La France et la construction de nouveaux États : les unités italienne et allemande entre 1850 et 1871Cours

Dans la première moitié du XIXe siècle, l'Europe est dominée par les rois et les empereurs qui restaurent l'ordre monarchique en 1815 au cours du congrès de Vienne. Absolutistes, ils ne font aucune concession aux idéaux révolutionnaires, répriment les insurrections des mouvements libéraux et nationaux et mettent en œuvre des politiques conservatrices et liberticides

L'Italie et l'Allemagne n'existent pas en tant qu'État au milieu du XIXe siècle. Ces deux espaces sont morcelés en une multitude d'entités politiques placées sous le contrôle des grandes puissances européennes comme la Prusse et l'Autriche.  

À partir des années 1820, la soif de liberté et la force du sentiment national sont les deux moteurs d'un processus qui, par étapes, permet la naissance de deux nouveaux États libres et indépendants : l'Italie et l'Allemagne

Entre 1848 et 1871, la France joue un rôle important et ambivalent dans l'unification des nations italienne et allemande :

  • La IIe République puis le Second Empire apportent d'abord leur soutien, y compris militaire, pour accélérer la naissance de l'Italie. Paradoxalement, à partir du milieu des années 1860, l'empereur Napoléon III, allié au pape de Rome, fait tout pour freiner l'unification italienne. La chute du Second Empire en 1870 permet finalement sa réalisation. 
  • Initiée par le royaume de Prusse, l'unification de l'Allemagne se nourrit d'une hostilité envers la France qui devient le ciment du sentiment national allemand. C'est la défaite de Napoléon III dans la guerre franco-prussienne qui fait naître l'Empire allemand, proclamé le 18 janvier 1871 au château de Versailles.

 

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}  Quel rôle joue la France dans le processus qui mène à l'unification des États italiens et allemands de 1848 à 1871 ?

Italia und Germania, Johann Friedrich Overbeck, 1828

Italia und Germania, Johann Friedrich Overbeck, 1828

Domaine public, © Wikimedia Commons

I

La France et la naissance de la nation italienne

-

En 1848, l'Italie est un puzzle de 8 pièces : le morcellement et la division règnent entre les 8 États indépendants :

Localisation géographique  Nom du royaume Dirigé par… Principales villes
Nord-Ouest Royaume de Piémont-Sardaigne Le roi Charles-Albert Turin et Gênes
Nord-Est Royaume Lombard-Vénitien L'empereur François-Joseph Ier d'Autriche (Famille Habsbourg) Milan et Venise
Centre

Duché de Parme
Duché de Modène
Duché de Toscane

Famille Habsbourg  
États pontificaux Pape Rome
Sud Royaume des Deux-Siciles Ferdinand II, membre de la dynastie des Bourbons Naples et Palerme

L'ordre monarchique en place refuse toute concession aux idéaux inspirés de la Révolution française. Ainsi, à l'exception du royaume de Piémont-Sardaigne dans lequel Charles-Albert a mis en place une monarchie constitutionnelle libérale, la péninsule italienne ne connaît ni constitution ni séparation des pouvoirs ni libertés individuelles.

A

La résistance italienne à l'ordre monarchique :  le Risorgimento et les mouvements libéraux et nationaux

1

Les tentatives insurrectionnelles des années 1830

Des Italiens résistent à l'ordre monarchique et fondent leur espoir sur le Risorgimento, un mouvement politique appelant à la « renaissance » du peuple italien grâce à l'unification de la péninsule. Sur le terrain, la résistance s'organise dans des associations appelées les « Carbonari » (« Charbonneries » en italien) qui prennent la forme de sociétés secrètes pour éviter la répression policière. Inspirés par les insurgés libéraux français qui mènent une révolution « glorieuse » en juin 1830, les « Carbonari » tentent de renverser les monarques en organisant des insurrections mais elles échouent toutes. 

