Renaissance, Humanisme et réformes religieuses : les mutations de l’EuropeCours

La Renaissance est une période qui s'étend de 1300 à 1600. Cette période est marquée par le développement du mouvement humaniste et le développement des sciences et des arts. C'est également dans ce contexte que s'inscrivent les réformes religieuses protestante et catholique.
En quoi la Renaissance est-elle une période riche en Europe, entre naissance du mouvement humaniste, renouveau dans les sciences et les arts et réformes religieuses ? 

I

La naissance du mouvement humaniste lors de la Renaissance

Aux XVe et XVIe siècles, les intellectuels humanistes rompent avec le Moyen Âge. Prenant l'Antiquité pour modèle, ils font renaître l'état d'esprit antique grâce aux sources grecques et latines sur lesquelles ils travaillent. L'humanisme repose sur plusieurs principes.

A

La rupture avec le Moyen Âge et le retour à l'Antiquité

L'humanisme est un mouvement de pensée porté par des intellectuels qui réfléchissent sur la nature humaine au début du XVe siècle. Ils souhaitent rompre avec le Moyen Âge, jugé barbare, et renouer avec les textes antiques.

Au début du XVe siècle, c'est dans les riches cités du Nord de l'Italie comme Florence, Venise, Bologne et Padoue que des « hommes de lettres », sachant lire et écrire le latin, développent un nouveau discours sur l'homme. Convaincus de vivre une époque charnière, les humanistes affirment que le moment est venu de rompre avec le Moyen Âge, qu'ils qualifient de « décadent et barbare », pour faire renaître une période plus ancienne, en latin antiqua. Ainsi, dès la fin du XIVe siècle, le poète Pétrarque appelle à réveiller le savoir de l'Antiquité qu'il considère comme une référence, un modèle.

Les humanistes se reconnectent aux savoirs antiques qu'ils idéalisent :

  • Ils se spécialisent dans l'étude des textes anciens et mettent en œuvre une démarche critique rigoureuse. Ils commencent par rechercher les ouvrages antiques. Si certains ont été perdus, d'autres sont redécouverts, notamment grâce aux savants venus se réfugier en Italie comme  les Grecs après la conquête de Constantinople en 1453 par les Turcs, ainsi que les juifs et les musulmans expulsés d'Espagne en 1492.
  • Ils pratiquent la philologie, c'est-à-dire qu'ils comparent les manuscrits recopiés au Moyen Âge avec les textes originaux afin d'en corriger les fautes et les oublis. L'Italien Lorenzo Valla et le Français Guillaume Budé jouent un grand rôle dans cette mission.
  • Ils commentent, traduisent et font imprimer les textes afin que le plus grand nombre ait accès à la connaissance – humanista en latin. La philosophie de Platon et d'Aristote, les thèses mathématiques d'Euclide et d'Archimède, les règles artistiques de Vitruve, l'histoire d'Hérodote ou encore l'art du discours de Cicéron sont redécouverts.
B

Les principes de l'humanisme 

Les humanistes ont plusieurs principes : d'abord, ils mettent l'homme au centre du monde et en donnent une image positive. Ils insistent sur l'importance de l'éducation. Ils critiquent la façon dont la religion est enseignée et en proposent une pratique plus personnelle.

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L'homme est au centre du monde

Les humanistes placent l'homme au centre de tout. Ils rejettent une image négative et pessimiste de l'homme véhiculée au Moyen Âge : l'homme n'est ni mauvais ni faible, ni condamné à subir sa vie pour racheter ses péchés et espérer obtenir le Salut. Au contraire, l'homme digne est libre de prendre en main son destin, il a toutes les capacités pour s'élever en cultivant son esprit.

