L'empire maritime d'Athènes Cours

Sommaire

IUn empire maritime athénien pour défendre les cités grecquesALa menace perse : les guerres médiquesBLes cités grecques protégées par AthènesIILa ligue de Délos au service de la puissance athénienneALe contrôle grandissant d'Athènes sur la ligue1La pression morale athénienne2La pression fiscale athénienne3La pression militaire athénienneBLe basculement d'Athènes dans l'impérialisme1L'impérialisme militaire2L'impérialisme politique3L'impérialisme économique4L'impérialisme culturelIIILes avantages et les inconvénients de l'impérialisme athénienALa consolidation de la démocratie athénienne1La solidarité des citoyens dans l'armée2L'avantageuse situation financière d'AthènesBLa dégradation de l'image d'Athènes dans le monde grec
  • Le philosophe athénien Platon compare les Grecs à « des grenouilles autour d'une mare ». En effet, entre les VIIIe et Ve siècles av. J.-C., ils colonisent les rivages de la mer Noire et du Bassin méditerranéen en fondant des cités telles que Massalia (Marseille) et Nikaia (Nice). 
  • Le monde grec est un espace géographique et culturel. Il englobe environ 750 cités qui, bien qu'indépendantes, partagent les mêmes croyances et la même langue. Les Grecs qualifient de « barbares » tous ceux qui ne parlent pas leur langue. 
  • Aux Ve et IVe siècles av. J.-C., Athènes domine le monde grec en prenant la tête d'une alliance de cités qui devient progressivement un empire maritime
     

\textcolor{dodgerBlue}{\Rightarrow}  Comment la cité d'Athènes gère-t-elle son empire maritime ?

I

Un empire maritime athénien pour défendre les cités grecques

A

La menace perse : les guerres médiques

Au début du Ve siècle av. J.-C., la mer Égée est une frontière qui sépare deux camps ennemis. À l'ouest, en Europe, se trouvent les cités grecques indépendantes dont Athènes est la plus riche et la plus puissante. À l'est, en Asie, se trouvent les Perses, que les Grecs appellent aussi « les barbares Mèdes ». Gouvernés par l'empereur Darius, ils mènent une politique expansionniste

Fort de sa puissance économique et militaire, l'Empire perse part à la conquête des cités grecques : c'est le début des guerres médiques. Dans la région d'Ionie, des cités comme celle de Milet se rebellent contre l'envahisseur perse. Puisque ces cités grecques sont soutenues par Athènes, l'empereur Darius fait de la prise d'Athènes l'objectif prioritaire de la stratégie perse. En prenant Athènes, il pense briser la résistance de toutes les cités et ainsi soumettre le monde grec.

Les guerres médiques sont connues grâce au grec Hérodote. Vers 445 av. J.-C., il écrit un livre pour que « les grands exploits accomplis par les Grecs et les Barbares ne tombent pas dans l'oubli ». Il choisit pour titre le mot grec historiai qui signifie « histoires » mais aussi « enquêtes » et « recherches ». Il est l'un des premiers à faire de l'histoire, c'est-à-dire à enquêter pour raconter la vérité des faits de la façon la plus objective possible. Cela explique pourquoi Hérodote est surnommé le « Père de l'histoire ».

Les guerres médiques opposent les cités grecques à l'Empire perse entre 490 et 479 av. J.-C. Ces 11 années sont marquées par quatre batailles majeures.

La première bataille est terrestre et c'est une victoire des cités grecques. En 490 av. J.-C., les troupes perses sont stoppées dans la plaine de Marathon à environ 40 kilomètres d'Athènes par les soldats grecs. Parmi eux, les 10 000 soldats athéniens, les hoplites, jouent un rôle décisif pour repousser l'invasion perse.

