La France et le patrimoine, des actions majeures de valorisation et de protectionCours

La notion de « patrimoine » a connu de nombreuses mutations en France depuis sa naissance en 1789. On observe notamment un élargissement de sa définition et une complexification des champs de protection et de valorisation. L'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et du repas gastronomique des Français sont des exemples intéressants de protection et de valorisation de patrimoines, tous les deux marqués par la forte empreinte humaine et culturelle.
Face à un patrimoine aussi important et varié, comment ont évolué les politiques publiques de patrimonialisation en France et quels en sont les enjeux ? Dans quelle mesure la patrimonialisation, différenciée en fonction des époques, a-t-elle permis de conserver un héritage éminemment culturel ? Enfin, comment la gastronomie française est-elle également un outil du soft power français et contribue-t-elle au rayonnement de la France ?

I

La gestion du patrimoine français : évolution d'une politique publique 

La gestion du patrimoine français a évolué depuis la création de cette notion en 1789. L'État joue un rôle capital, et c'est particulièrement sous la Ve République que d'importantes évolutions ont eu lieu.

A

Le rôle capital de l'État : la mise en place d'une politique de classement et de restauration par-delà les régimes politiques

De 1789 au XIXe siècle, on assiste à la mise en place d'une politique de classement et de restauration du patrimoine français, particulièrement sous la IIIe République qui produit des lois majeures, notamment celles de 1887 et de 1913.

La Révolution française joue un rôle non négligeable : en novembre 1789, l'Assemblée constituante décide de mettre l'ensemble des biens ecclésiastiques à la disposition de la nation, ceux-ci deviennent des biens nationaux. Une commission des monuments est mise en place en 1790 pour inventorier les édifices et objets acquis. Cette politique est poursuivie durant la monarchie de Juillet (1830−1848). La protection administrative des édifices nationaux et des monuments historiques fait partie de la politique du ministère de l'Intérieur, en l'absence à l'époque d'un ministère de la Culture. La fonction d'inspecteur général des monuments historiques est créée en 1830, assumée par l'écrivain Prosper Mérimée de 1834 à sa mort. Dès 1838, l'inspection et la commission ont pour rôle d'examiner les listes préfectorales de classement et de restauration et de dresser l'inventaire des monuments, immeubles et meubles. Trois grandes activités sont déployées : inventaire, classement, restauration.

La loi de 1887 est la 1re loi de classement des monuments historiques. Dès 1840, il y a des classements, mais la loi de 1887 précise les conditions d'intervention des pouvoirs publics. Les monuments sont considérés hors de leur environnement. Le premier critère de sélection est l'appartenance à l'histoire ou à l'art de la nation. Cela redéfinit la propriété privée jusque-là inaliénable notamment si le monument est menacé de destruction. À la procédure de classement de 1887, la loi de 1913 vient ajouter l'inscription sur l'inventaire des monuments historiques et donne un caractère inaliénable et imprescriptible au patrimoine. Par ailleurs, on assiste à un élargissement de la protection :

  • 1906 : première loi sur les monuments naturels ;
  • 1930 : loi protégeant les éléments du patrimoine culturel immatériel et des sites naturels à dimension historique (champs de bataille de la Première Guerre mondiale, par exemple).

Les points suivants sont un héritage de la Révolution française, de la monarchie de Juillet et de la IIIe République : 

  • notion de protection contre le vandalisme ; 
  • notion de restauration appliquée aux vestiges, monuments, objets, décors intérieurs appartenant à la Préhistoire, à l'Antiquité gallo-romaine et au Moyen Âge ;
  • connexion des opérations de protection et de restauration qui jette les bases d'une administration de l'État puis d'une législation contraignante et enfin d'une « doctrine esthétique des monuments ».
B

La Ve République et le patrimoine : d'une politique étatique et centralisée à une politique plurielle, décentralisée et diversifiée

En France, on observe une gestion centralisée du patrimoine. L'« âge d'or » de la politique patrimoniale a lieu dans les années  1980−1990. Aujourd'hui, la politique patrimoniale est décentralisée, plurielle, et associe le matériel à l'immatériel.

