Le mouvement humaniste, rupture avec le Moyen Âge et renaissance de l'Antiquité Cours

Sommaire

IL'humanisme : la redécouverte de la culture antiqueAL'humanisme : un mouvement de penséeBUn retour aux textes anciensIIL'humanisme : une nouvelle manière de penserAUne vision de l'homme au centre de toutBL'importance de l'éducationCLes humanistes et l'ÉgliseIIIL'humanisme : des idées nouvelles qui circulent en EuropeAÉrasme, prince des humanistesBL'invention de l'imprimerieCLes limites du mouvement humaniste : censure et interdictions

Les humanistes sont des intellectuels européens qui placent l'homme au centre de leurs réflexions. Aux XVe et XVIe siècles, les humanistes impulsent une révolution culturelle qui aura une influence sur l'Europe à l'époque moderne.  

En redécouvrant les textes de l'Antiquité, les humanistes développent une vision optimiste et positive de l'homme, en rupture avec la vision négative véhiculée par l'Église durant le Moyen Âge.

 

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}  Quelle nouvelle vision de l'homme les humanistes promeuvent-ils ?

I

L'humanisme : la redécouverte de la culture antique

A

L'humanisme : un mouvement de pensée

L'humanisme est un mouvement de pensée porté par des intellectuels qui réfléchissent sur la nature humaine au début du XVe siècle.

Au début du XVe siècle, c'est dans les riches cités du nord de l'Italie comme Florence, Venise, Bologne et Padoue que des « hommes de lettres », sachant lire et écrire le latin, développent un nouveau discours sur l'homme. Convaincus de vivre un moment charnière, les humanistes affirment que le moment est venu de rompre avec le Moyen Âge, qu'ils qualifient de « décadent et barbare », pour faire renaître une période plus ancienne, en latin antiqua. Ainsi, dès la fin du XIVe siècle, le poète Pétrarque, appelle à réveiller le savoir de l'Antiquité dont il fait une référence, un modèle.

B

Un retour aux textes anciens

Les humanistes se reconnectent aux savoirs antiques qu'ils idéalisent :

  • Ils se spécialisent dans l'étude des textes anciens et mettent en œuvre une démarche critique rigoureuse. Ils commencent par rechercher les ouvrages antiques. Si certains ont été perdus, d'autres sont redécouverts, notamment grâce aux savants venus se réfugier en Italie comme  les Grecs après la conquête de Constantinople en 1453 par les Turcs, ainsi que les juifs et les musulmans expulsés d'Espagne en 1492.
  • Ils pratiquent la philologie, c'est-à-dire qu'ils comparent les manuscrits recopiés au Moyen Âge avec les textes originaux afin d'en corriger les oublis et les fautes. L'Italien Lorenzo Valla et le Français Guillaume Budé jouent un grand rôle dans cette mission.
  • Ils commentent, traduisent et font imprimer les textes afin que le plus grand nombre ait accès à la connaissance humanista en latin. La philosophie de Platon et d'Aristote, les thèses mathématiques d'Euclide et d'Archimède, les règles artistiques de Vitruve, l'histoire d'Hérodote ou encore l'art du discours de Cicéron sont redécouverts.
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Guillaume Budé 

« Il y a encore un siècle, la barbarie, c'est-à-dire l'ignorance et l'inculture, régnait partout. Mais, un jour, une armée de lettrés s'est levée de tous les coins de l'Europe et, grâce à leur maîtrise des langues anciennes grecque et latine, ils sont partis à l'assaut du camp ennemi jusqu'à ce que la barbarie n'ait plus aucun refuge. Désormais, grâce à leur travail, l'homme ne marche plus dans les ténèbres mais au grand jour car il ose enfin apprendre à se connaître. Ainsi, les Lettres ont enfin repris leur véritable mission : faire le bonheur de l'homme. »

Étienne Dolet

Commentaires sur la langue latine

1536

Étienne Dolet a été condamné à mort pour avoir édité des livres interdits par l'Église.

