Première L 2016-2017
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Première L 2016-2017

Les Fleurs du Mal, "A une passante"

À une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! − Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire

Les Fleurs du Mal

1857

I

La forme du poème

  • Ce poème est un sonnet.
  • Le sonnet est une forme fixe. Il connaît un succès certain à la Renaissance. Au XIXe siècle, à l'époque de Baudelaire, il est de nouveau réutilisé.
  • Le sonnet est fait de deux quatrains (strophes de quatre vers) et de deux tercets (strophes de trois vers).
  • Les quatrains et les tercets sont souvent mis en opposition. La fin du poème est la chute, le résultat de cette opposition.
  • Dans "À une passante", les deux premiers quatrains décrivent la rencontre, et les deux tercets sont la chute, la brièveté de la rencontre, l'idéal impossible.
II

Une rencontre brutale

A

L'univers urbain "assourdissant"

  • Le poème se situe dans l'univers urbain.
  • Le poème s'inscrit dans la partie "Tableaux parisiens", les poèmes de ville. Le poème n'est donc pas simplement sur une passante, mais aussi sur la capitale de la France et la vision que le poète en a.
  • Dans ce poème la vision du poète est plutôt négative. Il décrit un univers bruyant et agressif.
  • Dès les premiers vers, le poète souligne la violence de la ville : "la rue assourdissante autour de moi hurlait". Baudelaire choisit un vocabulaire violent, "hurler" est un verbe très fort.
  • Baudelaire choisit des assonances en "u" et "ou" et des allitérations en "r" et "s" qui soulignent l'impression d'un vacarme violent.
B

La violence du coup de foudre

  • Si le milieu urbain est violent, la rencontre amoureuse l'est aussi.
  • Baudelaire décrit un coup de foudre. Cela est très clair quand il écrit "un éclair… puis la nuit !". Le terme "éclair" souligne l'idée de coup de foudre. C'est une rencontre violente et très rapide.
  • Baudelaire utilise deux termes antithétiques. En effet, il oppose la lumière de l'éclair à l'obscurité totale de la nuit.
  • Cette opposition donne l'impression que le poète a été aveuglé par l'éclair. La rencontre est donc très intense. La femme l'a éblouie.
  • Baudelaire utilise des points de suspension. Les événements se succèdent rapidement et de façon surprenante, violente, rapide.
  • Le poète utilise aussi un point d'exclamation. Il y a donc une pause après "nuit !". C'est une pause violente, une césure en plein milieu du vers qui est suivie d'un tiret. Cela permet de mettre en avant le vide qui suit. Après l'éclair, il n'y a plus rien. Le poète est désemparé, le lecteur aussi.
  • Baudelaire utilise l'imparfait pour décrire ce qu'il faisait avant l'arrivée de la femme, "je buvais", c'est le temps de la durée. Il l'oppose au passé simple "une femme passa", qui souligne une action rapide.
III

Les réactions du poète

  • Le narrateur est ici confondu avec le poète. Il a différentes réactions après cette rencontre.
  • Il est un spectateur, comme le lecteur. Il est "paralysé", "fasciné", "médusé" et même "crispé". Ce sont des termes associés au corps. La réaction du poète est donc corporelle.
  • Le poète est opposé à la femme. Elle bouge, elle marche, alors que le narrateur est figé, assis.
  • La réaction du poète est incontrôlée. Il est en train de boire (cela peut souligner l'avidité du poète). Il est dans une position à la fois soumise et passive (assis, figé) et ardente, avide (il boit).
  • Le regard de la femme fascine l'homme qui en fait un regard agrandi, un ciel d'orage ("livide", "bleu gris").
  • Le poète/narrateur réagit donc à l'amour d'une façon baudelairienne : il y a tout à la fois la douceur et la mort avec "le plaisir qui tue" (antithèse).
IV

