Les évolutions politiques en France et en Europe entre 1814 et 1848Cours

Commencée en 1804, l'Empire napoléonien s'effondre après la défaite militaire de Waterloo et l'abdication définitive de l'empereur en 1815. Les monarques vainqueurs reconfigurent l'Europe à leur avantage au cours du congrès de Vienne de 1815

Entre 1814 et 1848, la France renoue avec la monarchie constitutionnelle qui repose sur une Charte : c'est la « Restauration ». Après les règnes de Louis XVIII et Charles X qui limitent les libertés, la révolution de juillet 1830 porte au pouvoir Louis-Philippe Ier qui instaure la « monarchie de Juillet ». En février 1848, les tensions politiques et sociales provoquent une nouvelle révolution qui restaure la République.  

Dans la première moitié du XIXe siècle, « l'Europe des rois » est contestée par « l'Europe des peuples ». Inspirés par la Révolution française, les mouvements libéraux utilisent la force pour arracher aux monarques davantage de droits et de libertés. Dans les empires regroupant une mosaïque de peuples, la force du sentiment national déclenchent des révolutions dont la plupart échouent en 1830 puis réussissent en 1848 au cours du « printemps des peuples »

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow} Comment les tensions politiques en France et en Europe évoluent-elles entre 1814 et 1848 ?

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I

La restauration de la monarchie à partir de 1815 et le congrès de Vienne

Les armées coalisées russes, prussiennes et autrichiennes passent à l'offensive en janvier 1814 et envahissent Paris. Napoléon abdique à Fontainebleau le 6 avril 1814 : c'est la fin du Premier Empire. Napoléon est condamné à l'exil sur l'île d'Elbe en Méditerranée.

A

Le rétablissement de la monarchie

Les monarques coalisés prennent en main l'avenir politique de la France. Selon eux, la légitimité du pouvoir n'appartient pas au peuple mais à une famille de souverains. Ils imposent le rétablissement de la dynastie des Bourbons : le frère de Louis XVI, le comte de Provence, en exil depuis 1791, est rétabli sur le trône.

Dès l'abdication de Napoléon Ier, le 6 avril 1814, il devient « roi de France » sous le nom de Louis XVIII. Avec cette décision, les monarques européens envoient un message fort au peuple français et à tous les peuples d'Europe : la période révolutionnaire ouverte en 1789 est définitivement close et les principes qu'elle avait diffusés en Europe, comme la souveraineté nationale, les libertés et les Droits de l'homme, ne sont plus d'actualité.

Louis XVIII

Louis XVIII

Ce processus de restauration monarchique est interrompu au cours d'une parenthèse de « Cent-Jours » entre mars et juin 1815 : pendant un peu plus de 3 mois, Napoléon reprend les rênes du pouvoir. Il quitte secrètement l'île d'Elbe et, avec 800 soldats, débarque en Provence en mars 1815. Soutenu par une partie des Français qui refuse l'occupation étrangère, il parvient à rallier les soldats venus l'arrêter et remonte vers Paris : c'est « le vol de l'aigle ». Le 20 mars 1815, il entre à Paris et provoque la fuite de Louis XVIII. Les monarchies européennes lui déclarent la guerre et l'armée napoléonienne est vaincue à Waterloo le 18 juin 1815. Pour la seconde fois, Napoléon abdique et, de nouveau, il est condamné à l'exil mais cette fois-ci beaucoup plus loin, sur l'île de Sainte-Hélène, au large de l'Afrique, dans l'Océan atlantique, où il meurt en 1821.

B

Le congrès de Vienne

Le roi du Royaume-Uni, le tsar de Russie, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche décident de se réunir en congrès pour remodeler l'Europe. Pendant 10 mois, de septembre 1814 à juin 1815, plus de 140 délégations négocient à Vienne, la capitale autrichienne. Le congrès de Vienne débouche sur le « système Metternich », du nom du ministre des Affaires étrangères autrichien Klemens Metternich, qui définit les règles et les principes qui fondent la nouvelle diplomatie européenne dans la première moitié du XIXe siècle.

Metternich

Metternich

Le congrès de Vienne a pour but de rétablir l'ordre. Il restaure partout l'Ancien Régime en faisant prendre un virage réactionnaire et contre-révolutionnaire à l'Europe. Pour rétablir les principes politiques et sociaux qui prévalent avant la Révolution, le congrès commence par remettre les dynasties royales sur leurs trônes :

  • En France, Louis XVIII est imposé au pouvoir le 8 juillet 1815. 
  • En Espagne, Ferdinand VII restaure la monarchie absolue. 
  • En Italie, le pape Pie VII retrouve la souveraineté sur ses États pontificaux. 

