Les défis de la transition et du développement en AfriqueCours

Les mutations démographiques en Afrique australe sont marquées par la diversité des transitions démographiques et des rythmes d'urbanisation. Il existe de fortes inégalités entre les différents États mais également au sein même des pays.

Quelles sont les mutations démographiques en Afrique australe ? Quelles sont les inégalités de développement ?

I

Les mutations démographiques en Afrique australe

A

La diversité des transitions démographiques

1

La diversité des stades de transition démographique

On compte environ 163 millions de personnes en Afrique australe. Le pays le plus peuplé est l'Afrique du Sud, avec 55 millions d'habitants, suivie de l'Angola (30 millions d'habitants) et du Mozambique (29 millions).

Transition démographique

La transition démographique est le passage d'une situation démographique caractérisée par une fécondité et une mortalité qui sont élevées et s'équilibrent à peu près, à un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s'équilibrent également (d'après la définition de l'INED, Institut national des études démographiques).

La transition démographique
La transition démographique

© Wikimedia Commons

La plupart des pays d'Afrique sont encore aujourd'hui dans la phase 1 de leur transition démographique. L'amélioration progressive du niveau de développement permet peu à peu une diminution de la mortalité, tandis que la natalité et la fécondité restent fortes. La croissance démographique est donc élevée. Le taux de fécondité moyen est supérieur à 4 sur l'ensemble du continent africain.

Fécondité et transitions démographiques dans les États d'Afrique australe
Fécondité et transitions démographiques dans les États d'Afrique australe

L'Afrique australe se caractérise au sein de l'Afrique comme une région globalement plus avancée dans sa transition démographique. Le taux de fécondité moyen est inférieur à celui du continent, avec une moyenne un peu supérieure à 3 enfants par femme. On observe cependant d'importantes disparités :

  • L'Afrique du Sud a atteint la phase 3 de la transition démographique (avec un taux de fécondité d'environ 2,4 enfants par femme).
  • Plusieurs pays, notamment ceux du Nord de l'Afrique australe, ne sont encore que dans la première phase.
  • En Angola, le taux de fécondité est de 6,2 enfants par femme, avec un taux de natalité de 45 pour 1 000. 
  • Au Mozambique, le taux de fécondité est de 5,1 enfants par femme.
2

La diversité des rythmes de croissance de la population

La croissance de la population est encore rapide, les taux de mortalité ont commencé à nettement baisser dans les pays du Nord grâce à l'amélioration de la santé publique, alors que les taux de natalité demeurent encore élevés.

Les taux de mortalité sont de :

  • 9 pour 1 000 habitants en Angola ; 
  • 11 pour 1 000 habitants au Mozambique ; 
  • 7 pour 1 000 habitants en Namibie ; 
  • 10 pour 1 000 habitants au Zimbabwe.

Les taux de natalité sont de :

  • 45 pour 1 000 en Angola ; 
  • 38 pour 1 000 au Mozambique ; 
  • 29 pour 1 000 en Namibie ; 
  • 34 pour 1 000 au Zimbabwe.

L'accroissement naturel dans ces pays est ainsi souvent supérieur ou égal au taux moyen en Afrique et nettement plus élevé que dans les autres régions du monde (le taux moyen dans le monde est de 1,2 %).

Taux d'accroissement naturel

Le taux d'accroissement naturel est la différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité. 

Pour l'ensemble du continent africain, l'accroissement naturel est de 2,5 %. Il est de :

  • 3,6 % en Angola ; 
  • 2,7 % au Mozambique ; 
  • 2,2 % en Namibie ; 
  • 2,4 % au Zimbabwe.
B

La diversité des rythmes d'urbanisation

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La transition urbaine, un phénomène généralisé en Afrique

La population urbaine de l'Afrique augmente sans cesse depuis les années 1950, surtout lié à l'exode rural.

