L'histoire de la littérature d'idées et la presse du XIXe siècle au XXIe siècleCours

I

Le XIXe siècle, un tournant littéraire pour les écrivains : engagements politiques et nouvelles idées

A

Repères chronologiques et contexte historique

-

Le XIXe siècle est un siècle politiquement troublé. Les régimes se succèdent, renversés par plusieurs mouvements révolutionnaires (1830, 1848 entre autres). Les idées républicaines et progressistes s'imposent petit à petit, donnant lieu à l'instauration d'une éphémère république en 1848 et à l'établissement définitif de ce régime en 1870. Dès lors, l'Assemblée devient le lieu privilégié du débat politique et social.

Les classes dirigeantes, les intellectuels (écrivains, artistes, historiens, philosophes) et le peuple appellent à la liberté et à l'égalité. Cet essor des idées républicaines ne se fait ni sans à-coups ni sans adversaires. La Révolution de 1830 en est l'illustration : la bourgeoisie libérale à l'origine de cette révolution redoute l'instauration de la République et, pour protéger ses privilèges et sa fortune, place Louis-Philippe d'Orléans sur le trône.

Dans la société post-révolutionnaire du XIXe siècle, la bourgeoisie supplante peu à peu l'ancienne aristocratie et s'enrichit de plus en plus. Elle contrôle les domaines de la justice et des finances, investit dans l'industrie et l'immobilier, gagne la sphère politique.

La liberté de la presse se conquiert très progressivement au fil du siècle. La puissance de la presse s'accroît, ce qui lui permet de devenir un véritable moyen de pression politique.

L'exode rural massif est à l'origine d'une misère urbaine croissante, et le développement de l'industrialisation donne naissance à un prolétariat industriel exploité et vivant misérablement. Cette « question sociale » inquiète les esprits les plus éclairés qui tentent de faire établir des lois pour réduire la misère.

La liberté de la presse au début de la Restauration contribue à la création de journaux politiques, dont certains critiquent ouvertement le pouvoir en place. Sous Louis-Philippe Ier, les journaux républicains et satiriques s'attaquent au roi, notamment à travers la caricature. Louis-Philippe Ier, et plus encore Napoléon III, tentent de museler la presse par des lois autoritaires. La censure n'est définitivement abolie qu'avec la loi sur la liberté de la presse de 1881.

Célèbre caricaturiste, Honoré Daumier publie ses dessins satiriques dans les journaux La Caricature et Le Charivari. Il brocarde Louis-Philippe Ier notamment dans Les Poires qui tournent en dérision la bêtise de celui que l'on surnomme « le roi bourgeois », et dans la gravure Gargantua, qui assimile le roi à un géant à l'appétit insatiable qui ingurgite les taxes et impôts payés par les concitoyens.

B

Œuvres, auteurs et genres majeurs

1

Des écrivains engagés : Victor Hugo, Alphonse de Lamartine et Émile Zola

En 1848, à l'instauration de la République, certains écrivains, convertis aux idées républicaines, s'engagent dans l'action politique : Lamartine, qui proclame officiellement la République dans son « Discours à l'Hôtel de Ville », se porte candidat à l'élection présidentielle ; Hugo est élu député.

Le poète romantique Alphonse de Lamartine (1790−1869) prononce en février 1848 un discours resté célèbre dans lequel il proclame la République : « Le gouvernement actuel de la France est le gouvernement républicain ! ». Il plaide pour l'adoption du drapeau bleu-blanc-rouge : « Le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ! », affirme-t-il.

Victor Hugo, élu député en 1848, prononce de nombreux discours à l'Assemblée. Ces discours ont marqué les contemporains et demeurent des exemples d'éloquence.

Hugo réclame « l'instruction gratuite et obligatoire » (discours prononcé dans la discussion du projet de loi sur l'enseignement le 15 janvier 1850), convaincu que le progrès social ne peut advenir que grâce à l'éducation, et qu'à la condition d'abolir le travail des enfants.

