Athènes : une démocratieCours

  • Athènes est une cité grecque composée d'une ville, de la campagne environnante et d'un port.
  • Aux Ve et IVe siècles av. J.-C., Athènes est une cité riche et puissante peuplée d'environ 400 000 habitants.
  • Les Athéniens inventent une nouvelle manière de vivre ensemble qu'ils nomment la démocratie. Environ 40 000 citoyens gouvernent eux-mêmes la cité par la discussion et le vote. La démocratie succède à la tyrannie en 508 av. J.-C. Elle est remplacée par la tyrannie en 322 av. J.-C.

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Qu'est-ce qui fait de la cité d'Athènes une démocratie ?

I

Les citoyens athéniens

A

La citoyenneté : conditions d'accès

Parmi les nombreuses cités grecques, Athènes est la seule dont les habitants bénéficient de la citoyenneté. Grâce au statut de citoyen, les Athéniens participent au gouvernement. Cependant, l'accès à la citoyenneté n'est réservé qu'à ceux qui remplissent toutes les conditions.

  • Il y a d'abord une condition de sexe et d'âge puisque seuls les hommes de plus de 18 ans peuvent devenir citoyens.
  • Il y a aussi une condition de naissance puisqu'il faut être né d'un père citoyen et d'une mère dont le père est citoyen.
  • Il y a enfin une condition administrative puisqu'il faut être libre, avoir été inscrit sur un registre et avoir réussi le service militaire de deux ans appelé l'éphébie.

Éphèbe 

Un éphèbe est un homme qui a réussi le service militaire de deux ans.

Aux Ve et IVe siècles av. J.-C., Athènes compte environ 400 000 habitants mais les citoyens ne représentent qu'environ 10 % de la population. Les nombreuses conditions à remplir font du statut de citoyen un privilège réservé à une minorité de la population athénienne.

B

La citoyenneté : un privilège et une responsabilité

Si les citoyens athéniens sont peu nombreux, ils ont néanmoins beaucoup d'avantages :

  • Des droits civils qui leur permettent par exemple de se marier avec la fille d'un citoyen et de posséder des terres.
  • Des droits juridiques qui leur permettent, s'ils sont accusés, de se défendre devant un tribunal au cours d'un procès équitable.
  • Des droits politiques qui leur permettent de discuter et de voter les lois.

 

En contrepartie de ces avantages, les citoyens athéniens ont des devoirs :

  • La prise en charge les dépenses de la cité appelées les liturgies.
  • Le financement des fêtes religieuses et de l'armement des navires de guerre.
  • La défense militaire de la cité, les citoyens-soldats les plus aisés sont chevaliers ou hoplites et les moins aisés rament dans les trières.
  • La participation à la religion civique en honorant les dieux.

Pendant la fête des Panathénées, une procession et des sacrifices ont lieu en l'honneur de la déesse Athéna.

Frise des Panathénées

Frise des Panathénées

© Wikimedia Commons

Liturgie

La liturgie est un devoir réservé aux citoyens les plus riches qui consiste  à prendre en charge le financement d'une dépense publique.

Un citoyen peut financer l'organisation des fêtes religieuses ou l'entretien d'un navire de guerre.

Hoplite

Un hoplite (hoplon en grec) est un citoyen-soldat athénien qui combat à pied. Il est équipé d'une lance, d'une épée et d'un bouclier.

Trière

Une trière est un navire de guerre reconnaissable à son éperon et à ses trois rangées de rameurs.  

Une trière
Une trière

© Wikimedia Commons

II

Le gouvernement de la cité par les citoyens athéniens

A

Les principes démocratiques athéniens : liberté, égalité et souveraineté

Le régime politique athénien est une exception dans le monde grec. En effet, alors que la plupart des cités ont pour régime politique l'oligarchie, l'aristocratie ou la tyrannie, la cité d'Athènes est une démocratie.

Il ne faut pas confondre : 

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B

Les principes démocratiques du régime athénien

1

Premier principe : la souveraineté des citoyens

Dans la démocratie athénienne, les citoyens commandent et personne d'autre que le peuple n'a le pouvoir de décider. Puisque les citoyens votent les lois eux-mêmes, sans intermédiaires, il s'agit d'une démocratie directe.

Néanmoins, dans la pratique, certaines fonctions de la démocratie permettent aux citoyens qui les occupent d'avoir une influence plus importante. C'est le cas des stratèges qui dirigent l'armée.

La démocratie couronne le peuple, stèle de marbre du IVe siècle av. J.-C.
La démocratie couronne le peuple, stèle de marbre du IVe siècle av. J.-C.

