois : bois d'œuvre (construction, ameublement), bois pour l'industrie (papier) ou bois de chauffage. La sylviculture (gestion d'une forêt : entretenir les arbres, reboiser, conserver, etc.) et la filière du bois représentent plus de 400 000 emplois en France.  
  • Sur le plan récréatif, la forêt est utilisée pour des activités comme la randonnée, la chasse, etc. Les grandes forêts d'Île-de-France, aménagées sous l'Ancien Régime pour les chasses royales, sont aujourd'hui très fréquentées par des urbains à la recherche de « nature ». 
  • Sur le plan environnemental, la forêt est un réservoir de biodiversité.

Le massif forestier du Morvan s'est spécialisé dans la production de sapins de Noël et en assure le quart de la production française avec 1,5 million d'arbres vendus chaque année. 

Avec ses 8 millions d'hectares, la forêt tropicale guyanaise abrite plus de 1 500 espèces animales et environ 5 500 espèces végétales.

Les activités industrielles participent grandement à la transformation des milieux :

  • L'exploitation des bassins houillers dans le Nord et l'Est de la France depuis un siècle et demi a donné naissance à des paysages industriels aujourd'hui en friche. 
  • De vastes zones industrialo-portuaires ont été développées, dans un contexte de mondialisation croissante, à Dunkerque, au Havre, à Saint-Nazaire ou à Marseille-Fos-sur-Mer. 

 

Ces aménagements marquent durablement les paysages et ont contribué à faire disparaître des milieux naturels comme les marais humides.

Il existe en France métropolitaine, comme dans les territoires ultra-marins, des espaces peu transformés par les aménagements :

  • la Guyane, où moins de 10 % de la forêt sont aménagés, essentiellement le long du littoral ; 
  • les hautes altitudes en métropole, où l'essentiel des espaces situés au-delà de 2 500 mètres sont globalement peu aménagés.
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La valorisation des milieux français

Les paysages français sont des atouts pour la France. Le territoire n'a pas beaucoup de contraintes, ce qui permet de valoriser certains milieux avec des activités économiques, et d'autres avec du tourisme. Les milieux français sont ainsi très attractifs et riches de ressources. 

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Un territoire aux faibles contraintes

En métropole, les contraintes du territoire sont plutôt limitées. Les territoires d'outre-mer souffrent de leur insularité et de leur éloignement, mais ces deux contraintes peuvent être surmontées.

En métropole, les montagnes n'ont jamais vraiment constitué d'obstacles à la circulation des hommes qui les franchissent en empruntant les vallées ou les cols. L'altitude, la pente et le froid sont même aujourd'hui valorisés par diverses activités : tourisme (ski, randonnée), pastoralisme, production d'énergie, etc. Les progrès techniques améliorent encore l'accessibilité du territoire.

Le viaduc de Millau ouvert en 2004, en franchissant la vallée du Tarn, contribue à désenclaver le Massif central tout en renforçant le maillage du réseau routier européen. 

Les territoires ultramarins souffrent de deux contraintes principales mais qui sont surmontables : 

  • Leur éloignement : Ils sont éparpillés sur l'ensemble de la planète et sont distants de 6 000 à 16 000 kilomètres de la métropole. Cela implique de leur garantir une accessibilité grâce à des infrastructures portuaires et aéroportuaires suffisantes. 
  • L'insularité : Elle limite la diversification de leurs activités économiques dont certaines sont en crise (agriculture de plantation) ou trop modestes (pêche, industrie, tourisme). 
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Des milieux attractifs et riches en ressources

Les milieux français sont attractifs à plusieurs niveaux. La France est un carrefour européen économique important. C'est également un pays très touristique. Les terres agricoles françaises sont très fertiles, et des ressources énergétiques importantes peuvent être trouvées sur tout le territoire (métropolitain et ultramarin). 

Le territoire métropolitain est ouvert et constitue un véritable carrefour en Europe. Il est facile à aménager comme en témoignent les grandes vallées qui accueillent villes, activités économiques et infrastructures de transports. 

La vallée du Rhône concentre des agglomérations (Lyon, Valence, Arles), des industries (couloir de la chimie) et constitue un corridor majeur de transports (routes, voies ferrées, fleuve).

