La libertéCours

On peut d'abord souligner une évidence de la liberté : chacun fait l'expérience de sa propre liberté. Pourtant, il est difficile de définir précisément cette liberté. S'agit-il d'un pur exercice du choix, ou bien de choix réalisés en connaissance de cause ? On pourrait par ailleurs remarquer que l'homme se croit libre alors qu'il est déterminé par des causes qu'il ignore : la liberté pourrait-elle être illusoire ? Enfin, l'homme vivant en collectivité, il est possible de se demander si la liberté n'est pas de fait toujours restreinte par l'existence des lois.

I

La liberté humaine et ses limites

L'être humain définit sa liberté comme la possibilité de disposer de lui-même à sa guise et de ne pas subir de contraintes extérieures. Il existe un certain nombre d'obstacles qui entravent la liberté ainsi définie. Pour Spinoza, l'être humain n'est pas libre, car il n'a pas conscience des causes qui le déterminent : s'il en prend conscience, il acquiert alors une forme de liberté. 

A

Définition de la liberté humaine

L'être humain libre est celui qui dispose de lui-même à sa guise. On peut distinguer différents niveaux de liberté, mais on entend souvent par liberté celui qui n'a pas de contrainte.

Étymologiquement, l'homme libre s'oppose au serf (personne qui n'avait pas de liberté et était rattachée à une terre qu'elle devait travailler pour un seigneur au Moyen Âge), à l'esclave. L'homme libre, c'est celui qui dispose de sa personne et de ses biens.

Il faut distinguer différents niveaux pour penser la liberté :

  • Le niveau physique : c'est la liberté comprise comme absence de contrainte physique.
  • Le niveau moral : c'est la liberté comprise dans un contexte politique et social.
  • Le niveau métaphysique : c'est la liberté comme exercice de la volonté et capacité d'être auteur de ses choix.

 

Souvent, on assimile la liberté à la possibilité de faire tout ce que l'on veut sans limite naturelle ou conventionnelle. Ainsi, être libre signifie ne pas être soumis à une volonté autre, ni à une contrainte extérieure.

L'esclave n'est pas libre, car tout ce qu'il peut faire dépend de la volonté de son maître.

La liberté reposerait alors sur l'idée de ne pas être empêché de faire quelque chose, de ne pas être entravé dans sa liberté de mouvement, dans la réalisation d'une action. C'est ainsi que la définit Thomas Hobbes dans le Léviathan.

« D'après le sens propre (et généralement admis) du mot, un HOMME LIBRE est celui qui, s'agissant des choses que sa force et son intelligence lui permettent de faire, n'est pas empêché de faire celles qu'il a la volonté de faire. »

Thomas Hobbes

Léviathan

1651

Pour Hobbes, la liberté est donc l'absence d'obstacle à la réalisation de ce que la force et l'intelligence d'un individu peuvent réaliser. Autrement dit, la liberté correspond au fait de ne pas être empêché de faire une chose que l'on a le pouvoir de faire. Pour Hobbes, la liberté n'est que la liberté de mouvement.

B

Les obstacles à l'idée de liberté

Les obstacles à la liberté de l'être humain sont multiples. En philosophie, deux positions philosophiques rejettent l'idée de liberté humaine : le déterminisme et le fatalisme. 

Déterminisme

Le déterminisme est une conception selon laquelle tout arrive en vertu d'une chaîne de causes et d'effets, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets.

Pour la science, le déterminisme repose sur l'affirmation que tous les phénomènes naturels sont régis par des lois « nécessaires », au sens où elles traduisent l'ensemble des contraintes naturelles.

Si l'eau est chauffée à 99,98 °C, elle entre en ébullition. Cette loi est nécessaire : chaque fois que de l'eau est chauffée à 99,98 °C, elle bout.

