Le Consulat et l'Empire napoléonien de 1799 à 1815Cours

La Ire République est proclamée le 22 septembre 1792. Elle est gouvernée par les Montagnards qui mettent en place la Terreur entre 1793 et 1794 puis par les bourgeois modérés sous le Directoire de 1795 à 1799

Le 10 novembre 1799, le général Napoléon Bonaparte réalise un coup d'État qui remplace le Directoire par le Consulat. Sous l'apparence de la République, c'est en fait le Premier consul Bonaparte qui gouverne seul de 1799 à 1804

Le 2 décembre 1804, Napoléon remplace la Ire République par un régime impérial en se faisant sacrer empereur. Napoléon Ier gouverne le Premier Empire de 1804 à 1814. Une défaite militaire contre les monarchies européennes coalisées le contraint à abdiquer en 1814, ce qui met un terme au Premier Empire. 

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}  Comment passe-t-on du Consulat à l'Empire napoléonien entre 1799 et 1815 ?

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I

Le Consulat, une République autoritaire

A

Le coup d'État de Napoléon

Général des armées républicaines, Napoléon Bonaparte entre dans la vie politique française en utilisant la force. En effet, le 10 novembre 1799, il réalise un coup d'État qui renverse le Directoire. Le projet politique de Napoléon Bonaparte est clair : « la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée : elle est finie. Il faut à la nation un chef ! ». Pour le mettre en application, son premier acte est de remplacer les 5 directeurs par 3 consuls et de se nommer lui-même au poste de Premier consul.

Napoléon Bonaparte

Napoléon Bonaparte

Dans l'Antiquité, sous la République romaine, les consuls sont les magistrats élus qui exercent les pouvoirs politiques et militaires au nom du peuple.

Napoléon prépare ensuite une nouvelle Constitution pour fonder un régime plus fort et plus stable capable de clore 10 années chaotiques et de permettre le retour au calme tout en préservant les acquis de 1789. 

B

La nouvelle Constitution et les institutions du Consulat

Dès le mois de décembre 1799, la nouvelle Constitution est promulguée, la quatrième depuis 1789.  Elle conserve la nature républicaine du régime politique mais elle crée des institutions dont le fonctionnement détourne les principes révolutionnaires à l'avantage d'un seul homme : Napoléon Bonaparte

La Constitution de 1799 applique le principe de la séparation des pouvoirs, mais elle privilégie le pouvoir exécutif détenu par 3 consuls nommés pour 10 ans. Le Premier consul, Napoléon Bonaparte, concentre beaucoup de pouvoirs car :

  • il commande seul l'armée ; 
  • il nomme seul les ministres et les fonctionnaires ;
  • il propose seul les lois. 

 

À l'inverse, le Consulat affaiblit le pouvoir législatif en le fragmentant en quatre assemblées :

  • une qui prépare les lois ; 
  • une autre qui les discute ;
  • une troisième qui les vote ;
  • une dernière qui les vérifie. 

 

C'est le Premier consul qui nomme lui-même les membres des première et dernière assemblées : il a ainsi l'avantage d'être au début et à la fin de chaque loi. 

La séparation des pouvoirs n'est alors qu'une façade : le pouvoir législatif est contrôlé par le pouvoir exécutif et donc par le Premier consul.

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En faisant le choix du suffrage universel masculin, la Constitution de 1799 applique aussi le principe révolutionnaire de la souveraineté nationale, c'est-à-dire qu'elle permet aux Français de rester des citoyens acteurs de la vie politique grâce au vote. Mais il s'agit d'un suffrage universel en trompe-l'œil. En effet, si tous les hommes peuvent voter quel que soit leur niveau de richesse, ils ne peuvent élire que des « listes de notables », c'est-à-dire des riches propriétaires, industriels ou fonctionnaires. Et c'est le Premier consul qui, dans ces listes de notables, désigne seul les membres des assemblées qui discutent et votent les lois. Le Consulat instaure donc une illusion de république dans laquelle un homme concentre des pouvoirs quasi-illimités.

