La construction de l'Empire romain Cours

Sommaire

IRome : de la République à l'EmpireALa République romaine en criseBNaissance et instauration de l'Empire romainIIL'extension de l'Empire romainALes principales étapes de l'extension de l'empireBL'impérialisme militaire1La supériorité numérique de l'armée romaine2La supériorité technique et tactique de l'armée romaine3La discipline dans l'armée romaineIIIPouvoir politique et administration de l'empireAL'organisation administrative de l'empireBL'organisation économique et commerciale de l'empire1La monnaie de l'Empire romain2La circulation des marchandises3Le rayonnement économique et commercial de RomeCLa citoyenneté dans l'Empire romain1La citoyenneté : un privilège réservé à une minorité2Les conditions d'accès à la citoyenneté sous l'Empire
  • Selon un récit légendaire repris par le poète Virgile dans le livre l'Énéide au Ier siècle av. J.-C., les jumeaux Romulus et Rémus élevés par une louve se disputent la fondation d'une cité et, en 753 av. J.-C. : Romulus tue son frère Rémus pour fonder Rome.
  • D'abord dirigée par des rois, Rome devient une république à partir de 509 av. J.-C. La République romaine est une oligarchie contrôlée par le Sénat et les citoyens les plus riches
  • Sous la République, Rome fait la conquête de l'Italie puis du Bassin méditerranéen. L'Empire romain s'étend ensuite au nord avec la conquête de la Gaule par les armées de Jules César
     

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Par quels moyens la cité de Rome développe-t-elle un immense empire ?

I

Rome : de la République à l'Empire

A

La République romaine en crise

Depuis la proclamation de la république en 509 av. J.-C., le gouvernement de Rome et de l'empire est une affaire publique et collective, en latin res publica. Ainsi, la République romaine est théoriquement gouvernée par les citoyens qui votent les lois. Ils élisent tous les ans les fonctionnaires spécialisés qui administrent l'État : les magistrats. La magistrature la plus élevée de la « carrière des honneurs » est celle qui consiste à diriger l'État et l'armée avec le titre de consul. Ces magistrats travaillent sous le contrôle du Sénat qui est composé d'anciens magistrats nommés à vie. 

Dans la pratique, la République romaine est davantage une oligarchie puisque le fonctionnement des institutions permet aux citoyens les plus riches de confisquer le pouvoir

Au Ier siècle av. J.-C., la République romaine connaît une crise politique majeure. Auréolés de leurs conquêtes militaires, les consuls entrent en conflit pour dominer Rome : c'est le début de plusieurs années de guerre civile. Craignant le retour de la monarchie, les sénateurs confient à Jules César la mission de protéger la république en le nommant dictateur. En 44 av. J.-C., César profite du chaos politique pour se faire nommer dictateur à vie et, dans son testament, il désigne son petit-neveu de 18 ans, Octave, comme fils adoptif et successeur.

B

Naissance et instauration de l'Empire romain

L'assassinat de César, accusé de vouloir abolir la république, déclenche un conflit de succession entre Octave et le général Marc Antoine. Soutenu par le Sénat, Octave parvient à vaincre son rival à la bataille d'Actium en 31 av. J.-C. et déclenche un processus politique qui fait naître un nouveau régime politique : l'Empire romain

-

Octave Auguste

La stratégie politique d'Octave a trois objectifs : 

  • rétablir la paix en mettant fin aux guerres civiles ;
  • renforcer encore davantage la puissance de Rome et son empire ;
  • créer un régime reposant sur un homme fort qui concentre les pouvoirs

 

Pour atteindre ces objectifs, Octave doit manœuvrer afin de ne pas effrayer le peuple romain qui reste très attaché à la république : le plan d'Octave consiste à ne pas prendre le pouvoir mais à se le faire offrir par le Sénat avec l'approbation des citoyens. 

Ce processus commence dès 29 av. J.-C. :

  • Octave reçoit du Sénat le titre de Princeps (« prince ») qui lui permet, en tant que premier citoyen, de présider le Sénat et de faire les lois.
  • Il reçoit ensuite le titre d'imperator (« empereur ») qui récompense ses victoires militaires et lui confère l'autorité absolue sur toutes les armées romaines. 

 

Malgré cela, Octave annonce qu'il renonce à tous ses pouvoirs et qu'il se retire de la vie politique. Effrayés par le risque d'une reprise des guerres civiles, les sénateurs et les citoyens romains s'en remettent à lui car ils le perçoivent désormais comme un homme providentiel, le seul capable de sauver Rome du chaos. 

