La France : dynamiques démographiques, inégalités socio-économiquesCours

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Comment répondre aux inégalités territoriales liées aux évolutions démographiques et économiques en France ?

I

Les dynamiques démographiques des territoires en France

A

Une vitalité démographique qui s'atténue

1

L'originalité de la démographie française en Europe

En 2019, la France compte 67 millions d'habitants dont 2,2 millions vivent en outre-mer :

  • La France se classe au 21e rang à l'échelle mondiale, juste derrière la Thaïlande et devant le Royaume-Uni. 
  • La France est le deuxième pays le plus peuplé de l'Union européenne (UE) derrière l'Allemagne. Sa population représente 13 % de la population européenne. 
  • La France est dans un régime démographique post-transitionnel comme la plupart des pays industriels au développement avancé.
Régime post-transitionnel

En démographie, un régime post-transitionnel est la situation d'un pays qui a achevé sa transition démographique, dans laquelle, sa population augmente lentement du fait d'une natalité et d'une mortalité faibles.

L'évolution démographique de la France présente quelques originalités :

  • Sa population a stagné sur la première moitié du XXe siècle, la population augmente après la Seconde Guerre mondiale. Cette croissance a d'abord été soutenue durant le baby-boom puis s'est ralentie, mais elle est restée bien réelle jusqu'à nos jours. 
  • Avec l'Irlande et la Suède, la France fait partie des pays européens où la fécondité demeure la plus élevée. En 2018, elle est de 1,87 enfants en moyenne par femme, au-dessus de la moyenne européenne. La principale conséquence est que la part des jeunes de moins de 15 ans y est plus élevée.
Baby-boom

Le baby-boom est la période située entre 1945 et le milieu des années 1970, durant laquelle certains pays industrialisés ont connu une forte augmentation de leur natalité et donc de leur population. En France, le mouvement a été particulièrement fort et s'est prolongé au-delà des années 1970.

Fécondité 

La fécondité est le nombre moyen d'enfants que pourrait avoir une femme en âge de procréer, c'est-à-dire entre 15 et 49 ans du point de vue statistique. Elle est exprimée sous la forme d'un indice synthétique de fécondité.

La croissance démographique ralentit en France. Cela s'explique par plusieurs éléments :

  • La natalité diminue depuis 2014, avec 758 000 naissances en 2018, car la fécondité qui était auparavant proche de 2, a baissé. Les femmes les plus fécondes entre 20 et 40 ans sont aussi moins nombreuses. 
  • L'âge auquel les femmes ont leur premier enfant a reculé à 30 ans en moyenne. Les femmes françaises ont un peu plus d'enfants que leurs homologues européennes, mais elles les ont plus tardivement. 
  • La mortalité augmente, principalement parce que les premières générations du baby-boom avancent en âge. Le solde naturel annuel reste donc positif alors qu'à l'échelle européenne il est négatif. Mais avec 144 000 individus en 2018, il est 40 % inférieur à ce qu'il était durant la décennie précédente.
Natalité

La natalité est le nombre moyen de naissances au cours d'une année dans une population, ramenée à 1 000 habitants. On l'exprime donc sous la forme d'un taux pour mille habitants (‰).

Mortalité

La mortalité est le nombre moyen de décès au cours d'une année dans une population, ramenée à 1 000 habitants. On l'exprime donc sous la forme d'un taux pour mille habitants (‰).

Solde naturel

Le solde naturel dans une population est la différence entre le nombre de naissances vivantes et le nombre de décès. Lorsqu'il est exprimé en %, le taux d'accroissement naturel mesure la hausse (ou la baisse) d'une population sans tenir compte de l'apport migratoire.