Le déterminisme peut aussi être social ou psychologique : les actions de l'être humain ne sont que les effets de causes dont il est le plus souvent inconscient. Ainsi, pour le philosophe Karl Marx, la pensée de chacun est déterminée par les « conditions matérielles d'existence », c'est-à-dire la société dans laquelle il vit. Pour Sigmund Freud, la pensée est déterminée par l'inconscient qui résulte par exemple, sous l'effet du refoulement, de troubles connus durant l'enfance. Si l'on envisage ce type de déterminisme, l'homme n'est donc plus maître de ses pensées et de ses actions : il est moins libre.

Un autre courant de pensée qui peut s'opposer à la liberté est le fatalisme.

Fatalisme

Le fatalisme est la croyance selon laquelle tous les événements sont déterminés à l'avance : c'est ce qu'on appelle le « destin ».

Croire au destin, c'est croire au fait que tous les événements sont « écrits » à l'avance. On parle ainsi du « grand livre » du destin. L'être humain ne peut échapper à son destin, malgré tous ses efforts pour changer sa destinée. La liberté n'est alors qu'une illusion, car l'homme est en fait le jouet des dieux.

L'histoire d'Œdipe, dans la tragédie de Sophocle, illustre bien le fatalisme. Alors que l'oracle a prédit à Œdipe qu'il tuerait son père et épouserait sa mère, celui-ci met tout en œuvre pour échapper à son destin. Mais toutes ces tentatives pour changer sa destinée ne font que précipiter la réalisation de la prophétie de l'oracle.

Dans cette perspective, l'existence humaine est tragique. 

C

Prendre conscience des déterminismes : la pensée de Spinoza

On peut penser une autre forme de liberté, consciente des déterminismes et caractérisée par une recherche d'adhésion avec soi-même. C'est ce qu'imagine Spinoza. 

Une fois l'existence des déterminismes mise en évidence, il n'est plus possible pour l'homme de penser que la liberté consiste à faire ce que l'on veut. C'est ce que souligne le philosophe Baruch Spinoza dans l'Éthique. Il explique que l'homme se croit libre car il ignore les causes qui le déterminent dans ses actions et ses désirs. Par contre, l'homme peut s'efforcer, en fonction de son désir, d'être toujours plus indépendant, de manière à moins subir les causes extérieures.

« Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés. »

Baruch Spinoza

Éthique

1677

La conception commune de la liberté selon laquelle l'homme est libre de faire ce qu'il veut est erronée. C'est une conception illusoire de la liberté : elle marque l'ignorance des causes qui déterminent un sujet à agir.

Spinoza illustre cette idée par l'image de la pierre : si une pierre qui tombe avait une conscience, elle se croirait libre de faire cette action. L'homme est comme une pierre qui tombe : il se croit libre uniquement parce qu'il a conscience de son mouvement, sans avoir conscience des causes qui le poussent à suivre un tel mouvement.

Il faut connaître à la fois les lois de la nature, qui conditionnent l'action, et les lois de la nature de l'homme, qui conditionnent les raisons qui le poussent à agir de telle ou telle façon. Cela permet à l'être humain d'acquérir une relative forme de liberté. 

II

Les moyens par lesquels l'homme exerce sa liberté individuelle

Même si l'action humaine s'inscrit dans le cadre des lois de la nature, il est possible de distinguer un aspect de l'action humaine qui sort l'homme de cette condition : l'usage de sa raison. L'être a le choix : cette forme de liberté s'illustre dans l'acte gratuit, le libre arbitre et l'acte libre.

A

L'acte gratuit

L'être humain a la possibilité d'agir simplement parce qu'il le décide : c'est l'acte gratuit d'André Gide. 

Contrairement aux autres animaux dont le comportement semble entièrement dicté par l'instinct, l'homme pourrait agir sans que rien ne l'y pousse. Pouvoir agir sans motivation extérieure serait une preuve de la liberté humaine.