La diversité des milieux offre une grande variété de paysages et favorise l'attractivité de la France qui reste la première destination touristique mondiale avec près de 90 millions de touristes en 2018. La France peut mettre en avant des paysages exceptionnels : certains sont même classés au patrimoine mondial de l'Unesco comme le golfe de Porto en Corse ou tout récemment, en 2018, la chaîne des Puys en Auvergne.

sites français classés Unesco protégés

Grâce à la fertilité, à la diversité de ses sols et à la variété de ses climats, la France est le 1er producteur agricole de l'Union européenne et le 4e exportateur mondial de produits agricoles :

  • Sa surface agricole utile s'étend sur 27 millions d'hectares soit 54 % du territoire.
  • Ses productions sont très variées : céréales, oléagineux, vins, fruits, légumes, lait et viande. 

En matière de ressources, le territoire français est également privilégié. Dans un contexte de développement durable, le potentiel français en matière d'énergies renouvelables est important :

  • l'hydroélectricité dans les massifs montagneux ;
  • l'énergie éolienne dans les régions de plaines ouvertes aux influences océaniques ou dans les vallées : Hauts-de-France, Grand Est, Occitanie, Centre-Val de Loire ; 
  • l'énergie solaire qui profite de l'ensoleillement des régions méridionales ;
  • la géothermie qui se développe dans le Bassin parisien, en Aquitaine ou en Guadeloupe.

Dans les territoires ultra-marins : 

  • La Nouvelle-Calédonie abrite le quart des réserves mondiales de nickel. 
  • La Guyane dispose d'importantes réserves d'or. 

En métropole :

  • Les deuxièmes réserves de gaz et de pétrole de schiste en Europe derrière la Pologne, situées respectivement dans la vallée du Rhône et dans le Bassin parisien.
  • Des réserves de pétrole et de gaz offshore grâce à la ZEE comme dans le canal du Mozambique, au large des îles Éparses.
II

 Des milieux fragilisés et présentant des risques

Les milieux français sont fragilisés par les activités humaines. Des risques naturels, industriels et technologiques existent. 

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La fragilisation des milieux à cause des activités humaines

L'artificialisation (transformation des sols à cause des constructions) ne cesse de progresser avec l'étalement urbain et la littoralisation des hommes et des activités (industries, tourisme). Elle transforme les paysages et bouleverse les milieux en causant diverses perturbations des cycles naturels. Les activités humaines et les projets d'aménagement fragilisent également les milieux français.

On estime qu'environ 10 % du territoire français est artificialisé, c'est-à-dire que les sols naturels ou agricoles ont été transformés par des constructions : logements, infrastructures de transports, zones commerciales, etc.  

Dans le Languedoc, certaines côtes qui étaient autrefois des marais maritimes ont été aménagées en stations balnéaires dans les années 1960. 

Les activités humaines contribuent à la pollution des eaux, des sols et de l'air. Pour assurer des rendements élevés, l'agriculture française utilise encore beaucoup d'intrants chimiques : engrais et pesticides. Les surfaces cultivées en agriculture biologique ne s'élèvent qu'à 2 millions d'hectares soit 7,5 % de la surface agricole utile française en 2018. Les activités agricoles contribuent aux \dfrac{2}{3} de la pollution des sols, des cours d'eau et des nappes phréatiques en France.

En Bretagne, l'usage d'engrais azotés et les rejets des élevages industriels provoquent de fortes concentrations en nitrates dans les eaux. Certaines nappes phréatiques deviennent périodiquement inutilisables. Ces nitrates favorisent la prolifération de certaines plantes invasives, détruisant les milieux aquatiques dans les cours d'eau. Sur le littoral breton, ce sont les algues vertes qui envahissent périodiquement les plages, obligeant les municipalités à les nettoyer pour ne pas nuire aux activités touristiques. En se décomposant, ces algues dégagent du sulfure d'hydrogène, un gaz potentiellement mortel.

espaces fragilisés activités humaines

© Wikipédia, Colsu, 1er septembre 2017

Certains projets d'aménagement peuvent avoir des impacts sur :

  • les activités traditionnelles comme l'élevage en montagne ou la pêche ; 
  • la beauté des paysages (implantation de parcs éoliens) ;
  • la préservation de l'environnement : respect de la biodiversité, risques de pollutions, dangerosité pour les riverains.