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Cavalier et hoplite grecs

Par Manière du Peintre de Princeton, Domaine public, © Wikimedia Commons

La deuxième bataille est également terrestre et c'est une défaite des cités grecques. En 480 av. J.-C., l'armée du nouvel empereur perse Xerxès parvient à vaincre des soldats grecs dix fois moins nombreux et dont une partie s'enfuit, laissant le roi de Sparte Léonidas et ses 300 soldats se faire massacrer dans les Thermopyles. La ville d'Athènes est mise à sac par les Perses qui l'incendient et détruisent les temples de l'Acropole. Les Athéniens sont même contraints de se réfugier sur l'île de Salamine.

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Hoplite grec contre un soldat perse

By Άγνωστος − National Museums Scotland, Domaine public, © Wikimedia Commons

La troisième bataille est navale et c'est une victoire des cités grecques. En 480 av. J.-C., la flotte grecque, composée d'environ 200 navires athéniens dirigés par le stratège Thémistocle, parvient à écraser la flotte perse pourtant trois fois plus nombreuse à Salamine.

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Trière (navire de la glotte grecque)

© Wikimedia Commons

La quatrième bataille est terrestre et c'est une victoire des cités grecques. En 479 av. J.-C., à Platées, l'armée grecque, majoritairement composée d'hoplites envoyés par la cité de Sparte, repousse les soldats perses qui quittent la Grèce.

B

Les cités grecques protégées par Athènes

Grâce à leur victoire sur les Perses, les cités grecques conservent leur indépendance. Si elles ont toutes contribué à repousser la menace perse, c'est Athènes qui, grâce à sa puissance militaire, a fait la différence au cours des batailles de Marathon et Salamine. C'est pourquoi, à partir de 480 av. J.-C., les cités grecques reconnaissent à Athènes le statut « d'hégémon » : Athènes reçoit donc le droit de se placer à la tête du monde grec.

Ligue de Délos 

La ligue de Délos désigne une alliance militaire entre cités qui prend la forme d'une symmachie, ce qui signifie en grec « combattre ensemble ». Délos est l'île de la mer Égée qui a été choisie pour accueillir le quartier général de cette association. La ligue de Délos regroupe environ 200 cités grecques qui choisissent de coopérer. Elle forme un arc englobant les cités littorales ainsi que les îles de la mer Égée.

Les cités alliées ont un objectif commun : se protéger contre la menace d'une nouvelle invasion perse afin de rester libres et indépendantes.

Les cités alliées adoptent des principes communs :

  • La liberté : Chaque membre conserve son indépendance et peut librement quitter l'alliance. 
  • L'égalité : Chaque membre dispose d'une voix lors du vote pour décider d'une intervention militaire. 
  • La solidarité : Chaque membre menacé est assuré du soutien militaire de la ligue. 

 

La ligue fonctionne grâce des institutions communes : une fois par an, chaque cité envoie un représentant au Conseil de la ligue situé au sanctuaire d'Apollon à Délos. C'est dans cette assemblée, aussi appelée le synode, qu'ils y discutent et votent les interventions militaires nécessaires à la sécurité du monde grec. 

La ligue est financée par un budget commun. Chaque membre y participe :

  • soit en fournissant des navires de combat ;
  • soit en payant un tribut, c'est-à-dire une cotisation équivalente à environ 25 kg d'argent, appelé le phoros

 

L'ensemble des sommes versées constitue le « Trésor de la ligue », conservé à Délos. 

En théorie, la ligue de Délos s'apparente donc à une confédération, c'est-à-dire une coalition de cités souveraines, qui défend l'intérêt de l'ensemble de ses membres égaux. La ligue de Délos est d'ailleurs aussi appelée « la confédération athénienne ».

Cependant, dans la pratique réelle du fonctionnement de la ligue, c'est bien Athènes qui, à la demande des alliés, la coordonne et la dirige. En effet, devant la supériorité militaire qu'Athènes a démontrée lors des guerres médiques, les cités grecques acceptent de lui confier leur sécurité. La ligue de Délos confirme donc le lien de dépendance entre les cités grecques et la cité d'Athènes reconnue comme le leader, la puissance protectrice bienveillante du monde grec.