 

Pour augmenter leur zone d'influence et verrouiller l'Europe, les monarques européens dessinent une nouvelle carte de l'Europe :

  • Le royaume de Prusse s'étend à l'ouest en obtenant la Saxe et la Rhénanie. 
  • L'empire d'Autriche annexe la Lombardie et la Vénétie au nord de l'Italie et prend la tête de la Confédération germanique qui regroupe 38 États. 
  • La Russie s'étend à l'ouest en prenant possession de la Pologne et de la Bessarabie, et au nord en annexant la Finlande. 
  • La Belgique est englobée dans le royaume des Pays-Bas. 
  • L'Espagne récupère le royaume des Deux-Siciles au sud de l'Italie. 
  • L'Angleterre renforce quant à elle sa domination maritime en annexant l'île de Malte.
Le gâteau des rois, tiré au congrès de Vienne en 1815

Le gâteau des rois, tiré au congrès de Vienne en 1815

Domaine public, © Wikimedia Commons

C

Un nouvel ordre européen

Le congrès créé un nouvel ordre européen garantissant une paix durable après une vingtaine d'années de guerre entre les monarchies coalisées et la France. L'équilibre entre les grandes puissances est préservé par un système d'alliances :

  • En 1815, « la Sainte-Alliance » par laquelle l'Autriche, la Prusse et la Russie s'engagent à « se prêter assistance, aide et secours en toute occasion » : il s'agit en fait d'une alliance réactionnaire prête à utiliser la force pour restaurer et maintenir une Europe monarchique et chrétienne.
  •  La « Quadruple-Alliance » est scellée la même année entre l'Autriche, la Prusse, la Russie et le Royaume-Uni qui s'engagent à se réunir régulièrement pour empêcher le développement des mouvements nationaux et libéraux. En 1820, les membres de cette Quadruple-Alliance s'accordent un droit d'ingérence : elles s'autorisent à intervenir militairement en dehors de leur zone d'influence

 

L'alliance s'élargit en 1818 lorsque la France l'intègre : c'est « la Quintuple-Alliance ». Ils inventent une nouvelle forme de gouvernance multilatérale : les « 5 Grands » gèrent l'Europe ensemble, par la concertation et sans entrer en conflit. Ils préservent un équilibre des puissances qui sert leur principal intérêt : conserver le pouvoir et empêcher le réveil de la révolution.

II

La Restauration en France de 1814 à 1830

Au cours du congrès de Vienne de 1815, les vainqueurs de Napoléon règlent le compte de la France. Accusée d'avoir fait subir à l'Europe le chaos révolutionnaire puis la tyrannie napoléonienne, la France est sanctionnée par les monarques européens qui imposent le retour aux frontières de 1792 :

  • La France perd ses annexions en Belgique, en Savoie et à Nice. 
  • Elle doit rembourser plus de 700 millions de francs d'indemnités de guerre et payer les frais des armées qui occupent la France. 

 

Malgré la présence à Vienne de Talleyrand, le ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII, la France n'est intégrée à aucune des alliances, ce qui crée une situation ambivalente car : 

  • elle est toujours une grande puissance et reste perçue comme telle en Europe ;
  • elle est sous la surveillance des monarques européens qui sont persuadés que la menace révolutionnaire est encore présente.     
A

Louis XVIII au pouvoir

Dès son arrivée sur le trône en avril 1814, Louis XVIII prend des mesures très symboliques qui dévoilent sa stratégie pour faire oublier la Révolution : 

  • Il montre son attachement à l'absolutisme en choisissant le titre de « roi de France » et pas celui de « roi des Français ». 
  • Il réduit ensuite les effectifs de l'armée qu'il soupçonne d'être un foyer révolutionnaire. 
  • Il limite la liberté de la presse pour éviter les critiques et notamment la diffusion des caricatures le représentant en « gros cochon ». 
  • Il interdit La Marseillaise et le drapeau tricolore remplacé par le drapeau monarchique blanc.
Drapeau de la France entre 1814 et 1830

Drapeau de la France entre 1814 et 1830

Selon Louis XVIII, « restaurer la France » consiste à la relever, à la réparer, à la remettre sur les bons rails : ceux de l'Ancien Régime. Malgré sa préférence pour le modèle absolutiste, Louis XVIII est conscient de l'attachement des Français aux principes révolutionnaires. Beaucoup de Français se sont habitués aux droits et aux libertés acquises grâce à la Révolution. Louis XVIII souhaite donc réconcilier les Français en tentant un compromis entre monarchie et révolution. Le 4 juin 1814, un texte définit la nouvelle organisation des pouvoirs. Louis XVIII fait le choix d'une « charte » et non d'une « constitution ». 