© Wikimedia Commons

2

Deuxième principe : l'égalité des citoyens

Les citoyens athéniens sont égaux devant la loi : c'est l'égalité juridique ou « isonomie ».

Tous les citoyens acceptent d'obéir aux lois puisqu'elles sont les mêmes pour tous et que chacun a participé à leur élaboration par le débat puis le vote. La loi est donc l'expression de la volonté générale.

3

Troisième principe : la liberté des citoyens

Contrairement aux esclaves, les citoyens sont libres, c'est-à-dire qu'ils n'appartiennent à personne, ils sont maîtres de leur corps.

Ils jouissent également de la liberté d'expression qui leur permet de donner leur avis sur le gouvernement de la cité. Néanmoins, dans la pratique, les citoyens les plus riches et les plus cultivés, qui maîtrisent l'art de la parole, ont plus d'influence lors des débats de l'Assemblée. Ils sont appelés les démagogues.

« Athènes n'est pas gouvernée par un seul homme. Elle est libre car le peuple y est roi. Le pauvre et le riche y possèdent des droits égaux car la loi est commune. »

Euripide

Les Suppliantes

Ve siècle av. J.-C.

Les citoyens athéniens ne subissent pas le pouvoir car ils sont le pouvoir.

La devise de la République française est un héritage des principes démocratiques du régime politique athénien : « Liberté, Égalité,  Fraternité ».

C

Les institutions démocratiques athéniennes

Le régime politique athénien repose sur des institutions démocratiques. On entend par institution un organe, une structure qui assume une fonction précise dans le fonctionnement du système politique. C'est dans les différentes institutions de la démocratie que les citoyens athéniens exercent leur souveraineté.

Organigramme des institutions démocratiques athéniennes au IVe siècle av. J.-C.

Organigramme des institutions démocratiques athéniennes au IVe siècle av. J.-C.

Le fonctionnement du système judiciaire athénien est démocratique. Chaque citoyen peut être désigné par tirage au sort comme juré au tribunal de l'Héliée. Lors du procès, l'accusation et la défense s'expriment librement et de façon équitable puisque le temps de parole est mesuré par une clepsydre. Pour juger, les jurés choisissent soit un jeton à tige pleine, qui désigne la condamnation, soit un jeton à tige creuse, qui désigne l'acquittement. En tenant le jeton par la tige et en le déposant dans une amphore opaque, les jurés votent librement, sans pression. Le verdict est rendu après le comptage des jetons à la majorité.

Les jetons des juges du tribunal de l'Héliée

Les jetons des juges du tribunal de l'Héliée

© Wikimedia Commons

III

La démocratie athénienne à l'épreuve

A

Les dysfonctionnements de la démocratie athénienne

1

La faible participation des citoyens athéniens

La démocratie directe implique la participation de tous les citoyens à la vie politique mais le nombre de citoyens met ce principe à l'épreuve. En effet, pour mettre en œuvre la souveraineté et l'égalité des citoyens, l'Ecclésia doit pouvoir réunir régulièrement et dans de bonnes conditions près de 40 000 personnes. Or, la colline de la Pnyx où se déroulent les séances de l'Ecclésia contient 6 000 places. Les lois ne sont donc discutées et votées que par environ 15 % des citoyens, soit une minorité très restreinte

La démocratie directe implique que les citoyens s'investissent et consacrent du temps à la vie politique. Cependant, pour les citoyens les plus humbles, le temps passé dans les institutions représente une perte financière. La démocratie souffre aussi du désintérêt des citoyens pour la politique.

« Jamais encore je n'ai souffert comme aujourd'hui, où l'Assemblée était convoquée à l'aurore, de trouver la Pnyx vide. Les citoyens préfèrent bavarder sur l'Agora et fuient devant la corde vermillonnée*. Les magistrats arrivent en retard et se bousculent pour être vus au premier rang. »

Aristophane

Les Archaniens

425 av. J.-C.

*Cette corde recouverte de peinture rouge est tendue par des soldats au travers de l'Agora pour rassembler les citoyens qui traînent et les pousser vers l'Ecclésia.

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L'égalité relative entre les citoyens

Les citoyens athéniens sont théoriquement égaux mais, dans la pratique, le fonctionnement de la démocratie génère des inégalités

Il y a d'abord des inégalités liées à la richesse. Puisque les citoyens les plus riches sont davantage présents dans les institutions, leur influence politique est plus grande.