« Je crois avoir compris pourquoi l'homme est l'être le plus admirable de l'Univers. Dieu a placé l'homme au milieu du monde et lui a dit : "Nous t'avons fait maître de toi-même pour que tu puisses choisir ton destin et te modeler dans la forme que tu préféreras. Tu choisiras de te comporter comme un animal ou tu décideras d'utiliser la puissance sans limite de ton esprit pour devenir un être supérieur." Ainsi, sur Terre, il n'y a rien de plus grand que l'homme. Et dans l'homme, il n'y a rien de plus grand que son esprit. »

Jean Pic de la Mirandole

De la dignité de l'homme

1486

Pic de la Mirandole est un humaniste. Ici, il fait un portrait optimiste de l'homme.

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L'importance de l'éducation

Les humanistes font de l'éducation une priorité. Ils rejettent les méthodes universitaires médiévales basées sur la lecture, le recopiage et l'interprétation religieuse de manuscrits qui sont selon eux truffés d'erreurs. À l'inverse, ils promeuvent une pédagogie basée sur la lecture critique des textes et leur compréhension, l'autonomie de l'élève et le dialogue avec le maître.

Pour l'humaniste hollandais Érasme, « on ne naît pas homme mais on le devient ». Un programme d'apprentissage idéal est décrit par les humanistes français Montaigne et Rabelais : l'éducation doit former un homme nouveau en cultivant son esprit et son corps.

« Je voudrais que l'on prenne soin de choisir un professeur qui ait la tête bien faite plutôt que bien pleine. Pour suivre les principes de Platon et Aristote, le professeur ne doit pas parler seul mais écouter son élève. Qu'il ne lui demande pas seulement de réciter sa leçon mais d'en comprendre le sens afin qu'il en tire profit dans sa vie. Ce n'est pas une âme qu'il forme ni un corps qu'il dresse : c'est un homme qu'il façonne. »

Michel de Montaigne

Essais

1580

Montaigne, humaniste, propose une éducation basée sur la bienveillance et le respect. 

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La remise en question de l'enseignement religieux

Chrétiens, les humanistes s'interrogent sur le rapport de l'homme à Dieu et la question du Salut. Ils proposent d'aider les croyants à progresser dans la connaissance de Dieu et souhaitent que la Bible soit accessible à tous. Ils souhaitent des réformes et défendent une pratique religieuse plus simple et plus personnelle.

Les humanistes se penchent d'abord sur les textes sacrés. À partir des originaux hébreux et grec, ils corrigent les erreurs de la Vulgate, la seule traduction latine de la Bible autorisée par l'Église depuis le Ve siècle. Revendiquant l'accès à la Bible pour tous, ils la commentent et la traduisent en langues nationales. Jacques Lefèvre d'Étaples fait imprimer la première Bible en français en 1528. En 1511, Érasme n'hésite pas à dénoncer les dysfonctionnements du clergé et réclame une réforme de l'Église.

Au début du XVIe siècle, la question du Salut angoisse les Européens. Les réponses de l'Église catholique, qui leur impose de renforcer leur foi et de multiplier les œuvres, ne rassurent pas les croyants. Certains critiquent même les dysfonctionnements du clergé : l'ignorance des prêtres, l'indiscipline des moines, la cupidité des évêques et des papes.

Les humanistes proposent de renouveler les pratiques religieuses. À l'image d'Érasme, ils défendent une religion plus simple et plus personnelle fondée sur une meilleure connaissance du message du Christ. Afin que chacun puisse lire la Bible, ils la traduisent en langue nationale. 

Bible d'Alcala (Espagne) traduite et annotée en hébreu, en araméen, en grec et en latin, imprimée par l'imprimeur à Anvers vers 1560
Bible d'Alcala (Espagne) traduite et annotée en hébreu, en araméen, en grec et en latin, imprimée par l'imprimeur à Anvers vers 1560

Domaine public, © Wikimedia Commons

Mais l'Église censure toutes les initiatives susceptibles de limiter le contrôle que le clergé exerce sur la société. Elle censure les livres qui réclament une réforme de l'Église.