André Gide appelle ce type d'acte un « acte gratuit », c'est-à-dire désintéressé, non pas au sens moral du mot, mais parce que cet acte n'est dicté par aucun intérêt défini et n'a pas de motivation. Alors que l'animal est purement narcissique (il agit selon ses intérêts ou au mieux selon ceux de sa famille, qu'il protège instinctivement), l'homme est capable d'avoir des activités « désintéressées », dans tous les sens du terme.

« J'ai longtemps pensé que c'est là ce qui distingue l'homme des animaux, une action gratuite. Et comprenez qu'il ne faut pas entendre par là une action qui ne rapporte rien, car sans cela... Non mais gratuit, un acte qui n'est motivé par rien. Comprenez-vous ? Intérêt, passion, rien... L'acte désintéressé ; né de soi ; l'acte aussi sans but ; donc sans maître ; l'acte libre, l'acte autochtone. »

André Gide

Le Prométhée mal enchaîné

1920

L'acte gratuit serait donc cet acte réalisé dans le seul but de prouver notre liberté.

Dans Les Caves du Vatican de Gide, le personnage principal, Lafcadio, décide pour prouver sa liberté de tuer sans motif un vieillard qu'il rencontre dans un train. En effet, tuer ce parfait inconnu sans raison, allant ainsi à l'encontre du principe moral qui interdit le meurtre, prouverait sa capacité à s'affranchir de toutes les règles qui pèsent sur lui.

Si l'on peut ainsi prouver sa liberté, on peut néanmoins s'interroger sur la valeur d'une telle forme de liberté. Définir la liberté comme possibilité de réaliser un acte gratuit pose d'abord un problème moral : quelle valeur accorder à une liberté qui, pour s'éprouver, transgresse toutes formes de règles ?

Mais surtout, une telle définition de la liberté n'est peut-être pas juste. Ce n'est pas parce que l'on ignore les motifs qui poussent un individu à agir que son action est pour autant dénuée de tout motif.

Le personnage de Lafcadio dans Les Caves du Vatican commet un meurtre sans motivation connue de lui, pour se prouver qu'il en est capable : on peut montrer qu'il ignore le motif qui le pousse à agir, c'est une volonté d'agir sans motif.

B

Le libre arbitre

Des philosophes comme saint Augustin ou Descartes estiment que l'être humain est doué d'un libre arbitre, il a le pouvoir de décider seul de ses actions : rien ne peut contraindre cette volonté.

Libre arbitre

Le libre arbitre est la capacité pour un individu de choisir ses actes sans y être contraint par aucune force extérieure.

C'est saint Augustin qui parle le premier de libre arbitre, qui serait selon lui un don de Dieu. 

« Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la responsabilité du péché. »

Saint Augustin

L'être humain a donc le choix. Descartes s'inscrit dans cette pensée : il estime que tout ce qui découle de la volonté est un choix libre, un acte libre. Ainsi, pour Descartes, c'est l'exercice de la volonté qui constitue le libre arbitre de l'être humain. Chez tout homme, la volonté est la cause fondamentale de l'action, rien ne peut la contraindre. L'homme décide seul de ses actions, avec son propre entendement. 

Pour Descartes, il existe même une « liberté d'indifférence » : c'est lorsque l'être humain n'écoute même pas son entendement, lorsque son action n'est motivée par aucune raison réfléchie. 

C

L'acte libre

Bergson développe une idée originale, celle d'acte libre : l'acte libre est un acte qui engage toute la personne, un acte créateur, et non pas un choix. 

Henri Bergson estime que la liberté est affaire de création, ce n'est pas un choix entre des éléments existants. Pour Bergson, être libre n'est pas choisir, mais transformer ce qui est. Il va même plus loin, estimant qu'en transformant ainsi le réel, l'être humain se transforme lui-même. Comme Spinoza, Bergson pense que tout acte qui échappe à une cause extérieure est libre. Bergson admet que l'extérieur a des conséquences sur l'être humain, mais pour lui, l'individu consent à cette influence, il ne la subit pas. L'être humain s'exprime ainsi pleinement dans ses actes.