La France accueille un grand nombre des patriotes italiens qui font le choix de l'exil pour continuer la résistance de l'extérieur. À Marseille, en 1831, Giuseppe Mazzini fonde le mouvement « Jeune Italie » dont le programme tient en quatre mots : révolution, libération, unification et républicanisation, et l'emblème en trois couleurs : vert, rouge et blanc.

Giuseppe Mazzini
Giuseppe Mazzini
2

L'espoir du « printemps des peuples » de 1848

La révolution française de février 1848, avec la proclamation de la IIe République, fait de nouveau souffler un vent de liberté sur l'Europe. Les mouvements libéraux et nationaux se réveillent au cours du « printemps des peuples ». Entre mars et août 1848, les libéraux italiens dressent des barricades dans la plupart des grandes villes pour faire vaciller les absolutismes qui finissent par céder.
Dans les royaumes comme dans les duchés, le peuple obtient la rédaction de constitutions qui limitent les pouvoirs des monarques. Des réformes libérales établissent la liberté d'expression, de presse et de réunion. 

À Milan et à Venise, le peuple profite de l'affaiblissement de l'Autriche, elle-même confrontée à une révolution dans la capitale viennoise, pour obtenir des libertés. 
Pour atteindre leur but, les insurgés se tournent vers celui qu'ils considèrent comme le « roi libéral », Charles-Albert qui dirige le royaume de Piémont-Sardaigne. Mais le projet butte sur la résistance militaire autrichienne qui inflige une défaite sévère aux troupes italiennes à Custozza le 25 juillet 1848. Giuseppe Mazzini relance le mouvement et réussit à faire proclamer des républiques démocratiques à Venise, à Florence et même à Rome, provoquant la fuite du pape Pie IX en novembre 1848.

Proclamation de la République à Venise
Proclamation de la République à Venise

Domaine public, © Wikimedia Commons

Charles-Albert tente une nouvelle fois de chasser les Autrichiens du Nord de l'Italie par la force mais, il est vaincu à Novare en mars 1849. Il abdique en faveur de son fils Victor-Emmanuel II, fervent défenseur de l'indépendance et de l'unité italienne. 
Dès 1849, les insurgés subissent une répression sévère qui rétablit l'influence autrichienne sur Venise en juin 1849. La monarchie pontificale est restaurée avec le soutien militaire du président de la République française, Louis-Napoléon Bonaparte. Ferdinand II reprend violemment le contrôle de la moitié sud de la péninsule. Au terme du « printemps des peuples » italien, en 1849, l'Italie n'est ni libérée ni unifiée ni libéralisée. Une exception subsiste au Nord, le royaume de Piémont-Sardaigne : le roi Victor-Emmanuel II gouverne de façon libérale dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle.

Victor-Emmanuel II
Victor-Emmanuel II
Drapeau du Royaume de Piémont-Sardaigne
Drapeau du Royaume de Piémont-Sardaigne
3

L'affaiblissement du Risorgimento dans les années 1950

Au début des années 1850, le mouvement du Risorgimento est affaibli par les divisions : le retour à l'ordre monarchique n'a éliminé ni le sentiment national ni le rêve d'une Italie indépendante et unie, mais les patriotes italiens n'ont pas tous la même vision de leur future nation. Formant l'immense majorité des habitants de la péninsule, les paysans restent neutres, voire même passifs, probablement par peur de la répression.

  • À gauche sur l'échiquier politique, les ouvriers partisans de Mazzini souhaitent créer une république démocratique et sociale par le moyen de la révolution, donc de la violence.  
  • À droite, les intellectuels et les bourgeois se rallient plutôt à l'idée d'une Italie unie sous le gouvernement d'une monarchie constitutionnelle, solution déjà mise en œuvre par Victor-Emmanuel II dans le royaume de Piémont-Sardaigne. 