Depuis le début des années 2010, dans le cadre du Grand Paris, l'idée a été émise d'implanter sur la commune de Gonesse, entre les aéroports de Roissy et du Bourget, un vaste complexe de loisirs de 80 hectares : EuropaCity. Ce projet urbain doit accueillir des équipements culturels, des hôtels, des équipements sportifs, des commerces. Ce projet est contesté. Les opposants au projet d'EuropaCity installent des potagers sur le site pour dénoncer la disparition des paysages agricoles.  

projet EuropaCity disparition paysages agricoles

© Wikipédia, VVVCFFrance, Mai 2018

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Les risques naturels, industriels et technologiques 

La France est le deuxième pays européen le plus exposé aux risques naturels. Les risques technologiques sont présents dans les villes qui disposent de raffineries, d'industries chimiques, d'entrepôts de stockage de produits dangereux, de centrales nucléaires. 

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Les risques naturels en France

Les principaux risques naturels sont d'origine climatique et sont renforcés par le réchauffement climatique : inondation, sécheresse et incendies. Il existe également des risques telluriques (liés à la terre) comme les séismes ou le volcanisme.

En métropole, 1 Français sur 4 vit en zone inondable. Chaque année, les inondations provoquent environ 700 millions d'euros de dégâts. Les régions méditerranéennes sont particulièrement exposées. 

cycle de l'eau changement climatique sécheresses inondations

Des aléas d'ampleur exceptionnelle, comme la canicule, font des victimes et d'importants dégâts. 

En août 2003, environ 19 000 personnes sont décédées suite à un épisode de canicule d'une durée de deux semaines. Celle-ci a eu des conséquences durables sur l'agriculture et les forêts françaises. 

Les risques telluriques concernent particulièrement les milieux montagnards : glissements de terrain et avalanches.

Au cours des 10 dernières années, entre octobre 2007 et avril 2018, les avalanches ont fait 337 victimes, principalement dans les Alpes. L'augmentation de certaines pratiques touristiques comme le ski hors-piste ou la randonnée accroît ces risques.

En matière de séisme, la France métropolitaine est un territoire à sismicité modérée dans certaines régions. De niveau moyen dans les Pyrénées et les Alpes, le risque est plus modéré en Vendée, dans le Massif central, dans le Jura et en Alsace. Les séismes qui se produisent chaque année ne font pas de victimes et n'occasionnent pas de dégâts majeurs en métropole.

Certains territoires d'outre-mer sont davantage affectés par les séismes et le volcanisme. La France compte trois volcans en activité :

  • la Soufrière en Guadeloupe ;
  • la montagne Pelée en Martinique ;
  • le Piton de la Fournaise sur l'île de La Réunion qui est l'un des plus actifs de la planète. Ses éruptions régulières, tous les neuf mois en moyenne, ne constituent pas un risque important dans la mesure où les coulées de lave ne menacent ni les populations ni des aménagements majeurs.
risques naturels France outre-mer volcanisme

© Wikipédia, Aurélien Théau, Avril 2007

Le changement climatique devrait créer en France une plus grande récurrence de certains aléas climatiques : 

  • des épisodes de sècheresse et de canicule plus fréquents ;
  • un risque d'inondation accru avec une multiplication des phénomènes météorologiques exceptionnels comme les tempêtes ;
  • les espaces des milieux méditerranéens soumis au risque d'incendies pourraient s'étendre vers le nord.
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Les risques industriels et technologiques

Les risques technologiques sont importants. La France compte 1 171 sites Seveso (sites industriels dangereux), dont 656 particulièrement dangereux présentant un risque majeur. Environ \dfrac{2}{3} de la population française vit à moins de 100 kilomètres d'une centrale nucléaire. Ces risques peuvent être à l'origine de catastrophes : fuites toxiques, incendies, explosions. Autour des sites industriels, la pollution de l'air est de plus en plus importante.