Le patrimoine devient un objet politique avec la création d'un ministère des Affaires culturelles, dirigé par André Malraux de 1959 à 1969. Un encadrement étatique de la chaîne patrimoniale, c'est-à-dire de l'ensemble des opérations de constitution d'un patrimoine, est mis en place. Deux lois majeures sont votées et un inventaire est entrepris :

  • loi de programme de restauration de grands monuments historiques (1962) ;
  • loi sur les secteurs sauvegardés (1962) ;
  • inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France (1964).

 

Toutefois, la politique culturelle, marquée par une vision assez traditionnelle et tournée vers la grandeur de la France, évolue vers un élargissement des critères :

  • restauration des lieux considérés comme symboliques de l'histoire de la France : le Louvre, le château de Versailles, la cathédrale de Reims, etc.
  • la loi de 1964 contribue à s'intéresser à d'autres formes du patrimoine ; 
  • élargissement chronologique de la notion de patrimoine : intégration d'œuvres d'artistes vivants comme l'architecte suisse Le Corbusier (1887−1965), par exemple.

« Le développement de cette enquête exhaustive sur toutes les manifestations de l'art humain aligne assez nettement l'histoire de l'art sur l'histoire des choses. Les arts mineurs, l'architecture mineure sont pris en considération […] »

André Chastel, l'un des initiateurs puis vice-président et enfin président de l'Inventaire général, qui est d'abord un éminent historien de l'art, spécialiste de la Renaissance italienne

Les années 1980−1990 correspondent à l'arrivée de la gauche au pouvoir et à la mise en place d'une politique culturelle qui bouscule davantage les codes et qui est axée sur une plus grande médiatisation et une plus grande démocratisation.

On assiste à une multiplication des manifestations culturelles liées au patrimoine :

  • année du patrimoine en 1980 ;
  • la « Journée portes ouvertes dans les monuments historiques », initiée en 1984 par le ministre de la Culture, Jack Lang, et qui connaît un grand succès ;
  • elle sera accompagnée par le Conseil de l'Europe et transformée en Journées européennes du patrimoine à partir de 1991.

Il y a l'élargissement à de nouveaux patrimoines : urbain, industriel, archéologique, cultures régionales avec des écomusées.

L'écomusée d'Alsace à Ungersheim, créé en 1984, est un musée de plein air où ont été transférées et remontées d'authentiques maisons alsaciennes, formant ainsi un village.

Enfin, la décentralisation administrative et politique initiée en 1981−1983 permet aux collectivités territoriales (communes, départements, régions) de prendre en charge une partie des politiques publiques de l'État.

La décentralisation des politiques a été poursuivie.

Les collectivités territoriales sont propriétaires de 51 % des monuments historiques.

Les DRAC (Directions régionales des affaires culturelles) jouent un rôle majeur et l'État n'est plus tellement un initiateur, mais plutôt un partenaire parmi d'autres. À la baisse des moyens financiers correspond une hausse des partenaires privés, aux moyens financiers plus conséquents parfois.

On assiste à une baisse des budgets consacrés à la préservation : en 2019, il représente 3 % du budget du ministère de la Culture qui, déjà, ne représente que 2 % du budget de l'État.

Aussi, le recours aux acteurs privés, et donc au mécénat et aux souscriptions publiques, est de plus en plus fréquent, comme l'a montré l'exemple de Versailles.

Le recours au mécénat privé augmente :

  • 2010 : 945 millions d'euros ;
  • 2017 : 2 milliards d'euros.

L'extension du spectre du patrimoine immatériel se poursuit.

diversification du patrimoine matériel et immatériel
II

La patrimonialisation, entre héritage culturel et reconversion : le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais

Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. C'est un patrimoine à l'échelle d'une région particulière dont la valorisation entraîne à la fois une reconversion et une muséification.

A

Un patrimoine industriel, culturel et identitaire à l'échelle d'une région

Le Nord-Pas-de-Calais, un des cœurs industriels français, s'effondre à la fin XXe siècle. C'est un patrimoine industriel, culturel, et au final identitaire, à l'échelle d'une région.

Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est un des anciens cœurs industriels et économiques français, consacré à l'exploitation du charbon. L'ouverture de la 1re mine de la région, à Anzin, date de 1720. Au XIXe siècle, l'exploitation était intensive avec le creusement de 600 puits, le travail de près de 300 000 mineurs et la construction de 120 000 maisons ouvrières (les corons).

Cette région connaît le déclin à partir des années 1960−1970 en raison de la concurrence du pétrole, de la concurrence de pays où l'exploitation du charbon est à ciel ouvert et donc plus facile et moins chère et de manière plus globale de la crise du système fordiste.

Le déclin économique de la région marque la fin d'une époque : la fermeture de la dernière mine, à Oignies, date de 1990.

Le Nord-Pas-de-Calais comptait 10 000 hectares de friches industrielles en 1993 dont la moitié était liée à l'extraction du charbon.

Pendant plus de deux siècles, l'industrie du charbon a façonné un territoire : son organisation, ses paysages, ses hommes. La fin du charbon laisse une région sinistrée économiquement et des ruines, infrastructures industrielles qui n'ont pas été démontées en raison d'un coût trop élevé. Ces ruines peuvent être, à l'image des châteaux médiévaux ou de la Renaissance d'autres régions, une source de renouveau. La valorisation de ces ruines est la reconnaissance d'un nouveau patrimoine : le patrimoine industriel qui entre au classement au patrimoine mondial de l'Unesco en 2012.

Le patrimoine sauvegardé l'est à l'échelle d'une région, non pas la région en totalité, mais des parties du territoire de l'ensemble du bassin houiller.

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© Wikimedia Commons

Le Nord-Pas-de-Calais, c'est :

  • un territoire de 4 000 hectares ;
  • 120 kilomètres de long sur 12 kilomètres de large ;
  • 87 communes ;
  • 353 éléments du patrimoine minier : carreaux de mine, fosses, chevalements, terrils, corons, etc.

La mise en valeur porte notamment sur 4 grands sites (d'est en ouest) :

  • la fosse d'Arenberg à Wallers qui a servi de décor au film Germinal réalisé par Claude Berri en 1992 ;
  • le centre historique minier de Lewarde ;
  • la fosse 9/9 bis à Oignies ;
  • les terrils de la fosse 11/19 à Loos-en-Gohelle.

 

Le critère n'est pas esthétique, mais lié à des activités humaines qui ont transformé et enrichi une région, définition même de la culture. En réalité, ce n'est pas simplement un patrimoine matériel, c'est aussi un patrimoine immatériel :

  • culturel : les bâtiments, les objets et les paysages n'ont de sens que liés aux techniques, aux savoir-faire et aux modes de vie des hommes ;
  • identitaire : l'exploitation du charbon et l'univers de la mine sont des éléments de l'identité du Nord-Pas-de-Calais, au même titre que l'accent ch'timi (comme en témoigne le succès du film Bienvenue chez les Ch'tis, réalisé par Dany Boon en 2008) ou la braderie de Lille.

 

La patrimonialisation est le résultat d'un déclencheur et d'une prise de conscience d'une rupture : c'est sous l'effet de la crise industrielle et sociale de la région que cette prise de conscience est née.

Il fallait concevoir de nouvelles formes de développement et passer d'une situation de rejet et de repli à une situation d'acceptation de ce passé et d'ouverture.

B

Une valorisation entre reconversion et muséification

La valorisation du patrimoine du Nord-Pas-de-Calais s'est fait par étapes et n'a pas attendu la labélisation internationale. Le classement sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité de la région est le fruit d'une ambition collective. Du rejet à l'attraction, on assiste bien à une redynamisation d'un territoire par son patrimoine.

Le rôle des associations d'anciens mineurs dans la sauvegarde du patrimoine, aidées par les collectivités territoriales, a été capital.

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On a assisté, dès les années 1990, à des reconversions originales liées au tourisme : Nœux-les-Mines a installé une base de loisirs avec un centre nautique (1994) et transformé un ancien terril en piste de ski artificielle (1996) faisant d'elle la 2e plus vaste d'Europe et la plus basse de France (Loisinord).

valorisation du patrimoine par la reconversion

© Wikimedia Commons

Des citoyens et des hommes politiques conscients de la nécessité de ne pas oublier ce passé comme Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, et Pierre Mauroy, maire de Lille et ancien Premier ministre, ont joué un rôle fondamental.

valorisation du patrimoine dans le Nord-Pas-de-Calais

Cette reconnaissance internationale est majeure, à la fois un aboutissement et un autre tremplin.