 

Ce projet s'affiche sur les murs des villes italiennes où les patriotes italiens inscrivent le graffiti « VIVA VERDI », qui est le nom du compositeur Italie Guiseppe Verdi, mais qui forme aussi l'acronyme « Vive Victor-Emmanuel le roi d'Italie ».

Graffitis « VIVA VERDI », dessin politique anonyme, 1859
Graffitis « VIVA VERDI », dessin politique anonyme, 1859

Domaine public, © Wikimedia Commons

B

Napoléon III et Cavour : le rapprochement franco-italien

Camillo Benso dit « Cavour », fondateur du journal Il Risorgimento en 1847, est élu député en 1848 puis nommé ministre de l'Agriculture et des finances : il est nommé chef du gouvernement du royaume de Piémont-Sardaigne par Victor-Emmanuel II en 1852

Pour relancer le processus d'unification de l'Italie alors au point mort, Cavour met en œuvre une stratégie : 

  • Économique et militaire : Elle consiste à moderniser l'économie du royaume en la mettant sur les rails de l'industrialisation afin d'avoir les moyens financiers nécessaires pour renforcer sa puissance militaire
  • Diplomatique : Selon Cavour, les échecs de 1848 s'expliquent par l'obstination des patriotes à vouloir libérer l'Italie selon le principe « Italia fara da se » (« l'Italie se fera d'elle-même »). Cavour cherche au contraire à trouver des alliés susceptibles d'apporter un soutien diplomatique et militaire.
Cavour

Cavour

Pour défier la puissante armée autrichienne, Cavour se tourne vers la France gouvernée depuis 1852 par l'empereur Napoléon III
En juillet 1858, Cavour et Napoléon III se rencontrent à Plombières dans les Vosges pour évoquer la question italienne. 
Chacun défend ses intérêts et son projet. Cavour attend de Napoléon III qu'il s'engage à épauler le royaume de Piémont-Sardaigne pour reconquérir la Lombardie et la Vénétie aux Autrichiens. Napoléon III en attend une contrepartie pour consolider sa popularité auprès des Français. 
Les tractations débouchent sur un accord : Cavour repart avec un allié de poids et Napoléon III se voit promettre le rattachement à la France de la ville de Nice et de la région de la Savoie, intégrées au royaume de Piémont-Sardaigne depuis le congrès de Vienne en 1815. 
Cependant, Napoléon III n'adhère pas totalement au projet d'unification de l'Italie. Il craint d'une part la naissance d'un nouvel État voisin qui pourrait devenir un concurrent et, d'autre part, il reste très attaché au maintien de l'indépendance des États pontificaux. Napoléon III préfère deux Italie, l'une gouvernée par Victor-Emmanuel II et l'autre par le pape, plutôt qu'une seule.

Napoléon III

Napoléon III

C

La guerre d'indépendance italienne

Désormais allié à la France, le royaume de Piémont-Sardaigne se sent désormais prêt à affronter la puissance autrichienne. Cavour déclare la guerre à l'Autriche en mai 1859 : c'est le début de la guerre d'indépendance italienne. Les troupes franco-sardes pénètrent en Lombardie et remportent deux victoires, la première à Magenta et la seconde à Solférino. Mais devant l'importance des pertes humaines pour la France, qui a fourni l'essentiel des troupes, Napoléon III stoppe l'offensive. Il négocie avec l'Autriche un armistice signé à Villafranca, en Espagne, en novembre 1859.

Bataille de Magenta, Adolphe Yvon, 1863

Bataille de Magenta, Adolphe Yvon, 1863

Trop faible militairement, Victor Emmanuel II et Cavour cessent les combats mais n'abandonnent pas. En effet, le royaume de Piémont-Sardaigne s'agrandit en annexant la Lombardie et Cavour change de stratégie. Il pousse les Italiens des petits duchés du Centre à se révolter. La manœuvre fonctionne puisqu'au printemps 1860, les régions de Parme, de Modène et de Florence sont rattachées au Royaume de Piémont-Sardaigne

En deux ans, l'unification de l'Italie progresse puisque la péninsule est désormais divisée en quatre (et non plus en huit) :

  • au Nord, le royaume de Piémont-Sardaigne qui a doublé sa superficie en 2 ans, et la Vénétie toujours contrôlée par l'Autriche ;
  • au Sud, le royaume des Deux-Siciles ;
  • au Centre, les États pontificaux. 