Conseillé par Agrippa et Mécène, Octave annonce en 27 av. J.-C. qu'il restaure la république. Dans la foulée, le Sénat envoie un message fort en accordant à Octave le titre de Augustus (« Auguste ») jusqu'alors réservé aux dieux. Désormais, toutes ses décisions sont considérées comme sacrées et divines. Grâce à cette auctoritas (« autorité »), Auguste a carte blanche pour refonder Rome. C'est la raison pour laquelle on considère que l'empire, en tant que régime politique, commence en 27 av. J.-C.

« Vois cette nation Énée : ce sont tes Romains. L'un d'entre eux surgira de la lignée extraordinaire de Jules César : Auguste, né d'un dieu, il créera un nouveau siècle de bonheur et de richesse. Il reculera les limites de son empire plus loin que l'Inde. Il réalisera la prédiction de Jupiter à propos des romains : "Je n'impose de limite ni à leur puissance, ni à leur durée car je leur ai accordé un empire sans fin." »

Virgile

Énéide

Ier siècle avant J.-C.

Dès qu'il devient empereur, Auguste demande au poète Virgile d'écrire un texte de propagande qui l'intègre dans l'histoire légendaire de Rome. Virgile écrit l'Énéide pour expliquer comment la petite cité de Rome est parvenue à se hisser à la tête d'un empire si vaste et si puissant. Dans ce passage, Énée, le héros troyen à l'origine du peuple romain, descend chercher son père Anchise aux enfers. Ce dernier l'entraîne sur une colline du haut de laquelle ils regardent passer toutes les générations qui descendront d'Énée. 

Pendant les 41 années de son règne, entre 27 av. J.-C. et 14 ap. J.-C., Auguste élabore un nouveau régime politique. Il instaure une monarchie impériale héréditaire. Les apparences de la république sont maintenues mais, dans la réalité, c'est bien l'empereur qui centralise les pouvoirs politique, militaire, judiciaire, religieux. Il forge un nouveau modèle de gouvernement durable puisque, à quelques adaptations près, il est repris par toutes les dynasties d'empereurs qui se succèdent pendant plus de 400 ans.  

« Tous les pouvoirs du Sénat et du peuple passèrent à Auguste et, à partir de ce moment-là, une véritable monarchie fut établie. »

Dion Cassius

Histoire romaine

Ier siècle ap. J.-C.

« Dès qu'Auguste gagna le soutien des soldats et du peuples par ses dons, on le vit s'élever et attirer à lui l'autorité du Sénat, des magistrats et des lois. Nul ne lui résistait. Pour vivre en paix et en sécurité, chacun préférait renoncer à l'égalité et, les yeux fixés sur le prince, tous attendaient ses ordres. C'est ainsi que la puissance du peuple passa toute entière à Auguste et que fut établie une monarchie pure. »

Tacite

Annales

IIsiècle ap. J.-C.

II

L'extension de l'Empire romain

A

Les principales étapes de l'extension de l'empire

« Rome ne s'est pas faite en un jour », et c'est aussi le cas de l'Empire romain. Après sa fondation et sa consolidation aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C., la cité de Rome se lance dans des conquêtes dont la première phase se déroule sous la République entre 509 et 27 av. J.-C. « Au nom du Sénat et du peuple romains », les armées composées de citoyens conquièrent la péninsule italienne aux IVe et IIIe siècles av. J.-C. puis, après avoir vaincu la puissante cité de Carthage aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., les Romains prennent possession des rivages de la mer Méditerranée qu'ils surnomment Mare nostrum (« Notre mer ») en latin. Au Ier siècle av. J.-C., Jules César repousse encore davantage les frontières de l'empire vers le nord grâce à la conquête de la Gaule

À partir de 27 av. J.-C., le changement de régime politique ne remet pas en cause cette dynamique expansionniste puisque les empereurs romains successifs poursuivent les conquêtes. Lorsqu'il atteint son extension maximale à la fin du IIe siècle ap. J.-C., l'Empire romain mesure environ 5 millions de km2, soit 9 fois la taille de la France actuelle, et compte près de 70 millions d'habitants répartis dans une quarantaine de provinces sur trois continents : l'Europe, l'Asie et l'Afrique.

-
B

L'impérialisme militaire

Impérialisme

L'impérialisme est l'ensemble des moyens politiques, économiques et culturels par lesquels un État accroît sa puissance en imposant sa domination sur d'autres régions qui perdent leur indépendance.