« Les Athéniens reçurent le commandement auquel les alliés souscrivaient. Ils choisirent les cités qui devaient payer le tribut et celles qui devaient donner des navires. Le prétexte était de ravager le territoire des barbares perses pour se venger. C'est à Délos que se trouvait le siège de la trésorerie et les alliés se réunissait dans le sanctuaire. »

Thucydide

La Guerre du Péloponnèse

II

La ligue de Délos au service de la puissance athénienne

A

Le contrôle grandissant d'Athènes sur la ligue

Grâce à la fondation de la ligue de Délos en 478 av. J.-C., la menace d'une nouvelle invasion perse s'éloigne. Pour autant, l'alliance est maintenue mais elle se transforme à l'initiative d'Athènes. En effet, progressivement, le contrôle d'Athènes sur ses alliés se resserre et la liste des contraintes qui leur sont imposées s'allonge.

1

La pression morale athénienne

Athènes resserre sa pression morale sur les alliés. Sans consulter le Conseil de la ligue, Athènes instaure un serment auquel chaque membre est tenu de se soumettre au risque d'être accusé de traîtrise. Par ce serment, les alliés s'engagent de façon solennelle :

  • à apporter un soutien militaire sans failles à Athènes ;
  • à payer le tribut régulièrement en apportant à Athènes, le jour du paiement, des offrandes pour la déesse Athéna ;
  • à faire preuve d'obéissance et de loyauté envers Athènes ;
  • à dénoncer les cités qui bafouent leur serment ;
  • à ne jamais se séparer de la ligue.

« Ni par ruse, ni par manœuvre, ni en parole, ni en acte je ne me séparerai d'Athènes. Je ne suivrai pas qui voudrait s'en séparer et je le dénoncerai aux Athéniens. Je paierai aux Athéniens le tribut et je serai aussi bon et aussi juste allié que possible. Je me porterai au secours du peuple des Athéniens si quelqu'un lui fait du tort. J'obéirai au peuple athénien. »

446 av. J.-C.

En 446 av. J.-C., les Athéniens contraignent les habitants de la cité alliée de Chalcis à prêter ce serment.

« Que tous les Chalcidiens qui refusent de prêter serment soient privés de tous leurs droits et que leurs biens soient confisqués. »

446 av. J.-C.

Il s'agit de l'ordre donné aux représentants d'Athènes envoyés à Chalcis.

2

La pression fiscale athénienne

Athènes resserre également sa pression fiscale sur les alliés. À partir de 454 av. J.-C., Athènes prend seule le contrôle de la gestion financière de la ligue. Ainsi, à l'initiative de Périclès, le Trésor de la ligue est délocalisé de Délos à Athènes. C'est désormais l'Ecclésia, l'Assemblée des citoyens, qui fixe seule le montant du phoros. La perception de cette somme, que les alliés voient davantage comme un impôt imposé plutôt qu'une cotisation consentie, est d'ailleurs confiée à 10 fonctionnaires athéniens, les hellénotames. Ils tiennent les comptes à jour en gravant le montant des sommes versées par les cités sur des stèles.

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Stèle recensant le paiement du tribut par les alliés

Par NA — Μαρσύας © Wikimedia Commons

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La pression militaire athénienne

Athènes resserre sa pression militaire sur les alliés. Puisque Périclès dissout le Conseil de la ligue, les interventions militaires ne sont plus ni débattues ni votées mais imposées par Athènes qui demande toujours plus de navires à ses alliés. La flotte de la ligue, estimée entre 300 et 400 trières, est d'ailleurs mise à la disposition d'Athènes puisqu'elle stationne dans son port du Pirée. 

Pour s'assurer du respect de ces nouvelles règles, Athènes renforce son arsenal répressif

Les cités alliées qui tardent à payer le tribut sont sanctionnées d'une amende dissuasive puisqu'elle s'élève à 1/60e du total dû par période de 10 jours de retard, et ce pendant 100 jours.