Les musées ont eux-mêmes évolué, passant de lieux de conservation des infrastructures et du matériel aux lieux d'une réflexion sur les activités économiques qui ont structuré la région, sur l'histoire des populations (notamment l'importance de l'immigration).

Le musée Louvre-Lens illustre une autre transition : celle de la destruction à l'innovation. Le musée a été construit sur la fosse 9/9 bis de Lens, détruite à cet effet. Inauguré en 2012, il présente, par roulement, des œuvres du Louvre à Paris, et met en place une politique de démocratisation culturelle (partenariats avec des hôpitaux et des prisons). Par ailleurs, la création d'un pôle d'excellence en images et médias numériques sur le site de Wallers-Arenberg (2015) est en cours.

réaménagement des friches industrielles

© Wikimedia Commons

Près de 8 000 hectares de friches industrielles ont été réaménagés depuis les années 1990.

III

Le patrimoine, facteur de rayonnement culturel de la France dans le monde et objet d'action diplomatique : le repas gastronomique

Le repas gastronomique des Français est entré au patrimoine mondiale de l'Unesco. C'est un exemple de valorisation du patrimoine immatériel et le choix a porté, non pas sur un plat ou une recette, mais bien sur une pratique sociale liée à la gastronomie, elle-même fortement associée à la culture française.

A

Un savoir-faire culturel

L'entrée du repas gastronomique français au patrimoine immatériel de l'Unesco s'est fait en 2010. L'enjeu est la préservation d'un savoir-faire multiséculaire.

L'entrée du repas gastronomique est un autre exemple de valorisation du patrimoine immatériel. Le choix a porté, non pas sur un plat ou une recette – la France en est riche −, mais sur une pratique sociale liée à la gastronomie, elle-même associée à la culture française. On voit bien le lien entre une activité humaine, la culture et l'identité du pays.

Les critères retenus sont :

  • la recette ;
  • l'achat de bons produits, de préférence locaux ;
  • l'association mets-vins ;
  • la gestuelle pendant la dégustation (notamment pour celle des vins) ;
  • la décoration de la table ;
  • les liens humains – familiaux et amicaux – qui s'y nouent ;
  • la composition du repas.
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« Le repas gastronomique met l'accent sur le fait d'être bien ensemble, le plaisir du goût, l'harmonie entre l'être humain et les productions de la nature. […] l'héritage commun des plaisirs de la table que partagent les Français. […] l'engagement à respecter un véritable art de vivre qui se manifeste lors des repas festifs. » 

Unesco

© ich.unesco.org, 2010

C'est un savoir-faire multiséculaire qui tire sa renommée des héritages successifs laissés par un certain nombre de cuisiniers, au service de la haute noblesse ou du roi puis des élites, mais aussi de critiques gastronomiques.

Cuisinier Critiques
  • François Vatel (1631−1671)
  • Antonin Carême (1784−1833)
  • Fernand Point (1897−1955) : 1er chef à obtenir 3 étoiles au Guide Michelin en 1933 et mentor de Paul Bocuse
  • Paul Bocuse (1926−2018)
  • Alain Ducasse (1956-…)
  • Thierry Marx (1959-…)
  • Mauro Colagreco (1976-…) : italo-argentin, il est le 1er chef étranger à obtenir 3 étoiles au Guide Michelin pour son restaurant le Mirazur à Menton (meilleur restaurant du monde en 2019)
  • Anne-Sophie Pic (1969-…) : seule femme cheffe ayant obtenu 3 étoiles
  • Brillat-Savarin (1755−1826)
  • Grimod de la Reynière (1758−1837)
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On distingue 2 types de service, c'est-à-dire 2 manières de servir les convives :

  • le service à la française : tous les mets sont servis en même temps, chaque invité composant son menu en fonction de ses goûts ;
  • le service à la russe : les mets sont apportés par séquence et débarrassés en suivant l'ordre du menu.