 

Le pape est fragilisé par le sentiment national. La région de Bologne se sépare des États pontificaux pour rejoindre le royaume de Piémont-Sardaigne qui réunit désormais plus de la moitié des 25 millions d'Italiens. Malgré son soutien au pape, la France de Napoléon III ne réagit pas. En contrepartie, Victor-Emmanuel II tient la promesse de Cavour en permettant le rattachement de Nice et de la Savoie à la France. Au cours d'un plébiscite organisé en avril 1860, Niçois et Savoyards valident d'ailleurs à plus de 90 % leur « réunion » à la France.

D

Giuseppe Garibaldi et l'unification du Sud de l'Italie

Au cours de l'année 1860, le royaume de Piémont-Sardaigne soutient l'expédition militaire menée par Giuseppe Garibaldi pour unifier la moitié sud. Depuis le début des années 1830, Garibaldi est un acteur influent du Risorgimento. Membre de la « Jeune Italie » dès 1834, il défend le projet d'une Italie indépendante et unifiée. Garibaldi est un républicain radical qui souhaite la naissance d'une république italienne démocratique et sociale. En signe de ralliement, lui et ses partisans portent d'ailleurs des chemises rouges, couleur de la révolution sociale du peuple contre les bourgeois. 

Giuseppe Garibaldi

Giuseppe Garibaldi

En 1860, il entreprend une expédition militaire pour conquérir le royaume des Deux-Siciles. Partie de Gênes avec environ 1 000 hommes, cette « expédition des Mille » débarque en Sicile en mai 1860. Les « chemises rouges » font une remontée triomphale jusqu'à Naples où Garibaldi est accueilli en héros et remet le pouvoir au roi Victor-Emmanuel.

Les Napolitains votent le rattachement du Sud de l'Italie au royaume de Piémont-Sardaigne. Le 17 mars 1861, un nouveau pas est fait vers l'unification de l'Italie puisque la naissance du « royaume d'Italie » est proclamée à Turin puis, le 27 avril 1861, avec le soutien de la France, Victor-Emmanuel II devient « roi d'Italie » et installe sa capitale à Florence
La réalisation de l'unité italienne est affirmée par deux symboles :

Drapeau du royaume d'Italie

Drapeau du royaume d'Italie

  • Le drapeau tricolore, dont les couleurs verte, blanche et rouge rappellent les débuts du Risorgimento dans les années 1820. La croix blanche sur fond rouge surmontée d'une couronne reconnaît le rôle moteur joué par le royaume de Piémont-Sardaigne dans le processus d'unification.
  • L'hymne « Marcia Reale » (« la Marche Royale » en italien), une marche militaire composée par Giuseppe Gabetti en 1831 dont les paroles affirment que « les fils de la patrie se couvriront de gloire en criant Vive le Roi ! ».
E

La fin de l'entente franco-italienne : vers l'unification italienne

Le Nord et le Sud sont désormais réunis, mais la nouvelle Italie reste privée de deux régions puisque qu'au Nord, la Vénétie est toujours occupée par les Autrichiens et, au centre, Rome et sa région restent sous le contrôle du pape grâce la protection de la France. 

À partir de 1861, la question romaine vient dégrader les relations entre Napoléon III et le nouveau roi d'Italie : Victor-Emmanuel veut faire de Rome, la nouvelle capitale du royaume d'Italie, mais Napoléon III reste intransigeant sur cette question et refuse que le pape Pie IX perde son influence territoriale.
L'armée française protège Rome contre l'expansionnisme du royaume d'Italie. L'unification italienne doit donc désormais se faire contre la France qui fait tout pour la freiner.