Pour limiter l'absentéisme des citoyens à l'Ecclésia, le stratège Périclès instaure en 454 av. J.-C. le versement d'une indemnité : le misthos. Comparable au salaire des citoyens, son montant représente la moitié du salaire quotidien d'un ouvrier.

De plus, ils prennent davantage la parole et, grâce à leur éducation, ils sont les orateurs les plus persuasifs à l'Assemblée.

Pour se protéger des orateurs qualifiés de démagogues qui menacent la démocratie en manipulant l'Assemblée, il existe l'ostracisme. Cette procédure permet de bannir un citoyen après un vote secret et à la majorité. Exclu de la cité pendant 10 ans, l'ostracisé perd tous les bénéfices de la citoyenneté.  

Il y a ensuite des inégalités liées aux élections. En effet, les stratèges, qui doivent avoir des compétences militaires, ne sont pas tirés au sort mais élus pour un mandat d'un an renouvelable. Or, les campagnes électorales sont souvent biaisées par le clientélisme.

Clientélisme 

Le clientélisme est une stratégie employée par un citoyen riche qui utilise son argent pour augmenter son pouvoir politique.

Le clientélisme permet aux citoyens les plus riches de corrompre les plus pauvres en achetant leurs voix. Dans la démocratie athénienne, quelques familles monopolisent les fonctions politiques importantes.

Périclès et la famille des Alcméonides

Périclès
Périclès

La famille des Alcméonides est l'une des plus riches de la cité. Périclès en fait partie. Il commence sa carrière politique en 470 av. J.-C. À partir de 443 av. J.-C., il est réélu au poste de stratège 15 fois de suite. Ses talents d'orateur et l'argent public qu'il dépense pour satisfaire les citoyens font de lui l'homme le plus populaire et influent de la démocratie. Le Ve siècle av. J.-C. est même surnommé « le siècle de Périclès ». Périclès ne fait pourtant pas l'unanimité. Il est même menacé d'ostracisme car des citoyens s'inquiètent de voir un seul homme confisquer tous les pouvoirs.

B

Les exclus de la démocratie athénienne

Puisque la démocratie n'intègre que la minorité des Athéniens qui sont citoyens, elle écarte de la vie politique la grande majorité de la population. Ces exclus de la citoyenneté sont les femmes et enfants de citoyens, les étrangers, et les esclaves. Paradoxalement, ces individus sont pourtant indispensables au bon fonctionnement du système démocratique.

Cantonnées dans leur rôle d'épouse, de mère et de ménagère, les femmes transmettent pourtant le statut de citoyen à leurs fils. Elles occupent aussi une place centrale dans la vie religieuse.

Qualifiés de « métèques », les étrangers enrichissent Athènes car ils sont artisans, commerçants ou agriculteurs. Ils payent un impôt pour pouvoir habiter la cité et doivent la défendre.

Propriété de leurs maîtres, les esclaves sont considérés comme des biens qui peuvent être loués ou vendus. Par leur travail, les esclaves permettent pourtant aux citoyens d'avoir du temps pour faire de la politique.

Esclaves au travail dans les champs

Esclaves au travail dans les champs

© Wikimedia Commons

Au Ve siècle av. J.-C., Athènes compte environ 400 000 habitants dont :

  • environ 40 000 sont citoyens, soit 10 % ;
  • environ 360 000 sont exclus de la citoyenneté, soit 90 % ;
  • environ 110 000 femmes et enfants de citoyens ;
  • environ 40 000 métèques ;
  • environ 110 000 esclaves.

En réservant exclusivement la communauté civique aux citoyens, Athènes adopte une conception restrictive de la citoyenneté. Ainsi, les citoyens restent une minorité de privilégiés. L'accès à la citoyenneté est même encore restreint lorsqu'en 451 av. J.-C. Périclès fait voter un décret qui exige d'être né d'un père citoyen mais aussi d'une mère qui est la fille d'un citoyen.

Cependant, pour maintenir la cohésion de la cité, les exclus de la citoyenneté sont intégrés au cours des fêtes religieuses.

C'est le cas au cours de la fête des Panathénées comme le montre la frise sculptée sur le temple du Parthénon.

La frise du Parthénon

La frise du Parthénon

 © Wikimedia Commons

  • Les citoyens athéniens jouissent de nombreux avantages. En contrepartie, la citoyenneté implique un engagement et des responsabilités.
  • Les citoyens athéniens sont actifs. Les institutions démocratiques permettent la souveraineté et l'égalité des citoyens. Elles garantissent également la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire
  • La démocratie athénienne est fragilisée par la corruption, la démagogie et la confiscation du pouvoir par une élite sociale.