Protection des milieux et gestion des risques en FranceCours

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Comment différents acteurs interviennent-ils pour protéger les milieux et prévenir les risques en France ?

I

Des milieux fragilisés et une société française exposée aux risques

A

Les conséquences des pressions humaines sur les milieux

1

L'impact de l'artificialisation

On estime qu'environ 10 % du territoire français est artificialisé, c'est-à-dire que les sols naturels ou agricoles ont été transformés par des constructions : logements, infrastructures de transports, zones commerciales, etc. 

Cette artificialisation ne cesse de progresser avec l'étalement urbain et la littoralisation des hommes et des activités (industries, tourisme). Elle transforme les paysages et bouleverse les milieux en causant diverses perturbations des cycles naturels. 

Dans le Languedoc, certaines côtes qui étaient autrefois des marais maritimes ont été aménagés en stations balnéaires dans les années 1960. 

Sur la Côte d'Azur, la croissance de la population et des activités touristiques s'est traduite par un bétonnage de certaines côtes et un mitage des paysages. 

Dans certains estuaires, l'extension des infrastructures portuaires a entraîné la réduction des zones humides, riches en biodiversité et utiles aux migrations des oiseaux.

Mitage

Le mitage est une construction de bâtiments effectuée de façon très dispersée, souvent des pavillons, liée à la périurbanisation, c'est-à-dire l'étalement des villes sur les espaces ruraux. En perdant leur homogénéité, les paysages se trouvent dégradés par ce « grignotage ».

2

L'impact des activités humaines 

Les activités humaines contribuent à la pollution des eaux, des sols et de l'air. Pour assurer des rendements élevés, l'agriculture française utilise encore beaucoup d'intrants chimiques : engrais et pesticides. Les surfaces cultivées en agriculture biologique ne s'élèvent qu'à 2 millions d'hectares soit 7,5 % de la surface agricole utile française en 2018. Les activités agricoles contribuent aux deux tiers de la pollution des sols, des cours d'eau et des nappes phréatiques en France.

En Bretagne, l'usage d'engrais azotés et les rejets des élevages industriels provoquent de fortes concentrations en nitrates dans les eaux. Les coûts du traitement des eaux consommées par les habitants sont les plus élevés de France. Certaines nappes phréatiques deviennent périodiquement inutilisables. De même, ces nitrates favorisent la prolifération de certaines plantes invasives, détruisant les milieux aquatiques dans les cours d'eau. Sur le littoral breton, ce sont les algues vertes qui envahissent périodiquement les plages, obligeant les municipalités à les nettoyer pour ne pas nuire aux activités touristiques. En se décomposant, ces algues dégagent du sulfure d'hydrogène, un gaz potentiellement mortel.

La plage de la pointe du Grouin en Baie de Saint-Brieuc envahie par les algues vertes
La plage de la pointe du Grouin en Baie de Saint-Brieuc envahie par les algues vertes

Colsu, 1er septembre 2017, © Wikipédia

3

Des projets d'aménagement contestés

En raison de leurs impacts, certains projets d'aménagement peuvent faire l'objet de conflits environnementaux. Plusieurs acteurs (État, collectivités, entreprises privées, citoyens, associations) s'opposent sur l'opportunité d'un aménagement, sur les risques et les nuisances que cela peut générer. Les motifs de contestation sont plus ou moins récurrents. La plupart ne contestent pas l'intérêt d'un aménagement en soi, mais souhaiteraient qu'il soit implanté loin de chez eux. C'est ce que l'on appelle le syndrome NIMBY. Plusieurs arguments reviennent dans l'opposition à ces projets :

  • la défense d'activités traditionnelles comme l'élevage en montagne ou la pêche ; 
  • l'inquiétude des collectivités locales sur les coûts et l'utilité réelle d'un aménagement ;
  • l'hostilité à l'implantation de parcs éoliens au nom de la défense des paysages ;
  • la préservation de l'environnement  : respect de la biodiversité, risques de pollutions, dangerosité pour les riverains.