Néanmoins, en contrepartie des efforts supplémentaires qu'elle exige, Athènes n'apporte rien de nouveau à ses alliés puisqu'elle se contente de leur renouveler la promesse de sa protection militaire. L'alliance devient donc très inégalitaire et déséquilibrée puisqu'elle ne sert désormais que les intérêts athéniens. Coincés dans une ligue de plus en plus contraignante, les alliés distendent progressivement le lien de confiance qui les unissait à Athènes car elles se sentent davantage menacées que protégées.

B

Le basculement d'Athènes dans l'impérialisme

En enfermant les cités alliées dans un cadre contraignant dans lequel elles n'ont d'autre choix que de se soumettre, Athènes affirme son impérialisme.

Impérialisme 

Dérivé du latin imperium qui signifie commandement, le terme impérialisme désigne la politique d'un État qui étend sa domination à d'autres en les plaçant sous sa dépendance et son contrôle.

La politique impérialiste d'Athènes s'appuie sur quatre leviers principaux.

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L'impérialisme militaire

Le premier levier actionné par Athènes est l'impérialisme militaire. Il repose sur un réseau de surveillance maritime et terrestre. Concrètement, Athènes fait patrouiller en permanence 300 à 400 trières en mer Égée. Elle peut donc intervenir partout et très rapidement. Cette omniprésence militaire permet à Athènes de maintenir une pression constante sur les cités alliées et de contrôler le commerce maritime. Cette domination maritime athénienne est qualifiée de thalassocratie, du grec thalassa, « la mer », et kratein, « le pouvoir ». 

Athènes met également en place un réseau de colonies appelées les clérouquies. Des soldats-citoyens athéniens prennent ainsi possession de parcelles des cités alliées qu'ils cultivent et sur lesquelles ils bâtissent des forteresses. Grâce à elles, Athènes contrôle le commerce terrestre et dissuade les cités de toute révolte. Le cas échéant, elle peut les réprimer immédiatement afin d'éviter la contagion.

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L'impérialisme politique

Le deuxième levier actionné par Athènes est l'impérialisme politique. Si les alliés ne sont pas forcés d'adopter le régime démocratique, Athènes s'autorise néanmoins à intervenir directement dans leurs affaires intérieures.

Athènes exige que les crimes les plus graves commis sur le sol des territoires alliés soient désormais jugés devant les tribunaux athéniens. Cette centralisation judiciaire permet à Athènes d'asseoir son autorité.

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L'impérialisme économique

Le troisième levier actionné par Athènes est l'impérialisme économique. Vers 449 av. J.-C., Athènes prive ses alliés de leur liberté monétaire en leur interdisant de battre leur propre monnaie. Désormais, la monnaie unique est celle d'Athènes, le tétradrachme, une pièce en argent marquée du visage d'Athéna d'un côté et de la chouette d'Athènes de l'autre.

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Tétradrachmes

Par cgb.fr  © Wikimedia Commons

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L'impérialisme culturel

Le quatrième levier actionné par Athènes est l'impérialisme culturel. En effet, au Ve siècle av. J.-C., Athènes devient « l'école de la Grèce ». Cela signifie que dans les domaines intellectuels, artistiques et religieux, la culture athénienne s'impose comme une référence.

C'est à Athènes que les savants et les artistes grecs viennent se former et trouver l'inspiration.

Dans le domaine religieux, les cités alliées sont tenues d'envoyer des représentants pour participer aux Grandes Panathénées, des festivités organisées sur l'Acropole en l'honneur d'Athéna.

Cela permet de renforcer la cohésion du monde grec tout en rappelant aux alliés leur assujettissement. On assiste donc à l'uniformisation de la culture grecque qui se calque sur le modèle athénien.

III

Les avantages et les inconvénients de l'impérialisme athénien

A

La consolidation de la démocratie athénienne

Au Ve siècle av. J.-C., la politique extérieure d'Athènes impacte son régime politique intérieur. Ainsi, l'impérialisme athénien renforce la démocratie athénienne.