II

L'humanisme : une nouvelle manière de penser

A

Une vision de l'homme au centre de tout

Qu'ils soient écrivains, imprimeurs ou artistes, les humanistes placent l'homme au centre de tout. Ils rejettent l'image négative et pessimiste de l'homme véhiculée par l'Église au Moyen Âge : l'homme n'est ni mauvais, ni faible, ni condamné à subir sa vie pour racheter ses péchés et espérer obtenir le Salut. Au contraire, l'homme digne est libre de prendre en main son destin, il a toutes les capacités pour s'élever en cultivant son esprit. Dès la fin du XVe siècle, les humanistes militent pour une vision positive et optimiste de l'homme.

« Je crois avoir compris pourquoi l'homme est l'être le plus admirable de l'Univers. Dieu a placé l'homme au milieu du monde et lui a dit : "Nous t'avons fait maître de toi-même pour que tu puisses choisir ton destin et te modeler dans la forme que tu préféreras. Tu choisiras de te comporter comme un animal ou tu décideras d'utiliser la puissance sans limite de ton esprit pour devenir un être supérieur." Ainsi, sur Terre, il n'y a rien de plus grand que l'homme. Et dans l'homme, il n'y a rien de plus grand que son esprit. »

Pic de la Mirandole

De la dignité de l'homme

1488

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Pic de la Mirandole

B

L'importance de l'éducation

Les humanistes font de l'éducation une priorité. Ils rejettent les méthodes universitaires médiévales basées sur la lecture, le recopiage et l'interprétation religieuse de manuscrits qui sont selon eux truffés d'erreurs. À l'inverse, ils promeuvent une pédagogie basée sur la lecture critique des textes et leur compréhension, l'autonomie de l'élève et le dialogue avec le maître.

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Érasme

Pour l'humaniste hollandais Érasme, « on ne naît pas homme mais on le devient ». Un programme d'apprentissage idéal est décrit par les humanistes français Montaigne et Rabelais : l'éducation doit former un homme nouveau en cultivant son esprit et son corps.

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Michel de Montaigne

« Je voudrais que l'on prenne soin de choisir un enfant un professeur qui ait la tête bien faite plutôt que bien pleine. Pour suivre les principes de Platon et Aristote, le professeur ne doit pas parler seul mais écouter son élève. Qu'il ne lui demande pas seulement de réciter sa leçon mais d'en comprendre le sens afin qu'il en tire profit dans sa vie. Ce n'est pas une âme qu'il forme ni un corps qu'il dresse : c'est un homme qu'il façonne. »

Michel de Montaigne

Essais

1572

C

Les humanistes et l'Église

Chrétiens, les humanistes s'interrogent sur le rapport de l'homme à Dieu et la question du Salut. Ils proposent d'aider les croyants à progresser dans la connaissance de Dieu. Ils se penchent d'abord sur les textes sacrés. À partir des originaux hébreux et grec, ils corrigent les erreurs de la Vulgate, la seule traduction latine de la Bible autorisée par l'Église depuis le Ve siècle. Revendiquant l'accès à la Bible pour tous, ils la commentent et la traduisent en langues nationales. Jacques Lefèvre d'Étaples fait imprimer la première Bible en français en 1528. En 1511, Érasme n'hésite pas à dénoncer les dysfonctionnements du clergé et réclame une réforme de l'Église.

« Dans les églises, les prêtres braillent, avec leur voix d'âne et leur bedaine, des passages de la Bible qu'ils ne comprennent même pas. Ceux qui se font appeler religieux portent un surnom trompeur car la plupart s'intéressent surtout à leurs profits et sont fort éloignés de la foi. Je suis complètement opposé à ceux qui refusent que la Bible soit traduite en langue commune car il est ridicule de laisser les gens marmonner leurs prières en latin sans jamais rien comprendre à ce qu'ils disent. Puissent les Évangiles être traduits dans toutes les langues de sorte que les plus humbles puissent les lire. »

Érasme

Éloge de la folie

1511

-

Bible d'Alcala (Espagne) traduite et annotée en hébreu, en araméen, en grec et en latin, imprimée par l'imprimeur à Anvers vers 1560.  