« Dans les églises, les prêtres braillent, avec leur voix d'âne et leur bedaine, des passages de la Bible qu'ils ne comprennent même pas. Ceux qui se font appeler religieux portent un surnom trompeur car la plupart s'intéressent surtout à leurs profits et sont fort éloignés de la foi. Je suis complètement opposé à ceux qui refusent que la Bible soit traduite en langue commune car il est ridicule de laisser les gens marmonner leurs prières en latin sans jamais rien comprendre à ce qu'ils disent. Puissent les Évangiles être traduits dans toutes les langues de sorte que les plus humbles puissent les lire. »

Érasme

Éloge de la folie

1511

L'humaniste hollandais Érasme écrit cette lettre au pape au sujet de sa traduction du Nouveau Testament en latin.

II

La Renaissance : un renouveau dans les sciences et dans les arts

La Renaissance est une période de profond renouveau dans le domaine des sciences et des arts. 

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Le renouveau dans les sciences

À partir du XVIe siècle, l'état d'esprit humaniste se diffuse aux sciences. La révolution de l'imprimerie va permettre une nouvelle diffusion du savoir. Les progrès scientifiques sont importants en cartographie et en médecine. Surtout, le modèle héliocentrique révolutionne le monde. 

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La révolution de l'imprimerie : une meilleure diffusion du savoir

Les humanistes veulent influencer la société en diffusant leurs idées. À partir du milieu du XVe siècle, ils bénéficient d'un nouveau média qui révolutionne la circulation des connaissances : le livre imprimé. En effet, l'orfèvre allemand Gutenberg met au point l'imprimerie à Mayence vers 1450.

Gutenberg invente l'imprimerie en perfectionnant le papier, la presse à vis et l'encre grasse, puis en inventant les caractères mobiles en plomb. Alors qu'un moine copiste du Moyen Âge pouvait mettre plus d'un an pour recopier un seul manuscrit, Gutenberg imprime sa première Bible en 1455 au rythme de 180 pages par jour.

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Au XVIe siècle, cette nouvelle industrie du livre qui réunit humanistes, imprimeurs, traducteurs et libraires, met en circulation 200 millions de livres dont 40 % en langues nationales. Plus accessible et moins cher, le livre imprimé bouleverse le rapport à la connaissance et la diffusion du savoir.

Production de livres imprimés en Europe 
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Les progrès en cartographie 

La géographie bénéficie des progrès de la géométrie. Grâce aux grands voyages de découvertes maritimes, la connaissance du monde progresse et sa représentation sur les planisphères se précise.

  • Dès 1507, le cartographe allemand Martin Waldseemüller réalise la première carte sur laquelle figure l'Amérique.
  • En 1569, le cartographe flamand Gérard Mercator met au point une technique permettant de projeter la sphère terrestre sur une surface plane en limitant les déformations.
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Les progrès en médecine 

Des médecins humanistes bousculent les traditions en disséquant des cadavres, ce qui leur permet une meilleure connaissance du corps humain.

La médecine est enseignée dans les universités où les théories des médecins grecs de l'Antiquité, Hippocrate et Galien, dominent. Appliquant la démarche scientifique et profitant de la levée de l'interdiction de disséquer les cadavres par l'Église à partir de 1482, le médecin flamand André Vésale fait progresser l'anatomie. En 1543, il publie La Fabrique du corps humain dont les 7 livres sont enrichies de planches anatomiques très détaillées. 

Vésale disséquant le bras d'un cadavre
Vésale disséquant le bras d'un cadavre

© Wikimedia Commons

L'Espagnol Michel Servet découvre la circulation sanguine.

Sur le champ de bataille, le chirurgien français Ambroise Paré sauve des vies en cautérisant les plaies des soldats qu'il ampute non plus au fer rouge mais par la technique de la ligature des artères qui permet de stopper les hémorragies. Il met aussi au point les premières prothèses pour les amputés.