Il s'agit d'un texte octroyé, d'un privilège concédé aux sujets par la bonne et unique volonté du monarque

La Charte de 1814 met en place une monarchie constitutionnelle. Le principe de la séparation des pouvoirs est appliqué : 

  • le roi et le gouvernement ont le pouvoir exécutif ; 
  • la Chambre des députés et la Chambre des pairs ont le pouvoir législatif. 

 

Cependant, il s'agit d'une séparation des pouvoirs en trompe-l'œil pour deux raisons :

  • le roi nomme lui-même la Chambre des pairs et peut dissoudre la Chambre des députés ;
  • il a seul l'initiative des lois et peut décider de lois sans faire voter les assemblées.
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La question du suffrage est essentielle pour comprendre la nature du régime politique. La Charte de 1814 est un compromis car les Français peuvent bel et bien participer à la vie politique par le vote, mais le suffrage censitaire est préféré au suffrage universel.

Sur 30 millions de Français, qualifiés de « sujets » dans la Charte, seuls 100 000 notables de plus de 30 ans peuvent voter, soit 0,2 % de la population.

Le régime politique qui naît en 1814 a l'aspect d'une monarchie constitutionnelle mais ni la séparation des pouvoirs ni la souveraineté nationale ne sont réellement appliquées. Le projet de réconciliation nationale est rapidement contesté : Louis XVIII est critiqué par les bourgeois et par le peuple. Malgré la censure, les caricatures du « roi obèse » circulent.

B

Les clivages politiques sous la Restauration

Sous la Restauration, le paysage politique français se réorganise autour de trois camps qui défendent des visions radicalement opposées de l'avenir politique de la France. On retrouve d'ailleurs le clivage, né pendant la Révolution, entre la droite et la gauche : entre les royalistes conservateurs et les républicains progressistes.

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Après une période de libéralisation mise en œuvre par le chef du gouvernement Louis Decazes, l'année 1820 marque le tournant réactionnaire de la Restauration. Le 14 février 1820, le duc de Berry, neveu et héritier de Louis XVIII, est assassiné par l'ouvrier libéral antimonarchiste Louvel. Les ultra-royalistes instrumentalisent cet événement pour faire prendre un virage nettement plus conservateur et réactionnaire au régime :

  • ils suspendent les libertés individuelles ;
  • ils rétablissent la censure de la presse ;
  • ils redonnent à l'Église le monopole de l'enseignement. 

 

En septembre 1824, la mort de Louis XVIII accélère le retour à l'absolutisme : c'est Charles X qui lui succède.

C

Le règne de Charles X

Membre de la dynastie des Bourbons, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, Charles X rejette totalement l'héritage révolutionnaire : 

  • Dès son arrivée au pouvoir, il modifie la Charte de 1814 : le roi est désormais déclaré « inviolable et sacré ». 
  • Le 29 mai 1825, il renoue avec une cérémonie que la France n'a pas connue depuis 1775 : il se fait roi dans la cathédrale de Reims.
Le sacre de Charles X, François Gérard, 1827

Le sacre de Charles X, François Gérard, 1827

Le message envoyé au peuple est clair : c'est le retour, sans compromis, de la monarchie absolue de droit divin. Majoritaires à la Chambre, les députés ultra-royalistes détricotent l'héritage révolutionnaire. De 1824 à 1830, ils votent de nombreuses lois réactionnaires :

  • La presse est muselée par une censure très sévère.
  • La loi du « milliard des émigrés » dédommage les nobles émigrés dont les biens avaient été confisqués pendant la Révolution. 
  • La loi du « sacrilège » punit toute atteinte contre le culte catholique de travaux à perpétuité. 
  • La loi du « double vote » permet aux électeurs les plus riches de voter deux fois. 

 

De façon plus symbolique, il fait du 21 janvier, jour de l'exécution de Louis XVI, un jour de deuil national et inaugure en 1826 un monument commémoratif sur le lieu même de « l'assassinat de Louis XVI ». En 1827, la Garde nationale est supprimée.

Charles X 

Charles X 

Ces mesures réactionnaires qui limitent les libertés publiques sont très impopulaires. Rapidement, la monarchie se coupe de la nation et un mouvement de contestation s'organise. Porté par les bourgeois, les ouvriers, les artisans et les étudiants, le mouvement libéral reproche à Charles X de « piétiner la Charte de 1814 ». Les libéraux parviennent à remporter la majorité à la Chambre des députés aux élections de 1830. Charles X choisit l'épreuve de force car il dissout cette chambre qui lui est hostile. Les nouvelles élections confirment la victoire des libéraux dont la majorité augmente encore. Charles X contre-attaque en légiférant par ordonnances.