Napoléon III entravant l'Italie en empêchant son unité

Napoléon III entravant l'Italie en empêchant son unité

Domaine public, © Wikimedia Commons

  • En 1866, l'Autriche, affaiblie par la guerre contre la Prusse, accepte de quitter la Vénétie : le royaume d'Italie s'agrandit encore au Nord. 
  • En 1867, Giuseppe Garibaldi tente de conquérir Rome mais il est stoppé à 20 km de son but par les soldats français.
  • En 1870, suite à la déclaration de guerre de la France à la Prusse, Napoléon III est contraint de rappeler les troupes qui protègent Rome. La défaite française laisse la voie libre à l'armée italienne qui prend Rome le 20 septembre

 

Victor-Emmanuel II fait de Rome la capitale du royaume d'Italie le 1er août 1871, malgré la résistance des catholiques et du pape qui se retranche au Vatican.

Ingresso di Garibaldi a Napoli i 7 settembre 1860 (Entrée de Garibaldi à Naples le 7 septembre 1860), Franz Wenzel Schwarz

Ingresso di Garibaldi a Napoli i 7 settembre 1860 (Entrée de Garibaldi à Naples le 7 septembre 1860), Franz Wenzel Schwarz

Domaine public, © Wikimedia Commons

L'unification italienne est achevée en 1871, en partie grâce à la défaite de la France dans la guerre contre la Prusse.
La monarchie constitutionnelle applique la séparation des pouvoirs et garantit les libertés. 
La souveraineté nationale reste limitée par le choix du suffrage censitaire. Seuls les hommes de plus de 25 ans qui payent un montant élevé d'impôt ont le privilège d'élire la Chambre des députés, soit environ 2 % des Italiens. 
Le défi du gouvernement désormais à forger une conscience nationale sur tout le territoire.

II

La France contre l'unité allemande entre 1848 et 1871

-

Conquis par l'empereur Napoléon Ier au début du XIXe siècle, l'espace germanique est libéré en 1815. La même année, lors du congrès de Vienne, le « système Metternich » instaure la « Confédération germanique ». Il s'agit d'une organisation politique et diplomatique réunissant tous les États allemands, soit environ 30 millions d'habitants, dominée par le royaume de Prusse et l'empire d'Autriche.

A

Les mouvements libéraux et nationaux, moteurs du nationalisme allemand

Malgré la fermeté de l'ordre monarchique, des mouvements libéraux et nationaux se développent en Allemagne. 

Des étudiants de l'association baptisée la Burschenschaft (« fraternité » en allemand), multiplient les actions pour réclamer une constitution, des libertés et l'unification des peuples de langue germanique dans une seule et même nation unifiée et indépendante. Les patriotes allemands remotivés organisent de nouvelles insurrections mais elles sont toutes sévèrement réprimées par l'Autriche

Progressivement, le royaume de Prusse de Frédéric-Guillaume III, composé presque entièrement de germanophones, devient le principal moteur du nationalisme allemand contre l'occupation autrichienne. La Prusse renforce le sentiment national par le biais du commerce en créant une zone de libre-échange exclusivement allemande baptisée le « Zollverein » en 1834. 

En 1848, le « printemps des peuples » déclenche de nouvelles insurrections dans la plupart des États allemands. Des barricades sont dressées par les ouvriers à Berlin :  le nouveau roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV est contraint d'accepter la limitation de ses pouvoirs par une constitution libérale.

