Sommaire
ILe contexte social et politique avant 1864ALe cadre répressif hérité de la Révolution et de l'EmpireBUne classe ouvrière en expansion et en colèreIILa loi du 25 mai 1864 : une avancée majeureALe rôle décisif de la loi OllivierBUne reconnaissance limitée mais symboliqueIIIConséquences et héritages du droit de grèveALes premières grèves légales et l'essor du mouvement ouvrierBUne étape dans la conquête des droits sociaux Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 22/04/2026 - Conforme au programme 2025-2026
Jusqu'en 1864, toute grève était interdite en France, considérée comme un délit de coalition depuis la loi Le Chapelier de 1791. Avec l'essor de l'industrialisation, les ouvriers, soumis à des conditions de travail très dures, multiplient les mobilisations. Sous la pression sociale et politique, Napoléon III adopte la loi du 25 mai 1864, portée par Émile Ollivier, qui reconnaît le droit de grève. Malgré ses limites, cette loi marque une étape fondamentale dans la reconnaissance des droits collectifs ouvriers. Elle ouvre la voie à la légalisation des syndicats en 1884.
Le contexte social et politique avant 1864
Le cadre répressif hérité de la Révolution et de l'Empire
Depuis la Révolution française, les ouvriers sont privés de moyens légaux pour défendre leurs intérêts collectifs. La loi Le Chapelier (1791) interdit les associations professionnelles et les coalitions, dans l'idée de protéger la liberté individuelle mais surtout pour empêcher les regroupements ouvriers jugés dangereux. Le Code pénal napoléonien renforce cette répression : toute grève est assimilée à un délit. Les ouvriers ne disposent donc d'aucun droit collectif pour améliorer leurs conditions de travail.
Une classe ouvrière en expansion et en colère
Avec l'essor de l'industrialisation sous la monarchie de Juillet puis le Second Empire, les ouvriers deviennent de plus en plus nombreux, concentrés dans les manufactures, les mines et les grands chantiers. Ils sont confrontés à des journées de travail longues (12 à 15 heures), des salaires faibles et une insécurité permanente en cas de chômage ou d'accident. Les premières grèves éclatent malgré l'interdiction, souvent réprimées par l'armée. La naissance d'un véritable mouvement ouvrier, influencé par les idées socialistes et syndicales, fait pression sur le régime impérial. Les rapports du régime avec les ouvriers restent d'ailleurs ambivalents : Napoléon III tient un discours paternaliste, inspiré du saint-simonisme, tout en cherchant à éviter une dérive révolutionnaire par des mesures qu'il présente comme équilibrées.
La loi du 25 mai 1864 : une avancée majeure
Le rôle décisif de la loi Ollivier
Dans la phase libérale du Second Empire, Napoléon III cherche à concilier modernisation économique et concessions sociales. Le député Émile Ollivier dépose un projet de loi visant à légaliser le droit de grève. Adoptée le 25 mai 1864, cette loi abroge le délit de coalition, c'est-à-dire qu'elle autorise les ouvriers à cesser le travail collectivement pour défendre leurs intérêts. C'est une avancée historique : pour la première fois, l'État reconnaît un droit collectif aux travailleurs, même si les syndicats restent interdits.
Une reconnaissance limitée mais symbolique
Les grèves restent toutefois strictement encadrées. Elles ne doivent pas troubler « la liberté du travail » des non-grévistes, ni causer de désordre public. Les violences, menaces ou entraves restent punies. En pratique, beaucoup de grèves sont encore réprimées, mais le symbole est fort : le régime impérial reconnaît que les ouvriers ont des revendications légitimes, et qu'ils doivent disposer de moyens légaux pour les exprimer.

Émile Ollivier caricaturé et critiqué par certains pour sa loi
Wikimedia Commons
Conséquences et héritages du droit de grève
Les premières grèves légales et l'essor du mouvement ouvrier
Après 1864, les grèves se multiplient, surtout dans les grandes villes industrielles et minières. Elles concernent les salaires, la réduction du temps de travail ou la sécurité dans les ateliers. Bien que souvent limitées, ces mobilisations montrent que les ouvriers s'emparent de leur nouveau droit. Le mouvement ouvrier gagne en visibilité et s'organise progressivement, posant les bases des futures structures syndicales.

Une grève d'ouvriers en 1878
Wikimedia Commons
Une étape dans la conquête des droits sociaux
Le droit de grève de 1864 n'est qu'un point de départ. Il faudra attendre 1884 et la loi Waldeck-Rousseau pour que les syndicats soient enfin autorisés, permettant aux ouvriers de s'organiser durablement. Par la suite, d'autres droits sociaux (retraite, assurance, durée du travail) seront progressivement obtenus. Mais la loi de 1864 marque un tournant : elle reconnaît officiellement que les travailleurs constituent une force collective et qu'ils peuvent, par leur action, peser sur les décisions économiques et politiques. Il n'est pas anodin que soit fondée à Londres, le 28 septembre 1864, l'Association Internationale des Travailleurs, à laquelle participa Karl Marx.