Le projet d'enfouissement de déchets radioactifs sur le site de Bure dans la Meuse est vivement contesté. 

Syndrome NIMBY

NIMBY signifie not in my backyard, c'est-à-dire « pas dans mon arrière-cour ». En géographie, ce syndrome désigne l'attitude ambiguë des habitants, favorables à un projet d'aménagement sur le principe parce qu'ils pourraient en tirer avantage, mais qui s'y opposent finalement car ils ne veulent pas en subir les nuisances.

Près de Nantes, le projet d'implanter un aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes a fait l'objet d'une longue bataille depuis le début des années 2000. Alors qu'il était globalement soutenu à l'échelle nationale et approuvé dans la région par référendum, les populations locales se sont fortement mobilisées contre. Habitants inquiets des nuisances, agriculteurs expropriés et écologistes soucieux de préserver les milieux humides ont transformé le site à aménager en « zone à défendre » (ZAD). Finalement, le gouvernement a abandonné le projet en janvier 2018.

ZAD ou « zone à défendre » 

Une ZAD est un squat à l'air libre ou campement installé sur le site d'un projet d'aménagement par des militants qui s'y opposent.

Des manifestants hostiles au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes créent une ZAD.
Des manifestants hostiles au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes créent une ZAD.

Llann Wé, 17 novembre 2012, © Wikipédia

Dans le Nord-Ouest de la Guyane, un projet de mine industrielle à ciel ouvert a été lancé par la compagnie Montagne d'or, une société russo-canadienne, pour explorer et extraire de l'or pendant 12 ans à partir de 2021. En 2018, un débat public a été lancé. Les industriels ont mis en avant la rentabilité économique du projet, les retombées fiscales pour la Guyane et l'État ainsi que la création d'environ 3 700 emplois directs et indirects pour les habitants. De leur côté, des habitants, des élus locaux, des associations écologistes et des organisations amérindiennes contestent le projet en raison des risques pour l'environnement et les populations : pollution des sols au cyanure, destruction de la forêt, risque d'inondation et de glissement de terrain, forte consommation d'eau et d'énergie. En mai 2019, le conseil de défense écologique a jugé ce projet « incompatible » avec les objectifs environnementaux du gouvernement, mais le projet n'est toutefois pas abandonné.

Conseil de défense écologique 

Le Conseil de défense écologique est un organe consultatif créé en 2019 pour orienter la politique du gouvernement français en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité et de protection des milieux et des ressources.

Un exemple d'exploitation minière en forêt guyanaise
Un exemple d'exploitation minière en forêt guyanaise

Nateko, Décembre 2006, © Wikipédia

Depuis le début des années 2010, dans le cadre du Grand Paris, l'idée a été émise d'implanter sur la commune de Gonesse, entre les aéroports de Roissy et du Bourget, un vaste complexe de loisirs de 80 hectares : EuropaCity. Ce projet urbain doit accueillir des équipements culturels, des hôtels, des équipements sportifs, des commerces. Prévu pour 2027, il devrait créer plusieurs milliers d'emplois. Ce projet est toutefois contesté :

  • en raison de la densité de zones commerciales en Île-de-France : il entrerait en concurrence avec d'autres territoires ;
  • sur le plan environnemental, en raison des atteintes à la biodiversité et l'imperméabilisation des sols. 

 

Les agriculteurs dénoncent l'étalement urbain au détriment des paysages agricoles. En 2017, une nouvelle version du projet a été proposée, elle met l'accent sur son caractère éco-responsable, notamment en maximisant l'usage des transports collectifs. Les travaux ont débuté en 2019.

Les opposants au projet d'EuropaCity installent des potagers sur le site pour dénoncer la disparition des paysages agricoles.  
Les opposants au projet d'EuropaCity installent des potagers sur le site pour dénoncer la disparition des paysages agricoles.  

VVVCFFrance, Mai 2018, © Wikipédia

B

Des risques pour la population française accrus par l'anthropisation

1

Les risques naturels en France

Après l'Italie, la France est le deuxième pays européen le plus exposé aux risques naturels. 