En septembre 2001, avec l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, la France connaît sa plus grande catastrophe industrielle depuis le milieu du XXe siècle. L'explosion d'un entrepôt d'engrais a entraîné la mort de 31 personnes, fait environ 2 700 blessés et occasionné près de 2 milliards d'euros de dégâts. 

La concentration des flux de transports sur des axes majeurs augmente les risques technologiques. 

En mars 1999, un camion a provoqué un violent incendie dans le tunnel du Mont-Blanc, faisant 39 morts. 

Dans les espaces urbanisés, la pollution atmosphérique est une question préoccupante pour la société. Elle est liée aux activités industrielles, à la circulation routière et aux équipements urbains (chauffage, climatisation). Les mesures scientifiques indiquent qu'elle est en nette régression en France depuis les années 1950. Les citoyens s'inquiètent des conséquences sanitaires lors des pics de pollution qui sont désormais très médiatisés. Ces épisodes de pollution concernent principalement les zones très urbanisées : Île-de-France, région lilloise, région lyonnaise, Côte d'Azur et certaines vallées alpines comme la vallée de l'Arve. En 2016, certaines études indiquent que les pollutions aux particules fines seraient à l'origine de 42 000 à 48 000 décès prématurés en France.

III

La protection des milieux français et la gestion des risques

A

La protection des milieux français

Dès la fin du XIXe siècle, l'idée qu'il faut préserver certains milieux naturels émerge en France. À l'époque, on lance des politiques de reboisement, notamment en montagne. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour qu'une conscience environnementale émerge et que l'État prenne pleinement en charge la préservation des milieux. Aujourd'hui, cette protection prend la forme de politiques de protection de l'environnement et de création d'aires protégées. Ces mesures font l'objet de critiques.

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Des politiques de protection de l'environnement

Depuis les années 1960, une législation est mise en place et destinée à réglementer l'usage de certains espaces. Ces lois se sont multipliées et ont gagné en précision au point de faire émerger un véritable droit à l'environnement. En 2005, une Charte de l'environnement a été intégrée à la Constitution de la Ve République. La préservation des milieux est donc devenue une préoccupation majeure en France, à l'échelle nationale et internationale. 

politique protection environnement lois

Les outils juridiques mis en place permettent :

  • de réglementer les aménagements ;
  • de protéger certains espaces ;
  • d'orienter les politiques économiques vers un développement plus viable ;
  • de lutter contre les dégradations environnementales. 

 

À l'échelle internationale, la France s'engage dans des politiques de protection de l'environnement.

  • En 1971, la France a ratifié la convention de Ramsar (Iran) qui porte sur la conservation des zones humides. Conformément à cette convention, la France a classé 48 sites Ramsar pour les préserver, dont la baie de Somme, la Camargue, les étangs de la Brenne, etc.
  • En décembre 2015, la France organise une grande conférence sur le climat (COP 21) à Paris. Elle aboutit à un accord international qui vise à contenir le réchauffement climatique à moins de 2° C en 2100 par rapport au XIXe siècle par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La loi de transition énergétique de 2015 entre ainsi pleinement dans cet objectif.
réglementation convention Ramsar outils juridiques
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La création d'aires protégées

Des aires protégées sont créées comme des parcs nationaux, ce sont des zones où la faune et la flore sont respectées et préservées. 

Depuis 1960, l'État peut créer un parc national. Il s'agit d'un espace terrestre ou maritime qui présenterait un « intérêt spécial » en matière de milieu naturel, de biodiversité, de paysage ou de patrimoine culturel. Le premier a été créé en 1963 : il s'agit du parc de la Vanoise dans les Alpes.

aires protégées parcs nationaux

Ibex73, 27 juillet 2013, © Wikipédia

La France compte 10 parcs nationaux dont 3 sont localisés en outre-mer. Ils couvrent un peu moins de 8 % du territoire national. Chaque parc est constitué de deux zones :

  • une « zone cœur » où la réglementation est très stricte, les aménagements extrêmement limités avec parfois des « réserves intégrales » inaccessibles au public ;
  • en périphérie, une « aire d'adhésion » où les communes voisines négocient et signent, pour 15 ans, une charte qui liste des actions pour valoriser le patrimoine et les paysages locaux, développer économiquement leur territoire tout en préservant durablement les milieux.
parc national deux zones

Les parcs de Port-Cros, des Calanques et de la Guadeloupe ont une partie terrestre et une partie marine.