2

Un solde migratoire positif 

La population française connaît des apports migratoires avec un solde migratoire positif de 58 000 individus, ce qui est peu en comparaison d'autres pays européens. Contrairement à ses voisins comme l'Italie ou l'Allemagne, c'est bien le solde naturel qui demeure la source principale de l'augmentation de la population française. La France compte 5,9 millions d'immigrés soit 8,8 % de la population totale, parallèlement 2,5 millions de Français vivent à l'étranger. Ces apports migratoires sont nécessaires pour faire face aux pénuries de main-d'œuvre dans certains secteurs : bâtiment, hôtellerie-restauration, agriculture… Les populations immigrées se localisent principalement en Ile-de-France (40 % du total), dans les zones urbaines du Nord et de l'Est, dans le Lyonnais et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA).

Immigré

Selon l'Insee, un immigré est un individu qui réside en France mais qui est né hors du territoire français, même s'il possède la nationalité française.

Étranger

Selon l'Insee, un étranger est un individu qui réside en France mais qui n'a pas la nationalité française, qu'il soit né à l'étranger ou bien sur le sol français.

Calculer la variation d'une population
Calculer la variation d'une population
B

Un vieillissement inégal de la population française

1

Causes et conséquences du vieillissement

Comme la plupart des pays développés, la France connaît un vieillissement de sa population. La part des personnes de plus de 65 ans est passée de 14 % en 1990 à 20 % aujourd'hui. C'est légèrement supérieur à la moyenne de l'Union européenne mais moindre que pour d'autres pays industrialisés comme l'Allemagne (21 %), l'Italie (23 %) ou encore le Japon (27 %). 

Vieillissement démographique

Le vieillissement démographique est l'augmentation de la part des personnes âgées dans une population donnée. On parle de vieillissement par le haut pour désigner l'augmentation du nombre de seniors en raison de l'allongement de l'espérance de vie. On parle de vieillissement par le bas lorsque la part des jeunes diminue en raison d'une baisse de la natalité.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

  • L'allongement de la durée de la vie : En 2018, l'espérance de vie en France est de 79,4 ans pour les hommes et de 85,3 ans pour les femmes. Ceci explique que les femmes soient légèrement plus nombreuses dans la population française. 
  • L'avancée en âge des baby-boomers dont une partie a déjà atteint l'âge de la retraite. 
  • La baisse de la fécondité et donc celle de la part des jeunes dans la population.

 

Ce vieillissement devrait se poursuivre dans les prochaines décennies : on estime que les plus de 65 ans devraient représenter près de 30 % de la population en 2050.

La pyramide des âges de la France au 1er janvier 2019
La pyramide des âges de la France au 1er janvier 2019

Laurent Campedel, source Insee, février 2019, © Wikipédia

Le vieillissement de la population a plusieurs conséquences sur le plan économique et social : 

  • La main-d'œuvre peut manquer dans certains secteurs comme l'agriculture où beaucoup d'exploitations disparaissent faute de repreneurs, avec la hausse des départs en retraite.
  • La question du financement des retraites se pose dans le cas où le nombre d'actifs employés est insuffisant. 
  • Le vieillissement de la population nécessite des investissements dans les secteurs de la santé et de l'aide à la personne.

Le constat n'est pas que négatif car 17,2 millions de retraités (2019) constituent également un marché de consommation et offrent des perspectives intéressantes pour le développement d'une silver économie.

Silver économie

La silver économie est l'économie des seniors, c'est-à-dire toutes les activités économiques en lien avec les personnes âgées de plus de 60 ans : commerce, santé, transports, loisirs, culture, tourisme, services d'aide à la personne, etc.

2

Un phénomène inégal sur le territoire français

Le phénomène du vieillissement n'est pas perceptible partout de la même manière :

  • On parle d'une « France jeune » dans les Hauts-de-France, en Île-de-France, en Haute-Normandie, dans le Centre-Ouest entre Rennes et Nantes, en Rhône-Alpes (Lyon, Isère, Haute-Savoie), dans la région toulousaine. Dans ces espaces, l'indice de vieillissement est faible, c'est-à-dire que la part des jeunes de moins de 20 ans est supérieure à celle des personnes âgées. 
  • On parle d'une « France plus âgée » dans les régions suivantes : Bretagne, Bourgogne, Limousin, Aquitaine, Pyrénées, Alpes du Sud, Corse où les plus de 65 ans sont plus nombreux. 