Le 25 juillet 1830, prétextant que « la sûreté de l'État est menacée », Charles X rédige 4 ordonnances réactionnaires : 

  • la liberté de la presse est suspendue ;
  • la Chambre des députés est dissoute avant même qu'elle ne se soit réunie ;
  • les règles du droit de vote sont modifiées puisque le niveau d'impôt nécessaire pour pouvoir voter est relevé

 

La manœuvre a pour but d'empêcher la réélection des députés libéraux. Dès leur publication, le 26 juillet, les journalistes parisiens dénoncent des « ordonnances autoritaires et liberticides » et les présentent comme le coup de force. Selon eux, c'est le « coup d'État légal » d'un roi extrémiste qui veut censurer voire même nier la nation et ils appellent à la désobéissance.  

III

La monarchie de Juillet en France de 1830 à 1848

Dès la publication des ordonnances de Charles X le 26 juillet 1830, des journalistes parisiens indignés écrivent : « Aujourd'hui, le régime a violé la loi. Puisque dans la situation où nous sommes, obéir cesse d'être un devoir, nous publierons désormais sans autorisation ». Mis au chômage forcé, les ouvriers imprimeurs protestent dans la rue où ils sont rapidement rejoints par les étudiants, les artisans et les bourgeois libéraux. Dans un climat de plus en plus tendu, les journalistes appellent à la résistance face aux soldats du roi venus saisir les journaux interdits.

A

Les insurrections de 1830

En l'espace de trois jours, le peuple de Paris, qui n'est pas entré en insurrection depuis 1795, passe de la protestation à l'émeute puis à la révolution

Le 27 juillet 1830, les émeutes commencent lorsque Charles X refuse de retirer ses ordonnances. Face aux forces de l'ordre qui font feu, environ 10 000 Parisiens se retranchent derrière les premières barricades, notamment dans le quartier de la place de la Bastille. 

Le 28 juillet, les Parisiens assiègent l'Hôtel de Ville. 

Le 29 juillet, le pouvoir perd le contrôle de Paris qui se couvre de barricades. À la tête de la Garde nationale reconstituée, La Fayette et les insurgés prennent le contrôle du palais du Louvre et des Tuileries où une partie des soldats du régime qui y étaient retranchés fait désertion pour soutenir le peuple.

Révolution de juillet 1830, Nicholas-Edward Gabé, 1830

Révolution de juillet 1830, Nicholas-Edward Gabé, 1830

Ces 72 heures insurrectionnelles font environ 1 000 morts et 5 000 blessés. Malgré le retrait des ordonnances, un processus de transition s'engage : quel nouveau régime politique pour la France ? Si le peuple est majoritairement favorable à la proclamation d'une république démocratique et sociale, les bourgeois libéraux craignent que cette nouvelle république ne leur échappe en dégénérant de nouveau en guerre civile voire en Terreur comme en 1793. Ils préfèrent l'option d'une nouvelle monarchie constitutionnelle qui permettrait un compromis entre les libertés et l'ordre. Le 30 juillet 1830, le député libéral Adolphe Thiers fait placarder dans Paris un scénario qui prévoit de remplacer Charles X par son cousin Philippe d'Orléans et de modifier la Charte de 1814 afin que le nouveau roi partage réellement ses pouvoirs avec la nation. Cette solution reçoit le soutien des royalistes modérés, mais Thiers doit encore convaincre le peuple. Pour cela, il fait trois promesses aux insurgés : 

  • le nouveau roi garantira les acquis de la Révolution ;
  • il partagera ses pouvoirs avec la nation ;
  • il protégera la France d'une nouvelle guerre contre les monarchies européennes.
Adolphe Thiers 

Adolphe Thiers 

Le 31 juillet, Philippe d'Orléans quitte le Palais-Royal et se rend à cheval à l'Hôtel de Ville où il est acclamé par les Parisiens. Sur le balcon, La Fayette enlace le futur roi dans le drapeau tricolore. Cette mise en scène de la réconciliation entre la nation et la monarchie est un succès total puisque le même jour, les Chambres lui confient le pouvoir

Le 2 août, Charles X abdique et s'exile en Angleterre. 

Le 9 août 1830, devant les Assemblées, Philippe d'Orléans prête serment sur la Charte révisée et devient le roi « Louis-Philippe Ier » : c'est le début d'un nouveau régime appelée « la monarchie de Juillet ».

