L'histoire du théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle Cours

Sommaire

IIntroduction : les origines du théâtreALe théâtre grec1La tragédie grecque2La comédie grecqueBLe théâtre médiévalIILe XVIIe siècle : de l'irrégularité baroque à l'unité du classicismeARepères chronologiques et contexte historiqueBŒuvres, auteurs et genres majeurs1Le théâtre baroque (1580−1660)2Le théâtre classique (1660−1685)IIILe XVIIIe siècle : le théâtre des LumièresARepères chronologiques et contexte historiqueBŒuvres, auteurs et genres majeurs1Le déclin de la tragédie2Marivaux et la comédie « sérieuse »3La naissance d'un nouveau genre : le drame bourgeois4Beaumarchais et la comédie : un instrument de critique socialeIVLe XIXe siècle : le théâtre, miroir d'une société en pleine mutationARepères chronologiques et contexte historiqueBHugo et la naissance du drame romantiqueVLe théâtre aux XXe et XXIe siècles : la remise en question des formes traditionnellesARepères chronologiques et contexte historiqueBŒuvres, auteurs et genres majeurs1Le retour du tragique d'inspiration mythologique (l'entre-deux-guerres)2Le théâtre engagé (dans les années 1940)3Le théâtre de l'absurde (dans les années 1950)4Le théâtre contemporain (des années 1980 à nos jours)
I

Introduction : les origines du théâtre

Étymologiquement, le mot « théâtre » vient du grec theatron désignant l'enceinte réservée aux spectateurs dans les théâtres antiques. À l'origine, ce terme désigne donc le lieu d'où l'on regarde.

  • L'origine religieuse : Le théâtre grec naît des fêtes données en l'honneur de Dionysos. Un poème lyrique est chanté et dansé en l'honneur du dieu du vin par le chœur autour de l'autel.
  • La portée politique : À partir de 534 av. J.-C., ces fêtes deviennent nationales et les représentations théâtrales sont un moyen de faire participer tout un peuple à la célébration d'un passé légendaire. Le théâtre devient alors l'expression d'une culture populaire.
A

Le théâtre grec

1

La tragédie grecque

La tragédie grecque naît à Athènes au Ve siècle av. J.-C. Elle reprend les légendes et les grands mythes :

  • la guerre de Troie ;
  • les conflits des Atrides ;
  • les malheurs d'Œdipe ;
  • la malédiction pesant sur une lignée comme celle de Phèdre.

Selon Aristote, la tragédie doit édifier le spectateur selon le principe de la catharsis en lui inspirant terreur et pitié.

Les trois grands auteurs de tragédies grecques sont :

  • Eschyle ;
  • Sophocle ;
  • Euripide.
Catharsis

La catharsis désigne la « purgation des passions ». Le spectateur éprouve d'abord de la compassion pour le héros auquel il s'identifie. Puis, face aux crimes perpétrés, il ressent de la terreur. Elle est telle qu'il se purge de ses mauvaises passions.

Dans Œdipe roi (vers 425 av. J.-C.), Sophocle raconte l'enquête que mène le héros, Œdipe, pour découvrir qui est le meurtrier du roi Laïos. En effet, l'oracle lui a annoncé que la ville de Thèbes sera en proie au terrible fléau de la peste tant que le coupable ne sera pas puni.

2

La comédie grecque

La comédie grecque naît à l'occasion des fêtes en l'honneur de Dionysos. Son intrigue est centrée sur l'actualité politique, sociale et littéraire.

Les deux grands auteurs de comédies grecques sont :

  • Aristophane ;
  • Ménandre.

Le théâtre latin plagie largement le théâtre grec. Les trois auteurs de théâtre latin les plus illustres sont :

  • Plaute ;
  • Térence ;
  • Sénèque.
B

Le théâtre médiéval

Le théâtre médiéval est abondant et varié. Théâtre sacré et théâtre profane cohabitent.

Le théâtre sacré retrace l'histoire sainte de la Création à la Résurrection pour instruire les fidèles. Les pièces sont jouées dans les églises et cathédrales ou sur leur parvis.