« Bref, nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'œuvre et l'artiste. »

Henri Bergson

Essai sur les données immédiates de la conscience

1889

Ainsi comprise, la liberté est donc cette capacité à exprimer dans un acte toute sa personnalité, c'est-à-dire ce que l'on est le plus profondément.

III

Les moyens par lesquels l'homme exerce sa liberté en société

L'être humain vit en société. Malgré un certain nombre de contraintes, il peut exercer sa liberté politique au sein de l'État. L'être humain a le choix, c'est un être responsable de ses actes qu'il doit assumer devant la société. Dans des sociétés qui priveraient l'être humain de sa liberté, l'être humain peut toujours exercer son indépendance ou son autonomie. 

A

La liberté politique

Dans la mesure où l'homme vit en société, il importe de se poser la question de l'exercice de sa liberté au milieu de ses semblables. Les lois sont la condition nécessaire à la vie en société, et la liberté de l'homme se trouve renforcée par le cadre fixé par les lois.

Si la liberté est la capacité de se déterminer entièrement à agir, cette capacité ne rencontre-t-elle pas comme obstacle la liberté des autres individus ? À première vue, il semble que la loi, qui impose des droits et des devoirs, soit une entrave à la liberté individuelle.

Le proverbe « la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres » illustre bien ce problème : pour vivre en société, il faut poser un certain nombre de limites à l'exercice de la liberté. En effet, ce sont les lois qui encadrent et rendent possible la coexistence d'une pluralité de libertés individuelles.

Si l'on considère que la liberté est la possibilité d'agir selon la loi, c'est parce que les lois sont en fait la condition de la liberté collective. Il existe plusieurs explications à ce constat.

Il est logiquement impossible de considérer que la liberté individuelle doit être illimitée : dans le cas où un homme agirait uniquement selon ses désirs, alors il détruirait la liberté individuelle d'autrui. Une liberté infinie annihilerait la liberté.

De plus, la loi assure la sécurité aux hommes car elle limite la liberté de tous : c'est le but du contrat social. La sécurité est la condition de la liberté : comment être libre si l'on ne peut pas sortir de chez soi sans risquer sa vie ?

Thomas Hobbes défend cette idée que les lois rendent possible l'exercice de la liberté.

« Hors de l'état civil, chacun jouit sans doute d'une liberté entière, mais stérile ; car, s'il a la liberté de faire tout ce qu'il lui plaît, il est en revanche, puisque les autres ont la même liberté, exposé à subir tout ce qu'il leur plaît. Mais, une fois la société civile constituée, chaque citoyen ne conserve qu'autant de liberté qu'il lui en faut pour vivre bien et vivre en paix, de même les autres perdent de leur liberté juste ce qu'il faut pour qu'ils ne soient plus à redouter. Hors de la société civile, chacun a droit sur toutes choses, si bien qu'il ne peut néanmoins jouir d'aucune. Dans une société civile par contre, chacun jouit en toute sécurité d'un droit limité. Hors de la société civile, tout homme peut être dépouillé et tué par n'importe quel autre. Dans une société civile, il ne peut plus l'être que par un seul. Hors de la société civile, nous n'avons pour nous protéger que nos propres forces ; dans une société civile, nous avons celles de tous. Hors de la société civile, personne n'est assuré de jouir des fruits de son industrie ; dans une société civile, tous le sont. On ne trouve enfin hors de la société civile que l'empire des passions, la guerre, la crainte, la pauvreté, la laideur, la solitude, la barbarie, l'ignorance et la férocité ; dans une société civile, on voit, sous l'empire de la raison, régner la paix, la sécurité, l'abondance, la beauté, la sociabilité, la politesse, le savoir et la bienveillance. »

Thomas Hobbes

Du citoyen

1642

En résumé, ce n'est que dans l'état civil que la liberté peut s'exercer, car son usage est réglé, contrairement à l'état de nature, c'est-à-dire l'état pré-social, où chacun, étant libre de faire ce qu'il veut, est en même temps en perpétuel danger de mort violente.

