Introduction : qu’est-ce que l’environnement ?Cours

Aujourd'hui, les problèmes liés à la pollution et la destruction de l'environnement sont globaux et concernent toute l'humanité. Les enjeux environnementaux placent l'être humain au centre de la réflexion des rapports nature-société. Le temps de l'environnement est celui du long terme. Le temps des hommes et de la politique est celui du court terme : la population reste peu sensible aux questions environnementales tant qu'elle n'en subit pas réellement les effets.

I

L'environnement : une notion scientifique

L'environnement est d'abord une notion scientifique. On peut remonter à Darwin pour expliquer la naissance de l'idée de l'évolution de l'être humain dans un environnement particulier. L'être humain est le résultat de son milieu, l'environnement dans lequel il évolue a un impact sur lui. Les premiers penseurs à prendre conscience de la notion d'environnement sont américains.

Les résultats des travaux du naturaliste anglais Charles Darwin (1809−1882), et notamment son ouvrage L'Origine des espèces (1859), ont révolutionné la biologie. En s'appuyant sur les travaux de Jean-Baptiste de Lamarck, il estime que toutes les espèces ont évolué au cours du temps à partir d'un seul ou un nombre réduit d'ancêtres communs et en fonction d'un processus appelé la « sélection naturelle ». Au sein d'une même espèce, les individus les plus adaptés à leur milieu se reproduisent davantage que les autres. C'est un bouleversement de la vision traditionnelle chrétienne qui considère que les espèces sont des créations divines, aux caractéristiques immuables et indépendantes les unes des autres. C'est une des pierres à l'édifice de la réflexion sur la place de l'être humain dans son environnement et dans le temps.

« La théorie de l'évolution au sens darwinien du terme est actuellement le meilleur cadre conceptuel que nous ayons à notre disposition pour comprendre rationnellement l'instabilité du vivant, pour penser un monde naturel essentiellement dynamique. »

Hervé Le Guyader, biologiste à l'université Pierre-et-Marie-Curie, Paris-VI

Ce sont notamment les travaux des géographes français qui montrent que les éléments physiques (relief, climat, végétation, etc.) ont une influence sur l'être humain et ses activités.

Les premières prises de conscience de l'importance de penser les conséquences de l'être humain sur l'environnement viennent de penseurs américains. Le philosophe et poète Henry Thoreau (1817−1862) et l'écrivain John Muir (1838−1914) dénoncent les méfaits de l'agriculture et de l'élevage dans les montagnes californiennes et insistent sur la dimension esthétique et religieuse de la nature. La solution proposée est de mettre hors de portée des sociétés certains espaces naturels.

II

La dimension sociale et politique de la notion d'environnement

L'industrialisation et la croissance économique ont des conséquences sur l'environnement, ce qui mène à une prise de conscience de la capacité de destruction de l'environnement par l'être humain.

Les activités humaines entraînent par de multiples manières :

  • la pollution de l'air ;
  • les pollutions maritimes par les marées noires.

Le naufrage du pétrolier Amoco Cadiz au large de la Bretagne en 1978 est une des pires catastrophes maritimes.

Une prise de conscience a lieu à partir des années 1970. Différents événements visant à protéger l'environnement surviennent : 

  • La création des premiers mouvements écologistes : l'ONG WWF (World Wide Fund for Nature) en 1961 ; l'ONG Greenpeace en 1971, fondée par un groupe de 14 militants pacifistes et écologistes.
  • En France, le premier ministère de l'Environnement est créé en 1971.
  • La première candidature à l'élection présidentielle française d'un écologiste, l'agronome René Dumont (1904−2001) en 1974. Il obtient un résultat faible (1,32 %) mais ses idées vont progresser dans la société (abandon de l'automobile, désurbanisation, limitation des naissances, etc.).
  • La première victoire de l'écologie politique : en Allemagne, le parti écologiste « Die Grünen » entre au Parlement en 1983.
  • Les premiers films d'anticipation qui ont pour thème la destruction de la planète par l'être humain : Soleil vert de Richard Fleischer, en 1973, met en scène un monde situé en 2022 et marqué par la surpopulation, la pollution, la canicule et l'euthanasie volontaire. Ce film remporte un grand succès.
III

Les enjeux planétaires et globaux autour de l'environnement

La prise de conscience planétaire de la destruction de l'environnement a conduit à une progressive universalisation des principes puis des mesures juridiques pour le protéger. On assiste à la mise en place progressive d'un droit international de l'environnement ; on peut donc parler d'enjeux géopolitiques.