 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces différences :

  • Dans les régions du Nord, la jeunesse de la population est liée en partie à une espérance de vie plus faible. De multiples raisons l'expliquent : alimentation plus riche en graisse animale, consommation de tabac et d'alcool supérieure et moindre suivi médical. 
  • Dans les pôles urbains, la part des personnes âgées est plus faible car les jeunes adultes viennent s'y installer pour y étudier et y trouver un emploi. Inversement les retraités, quand ils le peuvent, quittent les grosses agglomérations à la recherche d'un meilleur cadre de vie, comme en Bretagne ou en région PACA.

 

Les territoires ultramarins présentent également des disparités :

  • Dans les Antilles, les plus de 60 ans sont quasiment aussi nombreux que les moins de 25 ans. 
  • La Réunion, la Guyane et surtout Mayotte sont des départements extrêmement jeunes en raison d'une fécondité nettement supérieure à la moyenne nationale. 36 % des Réunionnais, 48 % des Guyanais et 60 % des Mahorais ont moins de 25 ans.

En Île-de-France, la Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune de France métropolitaine, où 43 % de la population a moins de 30 ans. C'est également celui où la fécondité est la plus élevée avec 2,4 enfants par femme en 2016.

Dans la région Nouvelle-Aquitaine, le département de la Creuse est le plus âgé de France métropolitaine avec 32,1 % de la population qui a plus de 65 ans.

C

Des dynamiques démographiques différenciées

1

Une répartition inégale de la population sur le territoire

Avec environ 117 habitants au km2, la France métropolitaine a une densité moyenne dans le monde (69e rang mondial). Elle se situe dans la moyenne de l'Union européenne à 28. 

La répartition de la population française varie selon les territoires : 

  • La population française est largement citadine puisque 85 % des Français vivent dans un pôle urbain ou dans une couronne périurbaine. 
  • Les densités sont plus faibles dans les zones rurales. Un tiers du territoire compte moins de 15 habitants au km2. Certains parlent de la « France du vide ».
Pôle urbain

Un pôle urbain est une unité urbaine ou agglomération (ville-centre + banlieue) offrant au moins 10 000 emplois.

Couronne périurbaine

Une couronne périurbaine est l'ensemble des communes d'une aire urbaine, localisées à l'extérieur d'une agglomération mais dont au moins 40 % des résidents travaillent dans le pôle urbain.

Une population française largement citadine
Une population française largement citadine

En dehors des principales aires urbaines (Paris, Lille, Lyon, Toulouse, Marseille), les densités les plus fortes se localisent :

  • sur les littoraux (Méditerranée, Guyane, La Réunion) ;
  • le long de certains fleuves (Seine, Loire, Rhône) ;
  • dans certaines îles de l'outre-mer (Guadeloupe, Martinique et Mayotte). 

 

En France métropolitaine, la région la plus densément peuplée est de loin l'Île-de-France avec 12 millions d'habitants et plus de 1 000 habitants au km2, alors que la Corse compte 330 000 habitants et une densité moyenne de 38 habitants au km2. Cette inégale répartition s'explique avant tout par la concentration des activités économiques dans les métropoles et certains littoraux et la présence d'axes majeurs de transports.

Aire urbaine

L'aire urbaine est l'ensemble de l'espace organisé autour d'un pôle urbain. On y trouve donc la ville-centre, les communes de banlieue et les communes de la couronne périurbaine.