Le théâtre profane est d'inspiration comique et se joue sous différentes formes :

  • La farce met en scène deux personnages qui se disputent et en viennent aux coups.
  • La sotie met en cause la société et ses institutions. C'est un théâtre plus engagé.
  • La moralité a un caractère plus didactique.
II

Le XVIIe siècle : de l'irrégularité baroque à l'unité du classicisme

A

Repères chronologiques et contexte historique

-

Le XVIIe siècle s'ouvre historiquement en 1598 avec la signature de l'édit de Nantes par lequel le roi Henri IV accorde aux protestants le droit de célébrer librement leur culte. Il met ainsi fin aux guerres de religion qui ont ensanglanté le pays depuis plus de vingt ans. Sa mort en 1610 va cependant affaiblir le pouvoir royal. Les nobles prennent de plus en plus de liberté. Successivement, les ministres Richelieu et Mazarin doivent affronter complots et frondes.

Après l'optimisme des premiers humanistes au XVIe siècle, les valeurs du monde occidental sont remises en question : les grandes découvertes ont entraîné l'esclavage et le génocide des Indiens du Nouveau Monde ; les guerres de religion puis la Fronde menacent la stabilité politique de la France. Au sein de la religion catholique se développe un courant idéologique, le jansénisme, selon lequel l'homme est prédestiné au salut divin ou à la damnation dès sa naissance.

Louis XIV favorise l'essor des arts et des lettres :

  • Il protège Molière dans les différentes querelles qui l'opposent à l'Église catholique.
  • Il encourage les comédies qui embellissent les fêtes de Versailles et de Chambord.
  • Il consacre la gloire de Bossuet ou de Racine en les nommant historiographes.

Mais la monarchie autoritaire du Roi-Soleil a remplacé les héros du début du siècle par les courtisans. La nouvelle société de cour est faite d'intrigues et d'hypocrisie.

Ce contexte politique et religieux trouve un écho en littérature et notamment au théâtre qui reflète à la fois un goût pour la liberté et une volonté de faire régner l'ordre. En effet, certains auteurs se prononcent en faveur du développement de la liberté d'esprit et refusent de se plier aux règles que tentent d'imposer leurs détracteurs. Ces derniers, profondément marqués par l'héritage antique, composent leurs pièces en suivant les règles des Anciens notamment celles de la Poétique d'Aristote.

Malgré ces oppositions, le Grand Siècle est l'époque la plus brillante du théâtre français. Il suscite l'intérêt d'un public très varié. Plusieurs salles de spectacle s'ouvrent à Paris et accueillent des troupes régulières. Les pièces sont aussi jouées à la cour, au Louvre puis à Versailles.

B

Œuvres, auteurs et genres majeurs

1

Le théâtre baroque (1580−1660)

Les inquiétudes, notamment liées aux troubles politiques, s'expriment dans le domaine artistique par une nouvelle esthétique : l'art baroque.

Le terme « baroque » vient du portugais barrocco qui désigne une perle irrégulière.

En France, ce mouvement s'exprime surtout dans le genre théâtral. Certains auteurs manifestent la volonté de s'écarter des règles strictes qui annoncent celles du théâtre classique. Ils expriment surtout une vision particulière de l'homme et du monde : le monde n'est qu'une illusion, un vaste théâtre où l'homme joue un rôle et avance masqué.

La tragédie baroque est marquée par les thèmes suivants :

  • le macabre ;
  • la souffrance ;
  • la fragilité et l'inconstance de l'homme ;
  • la victoire de la mort.

 

La comédie baroque est marquée par les caractéristiques suivantes :

  • la mise en abyme par le principe du « théâtre dans le théâtre » ou les jeux de miroir ;
  • la fragilité du destin ;
  • le mélange des tons : à la fois trivial et précieux.
-

Pierre Corneille commence sa carrière en écrivant des comédies baroques avant de se tourner vers la tragédie. Il accorde une place importante à la peinture des caractères et des mœurs. Peu enclin à se plier aux règles de vraisemblance et de bienséance, il multiplie les intrigues complexes et privilégie l'éloquence et le lyrisme de ses personnages.

La tragi-comédie Le Cid, qu'il fait jouer en 1636, va marquer un tournant dans l'histoire du théâtre. Corneille trouve dans ce genre l'occasion de saisir toutes les nuances de l'amour. Le Cid remporte un immense succès auprès du public mais Richelieu, défenseur d'un théâtre régulier et respectueux des règles des Anciens, monte une cabale contre lui, connue sous le nom de « querelle du Cid ».

Corneille va, pour un temps, se plier aux règles et s'ouvre alors une nouvelle ère : celle du théâtre classique.

Dans Le Cid, Chimène et Rodrigue s'aiment et vont se marier mais une violente querelle éclate entre leurs pères, Don Gormas et Don Diègue, à l'occasion de laquelle le premier gifle le second. Pour laver cet affront, le père de Rodrigue demande à son fils de le venger. Le jeune homme se retrouve face à un terrible dilemme : pour sauver l'honneur de sa famille, il devra vaincre en duel le père de la femme qu'il aime.

