Sommaire
IContexte historique de la fin du XVe siècleALa découverte du Nouveau Monde et la conquête espagnoleBLe système de l'encomiendaCLa montée des critiquesIILes protagonistes et leurs argumentsABartolomé de Las Casas, défenseur des IndiensBJuan Ginés de Sepúlveda, partisan de la conquêteCLe rôle de Charles Quint et de l'ÉgliseIIILes enjeux et les conséquencesALa reconnaissance de l'humanité universelleBUne étape dans l'histoire de la colonisationCUn héritage pour la pensée moderne Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 19/01/2026 - Conforme au programme 2025-2026
La controverse de Valladolid (1550-1551) oppose Bartolomé de Las Casas, défenseur des Indiens, à Juan Ginés de Sepúlveda, partisan de leur soumission. Las Casas affirme que les peuples amérindiens sont des hommes égaux aux autres, capables de raison et de foi, tandis que Sepúlveda les considère comme « esclaves par nature ». Le débat, organisé par Charles Quint, illustre les tensions entre conquête, religion et morale. Il marque une étape décisive dans l'histoire des droits humains et de la réflexion sur la colonisation.
Contexte historique de la fin du XVe siècle
La découverte du Nouveau Monde et la conquête espagnole
En 1492, Christophe Colomb atteint les Antilles au nom des rois catholiques, ouvrant la voie à la conquête espagnole. Rapidement, les conquistadors comme Cortés au Mexique et Pizarro au Pérou s'emparent de vastes empires grâce à leur supériorité militaire, aux alliances locales et aux maladies qui frappent les indigènes. Cette conquête est justifiée par une mission religieuse de conversion au christianisme, mais elle répond surtout à un objectif économique : exploiter les richesses (or, argent, terres). Dès le début, elle s'accompagne de violences et de bouleversements pour les sociétés amérindiennes, ce qui suscite très tôt des critiques.

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Le système de l'encomienda
Pour organiser la colonisation, la Couronne espagnole met en place l'encomienda, un système qui confie à des colons (les encomenderos) des groupes d'Indiens chargés de travailler pour eux. En théorie, les Espagnols doivent protéger et évangéliser les indigènes. En pratique, ce système entraîne de terribles abus : surtravail, violences, effondrement démographique. Cette situation choque certains religieux présents sur place, notamment le prêtre dominicain Bartolomé de Las Casas.
La montée des critiques
Dès le début du XVIe siècle, certains missionnaires, dominicains et franciscains notamment, dénoncent la brutalité des conquérants. L'Église et la monarchie espagnole commencent à s'interroger : les Indiens ont-ils une âme ? Peuvent-ils être considérés comme des sujets du roi, dignes de protection, ou bien comme des « barbares » à réduire en esclavage ? C'est dans ce contexte que naît le débat intellectuel de la controverse de Valladolid. Il est intéressant de noter que les tribus indiennes se sont posées les mêmes questions à propos de l'humanité des Européens. Certains Indiens des Caraïbes capturaient des Blancs pour les noyer et déterminer s'ils étaient ou non soumis à la putréfaction, donc humains.
Les protagonistes et leurs arguments
Bartolomé de Las Casas, défenseur des Indiens
Bartolomé de Las Casas (1484-1566) est un ancien colon devenu dominicain. Témoin direct des violences commises aux Antilles, il se fait le défenseur des Indiens. Dans ses écrits (comme la Très brève relation de la destruction des Indes), il décrit avec force les massacres, dénonçant l'avidité et la cruauté des colons. Lors de la controverse de Valladolid (1550-1551), il affirme que :
- les Indiens sont des êtres humains rationnels, capables de foi et de progrès ;
- la conversion doit se faire par la persuasion et non par la violence ;
- la conquête armée et l'esclavage sont contraires à la morale chrétienne.

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Juan Ginés de Sepúlveda, partisan de la conquête
Face à Las Casas, Juan Ginés de Sepúlveda (1490-1573), philosophe et théologien, défend une position opposée. S'appuyant sur Aristote, il considère que certains peuples sont « esclaves par nature ». Pour lui :
- les Indiens sont inférieurs, proches de l'animalité ;
- leur barbarie (sacrifices humains, absence de civilisation de type européen) justifie l'intervention armée ;
- la guerre de conquête est légitime car elle permet de les civiliser et de les convertir de force.

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Le rôle de Charles Quint et de l'Église
Le roi Charles Quint, soucieux de légitimer la colonisation, organise le débat à Valladolid afin de trancher entre les deux thèses. Les théologiens et juristes convoqués doivent décider si la guerre de conquête et l'asservissement des Indiens sont conformes au droit naturel et à la foi chrétienne. L'enjeu est autant moral que politique : l'Espagne veut apparaître comme une puissance chrétienne civilisatrice et non comme une nation brutale et injuste.
Les enjeux et les conséquences
La reconnaissance de l'humanité universelle
La controverse de Valladolid pose une question fondamentale : tous les hommes, quelle que soit leur culture, sont-ils égaux en dignité ? Las Casas affirme que oui, anticipant une vision universaliste des droits humains. Cette idée s'oppose radicalement à la justification raciale et hiérarchique proposée par Sepúlveda.
Une étape dans l'histoire de la colonisation
Le débat ne conduit pas à une décision claire : aucun vainqueur n'est officiellement désigné. Toutefois, il marque un tournant. Même si la colonisation et l'exploitation continuent, les abus les plus criants sont condamnés. L'Espagne se distingue des autres puissances, coloniales ou non, par cette tentative de réflexion morale et juridique sur la légitimité de son empire.
Un héritage pour la pensée moderne
L'action de Las Casas et la controverse de Valladolid résonnent encore aujourd'hui. Elles rappellent que la rencontre entre cultures pose la question de l'égalité, du respect et de la justice. Elles nourrissent les réflexions sur les Droits de l'homme, le racisme, le colonialisme et la dignité des peuples dominés. Cette controverse est souvent considérée comme une des premières discussions sur les droits universels.