L'inégale répartition de la population française
L'inégale répartition de la population française
2

Les évolutions démographiques des territoires : le reflet de leur inégal dynamisme

À l'échelle de la France métropolitaine, le poids des régions densément peuplées se renforce, en partie grâce aux migrations internes. Ainsi, les départements de l'Île-de-France (Paris excepté), de la façade ouest et du Sud ont une croissance de leur population supérieure à 0,5 % par an, depuis les dix dernières années. Selon les lieux, les facteurs explicatifs sont multiples : 

  • Les départements les plus jeunes ont une natalité élevée comme en région parisienne. 
  • L'Île-de-France et les grandes aires urbaines comme Lyon, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse et Montpellier sont attractives par les perspectives d'emplois et de services qu'elles offrent. 
  • La Guyane, La Réunion et Mayotte voient leur population augmenter du fait de leur natalité élevée et surtout d'un solde migratoire conséquent, lié à l'immigration.
  • Les départements méridionaux attirent les actifs comme les retraités par le climat (héliotropisme) et la douceur de vivre. 

Entre 2008 et 2013, le Var est le premier département à avoir accueilli des retraités (18 000 arrivants), devant l'Hérault (15 000) et les Alpes-Maritimes.

Héliotropisme

L'héliotropisme est l'attirance des populations pour les régions ensoleillées.

Certains territoires connaissent une crise démographique et perdent des habitants, soit en raison de leur faible natalité, soit en raison du départ de leurs habitants vers des territoires plus attractifs :

  • Dans les départements situés dans une diagonale allant des Ardennes jusqu'au Massif central, le déficit migratoire n'est pas compensé par l'accroissement naturel. 

Entre 2011 et 2016, la Nièvre détient, en valeur relative, le record national de perte de population avec une baisse de 4,2 %. 

En outre-mer, la Martinique et la Guadeloupe perdent également des habitants car les jeunes partent s'installer en métropole.

  • Paris intra-muros a perdu 60 000 habitants entre 2011 et 2016. Ce département fait figure d'exception en Île-de-France : si les étudiants et les jeunes cadres s'y installent, les couples qui cherchent des logements plus vastes et moins chers ou les retraités à la recherche d'un meilleur cadre de vie quittent la capitale. 
  • À l'intérieur des départements, les villes moyennes éloignées des pôles urbains et les territoires ruraux isolés connaissent un déclin démographique. Lorsque le déclin est avancé, il entraîne une dévitalisation rurale s'accompagnant d'une fermeture des commerces de proximité (station-service, bar-tabac, épicerie) et des services publics (école, bureau de poste, gare).
Dévitalisation

On parle de dévitalisation lorsqu'une commune perd des habitants, voit sa population vieillir et voit ses commerces et services publics fermer.

Dans la région Nouvelle-Aquitaine, la petite ville de Confolens, située en Charente Limousine, comptait 3 004 habitants en 2009. En dix ans elle a perdu plus de 12 % de sa population, en raison de la fermeture de plusieurs entreprises, obligeant les jeunes à partir pour trouver un emploi dans les métropoles voisines : Limoges, Poitiers, Angoulême ou Bordeaux. La ville connaît donc un vieillissement avancé. Les personnes de plus de 60 ans y représentent aujourd'hui plus de 40 % de la population et y sont deux fois plus nombreuses que les moins de 30 ans. Les activités économiques peinent à s'y maintenir.

Confolens (Charente), une petite ville en plein déclin démographique
Confolens (Charente), une petite ville en plein déclin démographique

Jack ma, Vue de Confolens depuis la colline Sainte-Catherine, mai 2010, © Wikipédia

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Des contrastes à nuancer

L'opposition entre une « France du vide » et une « France du plein » n'est pas partout intangible :

  • De nombreuses communes profitent de l'étalement des villes et se retrouvent intégrées à l'espace périurbain. Lorsqu'elles sont correctement connectées à la ville-centre, elles sont dynamisées par l'afflux de populations originaires du centre ou d'autres régions, attirées par un meilleur cadre de vie et des prix de l'immobilier plus abordables.
  • Certains territoires ruraux isolés peuvent connaître un renouveau démographique à condition d'être couvert par les réseaux numériques (télétravail) et d'être reliés aux axes de communication.
II

La France, un pays riche marqué par des inégalités socio-spatiales

A

Un pays développé, une augmentation des inégalités

1

La France, un pays parmi les moins inégalitaires au monde

Septième puissance économique mondiale en 2018, la France est considérée comme un pays riche :

  • Avec un revenu national d'environ 33 000 € par habitant, la France se classe au-dessus de la moyenne européenne, juste derrière le Royaume-Uni et devant l'Italie. 
  • Avec un IDH de 0,901 en 2017, la France est au 24e rang des pays les plus développés. 