2

Le théâtre classique (1660−1685)

L'esthétique classique s'épanouit entre le début du règne de Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes, c'est-à-dire l'apogée de la monarchie absolue. Le roi favorise toute forme d'expression artistique susceptible de le célébrer. En codifiant le spectacle théâtral, il lui assigne également un but moral : l'honnête homme doit éviter tout débordement et tempérer ses passions.

Les principes du classicisme sont les suivants :

  • imiter les Anciens qui sont présentés comme des modèles inégalables ;
  • respecter les règles établies dans un souci de clarté.

 

En effet, le pouvoir royal cherche à éviter une nouvelle instabilité politique et à affirmer son autorité. Cela conduit à la création de plusieurs académies, dont l'Académie française. Les règles classiques sont rédigés dans ce contexte et formulées par l'abbé d'Aubignac.

Dans L'Art poétique (1674), Boileau détaille les règles classiques.

Citation de Boileau Règle classique
Le secret est d'abord de plaire et de toucher. Instruire et de plaire (placere et docere), toutes les autres servent celle-là.

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

La vraisemblance : L'action représentée doit être crédible et cohérente.

Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose :

Les yeux, en le voyant, saisiront mieux la chose ;

Mais il est des objets que l'art judicieux

Doit offrir aux oreilles et reculer des yeux.

La bienséance : Les spectacles ne doivent pas être choquants. Les démonstrations de violence physique ou d'intimité sont interdites.

Ce qui ne peut être représenté est raconté.

Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli

Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.

Les trois unités :

  • Unité de temps : La durée de l'intrigue doit se rapprocher le plus possible de la durée du spectacle (pas plus de 24 heures).
  • Unité de lieu : L'intrigue doit se dérouler dans un lieu unique.
  • Unité d'action : L'intrigue doit se concentrer un événement majeur.

Comédie et tragédie sont bien distinctes d'autant que la comédie est toujours considérée comme dangereuse par l'Église qui excommunie les acteurs. Cette distinction vient des Anciens et n'existe pas à l'étranger.

a. La tragédie classique

Les auteurs de la tragédie classique doivent particulièrement respecter les règles classiques, car la tragédie s'impose comme la forme dramatique majeure.

-

Pierre Corneille s'adapte à l'esthétique classique à partir de 1640, tout en s'accordant quelques libertés. Il traite de sujets antiques dans les dix-sept pièces, tragédies historiques et politiques puis tragédies bibliques, qu'il écrit.

La générosité et l'orgueil vertueux caractérisent les héros cornéliens qui sont déchirés entre l'amour et le devoir.

Dans Cinna (1641), Émilie, la fille adoptive d'Auguste, conspire pour faire assassiner l'empereur qui a jadis tué son père. Elle demande à son amant Cinna de l'aider à accomplir son dessein. Malgré l'amour qu'il éprouve pour elle, le jeune homme ne peut se résoudre à assassiner celui qu'il considère comme son père.

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Jean Racine, le jeune rival de Corneille, emprunte principalement ses sujets à la mythologie et à l'histoire antique.
Il s'attache à peindre la fatalité des passions. Son héros est la proie d'un déchirement intime : en éprouvant un amour irrépressible, il se détourne de son devoir moral et court à sa perte. Marqué par le jansénisme, le théâtre de Racine met en scène un héros qui, victime de ses faiblesses, ne peut échapper à son destin.

Dans Britannicus (1669), le jeune empereur Néron a fait enlever Junie, l'amante de son frère adoptif Britannicus. Quand il comprend qu'il ne pourra pas la contraindre à l'aimer, il décide de tout mettre en œuvre pour faire souffrir les amants et découvre à cette occasion le plaisir que cela lui procure.

Dans Phèdre (1667), Racine montre les ravages de la passion : Phèdre se meurt d'amour pour Hippolyte qui est le fils de son époux Thésée. Elle tente en vain d'échapper à cette passion qu'elle avoue à sa confidente Œnone puis à Hippolyte lui-même qui la repousse. Quand elle comprend qu'il en aime une autre, une jalousie terrible s'empare d'elle qui la pousse à accuser le jeune homme d'avoir voulu la séduire. Thésée maudit son fils et en appelle à Poséidon pour le punir. Phèdre finit par avouer la vérité à son époux mais il est trop tard pour sauver Hippolyte.

b. La comédie classique

La comédie classique est considérée comme un genre moins noble que la tragédie :

  • Elle met en scène des personnages contemporains de l'époque classique, issus de la petite noblesse, des bourgeois et des valets.
  • Elle a pour finalité de dénoncer les travers de la société de son temps (tyrannie des pères, mariages arrangés, etc.). Elle a donc, comme la tragédie, une finalité moralisatrice.
-

Molière s'attache à peindre les défauts des hommes dont le pire est, à ses yeux, l'hypocrisie. Il reprend la formule d'Horace : Castigat ridendo mores (« Corriger les mœurs par le rire »).