B

Le nouveau Parlement allemand : une tentative de courte durée

Composé de députés élus au suffrage universel, le nouveau Parlement allemand installé à Francfort en mars 1848 adopte une « déclaration des droits du peuple allemand » en décembre. La marche vers l'unité allemande est empêchée par les divisions et les hésitations à propos de la forme que doit prendre la future Allemagne unifiée :

  • Le camp des conservateurs défend le projet d'un « Grand Empire allemand », c'est-à-dire une Allemagne englobant l'Autriche, placée sous son influence. 
  • Le camp des libéraux milite pour un « Petit Empire allemand », réunissant exclusivement les peuples de langue et de culture germanique, gouverné par le roi de Prusse, adoptant le suffrage universel et excluant l'Autriche. 

 

C'est le projet du « Petit Empire » qui est retenu par le Parlement. 

Craignant une violente riposte de la puissance autrichienne, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV refuse de recevoir la couronne impériale du peuple. En 1850, sous la pression de l'Autriche qui lui pose un ultimatum, le roi de Prusse enterre le projet. Le jeune Parlement allemand est finalement dissout.

Patriotes allemands sur les barricades de Berlin en 1848

Patriotes allemands sur les barricades de Berlin en 1848

Domaine public, © Wikimedia Commons

Parlement de Francfort en 1848

Parlement de Francfort en 1848

Domaine public, © Wikimedia Commons

En 1850, l'unité allemande n'est pas réalisée : 39 États, comme Hanovre et Mecklembourg au Nord, Bade, Wurtemberg et la Bavière au Sud, Thuringe et Saxe au centre, forment une mosaïque de principautés, de duchés et de royaumes indépendants. Ils ont un point commun : l'ordre monarchique y règne et les idéaux révolutionnaires y sont combattus.  

C

Bismark et la stratégie anti-autrichienne

Coupé en deux parties, l'une à l'ouest autour de Cologne et l'autre à l'est autour de Berlin, le royaume de Prusse est le plus étendu et le plus influent. À partir de 1861, la Prusse est gouvernée par le roi Guillaume Ier qui nomme au poste de ministre des Affaires étrangères Otto von Bismarck en 1862.

Guillaume Ier et Otto von Bismarck

Guillaume Ier et Otto von Bismarck

C'est ce couple autoritaire et conservateur qui prend en main l'unité allemande avec le but de restaurer un puissant Empire allemand pour former un « IIe Reich ».

Le Ier Reich a duré presque un millénaire avant d'être conquis par Napoléon Ier en 1806.

Selon eux, la nation allemande ne peut et ne doit pas être réalisée par le peuple mais par un État monarchique fort. Face à eux, deux obstacles se dressent : l'Autriche et la France. La Prusse étend le Zollverein, en développant son industrie, et en donnant la priorité au secteur sidérurgique : la puissance prussienne croît à grande vitesse

En 1864, Bismarck lance sa stratégie anti-autrichienne

  • Il demande à l'Autriche d'accompagner la Prusse dans la guerre contre le Danemark. Victorieuses, les deux puissances se partagent les terres conquises. 
  • En octobre 1865, il se rend « secrètement » en France, à Biarritz. Il y rencontre Napoléon III à qui il annonce son plan. Il souhaite utiliser comme prétexte la mauvaise gestion autrichienne des terres conquises pour lui déclarer la guerre et profiter de la modernité de son armée et de la neutralité de la France pour la vaincre. Napoléon III accepte de ne pas intervenir. 

 

En 1866, la Prusse déclare la guerre à l'Autriche. L'armée prussienne, composée de 220 000 hommes commandés par von Moltke, pénètre en Autriche et livre une bataille décisive de trois semaines à Sadowa près de Prague. Reconnaissables sur le champ de bataille à leurs casques noirs à pointe dorée, les soldats prussiens prennent rapidement le dessus, notamment grâce à l'efficacité de leurs armes. Le 3 juillet 1866, la surprenante victoire prussienne de Sadowa a trois conséquences : 

