Les caractéristiques du texte poétique Cours

Sommaire

ILes strophes et les versALa stropheBLe vers1Les mètres2Le décompte des syllabes dans le vers3La césureIILes rimesALa qualité de la rime1La rime pauvre2La rime suffisante3La rime richeBLa disposition des rimes1Les rimes suivies ou plates2Les rimes croisées3Les rimes embrasséesCLe genre des rimes1Les rimes féminines2Les rimes masculinesIIILes sonoritésAL'assonanceBL'allitérationIVLes discordancesAL'enjambementBLe rejetCLe contre-rejet
I

Les strophes et les vers

La poésie est traditionnellement versifiée, c'est-à-dire composée en vers, eux-mêmes généralement organisés en strophes.

A

La strophe

Strophe

La strophe est un ensemble de vers isolé par des blancs.

Il existe différents types de strophes, définies par le nombre de vers qu'elles comportent.

Noms Nombres de vers
Distique 2 vers
Tercet 3 vers
Quatrain 4 vers
Quintil 5 vers
Sizain 6 vers
Dizain 10 vers

Sus, debout, la merveille des belles.
Allons voir sur les herbes nouvelles
Luire un émail dont la vive peinture
Défend à l'art d'imiter la nature.

François de Malherbe, « Sus, debout… », 1614

4 vers = 1 quatrain

B

Le vers

Vers

Le vers est une unité poétique qui correspond à une ligne. Il commence par une majuscule et s'achève généralement par une rime.

1

Les mètres

Il existe différents types de vers (ou mètres), définis par le nombre de syllabes qu'ils comportent. Dans la poésie traditionnelle, les mètres sont généralement pairs.

Types de vers Nombres de syllabes
Hexasyllabe 6 syllabes
Octosyllabe 8 syllabes
Décasyllabe 10 syllabes
Alexandrin 12 syllabes

Par /les /soirs /bleus /d'é/té,/ j'i/rai/ dans/ les/ sen/tiers,

Arthur Rimbaud, « Sensation », Poésies, 1870−1871

12 syllabes par vers = alexandrin

Vers libres

Les vers libres sont des vers de longueur variable qui ne riment pas nécessairement entre eux. Ils sont néanmoins identifiables par le retour à la ligne et la majuscule en début de ligne. Ils apparaissent à la fin du XIXe siècle.

Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu'au bout. 
J'avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J'aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies

Blaise Cendrars, La Prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France, 1913 

2

Le décompte des syllabes dans le vers

Pour compter les syllabes dans un vers, il faut prendre en compte la règle de prononciation du « e » muet :

  • devant une consonne, on prononce le « e » muet ;
  • devant une voyelle et à la rime, on ne prononce pas le « e » muet.

Les nuages courai(ent) sur la lun(e) enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée

Alfred de Vigny, « La Mort du loup », Les Destinées, 1864

La prononciation des diphtongues doit être prise en compte : c'est l'association de deux voyelles qui peut être prononcée en une ou deux syllabes.

Noms et définitions Exemples
Diérèse : prononciation de la diphtongue en deux syllabes

Le temple est en rui/ne au haut du promontoire.

José-Maria de Heredia, « L'Oubli », Les Trophées, 1893

La diphtongue se prononce en deux syllabes pour que le vers soit un décasyllabe.

 

Synérèse : prononciation de la diphtongue en une seule syllabe

Nous semblions entre les maisons […]
Lui les Hébreux moi Pharaon

Guillaume Apollinaire, « La Chanson du mal-aimé », Alcools, 1913

La diphtongue se prononce en une syllabe (et non deux) pour que le vers soit un octosyllabe.

 

 

3

La césure

Les octosyllabes, décasyllabes et alexandrins comportent une coupe au milieu du vers : la césure. Elle sépare le vers en deux hémistiches.

Le mot situé juste avant la césure est mis en valeur par cette place.

Je suis belle, ô mortels ! /comme un rêve de pierre

Charles Baudelaire, « La Beauté », Les Fleurs du Mal, 1857

Interprétation

Il s'agit d'un alexandrin, chaque hémistiche est donc constitué de 6 syllabes.

Dans la poésie traditionnelle, il est admis que la césure ne doit pas se trouver au milieu d'un mot. Cependant, cette règle tend à être moins respectée à partir de la fin du XIXe siècle.