 

Par ailleurs, elle est l'un des pays les moins inégalitaires au monde. Au classement du coefficient de Gini, la France se situe au 13e rang des pays de l'OCDE, juste derrière les pays scandinaves et ceux du Benelux. Elle fait mieux que l'Allemagne, le Canada, le Royaume-Uni ou les États-Unis. La France a un taux de pauvreté relative parmi les plus faibles de l'Union européenne avec la Finlande, le Danemark, la Norvège et les Pays-Bas. 

En 2016, 13,6 % des Français vivent en dessous du seuil de pauvreté (60 % du revenu médian) ce qui est inférieur à la moyenne européenne (17,3 %).

Revenu médian

Le revenu médian est le revenu qui divise une population en deux groupes numériquement identiques. Une moitié de la population a des revenus supérieurs, l'autre moitié a des revenus inférieurs.

2

Une progression des inégalités

Les inégalités socio-économiques ont progressé en France. En dix ans, alors que la richesse nationale a augmenté de 7 %, la France a compté 630 000 pauvres supplémentaires entre 2006 et 2016. L'observatoire des inégalités estime que 10 % des plus riches captent près du quart des revenus en France en 2019. Parallèlement, 8 % de la population française vit avec moins de 855 € par mois. 

Au-delà de la pauvreté monétaire, d'autres indicateurs témoignent des difficultés d'une partie de la population.

La fondation Abbé Pierre estime que 3,8 millions de personnes ne sont pas ou très mal logées en France et 12 millions de Français vivent dans une précarité énergétique en 2018. 

Alors qu'ils avaient disparu à la fin du XXe siècle, des bidonvilles se reconstituent : on en compterait près de 600 sur le territoire, dans lesquels vivraient 16 000 personnes.

Bidonville installé sur la petite ceinture de Paris dans le quartier de Clignancourt (XVIIIe arrondissement)
Bidonville installé sur la petite ceinture de Paris dans le quartier de Clignancourt (XVIIIe arrondissement)

André Feigeles, Bidonville en France, sous le pont des Poissonniers, mars 2017, © Wikipédia

Les inégalités touchent plus spécifiquement certaines catégories de population : 

  • Plus du tiers des familles monoparentales seraient concernées par la pauvreté. 
  • Le taux de chômage s'élève à environ 9 % des actifs en 2018 mais il est le double pour les jeunes de 15 à 24 ans, particulièrement chez les moins qualifiés. Si les actifs de plus 50 ans ont le taux de chômage le plus faible (6,7 %) ce dernier a fortement augmenté (+50 %) au cours des dix dernières années.

 

Il existe également des inégalités de genre : les femmes à qualification équivalente, touchent un salaire inférieur de 23 % à celui des hommes en moyenne. Elles sont les plus exposées à la précarité de l'emploi et aux temps partiels subis.

Deux tiers des Français appartiennent à la classe moyenne, mais certaines personnes, qui ont pourtant un emploi, craignent le déclassement social. La progression des inégalités est perçue comme une injustice sociale qui s'est manifestée à travers différents mouvements.