Farces, comédies d'intrigue, de caractère et de mœurs, comédies-ballets sont l'occasion de rire des travers et des vices de la nature humaine. Les personnages se caractérisent par leurs comportements excessifs, ils sont dominés par leur passion et par leur égoïsme.

Avec Molière, la comédie devient une arme pour dénoncer les abus de la société de son temps. Quand il aborde des sujets graves, il se heurte à la censure. Il est l'auteur qui provoque le plus de contestations dans le paysage littéraire de la seconde moitié du XVIIe siècle.

Dans Dom Juan (1665), le héros séduit les femmes et les abandonne sans scrupules. Tout au long de la pièce, il défie le ciel sans jamais se repentir. Il reçoit des avertissements dont il ne fait pas cas et va jusqu'à faire l'éloge de l'hypocrisie.

III

Le XVIIIe siècle : le théâtre des Lumières

A

Repères chronologiques et contexte historique

-

Le XVIIIe siècle est connu comme étant le « Siècle des Lumières » : des idées nouvelles se répandent, diffusées et promues par des philosophes tels que Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau. La France et l'Europe sortent progressivement de l'obscurantisme religieux, grâce aux « lumières » de la raison. La monarchie absolue est de plus en plus remise en cause, et certaines voix réclament déjà la tolérance religieuse, les libertés d'expression et de pensée, la remise en cause des privilèges, ce qui aboutira à la Révolution française de 1789.

Le théâtre reste au XVIIIe siècle le divertissement par excellence : la production d'œuvres dramatiques est très abondante. Les grands chefs-d'œuvre sont joués à la Comédie-Française et de nouvelles salles de spectacle ouvrent leurs portes à Paris et en province, attirant un public très divers.

Les grands dramaturges du XVIIe siècle marquent de leur empreinte les auteurs du XVIIIe siècle. Ces derniers vont peu à peu s'adapter aux goûts d'un public qui réclame un jeu plus naturel et une intrigue libérée du carcan des règles classiques. Comme dans les autres genres littéraires, les dramaturges exercent leur liberté de pensée et développent leur esprit critique, ce qui engendre des tensions avec le pouvoir en place.

B

Œuvres, auteurs et genres majeurs

1

Le déclin de la tragédie

Sur le modèle de Racine, les auteurs écrivent encore des tragédies en cinq actes, en alexandrins, empruntant leurs sujets à l'Antiquité ou à l'histoire.

Mais le sort des personnages de haut rang ne touche plus le public qui se détourne de la tragédie au profit de la comédie et du drame, plus enclins à refléter ses aspirations personnelles.

2

Marivaux et la comédie « sérieuse »

Le public délaisse également la comédie classique pour s'intéresser à la comédie sérieuse qui a une finalité très moralisante.

Marivaux compose ses pièces pour les comédiens italiens venus en France en s'inspirant de l'esthétique de la commedia dell'arte (personnages traditionnels comme Arlequin/vivacité du jeu des acteurs). Il se libère des contraintes classiques et écrit en prose. Les désordres amoureux et leur analyse psychologique sont au cœur de ses vingt-sept comédies.

Dans Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), Silvia refuse, par amour-propre, d'avouer ses sentiments pour Dorante. En effet, elle croit qu'il est un valet. En réalité, il a pris l'apparence de son valet pour mettre ses sentiments à l'épreuve. Sans le savoir, elle utilise le même stratagème que lui et prend l'apparence de sa suivante Lisette. Quand les masques tombent, chacun peut laisser libre cours à ses sentiments et reprendre sa place de valet ou de maître.

-
3

La naissance d'un nouveau genre : le drame bourgeois

Le drame bourgeois s'adapte au goût du public dans la mesure où il met en scène des personnages issus de la bourgeoisie qui affrontent des épreuves quotidiennes. L'étude des passions laisse donc place à celle de la condition sociale et des désordres familiaux. Diderot théorise et défend ce nouveau genre qui propose une leçon de morale et de vertu.