Le nombre de citadins en Afrique a presque doublé entre 1995 et 2015 et devrait considérablement augmenter d'ici 2035. Si le continent demeure en majorité rural, la population urbaine représente désormais plus de 40 % de la population totale du continent. Certaines prévisions estiment que le taux sera de 56 % en 2050. Dans la plupart des pays d'Afrique, la majorité de la population urbaine se concentre dans les plus grandes villes (mais on commence à observer une augmentation de l'attractivité des villes moyennes).

L'exode rural a d'abord largement expliqué ce phénomène d'urbanisation : des habitants des campagnes rejoignaient la ville où, malgré le risque de chômage, les salaires proposés étaient supérieurs à ceux pratiqués à la campagne. Désormais, l'essentiel de la croissance de la population urbaine s'explique par l'accroissement naturel de la population déjà installée en ville.

L'urbanisation dans les différentes régions d'Afrique
L'urbanisation dans les différentes régions d'Afrique

Département des affaires économiques et sociales

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L'Afrique australe, une région plus fortement urbanisée

Les différentes régions d'Afrique s'urbanisent à des rythmes différents. Les contrastes sont aussi importants au sein même de l'Afrique australe.

L'Afrique de l'Est est la moins urbanisée mais connaît l'urbanisation la plus rapide, tandis que l'Afrique australe, région la plus urbanisée, connaît désormais une urbanisation plus lente. 

Si le taux d'urbanisation a augmenté dans tous les pays d'Afrique australe, et si l'Afrique du Sud et le Botswana (pays qui a connu le rythme d'urbanisation le plus spectaculaire) ont une population en majorité urbaine, de nombreux pays ont encore moins du tiers de leur population qui habite en ville.

L'urbanisation en Afrique australe
L'urbanisation en Afrique australe

© Banque mondiale

II

Les fortes inégalités de développement entre les États d'Afrique australe

A

L'Afrique du Sud : un pays émergent intégré à la mondialisation

1

Un pays membre des BRICS

L'Afrique du Sud, comme l'ensemble des autres BRICS, bénéficie d'un taux de croissance économique annuel supérieur à ceux des pays européens,. Ses performances en font la première puissance de la région. 

BRICS

BRICS est une appellation englobant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Ces cinq pays sont de grandes puissances émergentes qui produisent plus de 20 % du PIB mondial et bénéficient de taux de croissance économique supérieurs à ceux des pays d'Europe ou d'Amérique du Nord.

Pays Population 2017 (en millions d'habitants) IDH 2017 PIB 2017 (en millions de dollars) Taux de croissance annuelle du PIB (2005−2015)
Brésil 209 0,759 2 278 936 + 3,5 %
Russie 144 0,816 1 680 005 + 7,5 %
Inde 1 339 0,640 2 629 542 + 7,8 %
Chine 1 409 0,752 10 161 012 + 10,9 %
Afrique du Sud 56 0,699 426 768 + 2,9 %

Indicateurs démographiques et économiques des BRICS
© Banque mondiale et PNUD, 2018 

La réussite économique de l'Afrique du Sud repose notamment sur l'exploitation des ressources minières et le développement du tourisme. L'organisation de la Coupe du monde de football en 2010 a renforcé sa renommée internationale.

Les échanges internationaux sont en croissance permanente et le pays est désormais intégré à la mondialisation. L'Union européenne est son premier client et fournisseur, mais la part des échanges avec l'Asie augmente régulièrement. Elle représente environ  \dfrac{1}{3} de son commerce extérieur.

Les investissements directs à l'étranger des entreprises d'Afrique du Sud représentent 74 % de tous ceux du continent africain. On y trouve aussi les quatre plus grandes banques africaines et huit des dix plus grandes multinationales d'Afrique.

IDE

Les IDE (Investissements directs à l'étranger) sont les dépenses réalisées à l'étranger par les entreprises d'un pays (créations d'usines, de filiales, rachat d'une entreprise, etc.).

De plus, l'Afrique du Sud est également candidate au Conseil de sécurité de l'ONU et seul membre africain du G20.

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Une puissance émergente limitée

L'Afrique du Sud reste un pays en développement : elle n'occupe que le 125e rang mondial pour le PIB par habitant et son influence diplomatique reste limitée.