  • « Nuit debout » au printemps 2016 ;
  • les gilets jaunes entre octobre 2018 et l'été 2019 met sur le devant de la scène les inégalités territoriales entre la France des grandes villes et la France des petites villes et des zones rurales.
3

Plusieurs facteurs explicatifs

Les facteurs d'aggravation des inégalités sont multiples :

  • La question de l'emploi dans certains bassins industriels : Avec la concurrence des pays émergents, certaines régions sont victimes de délocalisations et de désindustrialisation. Il en découle un chômage structurel difficile à résorber. La faiblesse du niveau d'instruction et le manque de qualification compliquent l'accès à l'emploi. Il reste encore 9 % des jeunes qui sortent de l'école sans diplôme ou qualification. 
  • Les discriminations, bien qu'illégales, sont une réalité lorsqu'il s'agit d'accéder à l'emploi ou à un logement, en fonction d'un handicap, de l'origine ethnique ou religieuse. Le taux de chômage pour les immigrés est de 16 %, notamment ceux qui ne sont pas originaires de l'Union européenne. Cela s'explique à la fois par les discriminations mais également par un niveau d'instruction plus faible.
  • La métropolisation accroît la fragmentation socio-spatiale à toutes les échelles : les petites villes éloignées des pôles urbains dynamiques ou les territoires ruraux enclavés connaissent des difficultés économiques.
B

Des inégalités territoriales observables à toutes les échelles

1

À l'échelle nationale

La situation de la métropole est différente de celle des territoires ultramarins pour lesquels les indicateurs de développement sont nettement plus défavorables. La mortalité infantile ou encore le décrochage scolaire y sont en moyenne deux fois plus élevés qu'en métropole avec parfois des écarts importants : 

  • À La Réunion, 45 % des jeunes quittent l'école sans diplôme, soit 5 fois plus que la moyenne nationale, le taux de chômage y est d'environ 23 %, le taux de pauvreté est de 41 %. 
  • À Mayotte, le revenu par habitant (11 300 €) est près de trois fois moins élevé que la moyenne nationale, un des plus faibles de l'Union européenne. L'espérance de vie y est de 74 ans pour les hommes et 77 ans pour les femmes.

 

En France métropolitaine, les écarts de richesses entre les régions peuvent être extrêmes :

En 2017, le PIB par habitant était de 58 300 € en Île-de-France (10e rang européen) soit le double de celui de la Corse (27 600 €), la région la moins riche. 

Plusieurs types d'espaces sont particulièrement dynamiques :

  • Des grandes métropoles, principalement celles qui se sont tournées vers l'innovation et le tertiaire supérieur comme Nantes, Toulouse ou Grenoble. 
  • Certains littoraux (Atlantique, Côte d'Azur) qui profitent du tourisme et de la présence de retraités aisés. 
  • Certains espaces qui profitent de la proximité de pays frontaliers dynamiques : l'Alsace, la Haute-Savoie, etc. Enfin, certains espaces de grande agriculture aux densités faibles ont des revenus élevés. C'est le cas par exemple des vignobles du Bordelais ou de Champagne. 

 

Inversement, la pauvreté se concentre dans les régions en crise économique : 

  • les régions urbaines, anciennement industrialisées du Nord et de l'Est ;
  • le Languedoc ;
  • les régions rurales isolées comme la Corse ou le Limousin qui offrent peu d'emplois et peu qualifiés.
2

À l'échelle des régions et des départements

Derrière les écarts entre régions, un changement d'échelle est nécessaire pour percevoir les inégalités entre les populations.

La région Occitanie qui compte 13 départements est à l'échelle nationale la 4e région la plus pauvre de France avec 17 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Cependant les écarts sont très importants entre Toulouse, les autres métropoles régionales ainsi que les zones rurales qui connaissent un vieillissement démographique et des revenus plus faibles que dans les métropoles. Les zones littorales affichent un taux de pauvreté supérieur à 20 % et certaines villes figurent parmi les villes les plus pauvres de France : Béziers, Perpignan, Nîmes.

Les inégalités de richesses entre les villes et les campagnes sont réelles, mais doivent être nuancées. Les communes rurales isolées souffrent d'un recul des services publics, de la fracture numérique et sont souvent des déserts médicaux. En France, près de 8 millions d'habitants seraient concernés.

En 2018, le département de la Creuse comptait environ 120 000 habitants mais seulement 381 médecins. Près de 40 % d'entre eux sont âgés de plus de 60 ans.