L'image de la femme

  • La passante est élégante. Le champ lexical de la noblesse lui est associé, elle est "majestueuse", "noble".
  • Elle est aussi liée au luxe avec le terme "fastueuse". Elle porte donc une belle toilette. C'est une tenue bourgeoise, elle a une robe longue qu'elle soulève pour que l'"ourlet" (le bas de la robe) ne traîne pas. Elle a un "feston", cela signifie que l'ourlet est brodé.
  • Mais il y a un contraste car la femme est "en grand deuil". Il y a donc quelque chose de triste, même si le vêtement est magnifique.
  • La femme est une beauté parfaite. Elle est "longue, mince", elle a des jambes "de statue".
  • La femme est une "fugitive beauté". Un idéal féminin qui ne peut pas être saisi. .
  • La femme est presque effrayante. Le poète associe son regard à l'orage, donc à la colère.
  • Le plaisir qu'elle provoque est associé à la mort : "La douceur / qui fascine // et le plaisir / qui tue"
  • La femme est donc à la fois Eros et Thanatos, c'est-à-dire celle qu'on aime et celle qui tue.
V

Le thème de l'idéal

  • Le poète est opposé à la femme, donc à l'idéal. Elle est majestueuse, il est "extravagant", "crispé". C'est un personnage qui semble un peu grotesque.
  • La femme semble surnaturelle, donc extraordinaire. Elle apparaît comme un éclair, son regard fait "renaître" le narrateur. On peut ici comprendre que le poète ne voyait que la laideur. La femme lui rappelle la beauté.
  • La beauté de la femme est liée au bonheur et surtout à l'idéal, c'est l'idéal de beauté que le poète veut atteindre en poésie.
  • Le poète s'adresse à la femme quand elle a disparu. Il lui parle : "ô toi qui le savais". Il invente un dialogue.
  • Le poète vit dans son imagination. Un regard seulement a été échangé, et il imagine un amour avec cette femme. Le poète se complaît dans cette position : "Ô, toi que j'eusse aimée". Il sait pourtant que l'amour est destiné à finir.
  • La femme est l'idéal de la beauté, mais aussi la muse. Elle inspire le poète. Le poème parle de la poésie, du fait que le poète cherche à atteindre la beauté idéale en poésie, la forme parfaite.
VI

L'idée de fatalité

  • Avant d'avoir été vécue, la relation amoureuse entre le narrateur et la femme semble vouée à l'échec. Il ne pourra la revoir que "dans l'éternité", donc dans la mort.
  • Pourtant, le narrateur ne croit pas vraiment à cette idée de vie après la mort, comme il semble l'admettre au vers 13 : "jamais peut-être".
  • Le discours que le poète adresse à la femme est en réalité un monologue. Le poète n'a pas de réponse : "ne te verrai-je plus ; tu fuis ; tu ne sais ; ô toi". Il y a un échec dans la communication.
  • La fin du poème est symbolique. Le poète parle de fatalité, de mort. On ne peut pas lutter contre. Il y a de nombreuses phrases exclamatives qui rappellent la mort contre laquelle le poète s'insurge : "Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !".
  • Le poète est pessimiste, il utilise le conditionnel passé : "ô toi que j'eusse aimée, ô toi, qui le savais !" Ce vers symbolise le désespoir et l'impression que rien ne peut être vécu. La condition humaine est la mort.

En quoi ce poème illustre-t-il l'opposition baudelairienne entre spleen et idéal ?

I. Une rencontre avec la beauté idéale
II. Le poète subjugué
III. Le spleen après la rencontre

Comment la forme du poème joue-t-elle sur le propos du poète ?

I. Un sonnet fait d'oppositions
II. La rencontre et la fascination
III. La chute

En quoi la rencontre est-elle ici originale ?

I. La femme : un idéal de beauté
II. La réaction du poète
III. Une rencontre artistique

Que représente la figure de la passante ?

I. L'idéal de beauté baudelairien
II. L'idéal de l'art
III. Le spleen

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