Le Premier consul Napoléon Bonaparte à la tête de l'État

Le Premier consul Napoléon Bonaparte à la tête de l'État

Domaine public, © Wikipédia

Napoléon Bonaparte innove puisque pour la première fois, il demande directement l'avis des citoyens français en organisant un plébiscite (vote où la réponse est « oui » ou « non ») pour instaurer la nouvelle Constitution. Cependant, l'organisation concrète de ce scrutin ne permet pas aux opposants de s'exprimer librement. En effet, voter « non » c'est prendre le risque de subir les représailles du régime puisque le vote est fait sans isoloir, en signant sur un registre, à côté de son nom, au vu et su de tous.

En février 1800, sur 7 millions de citoyens, 3 millions de Français votent « oui » et seulement 1 600 votent « non ».

C

Réorganiser et pacifier la France : les « masses de granit »

Après avoir réformé le régime politique, le Premier consul Napoléon Bonaparte s'attaque à la réorganisation et à la pacification de la France. Il résume lui-même son projet par cette formule : « les Français sont comme des grains de sable qu'il faut stabiliser en fixant sur le sol des masses de granit », c'est-à-dire des bases solides et durables.

1

La réforme administrative

L'objectif est de mettre en place une administration sur le terrain qui soit efficace, loyale, obéissante, centralisée et chargée de mettre en œuvre la politique décidée de Paris par le Premier consul. La fonction de préfet est créée en 1800 pour représenter Napoléon Bonaparte dans chaque département. Nommés par le Premier consul, leur mission consiste à empêcher de nouvelles journées insurrectionnelles et à s'assurer que les citoyens assument leurs devoirs en participant à la conscription − le service militaire obligatoire − et en payant les impôts. Pour former ces futures élites de l'administration et de l'armée, Napoléon Bonaparte donne naissance aux lycées en 1802. Pour récompenser fonctionnaires et militaires de leur loyauté, il instaure la Légion d'honneur « pour service rendu à la nation » en 1802.

La Légion d'honneur
La Légion d'honneur

Domaine public, © Wikimedia Commons

2

La réforme économique

Napoléon relance l'investissement en créant en 1800 un organisme de crédit baptisé la Banque de France. En 1803, il met en circulation une nouvelle monnaie, le « franc germinal », dont la valeur dépend du poids de métal précieux qu'elle contient.

Franc germinal de 1804
Franc germinal de 1804

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3

La réforme sociale

La réforme sociale consiste à recréer une élite de notables fidèles et obéissants chargés de prendre en main le fonctionnement quotidien de l'État. Ainsi, sans rétablir officiellement les privilèges, le Consulat instaure une société à deux vitesses des notables avantagés et protégés par le régime détiennent les responsabilités et les richesses alors que la majorité de la population n'a d'autre choix que de travailler et d'obéir. 

Pour accélérer la réconciliation nationale, Napoléon Bonaparte a une stratégie : donner à tous les ennemis du régime impérial une bonne raison de l'apprécier. Il envoie un signal d'apaisement aux chrétiens français et étrangers en signant le Concordat, synonyme de paix, avec le pape Pie VII en 1801. Ce texte met un terme à la déchristianisation menée par la République depuis 1793 et redéfinit les relations entre l'État et l'Église. Les chrétiens se voient accorder la liberté de culte mais les membres du clergé deviennent des fonctionnaires payés par l'État et contraints de prêter serment de fidélité au Premier consul. Napoléon Bonaparte monnaye aussi le retour des nobles royalistes et chrétiens qui avaient émigré en leur confiant des postes de fonctionnaires.

Pie VII
Pie VII
D

Napoléon et l'unification du droit français : le Code civil

Le 21 mars 1804, Napoléon Bonaparte, aidé par des juristes comme Tronchet et Portalis, unifie le droit français en promulguant le « Code napoléonien » ou « Code civil ». Il déclare : « ma vraie gloire n'est pas d'avoir gagné quarante batailles car ce que rien n'effacera et vivra éternellement, c'est mon Code civil ». 