II

Les rimes

Rime

La rime est la répétition d'un ou plusieurs sons à la fin de deux vers (ou plus). Elle contribue au caractère musical de la poésie en créant un effet d'écho sonore. Pour étudier les rimes, on analyse leur qualité, leur disposition et leur genre.

Les mots situés à la rime sont mis en valeur.

A

La qualité de la rime

1

La rime pauvre

Rimes pauvres

Les rimes pauvres comportent un seul son commun.

Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Paul Éluard, Capitale de la douleur, 1926

2

La rime suffisante

Rimes suffisantes

Les rimes suffisantes comportent deux sons communs.

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

3

La rime riche

Rimes riches

Les rimes riches comportent trois sons communs ou plus.

Vertige ! voici que friss/o/nne
L'espace comme un grand bai/s/er
Qui, fou de naître pour pers/o/nne,
Ne peut jaillir ni s'apai/s/er.

Stéphane Mallarmé, « Autre éventail », Poésies, 1899

B

La disposition des rimes

1

Les rimes suivies ou plates

Rimes suivies

Les rimes suivies (ou plates) sont disposées selon le schéma : AABB.

Dans Venise la rouge, A
Pas un bateau qui bouge, A
Pas un pêcheur dans l'eau, B
Pas un falot. B

Alfred de Musset, Contes d'Espagne et d'Italie, 1829

2

Les rimes croisées

Rimes croisées

Les rimes croisées sont disposées selon le schéma : ABAB.

Elle était déchaussée, elle était décoiffée, A
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ; B
Moi, qui passais par là, je crus voir une fée, A
Et je lui dis : Veux-tu t'en venir dans les champs ? B

Victor Hugo, « Elle était déchaussée, elle était décoiffée… », Les Contemplations, 1856

3

Les rimes embrassées

Rimes embrassées

Les rimes embrassées sont disposées selon le schéma : ABBA.

Dans ma cervelle se promène, A
Ainsi qu'en son appartement, B
Un beau chat, fort, doux et charmant. B
Quand il miaule, on l'entend à peine A  

Charles Baudelaire, « Le Chat (2) », Les Fleurs du Mal, 1857

C

Le genre des rimes

1

Les rimes féminines

Rimes féminines

Les rimes féminines sont les rimes se terminant par un « e » muet.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !

Stéphane Mallarmé, « Brise marine », Poésies, 1899

2

Les rimes masculines

Rimes masculines

Les rimes masculines sont les rimes ne se terminant pas par un « e » muet.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Paul Verlaine, « Colloque sentimental », Fêtes galantes, 1869

Dans la poésie traditionnelle, un principe d'alternance des rimes masculines et féminines est respecté. Si la rime A est féminine, la rime B est masculine, la rime C est féminine, etc.

Comme je descendais des fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs

rime féminine
rime masculine

Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre », Poésies, 1870−1871

III

Les sonorités

Au sein même du vers, le poète peut créer des effets de musicalité par des répétitions de sonorités.

A

L'assonance

Assonance

Une assonance est la répétition d'un son vocalique (voyelle).

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé

Pierre de Ronsard, Derniers vers, 1586

B

L'allitération

Allitération

L'allitération est la répétition d'un son consonantique (consonne).

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

Assonance en « an » et en « é »

Paul Verlaine, « Mon rêve familier », Poèmes saturniens, 1866

IV

Les discordances

Discordance

Une discordance est un décalage entre la construction grammaticale de la phrase et la structure du vers : lorsque la structure syntaxique ne coïncide pas avec le vers, on parle de discordance.

A

L'enjambement

Enjambement

Dans le cas de l'enjambement, la phrase se prolonge d'un vers à l'autre de manière continue et fluide.

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.

Paul Verlaine, « Chanson d'automne », Poèmes saturniens, 1866

B

Le rejet

Rejet

Dans le cas du rejet, un mot ou groupe de mots bref est placé au début d'un vers alors qu'il dépend grammaticalement du vers précédent.

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », Poésies, 1870−1871

C

Le contre-rejet

Contre-rejet

Dans le cas du contre-rejet, un mot ou groupe de mots bref est placé à la fin d'un vers, alors qu'il dépend grammaticalement du vers suivant.

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles Baudelaire, « Spleen », Les Fleurs du Mal, 1857

Le rejet et le contre-rejet sont généralement marqués par un signe de ponctuation qui les isole au début ou à la fin du vers.