L'impérialisme romain résulte des conquêtes militaires. Le passage du régime républicain au régime impérial ne modifie pas cette dynamique puisque les empereurs successifs font la guerre pour renforcer leur puissance et leur légitimité.

Les Romains placent Mars, père de Romulus et dieu de la guerre, au sommet de leur panthéon. C'est donc sous sa protection qu'ils combattent et remportent les victoires qui permettent l'expansionnisme romain. Dans le domaine militaire, Rome fait figure de superpuissance.

« Je jure par tous les dieux d'être favorable à l'empereur et à ses descendants durant toute ma vie. Je jure de n'épargner ni mon corps, ni ma vie mais d'affronter n'importe quel danger pour protéger ce qui leur appartient. Je jure de dénoncer celui qui complote contre l'empereur. »

Les soldats romains doivent prêter serment. Celui-ci est prononcé au Ier siècle ap. J.-C.

-

Légionnaire romain

By Martin Bahmann  © Wikimedia Commons

1

La supériorité numérique de l'armée romaine

La puissance militaire de Rome tient d'abord à sa supériorité numérique

  • Sous la république, le service militaire, c'est-à-dire le fait d'incorporer l'armée romaine pour combattre, est un devoir pour tous les citoyens romains mobilisables de 17 à 46 ans. 
  • Sous l'Empire, combattre est un métier puisque les empereurs accentuent le processus de professionnalisation de l'armée

 

Au début du Ier siècle ap. J.-C., Auguste peut compter sur 28 légions, soit environ 140 000 soldats rémunérés par le pouvoir impérial qui leur verse une solde financée par un impôt. 

À la fin du IIe siècle ap. J.-C., environ 165 000 soldats assurent la sécurité de l'empire qui s'étend sur trois continents. Ce chiffre s'élève en fait à environ 300 000 puisque Rome recrute aussi des soldats parmi les non-citoyens et même les « barbares » qui forment les « troupes auxiliaires », quitte à prendre le risque de confier la défense de l'empire à d'anciens ennemis. 

« À condition qu'ils aient accompli vingt-six années de service et qu'ils possèdent un certificat de bon soldat, l'empereur accorde aux vétérans de la flotte de guerre d'Égypte ainsi qu'à leurs enfants et leur descendance le droit de cité. »

Gravée sur une table de bronze affichée à Rome, il s'agit de la décision prise par Titus vers 80 ap. J.-C. Le recrutement des peuples vaincus dans l'armée accélère leur intégration. 

2

La supériorité technique et tactique de l'armée romaine

La marine militaire romaine professionnelle domine la Méditerranée et la mer Noire grâce aux trirèmes et aux galères, des navires de guerre rappelant les trières athéniennes, qui patrouillent pour protéger le commerce maritime des pirates

L'armée de terre se compose de soldats à pied et de cavaliers. Le légionnaire romain est doté d'un équipement performant qui lui permet de se défendre, avec son casque, sa cuirasse et son bouclier en bois, mais surtout d'attaquer avec son glaive et son javelot. Grâce au tracé rectiligne des voies romaines pavées quadrillant l'empire et à l'endurance dont ils font preuve lors des longues marches, chargés d'environ quarante kilos d'armes, de matériel et de vivres, les légionnaires ont la capacité d'intervenir rapidement et partout. Ils combattent sous le commandement des centurions, des généraux et des consuls. Leur solidarité au combat s'exprime lorsque, placés en carré les uns contre les autres, ils avancent à l'abri d'une carapace de boucliers en faisant « la tortue ». 

-
La tortue romaine

Par CristianChirita, © Wikimedia Commons

Répartis le long du limes, la frontière militarisée qui prend parfois la forme d'un mur, les camps de légionnaires protègent des intrusions étrangères. Ils prennent la forme de « petites Rome aux confins de l'empire ». Protégés derrière leur tour, leur fossé et leur palissade de pieux, les légionnaires y vivent sous les tentes et profitent d'un forum, d'un autel et même de boutiques.

3

La discipline dans l'armée romaine

Sous les ordres de généraux nommés par l'empereur, les légionnaires doivent donner leur vie pour Rome. Lorsqu'une défaite militaire laisse entendre que la discipline s'est relâchée, notamment avec des désertions ou des mutineries, une procédure appelée la « décimation » est enclenchée. Il s'agit alors de regrouper les coupables par dix et de faire exécuter l'un d'entre eux par les neuf autres après tirage au sort. Les rescapés sont rationnés et contraints de dormir en dehors du camp, exposés aux ennemis.