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Les critiques autour de la création d'espaces protégés

Certaines associations écologistes estiment que les espaces protégés ne couvrent qu'une surface limitée pour être pleinement efficaces. D'autres voix s'élèvent estimant que la protection de certains espaces se fait au détriment des populations. Il existe ainsi des conflits d'usage (tensions autour d'une ressource) entre différents acteurs.

Les associations écologistes reprochent à l'État d'avoir surtout privilégié des espaces à faible densité et peu aménagés, à la fois par facilité et pour ne pas trop nuire au développement économique. 

À l'échelle locale, la politique des parcs nationaux fait l'objet de vives critiques : on lui reproche de mettre certains espaces « sous cloche » au détriment des habitants.

En 2015, dans le parc de la Vanoise, 26 communes sur 28 ont refusé de renouveler la charte et ont donc quitté l'aire d'adhésion du parc national. Plusieurs motifs ont été invoqués :

  • Certaines stations de sports d'hiver (Tignes, Courchevel) ont reproché au parc de freiner leur extension et donc leur développement économique.
  • Les éleveurs de la Maurienne s'inquiètent devant la prolifération des marmottes et des loups qui nuisent à leurs troupeaux.
  • Les élus locaux considèrent l'adhésion au parc national comme trop contraignante.

Protéger un territoire peut mettre en lumière des conflits d'usage, c'est-à-dire des concurrences et rivalités entre plusieurs acteurs pour le contrôle, l'usage et la gestion d'un espace ou d'une ressource.

Dans le massif des Calanques, il est difficile de concilier les intérêts des multiples acteurs. Les écologistes et certains habitants sont favorables à une réglementation stricte, quitte à limiter la fréquentation touristique pour préserver certaines plantes et espèces de poissons et pour réduire les risques d'incendie. Certains élus et les professionnels du tourisme souhaiteraient pouvoir continuer à accueillir les estivants. Certains viticulteurs souhaitent pouvoir moderniser leur exploitation agricole. Enfin, les pêcheurs locaux et les plaisanciers ont été très réticents face à la création d'une aire marine protégée.

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La gestion des risques

Une politique de gestion des risques s'est progressivement mise en place en France, à partir des années 1980. Dans cette législation, la gestion des risques en France s'articule autour de trois axes : la connaissance des risques encourus par la population, la mise en place de mesures de prévention et la gestion des secours en cas de catastrophe. Cette politique de gestion des risques présente toutefois des limites.

gestion risques naturels
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 La connaissance des risques encourus par les populations

Une cartographie détaillée des zones à risques est réalisée, en fonction du type de risque et surtout du degré d'exposition des habitants. Aujourd'hui, un Plan de prévention des risques (PPR) doit être annexé au Plan local d'urbanisme (PLU) de chaque commune concernée, afin de définir une zone inconstructible par exemple. Chaque habitant doit pouvoir connaître les risques auxquels il s'expose sur son lieu de résidence. Ce travail d'information nécessite la mobilisation d'experts pour mieux comprendre le risque et éventuellement anticiper une catastrophe.

Pour prévenir les événements climatiques exceptionnels, Météo-France assure une vigilance météorologique depuis 2001 en publiant des cartes de vigilance accessibles par le public. Neuf phénomènes exceptionnels sont particulièrement suivis (vent violent, inondation, canicule, orage, avalanche, vague-submersion, etc.) et chaque département est classé selon 4 niveaux de vigilance du vert au rouge.

Plan de prévention des risques (PPR)

Un plan de prévention des risques (PPR) est un document établi par les services de l'État sous l'autorité du préfet dans le but de délimiter les zones à risque en vue d'en réduire l'occupation et d'informer les populations concernées. Il doit prévoir les plans de secours et d'évacuation.