La sonnette d'alarme est tirée une première fois avec le rapport du Club de Rome, « The limits to growth », dit rapport Meadows, en 1972. À partir de 5 paramètres, il met en garde contre l'épuisement des ressources si l'être humain ne change pas son modèle économique.

Le rapport de l'ONU, dit rapport Brundtland, « Notre avenir à tous », en 1987, permet l'institutionnalisation du terme de « développement durable » qui prône une croissance économique soucieuse à la fois d'équité sociale et de respect de l'environnement.

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » 

Rapport Brundtland

les trois piliers du développement durable

© Wikimedia Commons

Les décisions prises lors des conférences internationales dans le cadre de l'ONU établissent des normes et des règles juridiques à appliquer pour protéger l'environnement.

La conférence de Rio de Janeiro en 1992 est le premier sommet majeur pour parler des questions liées à l'environnement :

  • 178 États sont représentés.
  • Un texte fondateur et des propositions connues sous le nom d'« Agenda 21 » sont mis en place ; ces propositions doivent être déclinées aux échelles inférieures (nationale et locale).
  • Un principe est créé : le développement durable. C'est le principe conducteur et le moyen pour aboutir à une vie meilleure.

On assiste à la mise en place progressive d'un droit international de l'environnement avec plusieurs dates-clés. L'une des plus importantes est celle de Paris en 2015. L'accord de Paris est le premier accord universel sur le climat et le réchauffement climatique, signé par 195 États. Cet accord a pour but de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés. Il est régi par 4 principes :

  • universel : applicable à tous les pays ;
  • juridiquement contraignant : applicable à partir de 2020 ;
  • différencié : définissant des objectifs différents pour les pays développés et les pays en développement ;
  • ambitieux : permettant de limiter réellement les changements climatiques.

 

Parallèlement, les études scientifiques récentes constatent une aggravation de la perte de la biodiversité sur tous les continents.

D'après un rapport du WWF de 2020, entre 1970 et 2016, les populations mondiales de vertébrés (oiseaux, poissons, mammifères, amphibiens et reptiles) ont décliné en moyenne de 68 %.

D'après ce même rapport, depuis 1700, 90 % des zones humides mondiales ont été détruites, entraînant la disparition des espèces qui y sont liées.

Les enjeux liés à l'environnement deviennent également géopolitiques avec notamment :

  • le retrait des États-Unis de l'accord de Paris par Donald Trump en 2019, chef d'État qui ne prend pas au sérieux les thèses du réchauffement et des changements climatiques ;
  • les oppositions entre les ONG et certains États : opposition de Greenpeace à la pêche à la baleine par le Japon.
IV

L'environnement : une thématique historique

L'histoire de l'environnement est le fruit d'une complémentarité des savoirs qui vise trois objectifs. Entre nouvelle ère géologique et effondrement, on assiste depuis 30 ans au renouvellement de la réflexion sur l'environnement.

renouvellement des réflexions sur l'environnement

Les objectifs de l'histoire de l'environnement sont : 

  • historiciser la nature : introduction des questions liées à la nature dans l'histoire ;
  • étudier l'impact de l'anthropisation sur l'environnement ;
  • analyser les conséquences de l'environnement sur l'homme.

 

La réflexion sur l'environnement ne cesse de se renouveler depuis 30 ans. En 1995, le prix Nobel de chimie Paul Josef Crutzen théorise la notion d'« anthropocène » pour désigner une nouvelle ère géologique apparue avec la révolution industrielle au XIXe siècle. Elle succède à l'holocène, ère interglaciaire de 10 000 ans, qui a favorisé l'expansion des sociétés humaines. Cette notion, encore discutée par les milieux scientifiques, met en relation l'ampleur des changements environnementaux avec les activités humaines et met l'accent sur le caractère irréversible des mutations, provoquant une extinction massive.

Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie est un ouvrage de Jared Mason Diamond qui a été un succès mondial depuis sa sortie en 2005. L'auteur, biologiste de formation, est également géographe et s'est intéressé à l'histoire. Il a étudié certaines sociétés – les Mayas, les Vikings du Groenland, etc. − qui se sont effondrées, c'est-à-dire qui ont été marquées par une « diminution radicale de la population humaine et/ou de la complexité politique, économique et sociale, sur une zone géographique étendue et durant une longue période de temps. ». Selon lui, 5 facteurs décisifs expliquent les effondrements :

  • les dommages environnementaux dus à l'homme ;
  • un changement climatique, bouleversant l'équilibre écologique ;
  • les ennemis plus offensifs ;
  • l'affaiblissement des alliances ;
  • les institutions politiques, économiques, sociales et culturelles d'une société, qui sont incapables d'évaluer le drame et donc de résoudre les problèmes qui en découlent.