« Au moment du rassemblement, le consul demanda des explications aux soldats qu'il avait vus s'échapper en désordre au milieu des tas de cadavres. Les hommes qui avaient abandonné leurs armes et leurs drapeaux furent exécutés à raison d'un sur dix. Quant aux officiers coupables d'abandon de poste, ils furent bastonnés puis décapités. »

Tite-Live

 Histoire romaine

Ier siècle av. J.-C.

Au Ier siècle av. J.-C., dans son Histoire romaine, l'historien Tite-Live décrit ainsi la sanction infligée aux soldats déserteurs.

-
L'empereur Trajan reçoit les têtes des ennemis

By dalbera from Paris, France − Moulage de la Colonne Trajane © Wikimedia Commons

La loi du vainqueur permet aux légionnaires de piller les richesses des peuples conquis sous la forme d'un butin de guerre parfois ramené à Rome pour être exposé lors du triomphe sous l'arc. 

Les objets du temple juif de Jérusalem pillés et transportés à Rome pour célébrer la conquête de la Judée par l'empereur Titus en 73 ap. J.-C.

-
Le pillage du temple de Jérusalem par les Romains

Par Cassius Ahenobarbus — Travail personnel, © Wikimedia Commons

III

Pouvoir politique et administration de l'empire 

Dans le régime impérial, le pouvoir est centralisé par un homme, l'empereur, et par une ville, la capitale de Rome. Or, l'étendue de l'empire est un défi pour le pouvoir impérial qui doit en permanence s'assurer du maintien de l'ordre.

A

L'organisation administrative de l'empire

L'empereur s'appuie sur un quadrillage administratif qui permet de répercuter dans les provinces, puis à l'échelle des cités, les décisions prises à Rome. Les maillons forts de ce réseau sont les gouverneurs des provinces. L'empereur Auguste réorganise d'ailleurs les provinces en distinguant :

  • les provinces sénatoriales, conquises et pacifiées depuis plus longtemps et dont la gestion est confiée au Sénat de Rome ;
  • les provinces impériales, considérées comme stratégiques par leur position et leurs ressources, sont gérées par l'empereur lui-même.  

 

On trouve dans chaque cité une assemblée de citoyens qui élit un sénat local et nomme des magistrats qui gèrent la cité.

-

Les institutions politiques romaines

B

L'organisation économique et commerciale de l'empire

Le climat de paix favorise la croissance économique. Ainsi, dans toutes les provinces, agriculture, artisanat et commerce prospèrent

En Gaule, les exploitations agricoles romaines appelées villae se multiplient.

1

La monnaie de l'Empire romain

Rome impose ses pièces dans tout l'empire. Qu'ils s'agissent de l'aureus en or, du denier en argent ou du sesterce en bronze, les monnaies romaines sont frappées dans les ateliers monétaires de Rome et de Lyon. La monnaie est un vecteur efficace de la propagande impériale puisque les pièces représentent souvent le profil de l'empereur ainsi que sa titulature. Sur le revers, ses qualités et des slogans politiques, comme par exemple Pax Aeterna, « la paix éternelle en latin », sont mis en avant.

-
Monnaie de l'empereur Trajan

Par Classical Numismatic Group, Inc. http://www.cngcoins.com, © Wikimedia Commons

2

La circulation des marchandises

Le commerce est dopé par un réseau de transports dont « tous les chemins mènent à Rome ». En effet, l'empire est parcouru par environ 90 000 km de voies romaines pavées dont les distances jusqu'à la capitale sont régulièrement indiquées par les « bornes milliaires ». 

-
Voie romaine et borne militaire

By franek2, © Wikimedia Commons

3

Le rayonnement économique et commercial de Rome

a. Un accès privilégié à la nourriture

L'agglomération romaine bénéficie d'un privilège alimentaire puisque l'accès à la nourriture y est garanti par l'État. Il est donc de la responsabilité des empereurs de s'assurer que les vivres, notamment le blé et le vin, soient disponibles en quantité et en qualité suffisantes de façon permanente. Auguste confie cette fonction stratégique, dont dépend en partie la popularité de l'empereur, à une administration, « l'annone », dont il nomme lui-même le responsable : « le préfet de l'annone ». Son rôle consiste à collecter les récoltes de blé dans les provinces de l'empire et organiser les distributions mensuelles aux Romains les plus pauvres. En provenance d'Espagne, d'Afrique et d'Égypte, les cargaisons de grains débarquent régulièrement dans le port d'Ostie. Situé à 35 km de Rome, Ostie joue le rôle de carrefour commercial de l'empire.  