1

La solidarité des citoyens dans l'armée

Cette corrélation s'explique d'abord par le lien étroit entre la citoyenneté et l'armée dans la démocratie. À Athènes, le soldat a dû réussir un service militaire de deux ans, l'éphébie, pour mériter la citoyenneté. Mobilisable dans l'armée jusqu'à l'âge de 49 ans, le citoyen modèle est donc le citoyen-soldat qui s'engage par serment à risquer sa vie pour défendre la cité donc la démocratie. Une loi punit d'ailleurs les citoyens qui ont fait preuve de lâcheté au combat en leur retirant la citoyenneté. Chaque citoyen a ainsi la responsabilité de s'équiper lui-même : les plus riches sont cavaliers et les moins riches sont hoplites. 

Sur le champ de bataille, la solidarité des citoyens s'exprime au sein de la phalange. Cette stratégie militaire consiste à faire avancer les hoplites en cadence et en rangs serrés pour former un carré compact. Puisque leur bouclier ne les couvre pas entièrement, chacun compte sur son voisin pour rester en vie. 

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Hoplites athéniens

Domaine public © Wikimedia Commons

Sur mer, les citoyens les plus pauvres participent eux aussi à l'effort militaire collectif en ramant dans les trières. Commandés par les triérarques, ces navires de combat embarquent une dizaine d'hoplites et d'archers et sont propulsés par 180 rameurs disposés sur 3 rangées.

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Trière athénienne

Par Marsyas  © Wikimedia Commons

L'impérialisme athénien profite donc à toutes les couches sociales puisque ces soldats-citoyens touchent des soldes financées par le Trésor de la ligue.  

Pour les Athéniens, les victoires de Marathon et de Salamine lors des guerres médiques sont à mettre au crédit de leur régime politique. Ainsi, chaque succès militaire renforce la confiance des citoyens-soldats en la démocratie. La cité en fait d'ailleurs la propagande lorsqu'elle célèbre les citoyens qui ont donné leur vie pour la démocratie par des funérailles publiques et des monuments qui entretiennent le sentiment patriotique.

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L'avantageuse situation financière d'Athènes

La démocratie bénéficie également de l'impérialisme financier d'Athènes. En effet, en imposant le transfert du Trésor de Délos à Athènes en 454 av. J.-C., le stratège Périclès détourne le tribut versé par les alliés. Concrètement, il fait du budget de la confédération la cagnotte de la démocratie. 

Cet argent sert par exemple à financer le misthos, l'indemnité versée aux citoyens qu'il instaure vers 450 av. J.-C. et le rend très populaire.

Cet argent finance aussi sa politique de grands travaux. Les longs murs qui fortifient la route de 10 km reliant Athènes au port du Pirée sont payés par le Trésor de la ligue. 

Le principal chantier du monde grec l'est aussi : la reconstruction des monuments de l'Acropole d'Athènes. Pendant 15 ans, entre 447 et 432 av. J.-C., les architectes Ictinos et Callicratès encadrent la construction du Parthénon. Ce temple de 70 mètres de long et 30 mètres de large rend hommage à la déesse protectrice de la cité, Athéna. À l'intérieur, le sculpteur Phidias en réalise la statue monumentale, de 12 mètres de haut, faite d'ivoire et d'or. À l'extérieur, tout autour du temple, il sculpte une frise mettant en scène près de 300 Athéniens qui célèbrent la fête des Panathénées. Périclès met le chantier de l'Acropole au service de sa propagande en y installant le Trésor de la ligue. À travers ce monument, Athènes montre donc à ses alliés et à l'ensemble du monde grec sa supériorité économique, politique et culturelle.

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Le Parthénon et la statue d'Athéna

© Pixabay

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Périclès

« Les édifices publics dont il décore la ville flattèrent les citoyens. Certains disaient que les Athéniens avaient perdu leur honneur en détournant les sommes versées par les alliés pour embellir notre ville. Périclès leur répondait qu'Athènes n'avait aucun compte à rendre à ses alliés. C'est nous, disait-il, qui combattons pour leur défense. C'est nous qui éloignons les Barbares de leurs frontières. Une fois payées, les sommes qu'elles nous versent ne leur appartiennent plus. Et puisqu'Athènes détient tous les moyens de défense que la guerre exige, elle doit employer cet argent à des ouvrages qui, une fois achevés, lui assureront une gloire immortelle. »

Plutarque 

Vie de Périclès

Ier siècle ap. J.-C.