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La révolution copernicienne : l'héliocentrisme 

La connaissance de l'Univers et de la place qu'y occupe la Terre évolue grâce aux travaux de l'astronome polonais Nicolas Copernic. En 1543, il publie le résultat de ses observations et de ses calculs dans son ouvrage De la révolution des orbes célestes. Il y affirme que le Soleil est au centre de l'Univers et que la Terre tourne autour : c'est l'héliocentrisme.

Ce que Copernic présente alors comme une théorie pour ne pas être censuré par l'Église remet en cause la théorie du géocentrisme affirmée dans la Bible et confirmée par l'astronome grec de l'Antiquité Ptolémée. C'est donc une véritable révolution. 

Le système géocentrique de Ptolémée (la Terre au centre de l'Univers) et le système héliocentrique de Copernic (le Soleil au centre de l'Univers)
Le système géocentrique de Ptolémée (la Terre au centre de l'Univers) et le système héliocentrique de Copernic (le Soleil au centre de l'Univers)

© Wikimedia Commons

B

Le renouveau dans l'art

Le renouveau artistique de la Renaissance a plusieurs foyers en Europe et repose sur la perspective et de nouveaux codes. Ce renouveau est notamment permis par les artistes, qui bénéficient d'un nouveau statut, mais aussi par les mécènes, qui sont des souverains européens. 

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Les foyers de la Renaissance artistique 

Le renouveau touche également le domaine de l'art. Les foyers de la Renaissance artistique sont multiples en Europe. 

La Renaissance artistique naît en Italie puis se diffuse en Europe. Les foyers flamand, allemand et français adaptent les influences italiennes pour donner naissance à une grande variété de styles.

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La perspective et les nouveaux codes artistiques  

On retrouve l'inspiration antique dans la pratique de la peinture ou de l'architecture. La perspective est une grande découverte et de nouveaux codes régissent les arts. 

Les artistes de la Renaissance se démarquent du style médiéval et s'inspirent de l'art antique qu'ils cherchent à dépasser. La peinture médiévale est dénigrée pour son excès de symbolisme et sa représentation de l'espace en deux dimensions de personnages artificiels, statiques et inexpressifs. Les artistes de la Renaissance cherchent à représenter le monde tel que l'œil le perçoit dans la réalité. Ils empruntent aux mathématiques, à la géométrie et à l'optique pour mettre au point la perspective. Pour donner l'illusion de la tridimensionnalité, les peintres Piero della Francesca, Andrea Mantegna, Le Pérugin, Paul Véronèse et Raphaël attirent l'œil du spectateur vers un point de fuite grâce à des lignes convergentes tracées dans la phase de composition et qui disparaissent une fois le tableau achevé.

L'École d'Athènes, fresque réalisée par Raphaël entre 1509 et 1511.
L'École d'Athènes, fresque réalisée par Raphaël entre 1509 et 1511.

Domaine public, © Wikimedia Commons

Grâce aux connaissances anatomiques, peintres et sculpteurs représentent minutieusement les corps des personnages pour les mettre en mouvement et faire ressentir leurs sentiments.

Léonard de Vinci s'inspire de l'architecte romain du Ier siècle Vitruve pour dessiner, vers 1490, un homme nu aux proportions parfaites inscrites dans un carré et un cercle.

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Domaine public, © Wikimedia Commons

Les architectes italiens s'affranchissent de l'héritage médiéval et renouent avec les canons antiques qu'ils réinterprètent. Qualifiée péjorativement de « gothique » pour son côté brouillon, son manque de finesse et d'harmonie, l'architecture médiévale est délaissée au profit du style antique. Le Florentin Filippo Brunelleschi utilise les mathématiques pour construire des bâtiments proportionnés aux lignes épurées et symétriques. 

En 1436, Brunelleschi réalise la prouesse du dôme de la cathédrale de Florence qui culmine à plus de 100 mètres de haut. 

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Domaine public, © Pxhere

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Le nouveau statut des artistes

Le renouveau dans les arts s'accompagne d'une nouvelle perception des artistes dans la société, qui sont considérés comme des génies.