 

b. Les charges fiscales pour les provinces romaines 

Les citoyens romains de Rome et d'Italie ayant le privilège de ne pas payer d'impôts, les empereurs transfèrent toutes les charges fiscales sur les habitants des provinces. Ils doivent ainsi payer un tribut qui a la forme d'impôts directs et indirects. Le travail de la terre, l'exploitation des mines, la fabrication et la vente de produits, la circulation des marchandises, sont autant d'occasions pour Rome de prélever des taxes. Leur perception est gérée par une administration spécialisée, le fiscus qui reverse les sommes perçues à l'ærarium, le Trésor de l'État sur lequel l'empereur a la main. Or, les empereurs ponctionnent ce Trésor pour financer par exemple la solde des légionnaires et la retraite des vétérans ou encore leur politique de grands travaux pour embellir Rome

« La ville de Rome est devenue le marché commun de toute la Terre puisqu'à chaque saison on peut voir sur les quais du fleuve Tibre les cargaisons venues d'Inde, les tissus de Babylone, les bijoux arabes, le blé venu d'Égypte, de Sicile et d'Afrique. Dans votre port les navires ne cessent d'arriver et de partir. »

Aelius Aristide

Ier siècle ap. J.-C.

Philosophe grec devenu citoyen romain, Aelius Aristide prononce ce discours à Rome au milieu du Ier siècle ap. J.-C. 

« Les Romains, ces ravisseurs du monde, ne se contentent pas de soumettre notre terre. Ils la ravagent ! Enlever, voler, égorger, massacrer voilà ce que les Romains appellent mensongèrement « gouverner ». Et ce qu'ils appellent « la paix » consiste en fait à piller jusqu'à ce qu'il ne reste rien. Ils ponctionnent nos richesses pour le paiement de l'impôt, ils prélèvent nos récoltes pour les réquisitions de blé, ils exploitent nos bras pour nous faire transformer nos forêts et nos marais en champs, et tout cela sous les coups et les insultes. Ainsi, dans ce monde qu'ils tiennent depuis longtemps en esclavage, la résistance aux Romains par les armes est devenue le choix le plus honorable pour les braves. »

Tacite

Vie d'Agricola

Ier siècle ap. J.-C.

Au Ier siècle ap. J.-C., l'historien Tacite rapporte un discours qu'aurait prononcé Calgacus, le chef des Celtes de Bretagne, révoltés contre l'occupation romaine.

C

La citoyenneté dans l'Empire romain

1

La citoyenneté : un privilège réservé à une minorité

La citoyenneté (civitas en latin) est un privilège réservé à une minorité des habitants de l'Empire romain. En effet, l'accès au statut de citoyen n'est possible qu'à ceux qui en remplissent toutes les conditions, et elles sont nombreuses :  

  • condition de sexe  car la citoyenneté est exclusivement masculine ;
  • condition de naissance car la citoyenneté est héréditaire, c'est-à-dire qu'elle est réservée aux descendants des citoyens ;
  • condition d'âge car la citoyenneté n'est accessible qu'à partir de 17 ans et après une cérémonie qui marque le passage à l'âge adulte. Le jeune citoyen y reçoit son identité, composée d'un nom, d'un prénom et d'un surnom : les tria nomina, ainsi qu'un vêtement de laine blanche qui le distingue des non-citoyens, la « toge virile »

 

D'autres voies d'accès à la citoyenneté sont possibles mais elles dépendent toutes de la volonté de l'empereur. Il est le seul à pouvoir, de façon exceptionnelle, octroyer la citoyenneté à des individus qui n'en remplissent pas les critères. C'est par exemple le cas des magistrats qui administrent les cités ou des soldats qui ont combattu pour Rome pendant au moins 25 ans. Dans ces deux cas, l'empereur applique la stratégie du « donnant-donnant » : il accorde la citoyenneté pour récompenser des services rendus à l'empire. 

Les citoyens romains forment donc une minorité de privilégiés. À l'image de la démocratie athénienne, les femmes, les étrangers aussi appelés les pérégrins, et les esclaves de l'Empire romain sont exclus de la citoyenneté. Ils ne peuvent donc pas jouir des avantages politiques et juridiques qui lui sont liés.