Concrètement, il s'agit d'un livre juridique, composé de plus de 2 000 articles, qui réglemente ou « codifie » les relations qu'entretiennent les citoyens Français dans la vie « civile ». Abordant des aspects du quotidien aussi variés que le droit des personnes, le droit du mariage, le droit du travail et du commerce, le Code civil permet aux juges élus de disposer d'un socle commun pour rendre la justice de façon équitable au nom de la nation.  

Ses articles confirment les conquêtes révolutionnaires comme le principe d'égalité de tous devant la loi et l'impôt. Il fait de la propriété un droit fondamental. Cependant, il est aussi un outil de maintien de l'ordre social :

  • La famille, cellule de base de la société, est placée sous l'autorité absolue du père. 
  • Dans le monde du travail, les déplacements des ouvriers sont surveillés et les grèves interdites.
Couronné par le Temps, Napoléon Bonaparte écrit le Code civil

Couronné par le Temps, Napoléon Bonaparte écrit le Code civil

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II

L'Empire, un régime despotique et impérialiste

A

Le sacre de Napoléon empereur

En 1802, Napoléon Bonaparte apporte une modification majeure à la Constitution du Consulat : désormais, le Premier consul n'est plus nommé pour 10 ans mais à vie et avec le droit de nommer son successeur. Cette mesure marque le rétablissement d'un pouvoir héréditaire, le régime républicain disparaît. Une nouvelle fois, Napoléon Bonaparte fait valider cette modification par un plébiscite manipulé. Dans la foulée, le 6 novembre 1804, un troisième plébiscite transforme le Consul à vie Napoléon Bonaparte en « Napoléon Ier empereur héréditaire des Français » : c'est le début d'une nouvelle expérience politique baptisée l'Empire. 

Le 2 décembre 1804, Napoléon renoue avec la cérémonie du sacre qui a lieu dans la cathédrale Notre-Dame de Paris en présence du pape Pie VII. Si Napoléon Ier prête serment de fidélité aux acquis de la Révolution comme l'égalité et les libertés, le nouveau régime se rapproche davantage de la monarchie absolue.

Le sacre de l'empereur Napoléon Ier en 1804 peint par Jacques-Louis David en 1807.

Le sacre de l'empereur Napoléon Ier en 1804 peint par Jacques-Louis David en 1807.

Domaine public, © Wikimedia Commons

B

Le fonctionnement du régime impérial : une dictature

Le fonctionnement du régime impérial entraîne la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme : c'est une dictature. Les assemblées censées représenter la nation existent toujours, mais elles ne sont plus convoquées. La centralisation du pouvoir est ainsi renforcée puisque toutes les décisions sont prises par l'empereur et appliquées sur le terrain par des fonctionnaires d'autant plus obéissants qu'ils sont nommés par lui. Le suffrage censitaire est rétabli.

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1

La surveillance et le contrôle des Français

L'autoritarisme de Napoléon Ier s'exerce sur la société. Il utilise plusieurs leviers pour placer les Français sous contrôle et sous surveillance. Il peut compter sur les préfets et les maires qui, en tant que « premiers magistrats » du département et de la commune, surveillent la population dans le but de prévenir toute forme de contestation. Dirigée par Joseph Fouché, la police est toute-puissante. Elle est renseignée par des indicateurs qui rapportent les propos anti-napoléoniens tenus dans les lieux publics, et arrête tous les opposants. Le courrier est contrôlé par un « cabinet noir » qui ouvre les lettres des citoyens suspectés d'être royalistes ou républicains.

Le ministre de la Police Fouché
Le ministre de la Police Fouché

En 1802, Napoléon Ier resserre l'autorité de l'État dans les colonies où l'esclavage et la traite négrière, pourtant abolis par la République en 1794, sont rétablis à la demande des colons

En 1810, l'empereur rétablit même la censure contre la presse. Il n'hésite pas à interdire les journaux qui publient des articles émettant des doutes ou des critiques à l'encontre de sa politique. Il limite la presse à un journal par département et seulement quatre à Paris. 