La perception de l'artiste dans la société évolue. Considérés comme des travailleurs manuels ne faisant qu'obéir à leurs commanditaires au Moyen Âge, la Renaissance hisse certains artistes comme Michel-Ange et Léonard de Vinci au sommet de la hiérarchie des métiers. À la fois peintres, sculpteurs, architectes et ingénieurs, ils sont considérés comme des génies de leur vivant. Pour acquérir une notoriété européenne, ils cherchent à se singulariser en développant leur style et en signant désormais leurs œuvres, parfois même par un autoportrait.

Ce portrait sur la fresque L'École d'Athènes est considéré comme un autoportrait du peintre Raphaël.

autoportrait Raphaël

Domaine public, © Wikimedia Commons

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Le rôle des mécènes royaux

Les souverains européens sont des mécènes : ils financent les artistes, les invitent à la cour ou dans leurs villes. Ils participent ainsi au renouveau artistique tout en profitant des œuvres réalisées pour glorifier leur propre personne.

Surnommé « le Magnifique », Laurent de Médicis fait de Florence, qu'il gouverne de 1469 à 1492, la capitale européenne de l'art. Mécène agissant tel un sponsor, il recrute, finance et protège les artistes les plus doués comme Michel-Ange. En 1563, la première Académie artistique d'Europe y est ouverte.

Les grands artistes italiens sont invités dans les cours européennes :

  • À la cour d'Espagne, Le Titien peint des portraits qui mettent en scène le pouvoir de Charles Quint. Ce dernier l'anoblit en 1533. Il peint François Ier, roi de France de 1515 à 1547.
  • François Ier invite Léonard de Vinci qui offre à la France le portrait de Mona Lisa del Giocondo et termine ses jours au château d'Amboise.

 

En se faisant mécène, François Ier fait de la France un grand foyer artistique. Dans le Val-de-Loire, il mène une politique architecturale ambitieuse. À Blois, Amboise et Chambord, les châteaux perdent leur fonction militaire pour accueillir la cour itinérante et magnifier la puissance du monarque et de l'État. L'influence italienne s'y exprime sur les ornements, les cheminées et les tapisseries. 

Le château de Chambord et l'aile François Ier du château de Blois

Domaine public, © Wikimedia Commons

III

Les réformes religieuses lors de la Renaissance

Les nouvelles idées qui circulent au moment de la Renaissance font évoluer les croyances religieuses. C'est à cette époque que naissent les premiers courants protestants : on parle de réforme protestante. En réaction, l'Église catholique se lance également dans des réformes. Protestants et catholiques s'opposent violemment en Europe dans les guerres de religion. 

A

Les réformes protestantes

Le protestantisme naît pendant la Renaissance, avec Luther. Deux autres courants protestants importants naissent également : le calvinisme et l'anglicanisme. 

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Luther et la naissance du protestantisme 

Membre du clergé allemand, le moine Martin Luther veut réformer l'Église. En 1517, il affiche sur la porte de l'église de Wittenberg une liste de 95 thèses qui dénoncent les abus du clergé, critiquent le dogme catholique et contestent l'autorité du pape. Ces nouvelles idées vont rapidement se diffuser dans toute l'Europe. 

Luther dénonce notamment le trafic des indulgences par lequel le pape laisse croire que le Salut s'achète. Devant la détermination de Luther qui refuse de se rétracter, le pape Pie X l'excommunie en 1520 et l'empereur Charles Quint le déclare hors la loi en 1521.

Protégé par Frédéric de Saxe, Luther reçoit le soutien de villes et de princes allemands « protestants » contre l'empereur qui leur refuse la liberté religieuse. Martin Luther déclenche donc une crise religieuse en Europe. 