Les couronnes périurbaines sont en revanche plus homogènes sur le plan social, car ces territoires sont sous l'influence des métropoles où les habitants se rendent pour travailler. Des inégalités existent : 

  • Entre les communes comme à Lyon, où les communes de l'Ouest sont souvent plus favorisées que les communes de l'Est. 
  • Dans les zones périurbaines : on voit émerger des quartiers fermés où résident des populations riches, comme le domaine des Hauts de Vaugrenier, situé entre Antibes et Nice.
3

À l'échelle locale : la fragmentation sociale dans les villes

L'opposition entre les centres-villes et les banlieues n'est pas systématique. En raison d'une mixité sociale plus élevée, c'est souvent dans les villes-centres que les inégalités sont les plus criantes avec la présence de quartiers défavorisés. 

À Marseille, la population du IIIe arrondissement a des revenus inférieurs de 64 % à la moyenne communale. Le taux de chômage y est trois fois supérieur à la moyenne de l'agglomération.

À Paris, les quartiers riches du centre (Ier au VIIIe arrondissement) coexistent avec des quartiers populaires du Nord et de l'Est. De même, en banlieue parisienne, des oppositions existent entre des communes très aisées comme Neuilly-sur-Seine, Sèvres ou Saint-Cloud et les communes de Seine-Saint-Denis (La Courneuve, Clichy-sous-Bois, Bobigny) où le taux de pauvreté atteint les 40 %.

En raison de leur attractivité, la composition sociale des villes se modifie. Sous l'effet de la gentrification et de la hausse du prix des loyers, certaines populations modestes sont contraintes de quitter leur quartier pour aller vivre toujours plus loin en périphérie.

III

Des acteurs à toutes les échelles pour réduire les inégalités territoriales 

A

La politique de cohésion de l'Union européenne

L'Union européenne cherche à renforcer la cohésion de ses territoires et s'est fixée 3 objectifs :

  • restaurer la compétitivité de l'économie et de l'emploi ;
  • poursuivre la transition énergétique et écologique ;
  • promouvoir l'égalité des territoires. 

 

Pour cela, elle octroie des aides financières aux États membres pour aider les territoires et les populations en difficulté, dans le cadre de projets. Trois fonds sont utilisés dans cette perspective :

  • Le FEDER (Fonds européen de développement régional) sert à corriger les déséquilibres régionaux en finançant par exemple des aménagements.
  • Le FSE (Fond social européen) a pour objectif de réduire les inégalités socio-économiques en favorisant l'accès à l'emploi, la formation des jeunes, etc. 
  • Le FEADER (Fonds européen agricole pour le développement rural) cherche à favoriser une agriculture durable et à soutenir les espaces ruraux en difficulté.
La répartition des fonds européens pour la compétitivité et la cohésion des territoires français

La répartition des fonds européens pour la compétitivité et la cohésion des territoires français

Pour la période 2014−2020, 26,4 milliards d'euros ont été alloués à la France par l'Union européenne. La répartition des fonds montre que ce sont bien les territoires ruraux en difficultés qui sont les premiers à bénéficier des aides européennes. 4,8 milliards d'euros, soit 18 % des fonds européens, ont été accordés aux départements et régions d'outre-mer afin de réduire les écarts avec le continent européen.

B

L'État : réduire les inégalités sociales et territoriales

Pour limiter les effets des inégalités socio-économiques, l'État mène une politique de redistribution. En 2016, l'État y a consacré 714 milliards d'euros soit quasiment le tiers du PIB. L'essentiel de ces dépenses sont réalisées dans la cadre de la Sécurité sociale : retraites, maladie, allocations familiales, emploi, etc. Une partie de ce budget est consacrée à la lutte contre la pauvreté : 5 millions de personnes en bénéficient. 

Face au vieillissement, l'État va devoir répondre à l'enjeu du financement des retraites, sachant que le rapport entre actifs cotisants et retraités diminue. 