Domaine public, © Wikimedia Commons

III

L'humanisme : des idées nouvelles qui circulent en Europe

A

Érasme, prince des humanistes

Les humanistes forment un réseau social appelé la république des lettres. Pour collaborer, partager leurs réflexions, informer de l'avancée de leurs travaux ou commenter l'actualité, ils restent en contact grâce aux lettres et aux voyages. Surnommé « le prince des humanistes », Érasme jouit d'une renommée qui le place au centre de ce réseau. On lui attribue plus de 6 000 lettres et un tour d'Europe qui l'amène à fréquenter les ateliers d'imprimeries, les bibliothèques, les universités et les cours des rois.

B

L'invention de l'imprimerie

Les humanistes veulent influencer la société en diffusant leurs idées. À partir du milieu du XVe siècle, ils bénéficient d'un nouveau média qui révolutionne la circulation des connaissances : le livre imprimé. En perfectionnant le papier, la presse à vis et l'encre grasse puis en inventant les caractères mobiles en plomb, l'orfèvre allemand Gutenberg met au point l'imprimerie à Mayence vers 1450.

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Gutenberg 

Alors qu'un moine copiste du Moyen Âge pouvait mettre plus d'un an pour recopier un seul manuscrit, Gutenberg imprime sa première Bible en 1455 au rythme de 180 pages par jour.

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Un moine copiste au Moyen Âge

Domaine public, © Wikimedia Commons

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Un atelier d'imprimerie au XVIe siècle

© Musée protestant

Au XVIe siècle, cette nouvelle industrie du livre qui réunit humanistes, imprimeurs, traducteurs et libraires, met en circulation 200 millions de livres dont 40 % en langues nationales. Plus accessible et moins cher, le livre imprimé bouleverse le rapport à la connaissance.

-

Production de livres imprimés en Europe 

C

Les limites du mouvement humaniste : censure et interdictions

Le mouvement humaniste a cependant des limites :

  • La liberté d'expression des humanistes est souvent censurée par l'Église, qui interdit l'impression des livres en les mettant à l'Index
  • La grande majorité des Européens n'ont pas accès aux livres car ils sont analphabètes

 

La diffusion des idées humanistes reste donc limitée à un cercle très restreint puisque seule la minorité riche et cultivée composée des nobles et des bourgeois des villes est concernée par l'enseignement humaniste.

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Léon X 

« Puisque notre charge nous impose de veiller que ce qui a été inventé ne porte pas préjudice au Salut des fidèles, nous avons pensé qu'il fallait nous soucier de l'imprimerie des livres. L'imprimerie est acceptable quand elle facilite la diffusion des livres conformes à la foi et aux bonnes mœurs. Elle est au contraire condamnable si on l'emploie de façon perverse pour répandre partout des écrits pernicieux, condamnables et impies. Pour qu'à l'avenir, le poison ne soit pas mélangé avec le médicament, nous interdisons donc à tous les imprimeurs de Rome, d'Italie, d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Angleterre, d'Écosse et de toute la chrétienté d'imprimer aucun livre, traité ou écrit quels qu'ils soient sans en avoir demandé la permission à l'Église au préalable. Tous les livres doivent être examinés par un expert nommé par l'évêque qui délivre le cachet imprimatur ("qu'il soit imprimé !") aux livres qui ne contiennent aucun élément contraire à la foi ou à la morale. Toute impression sans autorisation sera punie d'excommunication. »

Léon X

1515

Le pape Léon X définit la position de l'Église sur l'imprimerie.

  • Aux XVe et XVIe siècles, les intellectuels humanistes rompent avec le Moyen Âge.
  • Prenant l'Antiquité pour modèle, ils font renaître l'état d'esprit antique grâce aux sources grecques et latines sur lesquelles ils travaillent.
  • L'idéologie humaniste, qui promeut une vision plus positive et optimiste de l'homme, se diffuse en Europe grâce à l'imprimerie.