« La vente des indulgences me rend malade car on fait croire aux gens que les âmes seront sauvées dès qu'ils auront mis l'argent dans les coffres du pape. Mais aucun pape ne peut vous donner le Salut car il ne dépend que de Dieu. Pourquoi le pape n'édifie-t-il pas sa cathédrale avec ses propres deniers ? Nous sommes tous prêtres. Les chrétiens sont tous égaux car nous avons tous reçu le même baptême, le même Évangile et la même foi. Un chrétien n'a besoin ni de bonne action ni de don à l'Église pour assurer son Salut car seule la foi lui suffit. Et seuls deux sacrements, le baptême et la communion, sont nécessaires au Salut. »

Martin Luther

Entre 1517 et 1525, Martin Luther écrit de nombreuses lettres pour expliquer ce qu'il reproche à l'Église catholique.

Les idées de Luther donnent naissance à la religion chrétienne protestante. Synthétisé dans la Confession d'Augsbourg en 1530, le culte luthérien se démarque du catholicisme. Selon lui, seuls Dieu et la foi peuvent sauver les hommes. Considérés comme inutiles, les œuvres, le culte des saints et de la Vierge sont abandonnés. Les protestants prient dans des temples sans image où la messe est dite en langue nationale et ils n'y reçoivent que deux sacrements : le baptême et la communion. Les idées luthériennes se diffusent grâce à l'imprimerie et aux gravures de certains artistes comme Lucas Cranach ou Albrecht Dürer.

La vraie et la fausse Église, Lucas Cranach, 1546
La vraie et la fausse Église, Lucas Cranach, 1546

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Des Églises luthériennes autonomes se développent dans le Saint-Empire et en Prusse. Des souverains adoptent le protestantisme en Suède (1536) et au Danemark (1537).

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D'autres courants protestants : le calvinisme et l'anglicanisme 

Deux autres courants protestants naissent : le calvinisme, créé par Calvin, plus radical que Luther, et l'anglicanisme qui naît surtout pour des raisons politiques en Angleterre.

Jean Calvin créé la religion calviniste. Ce Français réfugié en Suisse s'appuie sur les idées de Luther qu'il interprète de façon plus radicale. Il structure une Église réformée indépendante. Basée sur la doctrine de la prédestination, le calvinisme promeut l'austérité et la rigueur morale. Les jeux et les représentations théâtrales sont interdits. Le calvinisme contraint les Genevois à dénoncer les comportements déviants qui sont réprimés sévèrement. Pour étendre son Église, Calvin forme des pasteurs qui sont envoyés en France, aux Pays-Bas espagnols, en Angleterre et jusqu'en Hongrie. 

L'anglicanisme naît pour des raisons politiques. Henri VIII, roi d'Angleterre catholique sans héritier mâle pour lui succéder, demande à l'Église catholique l'annulation de son mariage avec Catherine d'Aragon pour pouvoir épouser sa maîtresse Anne Boleyn. Devant le refus du pape, le roi promulgue en 1534 l'Acte de suprématie qui marque la rupture avec Rome et la naissance d'une nouvelle Église chrétienne indépendante : l'Église anglicane. Devenu « chef suprême de l'Église d'Angleterre », Henri VIII nomme les évêques et confisque les biens du clergé catholique. En 1549, le roi Édouard VI impose la messe en anglais grâce au Prayer Book. C'est en 1563, que la reine Élisabeth Ire fixe le culte anglican qui est un compromis entre le protestantisme − deux sacrements − et le catholicisme − hiérarchie ecclésiastique et cérémonies fastueuses.

Le Prayer Book des Anglicans
Le Prayer Book des Anglicans

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B

La réforme catholique en réponse au protestantisme 

En réponse au développement et au succès du protestantisme, l'Église catholique se réforme. Cela commence avec le concile de Trente qui réaffirme les pratiques catholiques. L'Église catholique envoie ensuite des jésuites partout en Europe pour reconquérir des fidèles et renforcer son contrôle sur les croyants.

1

Le concile de Trente et la réaffirmation des pratiques catholiques

Entre 1545 et 1563, le concile de Trente réforme l'Église catholique. À l'initiative du pape Paul III, des centaines d'évêques sont réunis pour mettre en œuvre une réforme du clergé catholique. Leur but est de répondre aux critiques et de contrecarrer l'expansion du protestantisme. Le concile réaffirme avec autorité les croyances et les pratiques catholiques.