Plan local d'urbanisme (PLU)

Un Plan local d'urbanisme (PLU) est un document de planification urbaine qui définit et règlemente l'usage des sols sur l'ensemble du territoire d'une commune. Il distingue notamment les zones constructibles, des zones agricoles et des zones naturelles.

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La mise en place des mesures de prévention 

Afin de limiter au maximum les conséquences des aléas naturels et technologiques, on peut mettre en place plusieurs mesures de sécurité comme des aménagements de protection et l'éducation de la population.

Les collectivités et l'État peuvent entreprendre des aménagements de protection comme les digues en zone littorale ou des bassins de rétention d'eau pour prévenir les risques de crue. Si cela est trop coûteux par rapport au nombre d'habitants concernés, l'État peut aussi exproprier ces habitants vivant en zone dangereuse.

Dans les communes de La Faute-sur-Mer et de L'Aiguillon-sur-Mer en Vendée, ravagées par la tempête Xynthia en 2010, des travaux de renforcement des digues ont été lancés : 688 maisons ont aussi été rachetées par l'État pour les détruire. Certains habitants ont voulu s'y opposer mais ont épuisé tous les recours juridiques en 2018. 

Les collectivités et l'État doivent éduquer les citoyens exposés aux risques sur les conduites à tenir. 

En milieu méditerranéen, des campagnes de sensibilisation sont mise en place pour prévenir les incendies de forêts qui sont à 90 % d'origine humaine. Ces campagnes s'adressent aux habitants, incités à débroussailler leur parcelle en dehors de la saison sèche, et aux touristes à qui l'on interdit parfois d'accéder à certains sites forestiers, dans les Calanques par exemple. 

Dans les zones exposées aux risques industriels, les citoyens sont sensibilisés sur les conduites à tenir en cas d'accident.

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 La gestion des secours en cas de catastrophe

La gestion des secours en cas de catastrophe se fait à l'échelle de la commune sur un Plan communal de sauvegarde, et à l'échelle départementale avec le plan ORSEC.

À l'échelle de la commune, la gestion de crise s'appuie sur un Plan communal de sauvegarde sous la responsabilité du maire. Il s'agit de mettre en place une procédure en cas d'aléa (alerter les habitants, définir un périmètre de sécurité, réquisitionner des lieux d'accueil, etc.) et de définir le rôle de chacun (élus, agents municipaux, habitants bénévoles, etc.). 

À l'échelle départementale, le préfet peut déclencher le plan ORSEC qui vise à coordonner les services de secours (pompiers, sécurité civile), d'évacuation et de protection (forces de l'ordre), d'assistance médicale (hôpitaux, médecins) et d'entraide.

Ces deux procédures se déroulent de façon complémentaire.

gestion secours catastrophe plan ORSEC
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Les limites de la gestion des risques

En France, même si elle s'améliore, la culture du risque demeure insuffisante chez de nombreux citoyens quel que soit l'aléa ou l'espace concerné. Les campagnes d'information sont fondamentales pour prévenir les imprudences. Cultiver la mémoire des catastrophes est également un moyen de sensibilisation. Il y a également un manque de transparence de la part des autorités, et parfois des motifs économiques priment sur la sécurité des citoyens. 

Certaines associations de riverains ou associations écologistes dénoncent un manque de transparence de la part des autorités. 

L'industrie nucléaire est souvent présentée comme très sûre :

  • On reproche aux autorités de minimiser les centaines d'incidents qui affectent chaque année des réacteurs nucléaires vieillissants. 
  • On dénonce la lenteur des acteurs de la filière pour mettre en place de nouvelles procédures de sécurité suite à la catastrophe de Fukushima de 2011.

Les arbitrages entre les intérêts économiques et la sécurité des populations compliquent la gestion des risques. Les élus locaux ont parfois des difficultés à concilier les demandes de leurs concitoyens, préoccupés par l'emploi ou le logement, et les services de l'État soucieux d'appliquer des règles strictes en matière de gestion des risques. Certaines municipalités n'hésitent pas à assouplir les règles d'urbanisme. 

En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'Insee estime que 17,5 % des logements construits entre 2010 et 2017 sont situés dans une zone inondable où le risque est modéré.