Les principaux aléas naturels sont d'origine climatique. En métropole, 1 Français sur 4 vit en zone inondable. Chaque année, les inondations provoquent environ 700 millions d'euros de dégâts. Les régions méditerranéennes sont particulièrement exposées, notamment lors des épisodes cévenols en automne et parfois au printemps. Des aléas d'ampleur exceptionnelle font des victimes et d'importants dégâts. 

En août 2003, environ 19 000 personnes sont décédées suite à un épisode de canicule d'une durée de deux semaines. Celle-ci a eu des conséquences durables sur l'agriculture et les forêts françaises. 

En février 2010, la tempête Xynthia s'est accompagnée d'une submersion du littoral vendéen et charentais, faisant 47 morts. Chaque année, les îles de la zone intertropicale sont concernées par le risque cyclonique. 

En septembre 2017, l'ouragan Irma a causé la mort d'une quinzaine de personnes dans les Antilles françaises, dévastant à 95 % les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Les dégâts ont été estimés à 1,9 milliard d'euros.

Le changement climatique devrait créer en France une plus grande récurrence de certains aléas climatiques : 

  • des épisodes de sècheresse et de canicule plus fréquents ;
  • un risque d'inondation accru avec une multiplication des phénomènes météorologiques exceptionnels tels que des tempêtes ;
  • les espaces des milieux méditerranéens soumis au risque d'incendies pourraient s'étendre vers le nord.
Épisode cévenol ou méditerranéen 

L'épisode cévenol est un phénomène météorologique brutal typique du milieu méditerranéen qui se produit souvent à l'automne. Lorsque l'air chaud et humide remonte de la mer et entre contact avec de l'air froid au niveau des reliefs, de violents orages se produisent et provoquent de fortes pluies. Il tombe en quelques heures l'équivalent de plusieurs mois de précipitations, ce qui entraîne des inondations et des coulées de boue.

-

Les risques telluriques affectent des portions relativement limitées de notre territoire. Les milieux montagnards sont particulièrement concernés par les glissements de terrain ainsi que les avalanches. 

Au cours des 10 dernières années, entre octobre 2007 et avril 2018, les avalanches ont fait 337 victimes, principalement dans les Alpes. L'augmentation de certaines pratiques touristiques comme le ski hors-piste ou la randonnée accroît ces risques.

En matière de séisme, la France métropolitaine est un territoire à sismicité modérée dans certaines régions. De niveau moyen dans les Pyrénées et les Alpes, le risque est plus modéré en Vendée, dans le Massif central, dans le Jura et en Alsace. Les séismes qui se produisent chaque année ne font pas de victimes et n'occasionnent pas de dégâts majeurs en métropole. Certains territoires d'outre-mer sont davantage affectés par les séismes et le volcanisme. La France compte trois volcans en activité : la Soufrière en Guadeloupe et la montagne Pelée en Martinique qui sont en repos éruptif et le Piton de la Fournaise sur l'île de La Réunion qui est l'un des plus actifs de la planète. Ses éruptions régulières, tous les neuf mois en moyenne, ne constituent pas un risque majeur dans la mesure où les coulées de lave ne menacent ni les populations ni des aménagements majeurs.

Une éruption du Piton de la Fournaise, sur l'île de La Réunion en 2007  
Une éruption du Piton de la Fournaise, sur l'île de La Réunion en 2007  

Aurélien Théau, Avril 2007, © Wikipédia

2

Les risques industriels et technologiques

Les risques technologiques sont présents dans les villes qui disposent de raffineries, d'industries chimiques, d'entrepôts de stockage de produits dangereux, de centrales nucléaires. 

La France compte 1 171 sites Seveso, dont 656 particulièrement dangereux présentant un risque majeur. Environ deux tiers de la population française vit à moins de 100 km d'une centrale nucléaire. Ces risques peuvent être à l'origine de catastrophes : fuites toxiques, incendies, explosions. 