Le Concile de Trente rappelle :

  • les sept sacrements ;
  • l'utilité du culte de la Vierge et des saints ;
  • le rôle des œuvres pour accéder au Salut ;
  • l'autorité pontificale. 

 

La Vulgate, la Bible traduite en latin au Ve siècle, est confirmée comme la seule valable. Les idées protestantes sont condamnées d'hérésie.

La troisième session du concile dans la cathédrale de Trente
La troisième session du concile dans la cathédrale de Trente

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Le concile de Trente rassemble plus de 200 cardinaux et évêques sous la direction de 5 papes successifs sur une période de 18 années. En 1563, il aboutit à la rédaction de décrets qui resserrent la discipline du clergé. Ils rappellent :

  • l'obligation de résidence pour les prêtres et les évêques qui doivent visiter régulièrement leur diocèse ;
  • la formation des prêtres qui doit être améliorée par le développement de séminaires ;
  • le respect des vœux faits par les moines de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.

 

En 1563, le pape Pie IV clôture le concile de Trente par la lecture des décrets qui seront publiés dans un livre de catéchisme traduit en langues nationales.

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Les jésuites et la reconquête des fidèles

L'Église catholique veut reconquérir les fidèles. Cette tâche est confiée à une élite de prêtres missionnaires réunis dans la Compagnie de Jésus fondée par Ignace de Loyola. Au service du pape à partir de 1540, les jésuites prêchent le catholicisme dans toute l'Europe et au-delà. Dans les collèges qu'ils fondent, les enfants sont éduqués dans le respect strict du catholicisme.

Dans certaines zones comme au sud des Pays-Bas, à Cologne, à Vienne ou à Prague, ils parviennent même à faire reculer le protestantisme.

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Le renforcement du contrôle de l'Église catholique sur les croyants

L'Église catholique cherche à renforcer son contrôle sur les croyants. Cela passe par l'art, la publication d'ouvrages pédagogiques et la censure d'ouvrages jugés hérétiques. La répression est parfois très violente, comme avec l'Inquisition en Espagne. 

Les arts sont mis au service de la réforme catholique. Dans les nouvelles églises, peintures, sculptures et musique transmettent des émotions pour renforcer la foi. L'art baroque devient un outil de reconquête spirituelle au service de la puissance du pape.

Vie de St-Ignace de Loyola, Zebedaüs Müller et Carolus Fischer 
Vie de St-Ignace de Loyola, Zebedaüs Müller et Carolus Fischer 

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La papauté encadre la publication de trois ouvrages pédagogiques : 

  • un bréviaire pour aider les prêtres à faire correctement la messe ; 
  • un catéchisme pour instruire les enfants ;
  • un missel contenant les prières de référence pour les fidèles. 

 

La papauté interdit la traduction de la Bible en langue nationale et censure les ouvrages non conformes qui sont mis à l'Index. 

Index : liste des livres interdits par l'Église
Index : liste des livres interdits par l'Église

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En 1542, l'Église durcit la répression des hérésies : le tribunal de l'Inquisition pourchasse les protestants en Italie et en Espagne.

C

Le rôle des réformes dans les guerres de religion

Au XVIe siècle, la diffusion du protestantisme s'accompagne d'une montée de l'intolérance religieuse. Des guerres de religion ont lieu en Allemagne, en France et aux Pays-Bas espagnols. Ces violences culminent en France avec la Saint-Barthélemy.

Entre 1562 et 1598, huit guerres de religion ensanglantent la France. Les protestants pillent des églises et tuent des catholiques lors des Michelades de Nîmes en 1567. À Paris, le 24 août 1572, des catholiques massacrent des protestants le jour de la Saint-Barthélemy.

Le massacre de la Saint-Barthélemy, François Dubois, 1580

Le massacre de la Saint-Barthélemy, François Dubois, 1580

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