Il dénonce la misère sociale dans un célèbre discours intitulé « Détruire la misère ».

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n'est pas fait, le devoir n'est pas rempli.

Victor Hugo

« Détruire la misère »

1849

Hugo œuvre pour la paix et la concorde en Europe : son discours au Congrès de la paix (1849) prédit de manière visionnaire la création de l'Union européenne.

Un jour viendra où vous toutes nations du continent sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne.

 

Victor Hugo

Discours au Congrès de la paix

1849

Hugo se bat pour l'abolition de la peine de mort, dans ses discours, mais aussi dans ses œuvres littéraires, telles que le roman Le Dernier Jour d'un condamné (1829) et le poème « L'Échafaud » (1881). Mais il faudra attendre l'action de Robert Badinter à la fin du XXe siècle pour que les députés français votent enfin l'abolition définitive de la peine de mort (1982).

Émile Zola s'engage pour défendre Dreyfus, un capitaine condamné sur de fausses preuves parce qu'il est juif. Il le fait au nom de ses principes républicains. Dans le journal L'Aurore, le 13 janvier 1898, il écrit une célèbre lettre ouverte au président de la République, Félix Faure, intitulée « J'accuse…! ». Il réclame la vérité, accuse le gouvernement français d'être responsable de l'affaire et dénonce l'acharnement de la presse contre Dreyfus.

Des intellectuels soutiennent l'engagement de Zola et leur discours est relayé dans la presse. Alfred Dreyfus ne sera réhabilité qu'en 1906, notamment grâce au rôle de la presse qui a pris son parti pour défendre les valeurs républicaines.

2

Critique littéraire et artistique, bataille et procès littéraires

L'évolution de la société au cours du XIXe siècle s'accompagne d'une évolution artistique et littéraire, qui donne lieu à de nombreux débats, pour certains houleux voire violents. Les tenants de la tradition ou de la morale se heurtent aux « modernes », et la presse permet aux points de vue de s'affronter.

a. La critique littéraire et la critique d'art

Le rôle de la presse s'accroît dans le monde politique, mais également dans le monde des lettres et des arts. En effet, les publications nouvelles et les salons artistiques (événements annuels ou bi-annuels au cours desquels sont présentées les œuvres des principaux artistes) font l'objet de comptes-rendus détaillés de la part de journalistes qui font part de leur jugement personnel : c'est la naissance de la critique littéraire et de la critique d'art.

Le critique peut aussi bien porter aux nues un auteur qu'entraver ou briser sa carrière. Les écrivains publient des manifestes ou des préfaces qui ont autant pour visée d'exposer le projet et les finalités de leur œuvre, que de devancer les critiques ou d'y répondre.

De nombreux écrivains sont eux-mêmes critiques littéraires ou critiques d'art :

  • Sainte-Beuve, poète et romancier, élève la critique au rang d'œuvre littéraire à part entière avec ses Portraits (1844 à 1871) et ses Lundis (1851−1875).
  • Baudelaire commente plusieurs salons entre 1845 et 1859, aiguisant ainsi son œil et son sens critique, et affinant son esthétique personnelle.
  • Zola publie dans divers journaux des critiques littéraires et des critiques d'art. Il commente à son tour les salons, prenant notamment la défense des artistes réalistes tels que Manet, et édifie ainsi ses propres principes esthétiques à l'origine du naturalisme.
  • Les frères Goncourt, romanciers et fondateurs du célèbre prix Goncourt, écrivent dans leur Journal (publié dès 1887) des pages qui constituent de véritables morceaux d'anthologie de la critique littéraire et artistique.

 

b. La bataille d'Hernani

L'année 1830 est marquée par un événement littéraire majeur qui consacre la gloire des auteurs romantiques : la bataille d'Hernani. Victor Hugo, alors jeune poète et dramaturge, écrit et fait monter un drame romantique intitulé Hernani.