C'est ainsi que Plutarque décrit la façon dont Périclès utilise l'argent des alliés dans la biographie qu'il consacre au personnage.

B

La dégradation de l'image d'Athènes dans le monde grec

Au milieu du Ve siècle av. J.-C., le contexte change : les Grecs voient la menace perse disparaître avec la signature de la paix de Callias en 449 av. J.-C.  En théorie, la ligue de Délos n'a plus de raison d'être mais Athènes fait pression pour la maintenir et part même à la conquête de nouveaux alliés. 

Au nord de la mer Égée, la Thrace est conquise en 438 av. J.-C. puis la Chersonèse en 432 av. J.-C. Cependant, l'autoritarisme et la violence d'Athènes font croître un sentiment « anti athénien » chez les alliés. Ainsi, certaines cités contestent l'impérialisme athénien et d'autres se rebellent en prenant les armes. Les cités révoltées reprochent à Athènes d'avoir modifier la nature de la ligue en cassant le contrat originel. En effet, ce qui était à l'origine une « symmachie », une alliance volontaire et équitable, devient rapidement une « anaspondie », une alliance coercitive ne tenant que par la force. Ainsi, le pouvoir de commandement d'Athènes, « l'hégémon », se transforme en pouvoir de domination : « l'arkhê »

Les premières révoltes concernent des membres de la ligue de Délos qui refusent de se soumettre à l'impérialisme athénien :

  • En 468 av. J.-C., Naxos décide de ne plus mettre sa flotte au service d'Athènes. 
  • En 465 av. J.-C., Thasos refuse de laisser Athènes piller ses mines d'argent. 
  • En 445 av. J.-C., Eubée refuse d'intégrer la ligue de Délos. 
  • En 440 av. J.-C., Samos refuse d'adopter la monnaie athénienne. 

 

Athènes réprime sans tarder chacune de ces révoltes pour éviter la contagion. Ainsi, les cités rebelles sont systématiquement assiégées par les soldats athéniens et elles subissent les mêmes sanctions dissuasives : réintégrer la ligue, détruire leurs murailles, livrer leur flotte, rembourser les frais de guerre de l'armée athénienne, payer le tribut et livrer une partie de leur territoire aux colons athéniens. 

Les révoltes suivantes se déroulent dans un autre contexte : la guerre du Péloponnèse. Commencée en 431 av. J.-C., elle oppose deux modèles :

  • D'un côté Athènes, la cité démocratique et impérialiste qui commande environ 150 cités. 
  • De l'autre Sparte, une cité oligarchique épaulée par ses alliés de la ligue du Péloponnèse qui comptent stopper l'expansionnisme athénien. 

 

En 428 av. J.-C., la cité de Mytilène refuse l'augmentation du tribut et quitte la ligue de Délos. Athènes assiège la cité rebelle et, pour faire un exemple, décide de frapper fort en massacrant les habitants. Au dernier moment, sous la pression de l'Ecclésia, la cité impérialiste se contente de détruire la flotte de Mytilène et de coloniser une partie de son territoire. 

En 416 av. J.-C., Athènes est moins clémente avec la cité de Mélos, une cité neutre qui refuse d'intégrer la ligue de Délos. Après l'échec des négociations, tous les hommes en âge de porter les armes sont massacrés, les femmes et les enfants réduits en esclavage.     

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Périclès fait l'éloge des citoyens morts au combat

Par Philipp Foltz — www.ancientgreekbattles.net/.../Pericles.htm, Domaine public, © Wikimedia Commons

« "Mais quel pourrait être notre intérêt à devenir vos esclaves ?", les Athéniens répondent "Mais parce qu'en vous soumettant, vous éviterez le pire. Et nous, en vous épargnant, nous pourrons tirer des revenus de votre cité. Ainsi, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner ou périr." »

Thucydide

Histoire de la guerre du Péloponnèse

Ve siècle av. J.-C.