En septembre 2001, avec l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, la France connaît sa plus grande catastrophe industrielle depuis le milieu du XXe siècle. L'explosion d'un entrepôt d'engrais a entraîné la mort de 31 personnes, fait environ 2 700 blessés et occasionné près de 2 milliards d'euros de dégâts. 

La concentration des flux de transports sur des axes majeurs augmente les risques technologiques. 

En mars 1999, un camion a provoqué un violent incendie dans le tunnel du Mont-Blanc, faisant 39 morts. 

Au début des années 2000, le littoral atlantique a été impacté par deux marées noires suite au naufrage de deux pétroliers : l'Erika en 1999 et le Prestige en 2002.

Site Seveso

Un site Seveso est un site industriel dangereux qui a été répertorié en fonction du niveau de risque qu'il présente pour les populations exposées. En fonction de la dangerosité, on distingue un « seuil bas » et un « seuil haut ». Cette classification a été créée par la directive européenne Seveso (1982) en mémoire d'un accident chimique survenu dans la commune de Seveso dans le Nord de l'Italie en 1976. Modifiée à deux reprises jusqu'en 2012, elle place ces sites sous une étroite surveillance des autorités publiques.

Dans les espaces urbanisés, la pollution atmosphérique est une question préoccupante pour la société. Elle est liée aux activités industrielles, à la circulation routière et aux équipements urbains (chauffage, climatisation). Les mesures scientifiques indiquent qu'elle est en nette régression en France depuis les années 1950. Les citoyens davantage sensibilisés s'inquiètent des conséquences sanitaires lors des pics de pollution qui sont désormais très médiatisés. Ces épisodes de pollution, qui surviennent avec des conditions météorologiques spécifiques, concernent principalement les zones très urbanisées : Île-de-France, région lilloise, région lyonnaise, Côte d'Azur et certaines vallées alpines comme la vallée de l'Arve. En 2016, certaines études indiquent que les pollutions aux particules fines seraient à l'origine de 42 000 à 48 000 décès prématurés en France.

II

Protéger les milieux et gérer les risques en France

A

Des réponses multiples pour préserver les milieux

Dès la fin du XIXe siècle, l'idée qu'il faut préserver certains milieux naturels émerge en France. À l'époque, on lance des politiques de reboisement, notamment en montagne. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour qu'une conscience environnementale émerge et que l'État prenne pleinement en charge la préservation des milieux. Aujourd'hui, cette protection qui prend plusieurs formes fait intervenir de multiples acteurs et se décline à plusieurs échelles.

1

Légiférer pour protéger les milieux et l'environnement

Depuis les années 1960, une législation est mise en place et destinée à réglementer l'usage de certains espaces. Ces lois se sont multipliées et ont gagné en précision au point de faire émerger un véritable droit à l'environnement. 

En 2005, une Charte de l'environnement a été intégrée à la Constitution de la Ve République. La préservation des milieux est donc devenue une préoccupation majeure pour les citoyens.

Les principales lois portant sur la protection de l'environnement en France
Les principales lois portant sur la protection de l'environnement en France

Ces outils juridiques permettent :

  • de réglementer les aménagements ;
  • de protéger certains espaces ;
  • d'orienter les politiques économiques vers un développement plus viable ;
  • de lutter contre les dégradations environnementales. 

 

Cette législation nationale cherche à répondre aux objectifs fixés par les directives de l'Union européenne. La directive « habitats » de 1992 pousse les pays européens à préserver la biodiversité en protégeant des habitats naturels, la faune et la flore sauvages.

À l'échelle internationale, la France s'engage dans des politiques de protection de l'environnement. 