Napoléon Ier se protège aussi d'un réveil des idées révolutionnaires en permettant aux bourgeois de s'enrichir et en contrôlant les ouvriers grâce au « livret ouvrier » sur lequel leurs déplacements doivent être consignés dans le but d'éviter tout regroupement donc toute tentative d'insurrection.

2

La propagande

Napoléon Ier mène une politique d'endoctrinement qui s'appuie sur la propagande, l'Église et l'université :

  • La propagande impériale instaure un culte de la personnalité qui est véhiculé par les images, les pièces de monnaies, les tableaux, les sculptures et les monuments qui glorifient Napoléon Ier. À partir de 1806, tous les 15 août, les Français fêtent un nouveau saint du calendrier : « saint Napoléon ». 
  • L'empereur s'appuie sur l'Église dont les prêtres fonctionnaires sont tenus d'enseigner aux enfants et aux croyants le « catéchisme impérial » qui proclame que « les chrétiens doivent à l'empereur amour, respect, obéissance et fidélité car il a été fait souverain par Dieu ». 
  • Instituée en 1808, les universités ont le monopole de l'enseignement et sont chargées de transmettre les connaissances et les valeurs validées par l'empereur. Premier diplôme de l'université, le baccalauréat − « couronne de laurier » en latin − est obtenu pour la première fois par 31 garçons en 1809 après un « grand oral » de 45 minutes en latin, grec, français et philosophie.
3

La création de la « noblesse impériale »

Pour donner plus d'éclat au régime impérial, Napoléon Ier crée une cour qui reprend tous les codes de celle de Versailles avant la Révolution : soutien inconditionnel à l'empereur, concurrence pour obtenir ses faveurs et organisation de fêtes grandioses aux châteaux des Tuileries, de Compiègne et de Fontainebleau. En 1808, Napoléon Ierrestaure une noblesse baptisée « la noblesse impériale » composée majoritairement de bourgeois militaires ou fonctionnaires.

Malgré l'installation progressive d'une dictature qui prive les Français de la plupart des libertés et des droits proclamés en 1789, Napoléon Bonaparte jouit d'une grande popularité due en partie à ses victoires militaires.

C

Une politique impérialiste

1

Les victoires de la « Grande Armée »

Une fois devenu empereur, Napoléon Ier se lance dans une politique impérialiste qui fait de l'Europe un champ de batailles. Entre 1805 et 1813, Napoléon vole de victoire en victoire.

Année Lieu de la victoire Armée vaincue
1805 Austerlitz Autrichienne et russe
1806 Iéna Prussienne
1807 Eylau et Friedland Russe
1808 Somosierra Espagnole
1809 Wagram Autrichienne et anglaise
Napoléon Ier sur le champ de bataille d'Iéna en 1806
Napoléon Ier sur le champ de bataille d'Iéna en 1806

Domaine public, © Wikimedia Commons

Les victoires napoléoniennes sont remportées par l'armée impériale baptisée « la Grande Armée ». D'abord armée nationale composée uniquement de conscrits (soldats français professionnels incorporés dans l'armée après avoir réalisé le service militaire obligatoire pour tous les hommes de 20 à 25 ans) l'armée napoléonienne s'ouvre progressivement aux soldats étrangers. En 1812, avec 700 000 soldats dont moins de 50 % de Français, c'est la plus grande armée d'Europe. Dévoués à l'empereur, les soldats de la Grande Armée combattent derrière les drapeaux tricolores surmontés de l'aigle impérial et portent l'uniforme bleu, blanc et rouge ; ils sont surnommés « les grognards » car « ils grognent mais marchent toujours ». Ils sont harangués par l'empereur qui participe aux campagnes militaires et encadrés par des maréchaux dont la tactique repose sur la mobilité de la cavalerie et de l'infanterie ainsi que la puissance de feu de l'artillerie.

