Première S 2016-2017

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Le Mariage de Figaro, La tirade de Marcelline (III, 16)

BARTHOLO :
Des fautes si connues ! une jeunesse déplorable.

MARCELINE (s'échauffant par degrés) :
Oui, déplorable, et plus qu'on ne croit ! Je n'entends pas nier mes fautes ; ce jour les a trop bien prouvées ! mais qu'il est dur de les expier après trente ans d'une vie modeste ! J'étais née, moi, pour être sage, et je la suis devenue sitôt qu'on m'a permis d'user de ma raison. Mais dans l'âge des illusions, de l'inexpérience et des besoins, où les séducteurs nous assiègent pendant que la misère nous poignarde, que peut opposer une enfant à tant d'ennemis rassemblés ? Tel nous juge ici sévèrement, qui, peut-être, en sa vie a perdu dix infortunées !

FIGARO :
Les plus coupables sont les moins généreux ; c'est la règle.

MARCELINE (vivement) :
Hommes plus qu'ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes ! C'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse ; vous et vos magistrats, si vains du droit de nous juger, et qui nous laissent enlever, par leur coupable négligence, tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul état pour les malheureuses filles ? Elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes : on y laisse former mille ouvriers de l'autre sexe.

FIGARO (en colère) :
Ils font broder jusqu'aux soldats !

MARCELINE (exaltée) :
Dans les rangs même plus élevés, les femmes n'obtiennent de vous qu'une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ! Ah ! sous tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur ou pitié !

FIGARO :
Elle a raison !

LE COMTE (à part) :
Que trop raison !

BRID'OISON :
Elle a, mon-on Dieu, raison !

MARCELINE :
Mais que nous font, mon fils, les refus d'un homme injuste ? Ne regarde pas d'où tu viens, vois où tu vas : Cela seul importe à chacun. Dans quelques mois ta fiancée ne dépendra plus que d'elle-même ; elle t'acceptera, j'en réponds. vis entre une épouse, une mère tendre qui te chériront à qui mieux mieux. Sois indulgent pour elles, heureux pour toi, mon fils ; gai, libre et bon pour tout le monde ; il ne manquera rien à ta mère.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Le Mariage de Figaro

1784

I

Une scène vivante

  • C'est une scène qui crée la surprise chez le spectateur. C'est la résolution d'un nœud de la pièce. Figaro se croyait obligé d'épouser Marceline, mais finalement elle se révèle être sa mère. C'est un coup de théâtre.
  • C'est un procédé qu'on trouve dans la farce. Alors que le drame arrivait (mariage forcé de Figaro avec Marceline), un retournement de situation règle le problème en amusant le spectateur.
  • Figaro s'invente une lignée noble : "mes illustres parents", "ma haute naissance","noble famille".
  • Mais le mariage est inéluctable : "Volé, perdu, la preuve ? Il crierait qu'on lui fait injure !"
  • La scène est rythmée, avec une succession d'émotions contradictoires.
  • Il y a des répliques courtes qui s'enchaînent rapidement. On parle de stichomythie.
  • Dans certaines répliques, on peut relever l'absence de verbes.
  • La longue tirade de Marceline est entrecoupée par les interventions des autres personnages.
  • Il y a beaucoup de personnages sur scène, donc beaucoup d'agitation : Figaro, le Comte, Marceline, Bartholo, Brid'oison.
  • La scène est expressive. Il y a de nombreuses exclamations : "injure !", "lui !" On retrouve aussi beaucoup d'interrogations : "la preuve ?", "bras droit ?".
  • Les didascalies soulignent l'émotion des personnages : "vivement", "exalté", "désolé", "s'échauffant par degrés".
  • Le discours de Marceline est marqué par une tonalité polémique.
II