2

Les conditions d'accès à la citoyenneté sous l'Empire

Avec l'extension de l'Empire romain, le nombre de citoyens romains progresse.

  • Au Ve siècle av. J.-C., au début de la république, le nombre de citoyens ne dépasse pas 200 000 et ne concerne que les habitants de Rome.
  • Au IIIe siècle av. J.-C., le nombre de citoyens approche 300 000
  • Au Ier siècle av. J.-C, la citoyenneté sort de Rome lorsqu'une loi l'accorde à tous les habitants de l'Italie.

 

Sous l'Empire, la citoyenneté change d'échelle car les empereurs en font un outil politique qui permet de s'assurer la fidélité des régions conquises. À la fin du règne d'Auguste, en 14 ap. J.-C., les citoyens représentent 25 % des habitants de l'empire, soit environ 6 millions de citoyens sur 23 millions d'habitants. Les deux empereurs qui accélèrent ce processus d'ouverture de la citoyenneté sont Claude et Caracalla

a. Les tables claudiennes

-
Claude

Au cours de son règne, entre 41 et 54 ap. J.-C., Claude, surnommé « l'empereur gaulois » car il est né à Lyon, doit répondre aux habitants les plus riches des provinces gauloises qui lui réclament la citoyenneté romaine complète qui leur permettrait d'entrer au Sénat de Rome. 

Cette question déclenche une polémique entre Claude et les sénateurs qui l'accusent de dévaloriser la citoyenneté en l'accordant à d'anciens barbares ennemis de Rome. Finalement, en 48 ap. J.-C., Claude tranche en faveur des Gaulois qui deviennent citoyens. Ils gravent la décision impériale sur des plaques de bronze dorées appelées « les tables claudiennes » qui ont été retrouvées à Lyon en 1528. 

-
Les tables claudiennes

© Wikimedia Commons

b. L'édit de Caracalla 

L'empereur Caracalla, qui règne de 211 à 217 ap. J.-C, choisit d'aller encore plus loin dans l'extension de la citoyenneté. En 212 ap. J.-C., il impose un édit qui accorde la citoyenneté romaine complète à tous les hommes libres de l'empire. Ainsi, il redéfinit la notion même de citoyenneté puisque le statut de citoyen cesse d'être un privilège réservé à une minorité pour devenir un droit universel accessible à tous. Au début du IIe siècle ap. J.-C., le nombre de citoyens est multiplié par 10 : ils sont désormais environ 60 millions dans l'empire.

-
Caracalla

Caracalla justifie cette décision par les nécessités suivantes :

  • multiplier le nombre d'individus qui pratiquent le culte impérial ;
  • simplifier l'administration de l'empire en uniformisant les différents statuts des habitants ;
  • augmenter la puissance de l'empire

 

Néanmoins, la décision impériale ne fait pas l'unanimité. Les sénateurs accusent Caracalla de démagogie car, selon eux, cette mesure ne vise pas l'intérêt général de l'empire mais les intérêts particuliers de l'empereur, notamment l'augmentation de sa fortune personnelle. Il est vrai qu'en augmentant le nombre de citoyens, Caracalla multiplie d'autant ses recettes fiscales grâce aux impôts liés à la citoyenneté.

  • Centré sur le Bassin méditerranéen, l'Empire romain forme un immense espace dans lequel tous les peuples sont soumis à l'autorité de Rome. Conquis par étapes pendant près de 8 siècles, l'Empire romain est le fruit d'une politique expansionniste. Les conquêtes reflètent la puissance militaire de Rome. 
  • À partir de 27 av. J.-C., Rome et son empire sont gouvernés par un empereur qui concentre tous les pouvoirsAuguste, le premier empereur, rétablit la paix et renforce l'impérialisme romain.
  • Les territoires et les peuples conquis par les armées romaines perdent leur indépendance et sont assujettis au pouvoir impérial. Les vaincus sont néanmoins intégrés à l'empire puisqu'ils se voient offrir la citoyenneté et peuvent participer à la gestion des cités. 
  • En contrepartie du maintien d'un climat de paix et de prospérité, Rome exerce sur ses provinces une pression économique car le pouvoir impérial exploite les richesses des peuples conquis. 
  • La citoyenneté romaine est longtemps restée une exception mais, sous l'empire, elle devient progressivement la règle. Le statut de citoyen est d'abord accordé à quelques privilégiés dans un nombre restreint de cités, puis elle s'ouvre aux élites des provinces et finalement à tous les hommes libres de l'empire.