 

En Europe, on est passé progressivement du service à la française à la russe au cours de la première moitié du XIXe siècle.

La réputation française est aussi fondée sur la naissance et le développement du principe du restaurant au XIXe siècle et se perçoit par la domination mondiale des restaurants français étoilés au Guide Michelin (soit 2018, 2019 ou 2020).

Sur un total de 3 058 restaurants étoilés dans le monde, la France et Monaco en représentent 20,5 %, et parmi ceux qui sont à l'étranger, un certain nombre sont tenus par des chefs français.

Le nombre de restaurants étoilés au Guide Michelin est particulièrement important en France :

  3 étoiles 2 étoiles  1 étoile Total
France et Monaco 29 86 513 628
Japon 22 85 346 453
Italie et Saint-Martin 11 35 329 375
Allemagne 10 38 261 309
Espagne 11 29 174 214
États-Unis 14 25 126 165

Selon la géographe Maria Gravari-Barbas, la gastronomie permet un partage multidimensionnel :

  • partage entre nature et culture : par exemple, le vin est le résultat de la combinaison d'un terroir (caractéristiques d'une terre), d'un climat mais aussi de l'action des hommes qui se transmet de génération en génération, c'est-à-dire de la culture ;
  • partage entre corps biologique – les gestes pour faire la cuisine, recevoir, etc. − et corps social ;
  • partage entre les générations.

La patrimonialisation de l'immatériel se fait au nom de la préservation du vivant et la diversité de ce dernier. Cette culture a acquis une renommée qui a dépassé les frontières étatiques et devient un instrument d'influence française.

La gastronomie attire les touristes (français comme étrangers) en France : \dfrac{1}{3} des touristes qui visitent la France sont motivés par la découverte de la cuisine et des vins.

B

Un instrument de rayonnement culturel et diplomatique de la France

La gastronomie est au service du prestige de la France. On parle même de « diplomatie culinaire » car, dans une certaine mesure, la gastronomie est au service de la diplomatie.

De nombreux chefs cuisiniers s'« exportent » à l'étranger.

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Des initiatives étatiques en partenariat avec les chefs cuisiniers sont organisées comme le lancement conjoint par différents ministères (Économie, Affaires étrangères, Culture, Agriculture) de l'opération « Goût de France/Good France » à partir de 2015. Elle consiste en l'organisation de repas dans le monde entier pendant 3 jours par les restaurants français mais aussi par les ambassades et les consulats français à l'étranger. Elle remporte un succès fulgurant. La gastronomie contribue largement au soft power de la France.

La participation à l'opération « Goût de France/Good France » a beaucoup évolué et a été multipliée par 2,5 en 4 ans.

  • 2015 : 1 300 restaurants ;
  • 2016 : 1 700 restaurants ;
  • 2017 : 2 100 restaurants ;
  • 2018 : 3 300 restaurants.

« La France est attendue pour sa gastronomie, et elle rayonne par sa gastronomie […]. » 

Emmanuel Macron

2017

Le « couple Talleyrand-Carême » illustre parfaitement les liens entre art culinaire et politique. Charles-Maurice de Talleyrand, ministre français des Affaires étrangères, lors des mois qui précédèrent le congrès de Vienne (1815), perfectionna l'arme du goût en organisant des « dîners d'ambassadeurs », de manière à influencer les diplomates, puis organisa lui-même des repas lors du congrès grâce au talent de son cuisinier Antonin Carême.

Des applications plus contemporaines sont nombreuses :

  • repas à l'Élysée en l'honneur du président John F. Kennedy (1917−1963) − son épouse ayant des ascendances françaises – organisé par le général de Gaulle alors qu'il y avait des tenions entre la France et les États-Unis ;
  • adaptation aux hôtes en veillant si besoin à l'absence de porc et d'alcool dans les sauces et les desserts ;
  • à l'inverse, le repas peut être l'objet d'un bras de fer : en 1999, la visite du président iranien est annulée car les Iraniens, musulmans, exigeaient que le vin disparaisse totalement de la table – même pour les Français − alors même que des boissons non alcoolisées étaient proposées aux Iraniens.