En outre, Hobbes souligne que si les lois définissent un ensemble de choses que nous ne devons pas faire, elles laissent une grande liberté d'action relativement à tout ce sur quoi elles ne statuent pas :

  • D'une part, les lois ne s'intéressent qu'aux actions, les citoyens sont donc libres de penser ce qu'ils veulent. C'est la liberté de conscience.
  • D'autre part, la liberté réside aussi dans le silence de la loi, c'est-à-dire dans les actes auxquels les lois ne s'intéressent pas, non pas absolument parlant, mais dans la mesure où elles font confiance au libre arbitre et à la responsabilité des individus pour régler des difficultés d'ordre mineur, ou encore les usages relevant de la morale. Ainsi, les conventions non réglementées ou encore les signes de respect ou de politesse ne relèvent pas de la loi.
B

La responsabilité

Un autre élément est déterminant pour penser l'exercice de la liberté en communauté : c'est la question de la responsabilité. En effet, dire que l'homme est libre, même si cette liberté s'exerce dans le cadre d'un État régi par des lois, signifie qu'il est tenu pour responsable de ses actes. 

Parce que l'être humain est libre de choisir et d'agir, il est responsable. Il se reconnaît donc comme responsable des conséquences de ses actes. On peut se demander jusqu'à quel point on en est responsable. Jean-Paul Sartre est celui qui défend la conception de la responsabilité la plus radicale. Pour comprendre cette conception, il faut en premier lieu insister sur le fait que Sartre pense que l'homme est un être indéterminé. Ce qui définit l'homme, c'est d'abord le fait d'exister. Il n'y a donc pas d'autre nature humaine que le fait d'exister et de pouvoir librement choisir sa vie. C'est pourquoi l'existence est première par rapport à l'essence, c'est-à-dire à la nature de l'homme, qui n'est que le résultat de ce qu'il fait de sa vie.

« L'existence précède l'essence. »

Jean-Paul Sartre

L'existentialisme est un humanisme

© Éditions Nagel, collection Pensées, 1946

La liberté humaine est totale et inaliénable, mais elle comprend des conséquences inévitables, à commencer par la responsabilité. Cette idée de la responsabilité, Sartre l'exprime en disant que l'homme est « condamné à être libre ». Pour Sartre, l'homme est responsable de chacun de ses actes.

« Ainsi nous n'avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. »

Jean-Paul Sartre

L'existentialisme est un humanisme

© Éditions Nagel, collection Pensées, 1946

C

L'indépendance et l'autonomie

En société, il arrive qu'un être humain ne soit pas libre. Pourtant, grâce à l'indépendance (la liberté stoïcienne), il peut exercer une forme de liberté de penser, et grâce à l'autonomie, au fait qu'il se donne sa propre loi, il peut revendiquer une liberté d'agir.

1

L'indépendance : la liberté stoïcienne

Tous les hommes ne sont pas libres. Dans certaines sociétés ou certaines conditions, certains êtres humains sont soumis aux conditions extérieures. C'est le cas des esclaves. Dans ce type de situation, on peut invoquer la liberté intérieure, ou indépendance.

L'indépendance, que défendent les stoïciens, est l'idée selon laquelle l'homme est libre car ses volontés et représentations ne dépendent que de lui-même. Pour eux, même si le monde est régi par une stricte nécessité, l'homme est libre des représentations qu'il se fait du monde et des jugements qu'il porte sur lui. Ainsi, dans Manuel, Épictète entend apprendre aux hommes à discerner ce qui dépend d'eux de ce sur quoi ils ne peuvent pas agir. C'est en apprenant à faire cette distinction qu'ils apprendront à être libres, indépendamment des circonstances extérieures.