Les premières représentations suscitent immédiatement le scandale et, très vite, deux clans s'organisent :

  • Les adversaires de Hugo reprochent à la pièce de ne pas respecter les règles établies à l'époque classique et de mélanger les genres.
  • Ses partisans, les romantiques (parmi lesquels Gautier et Nerval), aux cheveux longs et aux tenues excentriques, entendent faire souffler un vent de jeunesse et de révolte sur le théâtre français.

 

Les deux clans s'invectivent d'un bout à l'autre du théâtre et en viennent même aux mains. « Cette soirée décida de notre vie ! », écrit Théophile Gautier à propos de la première d'Hernani.

La « bataille » prend un caractère épique et spectaculaire, est relayée par la presse, fait la une des journaux. La pièce connaît un très grand succès et reste à l'affiche pendant plus de quatre mois, consacrant ainsi l'avènement du drame romantique. Hugo devient ainsi le chef de file des jeunes Romantiques qui se rangent sous sa bannière lors de cette bataille.

 

c. Le procès de Madame Bovary de Flaubert

En janvier 1857 est publié en revue le roman Madame Bovary de Flaubert, encore inconnu du public. L'auteur est immédiatement attaqué en justice pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs », dans un contexte de rigueur morale et religieuse imposée par Napoléon III.

Les principaux protagonistes de ce procès sont :

  • Ernest Pinard, procureur impérial. Dans son réquisitoire, il reproche au roman de représenter l'adultère sans le condamner (le narrateur se voulant impassible) et d'offrir l'image d'une femme qui exerce un charme dominateur sur des hommes qu'elle corrompt.
  • Jules Senard, célèbre homme politique et avocat. Il prend la défense de Flaubert, attestant de sa bonne morale. Dans sa plaidoirie, il s'efforce de démontrer que l'adultère est puni dans le roman puisque la destinée du personnage s'achève dans d'atroces souffrances.

 

À l'issue du procès, Flaubert est acquitté et le roman est publié en volume au mois d'avril. Le scandale occasionné par le procès contribue au succès de l'œuvre, mais laisse au romancier un goût amer.

 

d. Le procès des Fleurs du Mal de Baudelaire

Au mois d'août 1857, le recueil poétique Les Fleurs du Mal de Baudelaire, publié en juin, est traîné en justice pour le même motif que Madame Bovary de Flaubert quelques mois auparavant : « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ».

Les principaux protagonistes de ce procès sont :

  • Ernest Pinard, procureur impérial, qui avait attaqué Madame Bovary de Flaubert. Il prononce le réquisitoire, reprochant au recueil de manquer à la pudeur et de proposer des « peintures lascives », c'est-à-dire érotiques.
  • L'avocat du poète : Il défend la liberté créatrice et la beauté de l'œuvre. Il affirme également que le poète peint le vice pour le condamner. Sa plaidoirie ne convainc pas la cour.

À l'issue du procès, l'œuvre est condamnée en raison de « passages ou expressions obscènes et immorales ». Baudelaire et son éditeur doivent payer une amende et retirer six poèmes du recueil. Cette décision de justice offusque l'auteur qui se sent plus que jamais incompris.

II

Les XXe et XXIe siècles : l'ère des ruptures

A

Repères chronologiques et contexte historique

-
-

Le XXe siècle est marqué par des conflits mondiaux sans précédent, du début de la Première Guerre mondiale à la fin de la guerre froide en 1991. L'instauration du régime communiste en Russie, fasciste en Italie et du national-socialisme en Allemagne révèle des conceptions opposées de la notion de société.

À l'issue des guerres d'Indochine et d'Algérie, la Ve République est fondée par le général de Gaulle qui revient au pouvoir en 1958. Il le quitte en 1969 après les révoltes étudiantes de mai 1968. La crise économique qui s'amorce dans les années 1970 exacerbe les problèmes liés au chômage et creuse les inégalités sociales.