Louis-Philippe Ier

Louis-Philippe Ier

Louis Philippe donne l'accolade au duc d'Orléans au balcon de l'hôtel de ville de Paris, Anonyme, 1830.

Louis Philippe donne l'accolade au duc d'Orléans au balcon de l'hôtel de ville de Paris, Anonyme, 1830.

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B

Le règne de Louis-Philippe

Pour remporter la bataille de l'image et de la popularité, Louis-Philippe fait tout pour se démarquer rapidement des rois précédents. Puisque le peuple est très sensible aux symboles, il fait diffuser dans tout le royaume des portraits officiels qui jouent le rôle de programme politique. Il y est représenté en « roi-citoyen », sobre, vêtu d'un uniforme militaire tricolore bardé de médailles et la main appuyée sur la Charte révisée de 1830 sur laquelle il prête serment. Les attributs royaux sont invisibles ou très discrets. Le message semble donc clair : le roi descend de son trône pour se rapprocher de la nation.

Armoiries de la France sous la monarchie de Juillet

Armoiries de la France sous la monarchie de Juillet

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L'établissement d'une monarchie constitutionnelle : la Charte de 1830

Les modifications apportées à la Charte renseignent sur la nature de la monarchie de Juillet. Sur la forme, la Charte de 1830 est « acceptée par le roi des Français » : la nouvelle Charte résulte de la seule volonté de la nation souveraine et le roi doit se soumettre au contrat que les citoyens lui proposent. Ce contrat établit une monarchie constitutionnelle qui, sur le fond, n'a rien de « révolutionnaire ». La séparation des pouvoirs est conservée

  • Le pouvoir exécutif est conservé par le roi et le gouvernement.
  • Le pouvoir législatif est confié aux deux chambres. 

 

Le roi partage désormais l'initiative des lois avec les Assemblées. Il peut dissoudre la Chambre des députés, mais il ne peut plus suspendre les lois votées

La souveraineté nationale est appliquée mais c'est de nouveau le suffrage censitaire qui est retenu. Les conditions pour pouvoir voter sont assouplies mais malgré cela, le corps électoral n'augmente que très peu.

Environ 200 000 Français peuvent voter sous la monarchie de Juillet, soit 1 % de la population.

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Le Parlement : nouveau centre de gravité du régime

La réelle nouveauté de la Charte de 1830 est qu'elle redéfinit les liens entre le gouvernement et les députés. Désormais, le gouvernement, dont les ministres sont nommés par le roi, est responsable devant les chambres. Concrètement, cela signifie que le gouvernement doit rendre des comptes aux représentants de la nation et qu'il ne peut gouverner qu'avec la confiance des députés. Dès que le gouvernement perd le soutien de la majorité à la Chambre des députés, il doit se retirer, c'est-à-dire démissionner. La monarchie de Juillet est donc novatrice puisqu'elle prend aussi la forme d'une monarchie parlementaire. Le centre de gravité du régime devient donc le Parlement : les députés élus par la nation sont plus forts que les ministres du gouvernements nommés par le roi. 

Par cette Charte, Louis-Philippe s'engage aussi : 

  • à rétablir la Garde nationale ;
  • à renoncer à toute forme de censure ;
  • à minorer l'influence de l'Église dans la vie politique : le roi ne tient plus son pouvoir de Dieu mais de la nation et la religion catholique n'est plus considérée comme la religion officielle de l'État.  

 

Dans les messages qu'il adresse aux villes du royaume en 1831, Louis-Philippe résume lui-même la monarchie de Juillet par cette formule : « Nous chercherons à nous tenir dans un juste milieu, à la fois éloigné des excès du pouvoir populaire (la république) et des abus du pouvoir royal (la monarchie absolue) ».

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C

La vie politique sous la monarchie de Juillet 

Sous la monarchie de Juillet, l'échiquier politique est complexe et la vie politique est rythmée par l'opposition entre les nombreux partis qui ont des programmes politiques et sociaux radicalement différents. Pour gouverner, tous cherchent à convaincre les électeurs afin d'obtenir le plus de députés possibles.

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Malgré la Charte révisée et la volonté de compromis affichée par Louis-Philippe, la monarchie de Juillet est rapidement confrontée à plusieurs difficultés.

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L'instabilité politique

Le régime de la monarchie de Juillet fait preuve d'une longévité certaine puisqu'il dure 18 ans. Les Français voient tout de même se succéder 13 gouvernements entre 1830 et 1840, soit en moyenne un gouvernement tous les 8 mois. Cette instabilité est une conséquence du régime parlementaire. Le jeu des alliances éphémères entre les députés des différents partis politiques fragilise les gouvernements. Puisque le gouvernement a besoin du soutien des députés, l'absence de majorité nette et stable au Parlement créée de l'instabilité. Louis-Philippe accentue cette instabilité puisqu'il dissout sept fois la Chambre des députés. C'est pour le roi un moyen de fragiliser le Parlement et de peser davantage sur la vie politique

Cette « valse des gouvernements » décrédibilise le régime aux yeux du peuple qui dénonce la corruption des députés. 