L'État cherche également à corriger les inégalités territoriales par de grands projets d'aménagement afin de désenclaver certains territoires. Il apporte son soutien financier aux régions dans leurs projets de développement, comme dans le cadre de la politique de la ville afin d'aider les quartiers en difficultés. En 2015, environ 1 500 « quartiers prioritaires » dont 200 en outre-mer ont été définis par le gouvernement. 5 millions d'habitants sont concernés.

Après 20 ans de travaux, la construction de l'autoroute A89 qui relie Bordeaux à Lyon a été achevée en 2018. L'un de ses objectifs est de désenclaver certains territoires du Massif central.

Chantier de l'autoroute A89 en zone rurale à l'est du Massif central (Loire)

Chantier de l'autoroute A89 en zone rurale à l'est du Massif central (Loire)

Julien Bertrand, mai 2010, © Wikipédia

C

Les collectivités territoriales et les autres acteurs locaux

Les collectivités territoriales (départements, régions, communes) ont vu leurs compétences s'accroître suite aux dernières lois de décentralisation :

  • Elles sont un relais de l'État en matière de politique de redistribution. Ce sont les départements qui gèrent les minima sociaux : le Revenu de solidarité active (RSA) dont bénéficient 1,8 million de foyers français ou l'Allocation adulte handicapé (AAH) qui concerne 1,1 million de personnes. Les régions, les départements, les communes peuvent octroyer des aides sociales ciblées à certaines catégories d'habitants. 
  • Elles cherchent à réduire les fractures territoriales et à soutenir l'activité économique des aménagements par des projets de développement. Elles se lancent dans un véritable marketing territorial. Par le biais de campagnes publicitaires (spot TV, affiches) ou d'événements (salons), elles font la promotion de leur territoire afin d'attirer des investisseurs, des entreprises, des touristes et de nouveaux habitants. 
  • Elles lancent des projets de revitalisation pour lutter contre la désertification rurale.

En Auvergne, de gros investissements ont été réalisés afin de réduire la fracture numérique et de permettre aux ruraux d'accéder à l'Internet haut débit.

À l'échelle de la ville, des politiques de rénovation urbaine sont menées dans les quartiers défavorisés afin de les désenclaver par le renforcement des transports, la présence de nouveaux services publics, etc. 

  • Dans certaines communes, des zones franches sont créées pour attirer les entreprises et créer des emplois. 
  • Les communes peuvent maintenir une mixité sociale dans les centres-villes et freiner les effets de la gentrification, par la construction de logements sociaux, à l'image du quartier de la Goutte-d'Or à Paris.

 

Le tissu associatif joue un rôle important. En partie subventionnées par l'État et les collectivités, les nombreuses associations comme les Restos du Cœur ou la Fondation Abbé Pierre jouent un rôle essentiel dans l'aide aux plus démunis : alimentation, logement, démarches administratives, etc.

La décentralisation offre davantage de possibilités aux acteurs publics locaux pour répondre de manière plus ciblée aux enjeux liés aux inégalités. Mais cela peut aussi engendrer une compétition accrue entre les territoires, souvent au profit des régions les plus prospères et dynamiques. C'est donc à l'État de veiller à maintenir une équité territoriale.

  • La France a une démographie dynamique mais qui connaît un ralentissement depuis quatre ans.
  • Comme d'autres pays industriels, la France connaît un vieillissement démographique, mais ce phénomène est inégal sur le territoire.
  • En fonction de leur dynamisme économique, les territoires français ont une trajectoire démographique différente.
  • Même si la France fait partie des pays les moins inégalitaires en Europe, les inégalités socio-économiques se sont creusées ces dernières années, alimentant la contestation sociale.
  • Les inégalités territoriales sont perceptibles à toutes les échelles, entre les régions, entre les zones urbaines et les zones rurales et à l'intérieur des métropoles entre les quartiers.
  • De l'Union européenne aux acteurs locaux en passant par l'État, des politiques publiques à toutes les échelles visent à réduire les inégalités socio-économiques et à corriger les disparités entre les territoires.