Le mélange des registres

  • On relève un mélange des registres. Il y a d'abord le registre comique.
  • Comique de situation : coup de théâtre, Marceline est la mère de Figaro. Les quiproquos s'enchaînent avec Figaro qui pense être le fils d'une famille noble, puis quand il croit que Marceline est sa nourrice.
  • Comique de mots et de répétition : répétition de "mère", répétition des syllabes par Brid'oison.
  • Comique de caractère : Brid'oison est un personnage ridicule.
  • Le registre pathétique et le registre polémique se retrouvent dans le discours de Marceline.
  • Il y a une dénonciation des hommes qui trahissent les femmes et une opposition entre hommes et femmes.
  • La misère des femmes est mise en avant : "déplorable", "les pleurs", "la pitié", "vie modeste", "misère".
III

Un plaidoyer féministe

  • Marceline est le porte-parole des idées féministes de Beaumarchais.
  • Son discours est argumentatif. Elle défend la cause des femmes.
  • D'abord, elle utilise un argument concessif, elle reconnaît ses torts.
  • Puis elle défend sa cause. Elle généralise son propos, ne parlant plus simplement d'elle seule, mais des femmes en général. Elle utilise le pronom "nous".
  • Elle commence alors un plaidoyer pour toutes les femmes.
  • Marceline dénonce la vulnérabilité des jeunes filles. Leur éducation ne les prépare pas à affronter la vie et les hommes.
  • Elle fait le portrait des hommes comme des séducteurs qui profitent de l'innocence des jeunes filles et qui sont hypocrites : "les séducteurs nous assiègent pendant que la misère nous poignarde".
  • Elle dénonce la misère des femmes qui ne peuvent pas travailler. Les décisions financières sont toujours l'apanage des hommes. Même les femmes nobles et riches sont soumises à leurs époux.
  • Marceline dénonce le statut juridique des femmes : "traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes !"
IV

Les procédés de l'argumentation

  • L'opposition homme/femme est le procédé principal de Marceline, qui montre ainsi comment les femmes sont maltraitées par les hommes.
  • Elle utilise un vocabulaire péjoratif pour décrire les hommes : "ingrats", "mépris", "vains", "horreur ou pitié".
  • Les femmes sont des victimes : "jouets", "victimes", "infortunées".
  • Les hommes agissent et les femmes subissent : "m'a permis d'user", "nous assiègent", "nous poignarde", "nous juge", "flétrissez".
  • Elle utilise des hyperboles : "tant d'ennemis", "sous tous les aspects", "si vains", "mille ouvriers" .
  • Il y a des antithèses et des parallélismes : "leurrées de respects apparents dans une servitude réelle", "traitées en mineures pour nos biens, en majeures pour nos fautes", "les rangs les plus élevés / considérations dérisoires".
V

Une parodie de justice

  • Beaumarchais fait ici une parodie de tribunal.
  • Brid'oison le juge est ridicule à cause de son bégaiement. Par ailleurs, il ne participe pas vraiment au débat, ses interventions ne servent à rien.
  • Le tribunal devient une scène de ménage.
  • L'avocat se retourne contre la personne qu'il doit défendre : "Des fautes si connues ! une jeunesse déplorable."
  • Des histoires rocambolesques sont citées comme témoignage : "les langes à dentelles, tapis brodés, et joyaux d'or", "Tu fus enlevé par des bohémiens ?"
  • Le champ lexical de la justice est employé : "fautes", "juge", "coupables", "victimes", "punir", "magistrats", "droit".
  • Cette scène permet à Beaumarchais de dénoncer l'injustice du système judiciaire : "Tel nous juge ici sévèrement", "si vains du droit de nous juger".

Quels sont les procédés comiques dans cette scène ?

I. Un coup de théâtre
II. Comique de situation et de caractère
III. Une parodie de la justice

Que dénonce Beaumarchais dans cette scène ?

I. La condition des femmes
II. L'injustice du système judiciaire

Que défend Marceline et quels sont ses arguments ?

I. Une dénonciation de la condition féminine
II. L'opposition homme / femme
III. L'innocence des jeunes femmes

Thème 2 Le théâtre
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