L'historien Thucydide rapporte cet échange entre les soldats athéniens et les habitants de l'île de Mélos. Il s'agit de la réponse à la question des Méliens qui ne demandent qu'à rester neutres dans la guerre du Péloponnèse.

Lâchée par ses alliés, Athènes voit sa situation militaire se dégrader rapidement. Devant la puissance des phalanges spartiates, Périclès choisit le repli dans Athènes qu'il pense protégée grâce à ses fortifications et sa flotte. Cependant, en 429 av. J.-C. une épidémie de peste tue la moitié de l'armée athénienne dont Périclès. En 404 av. J.-C., après 27 années de conflit, Athènes est vaincue par Sparte

Athènes perd alors son empire puisque la ligue de Délos est dissoute. Elle perd son indépendance puisqu'elle intègre la ligue du Péloponnèse et la démocratie est fragilisée par des coups d'État oligarchiques. À la fin du Ve siècle av. J.-C., la démocratie est rétablie mais elle est en crise. Le nombre de citoyens diminue, tout comme l'intérêt qu'ils portent à la vie politique. 

Au IVe siècle av. J.-C., Athènes manque de soldats et d'argent alors qu'elle doit affronter une nouvelle menace. Au nord, la Macédoine du roi Philippe II veut étendre son impérialisme à toute la Grèce. Athènes tente de créer une seconde confédération en unissant autour d'elle les cités grecques mais c'est un échec : le temps de la grandeur athénienne est terminé. Les cités grecques sont battues par Philippe en 338 av. J.-C. à Chéronée. Athènes perd son indépendance puisqu'elle intègre l'alliance commandée par la Macédoine. En 322 av. J.-C., Athènes se révolte contre l'impérialisme macédonien mais elle échoue. En représailles, la démocratie athénienne est abolie et le gouvernement de la cité passe aux mains des citoyens les plus riches

Le conflit entre Athènes et Sparte nous est connu grâce à l'Athénien Thucydide. Auteur de Histoire de la guerre du Péloponnèse, il est considéré, avec Hérodote, comme l'un des « pères de l'histoire ». Sa méthode novatrice fait de l'histoire une science. Il s'interroge sur les causes, le déroulement et les conséquences de la guerre. Il s'appuie sur les témoignages des différents acteurs des événements qu'il analyse de façon critique pour démêler le vrai du faux. Il fait la clarté sur les faits pour produire un récit objectif et impartial du passé.

  • Au début du Ve siècle av. J.-C., les Grecs remportent les guerres médiques. En repoussant l'invasion perse grâce à l'implication militaire de ses soldats-citoyens, la cité d'Athènes change de statut. Elle devient la cité protectrice du monde grec.
  • Au début du Ve siècle av. J.-C., « Athènes et ses compagnons d'armes » s'allient et fondent la ligue de Délos. Considérée comme « le bouclier » du monde grec, la domination d'Athènes est alors perçue positivement.
  • Les principes originels de la ligue de Délos étaient la solidarité, l'égalité et la liberté. Ils sont progressivement bafoués par Athènes qui transforme la ligue de Délos en instrument de domination.
  • Athènes domine le monde grec pendant un demi-siècle entre 480 et 430 av. J.-C. L'impérialisme pratiqué par Athènes à l'extérieur renforce la démocratie à l'intérieur. Périclès détourne l'argent des alliés pour financer des mesures politiques, sociales, culturelles et militaires qui le rendent populaire. Il est réélu stratège 15 fois entre 443 et 429 av. J.-C.
  • Dans le monde grec du Ve siècle av. J.-C., Athènes passe du statut de puissance protectrice bienveillante à celui de puissance impérialiste malveillante. L'impérialisme nourrit la démocratie mais provoque aussi son déclin.