2

Un nouvel ordre européen

Fort de sa supériorité militaire, Napoléon Ier maîtrise l'échiquier diplomatique européen. Après chaque victoire, il fait signer au perdant un « traité de paix » qui l'oblige à soutenir la France ou à rester neutre.

  • Le traité de Tilsit avec la Russie en 1807. 
  • Le traité de Vienne avec l'Autriche en 1809.

Grâce à cette stratégie, la France isole progressivement l'Angleterre en la privant d'alliés sur le continent européen. C'est aussi le but du « blocus continental » que Napoléon Ier met en place à partir de 1806. En effet, depuis la bataille perdue par la France à Trafalgar en 1805, l'empereur cherche à affaiblir l'Angleterre par tous les moyens. Avec le blocus, il veut ruiner l'Angleterre en interdisant tous les États européens qui sont sous son influence de faire du commerce avec elle.  

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Entre 1804 et 1815, la politique impérialiste de Napoléon Ier fait reculer les frontières au nord-est et au sud-est : la France s'agrandit.

La Révolution avait créé 83 département en 1789, la France en compte 132 en 1812.

Après ses conquêtes, Napoléon met en place un nouvel ordre européen : 

  • Les « États vassaux » comme les royaumes d'Espagne et de Naples sont contrôlés par la France : l'empereur y impose des membres de sa famille. Ses frères Joseph et Jérôme Bonaparte deviennent respectivement roi d'Espagne et de Westphalie. 
  • Les « protectorats » sont des États soumis qui ont délégués à Napoléon la gestion de leur politique extérieure, comme les États membres de la Confédération du Rhin créée par l'empereur en 1806. 
  • Les « États alliés » comme l'empire d'Autriche et l'empire de Russie conservent leur indépendance à la condition de respecter le blocus continental, c'est-à-dire de ne pas faire de commerce avec l'ennemi de l'Empire français :  l'Angleterre.

 

Dans cette Europe napoléonienne, les valeurs et les principes du régime impérial se diffusent. Par exemple, Napoléon y impose les idéaux révolutionnaires comme la rédaction d'une constitution, l'abolition des privilèges, le principe d'égalité devant la loi. Il exporte aussi son Code civil qui est traduit en italien, en allemand et en polonais.

Joseph et Jérôme Bonaparte
Joseph et Jérôme Bonaparte
III

La chute de l'Empire napoléonien : de la débâcle à l'abdication

A

Les révoltes anti-napoléoniennes

L'impérialisme napoléonien s'accompagne d'une exploitation systématique des ressources des régions conquises. Napoléon Ier pressure les peuples soumis en leur réclamant toujours plus d'impôts et de soldats pour alimenter la Grande Armée. Ainsi, l'occupation française est de plus en plus mal perçue et, en réaction, un sentiment anti-français se développe en Europe.

Caricature de Napoléon Ier intitulée Que le diable l'emporte !

Caricature de Napoléon Ier intitulée Que le diable l'emporte !

© Wikimedia Commons

Un sentiment national s'éveille dans les régions occupées : les européens soumis à l'ordre napoléonien prennent conscience que leur division est leur principale faiblesse. Ainsi, en s'unissant autour d'une langue, d'une culture et de valeurs communes, ces peuples développent un sentiment d'appartenance à une nation. C'est ce sentiment national qui les encourage à vouloir se gouverner eux-mêmes et à lutter pour conquérir leur indépendance en tant que nation. Certains de ses peuples entrent en résistance contre l'occupant français :

  • Les Espagnols, à partir de 1808, prennent les armes et mènent une guerre de harcèlement contre les troupes napoléoniennes : c'est la « guérilla » d'indépendance espagnole. 
  • En Allemagne, pays alors divisé en une multitude d'États, les révoltes se multiplient après les appels lancés par les intellectuels.

 

Fort de sa puissance militaire, Napoléon Ier réprime toutes les révoltes, alimentant ainsi le sentiment anti-français.

Tres de mayo, peinture de Francisco de Goya, 1814. 

Tres de mayo, peinture de Francisco de Goya, 1814. 