« Si tu crois soumis à ta volonté ce qui est, par nature, esclave d'autrui, si tu crois que dépende de toi ce qui dépend d'un autre, tu te sentiras entravé, tu gémiras, tu auras l'âme inquiète, tu t'en prendras aux dieux et aux hommes. Mais si tu penses que seul dépend de toi ce qui dépend de toi, que dépend d'autrui ce qui réellement dépend d'autrui, tu ne te sentiras jamais contraint à agir. »

Épictète

Manuel

Vers 125 apr. J.-C.

Épictète, par ces conseils, entend apprendre aux hommes à discerner ce qui dépend d'eux de ce sur quoi ils ne peuvent pas agir. C'est en apprenant à faire cette distinction qu'ils apprendront à être libres, indépendamment des circonstances extérieures.

Être libre, selon les stoïciens, reviendrait en fait à distinguer ce qui dépend de nous ou non. Se retrouver entravé à cause de quelque chose que l'on reconnaît comme indépendant de notre volonté n'entache en rien notre liberté. La liberté serait donc l'indépendance de l'esprit face au monde extérieur.

2

L'autonomie

L'indépendance, ou liberté stoïcienne, permet de penser une liberté intérieure indépendante du monde extérieur. Mais l'être humain a également la possibilité d'agir en société. En effet, l'être humain peut se donner sa propre loi et la respecter : cette forme de liberté s'appelle l'autonomie.

Autonomie

L'autonomie, c'est le fait de se donner à soi-même sa propre loi, ou de trouver en soi-même sa propre loi, à l'aide de la raison.

L'autonomie peut se comprendre à deux niveaux :

  • Au niveau moral, l'autonomie consiste à respecter la loi morale.
  • Au niveau politique, l'autonomie s'exprime dans le fait que chacun participe à l'élaboration des lois. La liberté consiste alors à respecter ces lois décidées ensemble.

 

Au niveau moral, l'autonomie signifie que l'homme peut par lui-même saisir ce qu'il doit faire : il lui suffit de faire usage de sa raison pour comprendre ce qu'il doit faire. Il n'a pas besoin de se référer à une instance extérieure à lui, il ne reçoit pas les règles de quelqu'un d'autre. Pour Emmanuel Kant, l'homme trouve en lui une idée immédiate de la loi morale grâce à un certain usage de sa raison.

« La raison pure est pratique par elle seule et donne à l'homme une loi universelle que nous nommons la loi morale. »

Emmanuel Kant

Fondements de la métaphysique des mœurs

1785

Chaque homme peut donc trouver en lui l'énoncé de la loi morale, en faisant usage de sa raison.

C'est en trouvant en lui le principe de son action que l'homme peut être libre : en agissant selon la loi morale que lui dicte sa raison, il s'arrache ainsi à ses penchants naturels et affirme sa liberté.

Mais l'autonomie peut aussi se penser au niveau politique. Elle s'incarne alors dans la démocratie, par le fait que chacun participe à l'élaboration des lois. La liberté consiste alors à respecter ces lois décidées ensemble. Jean-Jacques Rousseau a pensé les termes de cette liberté rendue possible par les lois, grâce au concept de volonté générale.

« "Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'avant ?" Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. […] Si donc on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence, on trouvera qu'il se réduit aux termes suivants : chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »

Jean-Jacques Rousseau

Du contrat social

1762

La seule forme légitime de l'obéissance à la loi est donc que chaque citoyen en soit en partie l'auteur. Ainsi, se soumettre à la loi d'un pays est en même temps se soumettre à la loi que l'on s'est donnée.

C'est le cœur de la liberté politique : en obéissant à la volonté générale, chaque citoyen n'obéit qu'à lui-même. Cette forme de liberté est supérieure à la liberté naturelle, c'est-à-dire la possibilité de faire tout ce que l'on veut, car elle trouve son origine dans la raison et renforce l'autonomie morale, la responsabilité de l'individu, plutôt que son désir.