Le XXe siècle est aussi un siècle d'immenses progrès scientifiques et techniques. Par ailleurs, la mondialisation des échanges commerciaux entraîne une profonde mutation de la société de consommation dès les années 1960.

Tout au long du XXe siècle, le public se passionne pour le débat politique. La presse d'opinion relaie l'information, se fait clandestine sous l'Occupation. Depuis 1945, elle ne cesse de gagner en liberté d'expression et devient le quatrième pouvoir sous la Ve République.

B

Œuvres, auteurs et genres majeurs

1

La Première Guerre mondiale et l'entre-deux-guerres

De nombreux écrivains témoignent de la violence de la Première Guerre mondiale. Les intellectuels se mobilisent et s'insurgent contre les dangers du totalitarisme. Leurs voix s'élèvent pour défendre les libertés en péril et pour clamer des valeurs humanistes.

La crise américaine de 1929 atteint l'économie des pays d'Europe. En France, l'extrême droite s'incline face au Front populaire qui propose de nombreuses réformes sociales. Mais les démocraties occidentales ne s'opposent pas au national-socialisme et la guerre éclate en 1939.

Guernica de Picasso est un des tableaux les plus célèbres du monde. Le peintre le réalise en 1937, durant la guerre civile espagnole, après les bombardements par l'aviation allemande et italienne du village de Guernica au nord de l'Espagne. Quand un officier allemand, en lui montrant une reproduction de son tableau, demande à Picasso si c'est lui qui a fait ça, il répond : « Non, c'est vous ! ».

2

Le combat des écrivains pour la liberté sous l'Occupation

Pendant la Seconde Guerre mondiale, nombreux sont les auteurs et artiste qui publient clandestinement des ouvrages pour défendre les valeurs de la Résistance. Si les artistes sont les témoins de leurs temps, certains participent activement et s'engagent dans la Résistance comme Albert Camus, Paul Éluard et Louis Aragon.

Paul Éluard s'engage dans la Résistance. Le poème « Liberté » écrit en 1942 est un des plus célèbres textes engagés de cette époque. C'est un hymne à l'espoir qui était parachuté dans les maquis pour soutenir les résistants.

[...]

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

Paul Éluard, extrait de « Liberté », Poésie et Vérité, 1942

3

Les grandes questions éthiques et sociales du monde moderne et contemporain

a. La négritude

Dans les années 1930, un mouvement de libération de l'homme noir voit le jour sous l'égide de trois intellectuels : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas.

Aimé Césaire (1937−1963)
Aimé Césaire (1937−1963)

Le terme « négritude », inventé par Césaire, désigne l'ensemble des valeurs culturelles propres aux Noirs. Il la définit ainsi : « La négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, et l'acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture. »

Ce mouvement est à l'origine d'une large production d'ouvrages à la fois artistiques, littéraires et politiques. La négritude trouve dans le genre poétique en particulier un moyen d'expression de son identité : Damas publie Pigments, Césaire publie Cahier d'un retour au pays natal et Senghor publie Chants d'ombre, Hosties noires et Éthiopiques. Leurs recueils sont couronnés de succès.

Léopold Sedar Senghor (1906−2001)
Léopold Sedar Senghor (1906−2001)

Si les textes poétiques de ce mouvement s'inscrivent dans une démarche qui a pour objectif de rendre à tout un peuple sa dignité et de permettre son émancipation, les trois hommes agissent aussi sur le plan politique pour mettre en œuvre leurs idées :

  • Senghor obtient un poste ministériel à deux reprises, puis il est député du Sénégal avant d'être élu premier président de la République du Sénégal en 1960.
  • Damas œuvre pour moderniser la société guyanaise.
  • Aimé Césaire est maire de Fort-de-France de 1945 à 2001. Il poursuit par ailleurs son combat pour lutter contre la colonisation. Selon lui, le peuple africain doit s'affranchir de la culture occidentale pour revendiquer sa propre culture et les racines de sa civilisation. La négritude devient alors aussi un instrument de libération politique.