Les rivalités politiques débouchent aussi parfois sur des actes terroristes. C'est le cas le 28 juillet 1835, lorsqu'à l'occasion d'un défilé militaire, le corse Giuseppe Fieschi, aidé par un militant républicain, déclenche une fusillade au passage du cortège royal. Le roi survit à cet attentat et décide de faire prendre un virage autoritaire au régime. En septembre 1835, le gouvernement fait voter une série de lois répressives :

  • Accusée de troubler l'ordre public, la presse est de nouveau censurée et toutes les caricatures politiques sont interdites, notamment celles qui représentent Louis-Philippe se transformant en poire
  • La liberté de réunion est limitée afin d'empêcher les opposants au régime, et notamment les républicains, de se réunir pour déclencher une insurrection. Le leader de l'opposition bonapartiste, Louis-Napoléon Bonaparte, tente de renverser la monarchie de Juillet par deux coups d'État en 1836 puis en 1840. Condamné à la prison à vie dans le fort de Ham, dans la Somme, il s'évade en 1846 et se réfugie en Angleterre.
Le passé, le présent, l'avenir, caricature de Louis-Philippe, Honoré Daumier, 1834.
Le passé, le présent, l'avenir, caricature de Louis-Philippe, Honoré Daumier, 1834.
Louis-Napoléon Bonaparte
Louis-Napoléon Bonaparte
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L'instabilité sociale

La monarchie de Juillet se déroule dans un contexte d'industrialisation. La France se modernise et l'économie prospère. Mais la forte croissance économique ne profite qu'à une minorité et les inégalités de richesse se creusent entre les bourgeois et les ouvriers que l'on qualifie alors de « prolétaires ». Dans les années 1830, la question sociale prend une place croissante dans l'opinion. Cela signifie que la popularité du régime dépend de plus en plus de ce qu'il fait ou pas pour les classes les moins favorisées. Le roi et le gouvernement montrent rapidement qu'ils ont choisi leur camp puisque par deux fois, en 1831 et en 1834, ils répriment dans le sang la révolte contre la misère des « canuts », les ouvriers du textile à Lyon. Selon les journaux républicains, la monarchie de Juillet est un « régime qui ne sait répondre à la misère que par des coups de fusil ». Les républicains organisent eux aussi des insurrections mais toutes échouent. Face à ces contestations, la monarchie de Juillet choisit l'intransigeance et s'enferme dans le conservatisme politique et l'immobilisme social. 

À partir de 1840, Louis-Philippe confie le gouvernement à François Guizot qui défend une vision conservatrice du régime :

  • Politiquement, il reste sourd aux classes moyennes qui réclament une modification du code électoral qui leur permettrait de voter
  • Socialement, il reste aveugle à la misère des prolétaires qui prend des proportions dramatiques dans la capitale. 

 

L'impopularité du régime est déjà élevée lorsque la crise économique frappe la France à partir de 1846. Les mauvaises récoltes et le ralentissement de la production dans l'industrie textile et la métallurgie font exploser le chômage.

Révolte des canuts à la une d'un journal, anonyme.
Révolte des canuts à la une d'un journal, anonyme.

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François Guizot
François Guizot
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Des insurrections à l'abdication de Louis-Philippe

Lors d'un discours à la Chambre en janvier 1848, le député orléaniste Alexis de Tocqueville avertit le gouvernement qu'il est « assis sur un volcan ». Ce « volcan » est surtout attisé par les républicains qui augmentent la pression sur le régime en appelant les ouvriers à manifester. 

Le gouvernement Guizot a limité le droit de réunion : ils déguisent leurs manifestations en « banquets », c'est-à-dire en repas festifs où l'on parle politique en réclamant le suffrage universel. Pour terminer leur « campagne de banquets », les républicains prévoient d'organiser le dernier dans la capitale le 22 février 1848 mais cette initiative est interdite par Guizot dès le 14 janvier 1848. Néanmoins, le 22 février 1848, ouvriers et étudiants parisiens se regroupent sur la place de la Concorde et ils entonnent La Marseillaise devant la Chambre des députés. Le 23 février, les manifestants sont rejoints par des soldats de la Garde nationale. Louis-Philippe pense calmer les esprits en renvoyant Guizot mais l'insurrection redouble et les troupes tirent sur le peuple. Le 24 février, Paris se couvre de barricades et les insurgés assiègent le palais des Tuileries. Louis-Philippe abdique, les révolutionnaires envahissent l'Assemblée où ils déclarent l'abolition de la monarchie et la IIe République est immédiatement proclamée à l'Hôtel de Ville.