  • Elle bouleverse l'échiquier diplomatique européen.
  • Elle reconfigure l'unité allemande puisque la Confédération germanique est remplacée en 1866 par « la Confédération de l'Allemagne du Nord » qui regroupe tous les États allemands protestants sous le gouvernement de la Prusse.
  • Elle donne confiance à Guillaume Ier et Bismarck pour s'attaquer au second obstacle de l'unité allemande : la France de Napoléon III.
D

La naissance de l'Empire allemand

Comme son nom l'indique, la nouvelle « Confédération de l'Allemagne du Nord » révèle que l'unité allemande n'est pas encore complète. Les princes catholiques qui gouvernent les États du Sud de l'Allemagne préfèrent rester indépendants. Ils se méfient de la Prusse qui multiplie les provocations envers la France. Lorsque Napoléon III déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870, tous les États allemands, sans exception, expriment leur sentiment national en s'alliant à la Prusse

Deux fois plus nombreuses avec 500 000 hommes, les troupes prussiennes franchissent la frontière du Nord-Est de la France en plusieurs point et mettent en déroute l'armée française mal équipée et mal préparée. Le 2 septembre 1870, la France capitule et Napoléon III est fait prisonnier à Sedan.

Soldats prussiens progressant en France

Soldats prussiens progressant en France

Domaine public, © Wikimedia Commons

Le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, Guillaume Ier, Bismarck et les Princes allemands proclament la naissance de l'Empire allemand, le « IIe Reich » en allemand. Guillaume Ier en prend la tête avec le titre de « Kaiser » (« empereur » en allemand) avec Bismarck comme « chancelier », c'est-à-dire chef du gouvernement. 
Le 28 janvier 1871, le « IIe Reich » force le gouvernement provisoire de la IIIe République française à signer un armistice
Le 10 mai 1871, le IIe Reich impose le traité de Francfort qui permet l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine
L'unité allemande est donc achevée au détriment de la France et du peuple français qui nourrit dès lors un sentiment de revanche.

  • Au cours de la première moitié du XIXe siècle, dans une Italie et une Allemagne occupées et morcelées, le développement du sentiment national est un puissant levier qui déclenche un mouvement favorable à la création de nations libres et indépendantes. 
  • À partir de 1848, dans le contexte du « printemps des peuples », les revendications libérales et nationales redoublent mais sont étouffées par la répression des monarques conservateurs. 
  • Sous le Second Empire, à partir de 1852, l'empereur Napoléon III fait jouer à la France un rôle décisif dans les processus d'unification de l'Italie et de l'Allemagne. D'abord favorable à la création d'un État italien indépendant et unifié, Napoléon III apporte une aide militaire conséquente au royaume de Piémont-Sardaigne dont le roi Victor-Emmanuel II et son ministre Cavour prennent en main la lutte contre l'occupation autrichienne. 
  • Cependant, au début des années 1860, le Second Empire devient le principal adversaire de l'unité italienne, notamment à cause de la question romaine et des États du pape. En 1870, le royaume d'Italie achève son unité à la faveur de la défaite de Napoléon III dans la guerre qui l'oppose à la Prusse. 
  • L'unité allemande se fait quant à elle contre la France. Le sentiment national allemand est lui aussi censuré par l'ordre monarchique. Il se réveille en 1830 puis en 1848 mais il est réprimé par la puissance autrichienne. 
  • À partir des années 1860, le royaume de Prusse de Guillaume Ier et de son ministre Bismarck prennent en main l'unification allemande. Grâce à sa puissance militaire, la Prusse se débarrasse de la menace autrichienne en 1866
  • En 1870, la Prusse donne à tous les États allemands une occasion de se rallier à elle en menant une guerre contre la France. En septembre 1870, la déroute de l'armée française, la capture de Napoléon III et la signature d'un armistice marque le triomphe de la stratégie prussienne. Guillaume Ier proclame l'Empire allemand en janvier 1871. Les fondations de l'Allemagne unifiée sont donc posées sur les ruines de la France du Second Empire.