Domaine public, © Wikimedia Commons

B

La campagne de Russie : une terrible débâcle militaire

Le contexte militaire, jusqu'ici très favorable à Napoléon Ier, bascule en 1812 lorsque commence « la campagne de Russie ». Pour punir le tsar de Russie qui a enfreint les règles du blocus continental en faisant du commerce avec l'Angleterre, l'empereur recrute 700 000 soldats. Après une victoire à la bataille de Borodino, Napoléon entre dans Moscou qui a été désertée.

Après avoir pillé puis incendié la capitale russe, l'armée napoléonienne fait demi-tour et commence sa retraite en novembre 1812. La campagne de Russie vire au cauchemar car la retraite se fait dans des conditions catastrophiques. Les marches interminables, le froid glacial, le manque de nourriture et les attaques incessantes des cavaliers russes déciment la Grande Armée : 450 000 hommes périssent en quelques semaines. L'épisode de la traversée du fleuve glacé « Bérézina », le 26 novembre 1812, entame le moral des 75 000 survivants.

L'expression « c'est la Bérézina » reste aujourd'hui synonyme d'échec total, de fiasco.

C

De la défaite à l'abdication de Napoléon

Profitant de la débâcle de la Grande Armée, l'Angleterre organise une nouvelle coalition contre la France. Pour la première fois, toutes les grandes puissances européennes se liguent contre la France. La défaite de l'empereur à la bataille de Leipzig en octobre 1813 fait s'écrouler l'ordre napoléonien européen.

Napoléon bat en retraite à Leipzig face aux armées coalisées.

Napoléon bat en retraite à Leipzig face aux armées coalisées.

Domaine public, © Wikimedia Commons

Chassés de Prusse, d'Autriche et d'Espagne, les Français se replient et les États vassaux se libèrent les uns après les autres de l'impérialisme français. Pour vaincre Napoléon, les armées coalisées passent à l'offensive en janvier 1814. 

Après avoir franchi le Rhin, les Russes, les Prussiens et les Autrichiens envahissent la France et prennent Paris

Napoléon abdique à Fontainebleau le 6 avril 1814 : c'est la fin du Premier Empire. Napoléon est condamné à l'exil sur l'île d'Elbe en Méditerranée.

  • Napoléon Bonaparte occupe une place particulière dans l'histoire de France entre 1799 et 1815. Arrivé à la tête de l'État par la force en 1799, le général Bonaparte inaugure une nouvelle phase du régime républicain proclamé en 1792. Sous le Consulat, de 1799 à 1804, le Premier consul Napoléon Bonaparte maintient les apparences de la République mais, en réalité, il mène une stratégie de concentration des pouvoirs qui prive les citoyens français de leur souveraineté et d'une partie des droits et des libertés acquis en 1789. 
  • Nommé « Consul à vie » en 1802, il devient « empereur des Français » en 1804 et inaugure une nouvelle expérience politique pour la France : le Premier Empire
  • Le bilan de la période napoléonienne présente deux faces opposées. La première face est positive car elle est marquée par une profonde réorganisation de la France. Grâce à ses « masses de granit » comme les préfets, les lycées, l'université, la Banque de France et le Code civil, Napoléon pose des fondations sur lesquelles la France contemporaine repose encore aujourd'hui. La seconde face est beaucoup plus sombre. Elle est en effet marquée par l'autoritarisme de Napoléon dont le gouvernement dégénère en dictature. Pour conserver le pouvoir, il marche sur les principes de 1789, place la société sous surveillance et réprime toute forme d'opposition
  • De plus, l'impérialisme napoléonien transforme l'Europe en champ de bataille et provoque la diffusion d'un sentiment anti-français qui nourrit le sentiment national de nombreux peuples. 
  • En 1815, sans armée ni allié, l'expérience napoléonienne s'achève par une débâcle militaire et politique. Les Français se voient imposer la restauration de la monarchie, que la Révolution avait pourtant abolie 23 ans plus tôt, en 1792.