IV

Les mouvements nationaux et libéraux en Europe de 1815 à 1848

En 1815, les souverains rétablissent l'ordre monarchique au congrès de Vienne. Ils battent en brèche les principes révolutionnaires et réaffirment le principe de la « légitimité dynastique ». Cette vision absolutiste et réactionnaire restaurée dans toute l'Europe à partir de 1815 rencontre rapidement des limites. Après 25 ans d'influence française, les idéaux politiques et sociaux de 1789 ont circulé et se sont imprégnés dans les sociétés européennes. Ainsi, la Restauration est rapidement contestée par les mouvements libéraux puis nationaux.

A

Les contestations des mouvements libéraux européens 

1

Le développement du libéralisme après le congrès de Vienne

Les mouvements libéraux européens sont des groupes plus ou moins organisés qui défendent une vision de la société qui repose sur le « libéralisme ». Impulsée par les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle, le libéralisme est une idéologie qui fait de la liberté individuelle le but de la vie. Le libéralisme se décline : 

  • dans le domaine économique, avec la liberté d'acheter et de vendre ; 
  • dans le domaine social avec les libertés de circulation, d'expression, de réunion ;
  • dans le domaine politique avec la liberté de participer au gouvernement et de faire entendre sa voix grâce au vote. 

 

Le libéralisme est l'un des principaux moteurs de la Révolution de 1789 et il se concrétise dans la Déclaration des Droits de l‘homme et du citoyen dont le premier article affirme que « les hommes naissent et demeurent libres ». Lorsque la République française est proclamée en 1792, son slogan fait explicitement référence au libéralisme : « la liberté ou la mort ». Les mouvements libéraux européens sont le plus souvent composés de bourgeois cultivés qui s'opposent aux gouvernements réactionnaires en place. Prenant comme modèle la monarchie anglaise, ils exigent que les monarques partagent leur pouvoir avec la nation grâce à un contrat écrit, une constitution. Généralement censurés, réprimés et interdits, ils parviennent cependant à mobiliser l'opinion publique par des tracts, des chansons et des caricatures.

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L'échec des réformes libérales des années 1820

Dès 1820, les libéraux multiplient les insurrections pour forcer les monarques à accepter les réformes qu'ils ne parviennent pas à obtenir par la négociation :

  • Dans plusieurs royaumes allemands comme la Bavière et le Bade, les insurgés libéraux imposent aux souverains des constitutions. 
  • En Italie, les « Carbonari » (« charbonniers » en Français) organisent des révoltes à Turin et Naples. 
  • En Espagne, le roi doit renoncer à l'absolutisme et accepter une constitution qui limite ses pouvoirs.
  • En Russie, les « décabristes », jeunes officiers admirant la Révolution française, se soulèvent pour forcer le tsar à accepter des réformes libérales. 

 

Le bilan de cette première vague d'insurrections libérales des années 1820 est négatif. Elles échouent toutes face à la répression militaire que les monarques coordonnent au cours des réunions de la Sainte-Alliance. En représailles, les monarques limitent encore davantage les libertés :

  • Le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche et le tsar de Russie rétablissent les droits des seigneurs sur les paysans. 
  • Dans les États allemands de la Confédération germanique placés sous le contrôle de l'Autriche, Metternich impose le contrôle des enseignants et la censure de la presse. Les leaders libéraux sont étroitement surveillés puis traqués par la police. Beaucoup d'entre eux s'exilent à Londres ou Paris pour continuer la lutte.
B

Les contestations des mouvements nationaux européens

L'ordre monarchique européen de 1815 est également contesté par les mouvements nationaux. Il s'agit d'organisations plus ou moins structurées dont les revendications sont fondées sur le principe de la nationalité. Ces mouvements nationaux se développent dans les empires multinationaux où des peuples de cultures différentes ont été agrégés et soumis à l'autorité d'un roi ou d'un empereur : 

  • l'empire d'Autriche mêle Autrichiens, Allemands et Italiens ;
  • le royaume de Prusse regroupe des Polonais et des Allemands. 