Le PIB 2017 de l'Afrique du Sud est ainsi le plus faible parmi les PIB des BRICS. Par ailleurs son IDH demeure bien en deçà de l'IDH des pays les plus développés (qui se situe autour de 0,9) : elle se classe au 129e rang pour l'indice de développement humain. La situation sociale du pays reste très fragile :

  • les taux de chômages sont élevés ; 
  • la pauvreté persiste ;
  • la population noire reste victime de discrimination. 

 

L'influence diplomatique du pays demeure limitée faute de véritables moyens diplomatiques et militaires. L'influence de l'Afrique du Sud est contrée par les ambitions d'autres États, tels que l'Angola ou le Zimbabwe au sein de l'Afrique australe, le Nigeria ou le Sénégal à l'échelle du continent.

B

Les difficultés des autres États

1

Des performances économiques modestes

Les taux de croissance du PIB des États d'Afrique australe confirment les difficultés économiques.

Si le Mozambique et le Botswana bénéficient d'un rythme de croissance soutenu, les PIB en milliards de dollars sont très faibles (celui de la France est de 2 762 milliards de dollars en 2017, celui de la Chine de 12 237 milliards, celui des États-Unis de 21 345 milliards).

Indicateurs de développement de certains États d'Afrique australe 

© Banque mondiale et PNUD, 2018

Pays PIB 2017 Croissance du PIB en % par an (2017)
Botswana 17 2,36
Afrique du Sud 349 1,32
Namibie 13 - 0,8
Angola 124 0,7
Zimbabwe 17 1,6
Mozambique 12 3,7

Les perspectives de progrès sont également confrontées à des obstacles majeurs : 

  • taux de chômage élevé (en particulier des jeunes) ; 
  • endettement croissant dans certains pays ; 
  • tensions politiques. 

 

Les États qui bénéficient de richesses minières importantes (l'Afrique du Sud et le Botswana, mais aussi le Zimbabwe, le Mozambique, l'Angola) sont pénalisés par deux difficultés : 

  • d'une part, leur économie est trop dépendante de cette activité et soumise aux fluctuations du marché contrôlé par les grandes puissances économiques ; 
  • d'autre part, l'exploitation des ressources est souvent aux mains de grandes entreprises internationales.
2

Des États en retard dans leur développement

L'IDH de certains États d'Afrique australe est tellement faible que ces pays comptent parmi les PMA (Pays les moins avancés) du monde.

L'Angola, la Namibie, le Mozambique ont ainsi un IDH inférieur à 0,6 qui les classe dans la catégorie des pays les plus en difficulté.

L'IDH dans les États d'Afrique australe
L'IDH dans les États d'Afrique australe

© PNUD, 2018

III

Les fortes inégalités au sein des États

A

Des territoires marqués par l'héritage de l'apartheid

L'apartheid est une politique de développement séparé qui entraîne une discrimination des populations noires. Cette politique a fortement marqué les territoires d'Afrique australe.

La politique de ségrégation des populations noires est officialisée en Afrique du Sud par les lois de 1913 puis de 1923. Ces lois officialisent le confinement des populations noires dans des réserves rurales puis organisent la ségrégation urbaine. Les Afrikaners blancs organisent ensuite une prise de contrôle de toutes les instances de pouvoir politiques, économiques et culturels du pays. L'apartheid s'impose à partir des années 1950 comme le système de gouvernement et comme le modèle d'une société au sein de laquelle les libertés de déplacement des Noirs sont limitées. Des lieux leur sont interdits, les identités raciales deviennent officielles, les couples et mariages mixtes sont proscrits.

Si des tentatives de résistance s'organisent, elles sont longtemps mises en échec : en 1963−1965, Nelson Mandela est condamné à la prison à vie, tandis que de nombreuses organisations sont contrées et de nombreux militants anti-apartheid sont contraints à l'exil. Il faut attendre les difficultés économiques qui fragilisent le pays dans les années 1970, l'indépendance acquise par les colonies voisines et la montée de l'opposition internationale pour que se termine le système d'apartheid. Sa fin officielle est proclamée en 1994. Pourtant, si la ségrégation n'existe plus officiellement, elle demeure forte dans les territoires.