  • En 1971, la France a ratifié la convention de Ramsar (Iran) qui porte sur la conservation des zones humides. Conformément à cette convention, la France a classé 48 sites Ramsar pour les préserver, dont la baie de Somme, la Camargue, les étangs de la Brenne, etc.
  • En décembre 2015, la France organise une grande conférence sur le climat (COP 21) à Paris. Elle aboutit à un accord international qui vise à contenir le réchauffement climatique à moins de 2° C en 2100 par rapport au XIXe siècle par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La loi de transition énergétique de 2015 entre ainsi pleinement dans cet objectif.
Une loi de Transition énergétique pour une croissance verte
Une loi de Transition énergétique pour une croissance verte
2

Créer des aires protégées

À plusieurs échelles, différents acteurs créent des aires protégées. 

Depuis 1960, l'État peut créer un parc national. Il s'agit d'un espace terrestre ou maritime qui présenterait un « intérêt spécial » en matière de milieu naturel, de biodiversité, de paysage ou de patrimoine culturel. Le premier a été créé en 1963 : il s'agit du parc de la Vanoise dans les Alpes.

Le lac des Vaches dans le parc national de la Vanoise dans les Alpes
Le lac des Vaches dans le parc national de la Vanoise dans les Alpes

Ibex73, 27 juillet 2013, © Wikipédia

La France compte 10 parcs nationaux dont 3 sont localisés en outre-mer. Ils couvrent un peu moins de 8 % du territoire national. Chaque parc est constitué de deux zones :

  • une « zone cœur » où la réglementation est très stricte, les aménagements extrêmement limités avec parfois des « réserves intégrales » inaccessibles au public ;
  • en périphérie, une « aire d'adhésion » où les communes voisines négocient et signent, pour 15 ans, une charte qui liste des actions pour valoriser le patrimoine et les paysages locaux, développer économiquement leur territoire tout en préservant durablement les milieux.

 

Les parcs de Port-Cros, des Calanques et de la Guadeloupe ont une partie terrestre et une partie marine.

Schéma d'organisation d'un parc national terrestre et maritime
Schéma d'organisation d'un parc national terrestre et maritime
3

Critiques et débats autour de la création d'espaces protégés

Certaines associations écologistes estiment que les espaces protégés ne couvrent qu'une surface limitée pour être pleinement efficaces. Elles reprochent à l'État d'avoir surtout privilégié des espaces à faible densité et peu aménagés, à la fois par facilité et pour ne pas trop nuire au développement économique. 

À l'échelle locale, la politique des parcs nationaux fait l'objet de vives critiques : on lui reproche de mettre certains espaces « sous cloche » au détriment des habitants.

En 2015, dans le parc de la Vanoise, 26 communes sur 28 ont refusé de renouveler la charte et ont donc quitté l'aire d'adhésion du parc national. Plusieurs motifs ont été invoqués :

  • Certaines stations de sport d'hiver (Tignes, Courchevel) ont reproché au parc de freiner leur extension et donc leur développement économique. 
  • Les éleveurs de la Maurienne s'inquiètent devant la prolifération des marmottes et des loups qui nuisent à leurs troupeaux. 
  • Les élus locaux considèrent l'adhésion au parc national comme trop contraignante.

Protéger un territoire peut mettre en lumière des conflits d'usage surtout dans des espaces soumis à de fortes pressions humaines et économiques.

Conflit d'usage 

Un conflit d'usage correspond aux concurrences et rivalités entre plusieurs acteurs pour le contrôle, l'usage et la gestion d'un espace ou d'une ressource.

Dans le massif des Calanques, il est difficile de concilier les intérêts des multiples acteurs. Les écologistes et certains habitants sont favorables à une réglementation stricte, quitte à limiter la fréquentation touristique pour préserver certaines plantes et espèces de poissons et pour réduire les risques d'incendie. Certains élus et les professionnels du tourisme souhaiteraient pouvoir continuer à accueillir les estivants. Certains viticulteurs souhaitent pouvoir moderniser leur exploitation agricole. Enfin, les pêcheurs locaux et les plaisanciers ont été très réticents face à la création d'une aire marine protégée.

Finalement, pour être pleinement efficace, la protection des milieux doit s'appuyer sur la concertation et la coopération de tous les acteurs, et ce à toutes les échelles. La protection des milieux doit être conçue comme une nouvelle manière de les valoriser, en y permettant un développement économique respectueux de l'environnement.