On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

Aimé Césaire

Discours sur le colonialisme

1950

Aimé Césaire fait une analyse critique de l'idéologie colonialiste. Il accuse les dirigeants européens d'avoir colonisé le monde au nom de la civilisation.

b. Le féminisme

Les femmes obtiennent le droit de vote en 1944 et le principe d'égalité entre hommes et femmes est inscrit dans la Constitution en 1946. Malgré ces acquis, des voix s'élèvent pour dénoncer la condition féminine et réclamer une véritable évolution des mentalités, dans une société où la femme demeure généralement dépendante de son mari et cantonnée au domaine domestique.

Simone de Beauvoir (1908−1986)
Simone de Beauvoir (1908−1986)

Simone de Beauvoir publie Le Deuxième Sexe en 1949. Elle y affirme avec force : « On ne naît pas femme : on le devient. » En effet, pour Simone de Beauvoir, l'identité féminine est le produit de l'éducation et de la culture. La femme, éduquée dès l'enfance dans un environnement familial, social et culturel qui lui inculque son infériorité par rapport à l'homme, ne peut se concevoir autrement que comme relative à l'homme. Pour Beauvoir, les conditions de l'avènement de « la femme indépendante » sont :

  • l'accès au travail et l'indépendance matérielle ;
  • l'indépendance intellectuelle et la liberté morale.

 

L'œuvre de Beauvoir constitue une étape majeure dans l'histoire de la libération des femmes.

Le Mouvement pour la libération des femmes (MLF) devient très actif dans les années 1970 et le débat se concentre sur la question de la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse. En 1971, alors que l'avortement est encore interdit, un manifeste de 343 femmes (parmi lesquelles Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Jeanne Moreau et Françoise Sagan) est publié : celles-ci déclarent avoir avorté clandestinement et réclament la légalisation de l'avortement. En 1972, au « Procès de Bobigny », l'avocate Gisèle Halimi défend dans une plaidoirie devenue célèbre sept femmes inculpées pour avortement. Enfin, grâce à l'action de la députée Simone Veil, une loi est votée en 1975, permettant aux femmes de disposer de leur corps.

C'est sur ces bases que la réflexion sur l'égalité entre hommes et femmes et sur la condition féminine se prolonge à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle avec :

  • des philosophes comme Élisabeth Badinter (L'un est l'autre. Des relations entre hommes et femmes, 2002) ;
  • des anthropologues comme Françoise Héritier (Masculin/Féminin, 1996)
  • des écrivaines comme Virginie Despentes (King Kong théorie, 2006), Annie Ernaux (Mémoire de fille, 2016), Nancy Huston (Reflets dans un œil d'homme, 2012).

Je suis plutôt King Kong que Kate Moss, comme fille. Je suis ce genre de femme qu'on n'épouse pas, avec qui on ne fait pas d'enfant, je parle de ma place de femme toujours trop tout ce qu'elle est, trop agressive, trop bruyante, trop grosse, trop brutale, trop hirsute, trop virile, me dit-on.

Virginie Despentes

King Kong théorie

2006

Virginie Despentes dénonce la condition des femmes dans un pamphlet sur un ton polémique et provocateur.

c. La société de consommation

En 1970, Jean Baudrillard écrit La Société de consommation, un ouvrage sociologique et philosophique essentiel pour comprendre la société et le système culturel contemporains. Cet essai est caractéristique d'une époque  : celle des années 1960−1970 et du développement de la consommation de masse.

Pour Baudrillard, la consommation est devenue un marqueur social, et non une source de satisfaction. L'homme moderne ne consomme plus pour répondre à ses besoins. Il vit dans une surabondance de produits et d'objets dont il est devenu dépendant. Par ailleurs, l'avènement de la publicité accroît encore le désir de consommation.