 

Dans ces États multinationaux, la cohabitation des cultures devient difficile lorsque chacune revendique plus d'autonomie au nom du principe de nationalité. Se considérant différents, ces peuples développent un sentiment national au nom duquel ils réclament leur indépendance en tant que nation souveraine

Dès la clôture du congrès de Vienne en 1815, des mouvements nationaux s'organisent dans le Nord comme dans le Sud de l'Europe :

  • Au sein de la Confédération germanique composée d'une mosaïque de cultures placées sous le contrôle de la Prusse et de l'Autriche, les Allemands appellent à l'unification des peuples de langue germanique. Une association d'étudiants baptisée la Burschenschaft (« fraternité » en allemand) multiplie les actions pour défendre les idéaux libéraux et nationaux. 

En 1817, les Burschenschtaften (« frères ») de Thuringe, arborant leurs couleurs noir, rouge et or, organisent la fête de la Wartburg au cours de laquelle ils brûlent le texte du congrès de Vienne. Ils sont soutenus par des intellectuels qui mettent leurs talents au service de l'unification allemande comme l'auteur romantique Goethe notamment connu pour la pièce de théâtre dans laquelle le Docteur Faust signe un pacte avec le diable.

  • En 1817, les Burschenschtaften (« frères ») de Thuringe, arborant leurs couleurs noir, rouge et or, organisent la fête de la Wartburg au cours de laquelle ils brûlent le texte du congrès de Vienne. Ils sont soutenus par des intellectuels qui mettent leurs talents au service de l'unification allemande comme l'auteur romantique Goethe notamment connu pour la pièce de théâtre dans laquelle le Docteur Faust signe un pacte avec le diable.
Un épisode des cinq journées de Milan en 1848, Baldassare Verazzi, 1886

Un épisode des cinq journées de Milan en 1848, Baldassare Verazzi, 1886

Domaine public, © Wikimedia Commons

Cependant, entre 1820 et 1821, toutes les insurrections se soldent par un échec

Dans les années 1820, le seul mouvement national qui parvient à son but est celui qui se développe en Grèce. Sous la domination des Turcs musulmans depuis le XIVe siècle, les Grecs appellent à l'unité de leur nation au nom du christianisme orthodoxe. Leur révolte commence en 1821 et ils proclament unilatéralement, c'est-à-dire sans en avertir les Turcs, leur indépendance en janvier 1822. Le sultan ottoman Mahmoud II contre-attaque par la répression et, en avril 1822, 23 000 Grecs sont massacrés sur l'île de Chios et 50 000 autres sont vendus comme esclaves. Ce massacre indigne les artistes et les intellectuels. Le peintre français Eugène Delacroix, le poète britannique Lord Byron, l'écrivain suisse Benjamin Constant ou encore les auteurs français Victor Hugo et Chateaubriand, au nom du « romantisme », diffusent dans l'opinion publique des œuvres émouvantes qui prennent fait et cause pour l'indépendance grecque.

Drapeau de la Grèce indépendante

Drapeau de la Grèce indépendante

  • Les 34 années qui séparent 1814 de 1848 sont marquées, en France comme en Europe, par une forte instabilité politique, économique et sociale
  • En 1815, la chute de l'Empire napoléonien enclenche le retour de l'ordre monarchique. Les rois réaffirment leur pouvoir et affaiblissent la portée des principes révolutionnaires nés à partir de 1789. 
  • En France, à partir de 1815, la « Restauration » succède à une monarchie constitutionnelle, une république et un régime impérial. Les rois Louis XVIII puis Charles X prêtent serment sur une Charte mais ils confisquent rapidement les pouvoirs. 
  • En juin 1830, le peuple parisien entre une nouvelle fois en révolution après la limitation des libertés et le rétablissement de la censure. Les barricades des « Trois Glorieuses » font naître la monarchie de Juillet de Louis-Philippe. Déçu par l'immobilisme politique et social des conservateurs au pouvoir, le peuple renverse de nouveau la table et renoue avec la république après la révolution de février 1848
  • En Europe, à partir du congrès de Vienne de 1815, les rois et les empereurs organisent un front réactionnaire face aux peuples qui sont influencés par les idéaux révolutionnaires français. 
  • Dans les royaumes de Prusse et d'Espagne, les empires russe et autrichien et les États italiens, des mouvements libéraux réclament des constitutions, des droits et des libertés. Au nom du sentiment national, les peuples des États multinationaux réclament leur indépendance. Dans les années 1820 et 1830, ces mouvements libéraux et nationaux déclenchent des révoltes et des insurrections dont la majorité échoue face à la répression militaire des pouvoirs en place. 
  • En 1848, la nouvelle vague révolutionnaire du « printemps des peuples » semble permettre davantage de liberté, d'égalité et de fraternité en Europe. Cependant, cette parenthèse libérale se ferme dès 1849 lorsque l'ordre réactionnaire est rétabli par la force.