B

Gérer les risques en France

1

Une politique basée sur : connaître, prévenir et secourir

Une politique de gestion des risques s'est progressivement mise en place en France, à partir des années 1980. À noter que ce sont les grandes catastrophes de ces dernières décennies, comme la tempête de 1999 ou l'explosion de l'usine AZF en 2001, qui ont accéléré la prise de conscience des gouvernants et des citoyens.

Les principales lois portant sur la gestion des risques en France
Les principales lois portant sur la gestion des risques en France

Dans cette législation, la gestion des risques en France s'articule autour de trois axes. 

 

a. Connaître les risques encourus par les populations

Une cartographie détaillée des zones concernées est réalisée, en fonction du type de risque et surtout du degré d'exposition des habitants. Aujourd'hui, un Plan de prévention des risques doit être annexé au Plan local d'urbanisme (PLU) de chaque commune concernée, afin de définir une zone inconstructible par exemple. Chaque habitant doit pouvoir connaître les risques auxquels il s'expose sur son lieu de résidence. Ce travail d'information nécessite la mobilisation d'experts pour mieux comprendre le risque et éventuellement anticiper une catastrophe.

Les volcans des territoires d'outre-mer sont sous étroite surveillance des scientifiques qui, avec des capteurs, analysent les mouvements sismiques, la composition des gaz, la température, etc. 

Pour prévenir les événements climatiques exceptionnels, Météo France assure une vigilance météorologique depuis 2001 en publiant des cartes de vigilance accessibles par le public. Neuf phénomènes exceptionnels sont particulièrement suivis (vent violent, inondation, canicule, orage, avalanche, vague-submersion, etc.) et chaque département est classé selon 4 niveaux de vigilance du vert au rouge.

Plan de prévention des risques (PPR) 

Un plan de prévention des risques (PPR) est un document établi par les services de l'État sous l'autorité du préfet dans le but de délimiter les zones à risque en vue d'en réduire l'occupation et d'informer les populations concernées. Il doit prévoir les plans de secours et d'évacuation.

Plan local d'urbanisme (PLU)

Un Plan local d'urbanisme (PLU) est un document de planification urbaine qui définit et règlemente l'usage des sols sur l'ensemble du territoire d'une commune. Il distingue notamment les zones constructibles, des zones agricoles et des zones naturelles.

b. Mettre en place des mesures de prévention

Afin de limiter au maximum les conséquences des aléas naturels et technologiques, les autorités disposent de plusieurs outils pour protéger les populations :

  • Les collectivités et l'État peuvent entreprendre des aménagements de protection comme les digues en zone littorale ou des bassins de rétention d'eau pour prévenir les risques de crues. Si cela est trop coûteux par rapport au nombre d'habitants concernés, l'État peut aussi exproprier ces habitants vivant en zone dangereuse.

Dans les communes de La Faute-sur-Mer et de L'Aiguillon-sur-Mer en Vendée, ravagées par la tempête Xynthia en 2010, des travaux de renforcement des digues ont été lancés : 688 maisons ont aussi été rachetées par l'État pour les détruire. Certains habitants ont voulu s'y opposer mais ont épuisé tous les recours juridiques en 2018. 

  • Les collectivités et l'État doivent éduquer les citoyens exposés aux risques sur les conduites à tenir. 

En milieu méditerranéen, des campagnes de sensibilisation sont mise en place pour prévenir les incendies de forêts qui sont à 90 % d'origine humaine. Ces campagnes s'adressent aux habitants, incités à débroussailler leur parcelle en dehors de la saison sèche, et aux touristes à qui l'on interdit parfois d'accéder à certains sites forestiers, dans les Calanques par exemple. 

Dans les zones exposées aux risques industriels, les citoyens sont sensibilisés sur les conduites à tenir en cas d'accident.