De nombreux États d'Afrique australe, en particulier le Zimbabwe, ont connu la mise en œuvre de mesures ségrégationnistes au cours du XXe siècle. La ségrégation s'opérait par le déplacement des populations non blanches des villes vers des réserves situées à la campagne, à des dizaines voire des centaines de kilomètres du centre urbain.

Les populations noires étaient ainsi concentrées sur des territoires réduits, dont les terres étaient les moins fertiles, tandis que les grandes propriétés agricoles restaient aux mains de fermiers blancs.

B

Une ségrégation socio-spatiale toujours forte

1

Dans les villes

Les anciens quartiers réservés aux Noirs, les townships, restent des bidonvilles marqués par une grande pauvreté, un manque de confort et d'équipement, la précarité des abris et la violence causée par la criminalité.

Dans les bidonvilles, il n'y a pas d'eau courante, pas de gestion des eaux usées ni des déchets, pas de réseau d'électricité.

Ces quartiers ne sont souvent séparés d'espaces résidentiels aisés (villas avec vastes jardins et piscines) ou de quartiers d'affaires très modernes que par une avenue ou une autoroute.

Les quartiers riches et le bidonville de la ville de Johannesburg
Les quartiers riches et le bidonville de la ville de Johannesburg

© Google Earth

Croisé aux abords du stade d'Alexandra, l'un des townships les plus anciens de Johannesburg, Zion Godknows oscille entre colère et désarroi : « Faites le tour et vous verrez comme c'est sale, vous verrez à quel point nous avons été abandonnés par ce gouvernement de rapaces. » [...] Car à lui seul, le township d'Alexandra concentre tous les maux de la société sud-africaine : des conditions sanitaires désolantes, un chômage hors norme et une criminalité hors de contrôle. [...]

Given Mkhize, 28 ans et sans emploi, fait la visite. Il suffit de faire quelques mètres hors du stade pour tomber sur ces latrines en préfabriqué qui horripilent les habitants. « Il n'y a pas de chasse d'eau », déplore le jeune homme. [...]

En haut du chemin en terre qui borde les latrines, Ndambi, 36 ans, lave son linge dans une bassine. Derrière elle se trouve sa baraque en tôle, un réduit de quelques mètres carrés où tiennent un lit double et une armoire. Au plafond, une poutre en bois, fissurée, menace de s'effondrer. Des couvertures sont placardées au mur, car le thermomètre s'approche de zéro en hiver. [...] Un homme approche, les yeux vitreux. La jeune femme le rabroue, et alors qu'il s'éloigne, lâche : « Eish, la nyaope… » Drogue du désespoir dont la dépendance mène très facilement à la criminalité, ce cocktail de résidus de cannabis et héroïne fait des ravages dans les quartiers pauvres.

Témoignages d'habitants du bidonville d'Alexandra, Le Monde

5 mai 2019

Les contrastes sociaux traduisent encore souvent des inégalités entre populations noire et blanche. On compte ainsi en Afrique du Sud 25 % de Noirs qui gagnent moins de 80 euros par mois et 1 % qui ont plus de 1 500 euros de revenus mensuels, contre respectivement 2 % et 23 % pour les Blancs.

2

Des inégalités régionales

Les inégalités régionales sont fortes au sein de chacun des États, avec un premier contraste entre les campagnes et les villes, mais également entre l'intérieur des territoires et les littoraux.

  • Les campagnes se caractérisent par des taux de pauvreté (part de la population vivant sous le seuil de pauvreté) très importants. 
  • Les villes, dont les plus grandes concentrent les richesses, sont les espaces de la modernisation.

En Zambie, en 2017, le taux de pauvreté est de 77 % dans les campagnes contre 27 % dans les villes. Au Mozambique, l'écart est moins important : 57 % dans les campagnes et 49 % dans les villes.

Des inégalités se creusent également entre l'intérieur des territoires et les littoraux, qui profitent de l'essor économique des grandes zones portuaires (exportation des ressources minières).