Capitale de la douleur, "La Courbe de tes yeux" Exposé type bac

La Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul Éluard

Capitale de la douleur

1926

I

Un poème surréaliste

  • Ce poème appartient au recueil Capitale de la douleur dans lequel l'influence du courant littéraire surréaliste se fait nettement ressentir.
  • Ce poème fait l'éloge de la femme aimée qui pourtant disparaît presque totalement derrière la seule mention de son regard. Ce dernier est celui de sa Muse, Gala qui deviendra plus tard l'épouse du peintre Dali.
  • Ce poème est composé de trois quintils de vers libres. En effet, le poète joue avec les octosyllabes, les décasyllabes et les alexandrins comme pour donner vie de manière chantante à ce regard qui le fascine.
II

Un blason

  • Un blason est un poème laudatif (qui exprime une louange) visant à faire l'éloge d'une partie du corps féminin afin de mettre en valeur la femme représentée de manière indirecte à travers cette métonymie. Ce type de poème est très prisé des salons mondains et précieux du XVIe et XVIIe siècles.
  • Ce poème date certes du XXe siècle mais il peut être considéré comme un blason de l'œil de la femme aimée, magnifiée à travers lui. En effet, "les yeux" apparaissent aux vers 1, 5 et 14. Tous les termes associés à cette partie du corps sont positifs et doux : "la courbe", "le tour", "un rond", "auréole", "berceau" et renvoient à la forme du cercle qui enveloppe et protège.
  • Le regard se fait donc doux et bienveillant. Les assonances en [ou] et en [o] renvoient elles aussi à la douceur et à l'aspect courbe : "courbe", "tour", "douceur", "auoles", "berceau", "nocturne", "rosée", "roseau".
III

Un poème d'amour

  • Les yeux de la femme semblent avoir captivé le poète comme le suggère le premier vers : "La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur". Le poète est tout entier dévoué à cette femme, il semble en être le prisonnier. Toutefois, il n'y a aucun terme négatif, tous les termes associés à ces yeux sont positifs : "danse", "douceur", "sûr", "lumière", "couleurs", "couvée".
  • Ce regard semble vivant et protecteur comme en témoignent les images suivantes : "rond", "roseaux", "ailes", "bateaux", "chasseurs", "parfums". Il est mouvant et renvoie à des éléments naturels : "feuille", "mousse", "rosée", "roseaux", "couvée". Comme la nature, ce regard protecteur est un cocon, un nid dans lequel le poète trouve refuge.
  • Ce regard permet également au poète de vivre : "tout mon sang coule dans leurs regards" (v.15). Le poète vit à travers ce regard, s'il cesse, il n'est plus rien. Cela semble également dépasser le simple cas du poète : "le monde entier dépend de tes yeux purs" (v.14).
IV

Une naissance

  • Le thème de la naissance − ou de la renaissance − est présent dans ce poème surréaliste à travers de nombreux éléments tels que : "berceau", "rosée", "couvée". Elle donne vie mais elle est également source de lumière comme en témoignent les vers suivants : "ailes couvrant le monde de lumière", "source des couleurs", "couvées d'aurore". Elle donne vie au jour.
  • La naissance est également liée à la mort car il y est fait mention au vers 12 : "gît". On la retrouve avec l'adjectif "nocturne" ou le "sang". Ces allusions forment donc un cercle qui part du commencement, la naissance jusqu'à la mort, idée présente à travers les termes : "tout" et "toujours", répétés deux fois dans le texte, au début et à la fin, comme un recommencement.
  • La femme est donc un tout, auquel font référence les allusions à la courbe. D'ailleurs, le poète lui-même renaît au cours de ce poème car il est fait allusion au vers 3 à un "berceau nocturne" puis au vers 6 aux "feuilles de jour". Ce terme est également repris au vers 13 et au vers 11, on retrouve cette idée avec les "aurores".
  • La femme, à travers son regard, a le pouvoir de redonner vie au poète qui sans elle se mourrait, elle est divinisée. Des termes aux connotations religieuses sont d'ailleurs employés dans le poème : "auréole", "ailes", "astres" qui peuvent faire de la femme un ange protecteur.
V

Une nature surréaliste

  • La nature est présente tout au long du poème à travers de nombreux termes qui ont été relevés mais le traitement de ce thème n'est pas le même que chez les romantiques. Ici, la nature est source d'images et d'associations étranges qui interpellent le lecteur et développent son imagination. Les associations d'idées et les correspondances permettent à partir des yeux de recréer tout un univers.
  • Les correspondances sont initialement associées au poète Baudelaire qui, dans un poème du même nom en expose le fonctionnement : "Les parfums, les couleurs et les sons se répondent". Ce mélange de sens se retrouve ici avec "rond de danses et de douceur" mêlant la vue et le toucher, ou "mousse rosée" mêlant la vue, le toucher et le goût, ou encore "Parfums éclos d'une couvée d'aurores" mêlant l'odorat et la vue.
  • Tout cela donne une image surréaliste de la nature, surprenante dans ses associations et ses mélanges : "Chasseurs de bruits et sources de couleurs" (v.10).

Quelle image de la femme est livrée à travers ce poème ?

I. La métonymie du regard
II. Une femme donnant la vie
III. Une femme inspirant le poète

En quoi ce texte est-il surréaliste ?

I. Un blason original
II. La nature recréée
III. Le mélange des sons et des sens

Qu'est-ce qui fait la modernité de ce poème ?

I. Le jeu sur la forme et la structure
II. Un blason original
III. Naissance et renaissance d'un monde