 

c. Réfléchir en termes de gestion des secours en cas de catastrophe

  • À l'échelle de la commune, la gestion de crise s'appuie sur un Plan communal de sauvegarde sous la responsabilité du maire. Il s'agit de mettre en place une procédure en cas d'aléa (alerter les habitants, définir un périmètre de sécurité, réquisitionner des lieux d'accueil, etc.) et de définir le rôle de chacun (élus, agents municipaux, habitants bénévoles, etc.). 
  • À l'échelle départementale, le préfet peut déclencher le plan ORSEC qui vise à coordonner les services de secours (pompiers, sécurité civile), d'évacuation et de protection (forces de l'ordre), d'assistance médicale (hôpitaux, médecins) et d'entraide.

 

Ces deux procédures se déroulent de façon complémentaire.

Comprendre la gestion des risques
Comprendre la gestion des risques
2

Les limites de la gestion des risques

En France, même si elle s'améliore, la culture du risque demeure insuffisante chez nombre de citoyens quel que soit l'aléa ou l'espace concerné. Les campagnes d'information demeurent fondamentales pour prévenir les imprudences. Cultiver la mémoire des catastrophes est également un moyen de sensibilisation. 

Certaines associations de riverains ou écologistes dénoncent un manque de transparence de la part des autorités. 

L'industrie nucléaire est souvent présentée comme très sûre :

  • On reproche aux autorités de minimiser les centaines d'incidents qui affectent chaque année des réacteurs nucléaires vieillissants. 
  • On dénonce la lenteur des acteurs de la filière pour mettre en place de nouvelles procédures de sécurité suite à la catastrophe de Fukushima de 2011.

Les arbitrages entre les intérêts économiques et la sécurité des populations compliquent la gestion des risques. Les élus locaux ont parfois des difficultés à concilier les demandes de leurs concitoyens, préoccupés par l'emploi ou le logement, et les services de l'État soucieux d'appliquer des règles strictes en matière de gestion des risques. Certaines municipalités, dans les régions où la pression foncière est forte, n'hésitent pas à assouplir les règles d'urbanisme. 

En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'Insee estime que 17,5 % des logements construits entre 2010 et 2017 sont situés dans une zone inondable où le risque est modéré.

Comme pour la protection des milieux, la gestion des risques implique une concertation entre tous les acteurs, à toutes les échelles. Cela passe également par un gros travail de sensibilisation afin que le citoyen devienne lui-même un acteur de sa sécurité.

  • Les aménagements et les activités humaines contribuent à une forte dégradation des milieux naturels.
  • Signes d'une prise de conscience de la part des citoyens, les projets d'aménagement font de plus en plus l'objet de conflits environnementaux entre différents acteurs, à plusieurs échelles.
  • Les risques naturels en France sont principalement d'origine climatique, avec des aléas qui pourraient devenir plus récurrents sous les effets du changement climatique. Si le nombre de victimes reste limité, les dégâts matériels sont souvent importants.
  • L'urbanisation et la littoralisation des hommes et des activités augmentent la vulnérabilité des populations aux risques naturels et technologiques.
  • Depuis les années 1960, l'État met en place des outils juridiques pour réglementer les usages des espaces et les aménager afin de préserver les milieux et d'orienter les politiques vers un développement économique plus durable.
  • De l'Union européenne aux collectivités territoriales, plusieurs acteurs œuvrent pour sanctuariser certains espaces afin de protéger les milieux à la biodiversité.
  • Cette politique de sanctuarisation rencontre des limites quand elle se heurte à des intérêts économiques et qu'elle ne s'appuie pas sur une concertation de l'ensemble des acteurs concernés, y compris les habitants.
  • La gestion des risques s'articule autour de trois axes : la connaissance du risque pour mieux le prévenir, la prévention pour en limiter les conséquences et enfin l'organisation des secours en cas de catastrophe.
  • Gérer les risques implique de concilier les intérêts économiques et la sécurité des populations. Cela nécessite la concertation de l'État, des collectivités territoriales et des citoyens.