La société promet aux individus non autre chose mais plus de la même chose. L'intensité est donnée comme un gage de bonheur. Mais ce désir va de pair avec une frustration grandissante. La société de consommation creuse donc les inégalités.

La compression Ricard de César en 1962 invite le spectateur à s'interroger sur une société qui produit des déchets en masse. Il compresse une automobile et transforme ainsi la nature même de l'objet puisque la voiture abandonne sa fonction première.

Regarde les lumières mon amour est un récit d'Annie Ernaux publié en 2014. Elle plonge le lecteur dans l'univers d'un hypermarché pour y décrypter avec un œil acéré les stratégies commerciales qui manipulent le consommateur.

4

La place de la presse et des médias dans la société des XXe et XXIe siècles

La période qui s'étend de la fin du XIXe siècle à nos jours est marquée par l'émergence des médias de masse dont le pouvoir ne va cesser de grandir. Sous toutes ses formes, de la presse en passant par la télévision et la radio et plus récemment par Internet, les médias jouent un rôle prépondérant dans la société. Ceci explique pourquoi les pouvoirs économiques et politiques y prêtent une attention particulière et tentent parfois de les influencer.

 

a. La presse de 1900 à 1945

La presse souffre de la censure pendant la Première Guerre mondiale, ce qui engendre une profonde restructuration de la profession après l'armistice. En 1918, le syndicat des journalistes impose une charte de déontologie.

Certains écrivains prennent part aux débats d'idées et défendent la liberté contre l'intolérance à travers la presse, comme Charles Péguy qui fonde en 1900 Les Cahiers de la quinzaine.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, deux types de presse s'affrontent :

  • contrôlés par le régime de Vichy et clairement collaborationnistes, les médias officiels sont au service de la propagande ;
  • des publications clandestines, comme par exemple Les Lettres Françaises, sont l'œuvre de la Résistance qui parvient à émettre des messages sur les ondes françaises depuis Londres.

 

b. La presse de 1945 à 1981

À la Libération, les journaux collaborationnistes sont interdits. En 1944, l'Agence France-Presse, placée sous la tutelle de l'État, permet de centraliser l'information. De nombreux journaux voient le jour :

  • Le Monde en 1944, fondé par un ancien résistant, Hubert Beuve-Méry ;
  • L'Express en 1953 ;
  • Le Nouvel Observateur en 1964.

 

L'émergence de ces titres montre un réel engouement du public pour l'information.

Les médias deviennent alors un moyen d'expression privilégié pour les hommes politiques mais aussi pour les intellectuels :

  • La radio officielle est placée en 1945 sous la tutelle de l'État.
  • Le photo-journalisme fait son apparition avec Henri Cartier-Bresson.
  • La télévision est mise au service de l'État mais cela suscite des critiques.

Les écrivains participent à la vie politique en publiant régulièrement des articles dans la presse.

Entre 1952 et 1970, François Mauriac, écrivain engagé aux côtés du général de Gaulle, rédige dans divers journaux (L'Express, Le Figaro) un billet d'humeur hebdomadaire intitulé « Bloc-notes ».

De 1944 à 1947, Albert Camus est rédacteur en chef et éditorialiste au journal Combat et signe 165 articles politiques dans lesquels il défend sa conception de la justice et de la liberté.

Albert Camus (1913−1960)
Albert Camus (1913−1960)

c. La presse de 1981 à nos jours

La fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle sont profondément marqués par l'avènement d'Internet qui devient une source d'information difficile à concurrencer pour la presse écrite. Depuis 1993, les sites d'information se multiplient sur la toile attirant un public de plus en plus large, à commencer par les jeunes générations. Mais l'ouverture de cet espace de parole sans frontières pose le problème fondamental de la déontologie : les opinions personnelles ne doivent pas être confondues avec le travail des journalistes qui œuvrent pour que le public ait accès à une information fiable.