4

Beaumarchais et la comédie : un instrument de critique sociale

Beaumarchais renouvelle le genre de la grande comédie inspirée par Molière. Il provoque le rire du spectateur grâce au rythme trépidant de ses intrigues et grâce à ses personnages hauts en couleur. Il renouvelle le type du valet de comédie en lui attribuant le rôle principal pour la première fois dans l'histoire du théâtre. Son œuvre s'inscrit dans le combat des Lumières et devient l'instrument d'une critique sociale : il remet en cause l'ordre établi, fustige les privilèges, dénonce la censure et l'arbitraire de la justice.

Dans Le Mariage de Figaro (1781), Figaro, valet du comte Almaviva, doit épouser Suzanne. Mais son maître veut exercer son droit de cuissage sur la malicieuse fiancée de Figaro. L'ingénieux valet va tout faire pour dénoncer les agissements du comte et déjouer ses plans. Ses propos révolutionnaires donnent à la comédie une portée satirique.

IV

Le XIXe siècle : le théâtre, miroir d'une société en pleine mutation

A

Repères chronologiques et contexte historique

-

Le XIXe siècle est un siècle politiquement troublé : les régimes se succèdent, renversés par plusieurs mouvements révolutionnaires (1830, 1848) ; les idées républicaines et progressistes s'imposent progressivement, donnant lieu à l'instauration d'une éphémère république en 1848 et à l'établissement définitif de la république en 1870.

La crise des valeurs qui marque le XIXe siècle entraîne un repli de l'individu sur lui-même. L'expression des sentiments personnels va dominer. Contrairement aux auteurs des Lumières qui se fondent sur le pouvoir de la raison à travers le discours, les auteurs du XIXe siècle vont se tourner vers un langage propre à exprimer toute la force des passions. Pour rendre compte de la complexité et de la singularité de l'âme, la littérature et notamment le théâtre s'affranchissent logiquement des règles qui les régentent.

Le spectacle théâtral est toujours très apprécié par le public. Les grands acteurs sont adulés et riches et beaucoup d'auteurs doivent une partie de leur succès à ce genre.

B

Hugo et la naissance du drame romantique

Influencés par la découverte de Shakespeare, les dramaturges inventent un héros romantique, souvent marginal ou révolté, qui se caractérise par sa sensibilité et son tempérament passionné.

Les principales caractéristiques du drame romantique sont présentées par Victor Hugo dans la Préface de Cromwell :

  • Le drame romantique ne respecte plus les règles classiques (sauf l'unité d'action) car l'art n'est plus conçu comme l'imitation d'un modèle. L'alexandrin classique est assoupli par l'utilisation du rejet et du contre-rejet. Il est parfois remplacé par la prose.
  • Le théâtre permet de saisir le personnage dans son évolution pour rendre compte de tous les aspects du monde et de l'homme. Il se fait aussi le reflet de ses contradictions, sa beauté et sa laideur, sa dimension sublime et grotesque. Pour ce faire, le drame mêle comique et pathétique.
  • Ce genre théâtral a également une portée sociale et politique. Les héros se font les porte-paroles de leurs auteurs, dénonçant les privilèges des puissants et clamant leur idéal républicain.

Dans Hernani (1830), l'action se déroule sur plusieurs mois. Elle mêle intrigues sentimentale et politique. Trois hommes aiment la même femme, Doña Sol : son vieil oncle, Don Ruy Gomez qu'elle doit épouser, le roi d'Espagne Don Carlos et Hernani, un proscrit. Il est poursuivi par toutes les troupes du royaume parce qu'il a juré la mort du roi. Doña Sol s'est éprise du bandit ; elle est prête à le suivre quel qu'en soit le prix.

La bataille d'Hernani a lieu en 1830. Dès sa première représentation, la pièce fait scandale. Les Classiques, partisans de l'ordre, lui reprochent ses extravagances, font siffler les acteurs et tentent de la tourner en ridicule. Mais la pièce est un succès et les Romantiques triomphent.

Hernani a toutes les caractéristiques du drame romantique :

  • l'action se déroule sur plusieurs mois ;
  • les lieux sont multiples ;
  • des intrigues sentimentale et politique sont mêlées.

Sous le Second Empire, la scène théâtrale est surtout dominée par le vaudeville et la comédie de boulevard. Le public bourgeois affectionne les intrigues divertissantes.

V

Le théâtre aux XXe et XXIe siècles : la remise en question des formes traditionnelles

A

Repères chronologiques et contexte historique

-

Les deux guerres mondiales du XXe siècle abolissent un ordre du monde jusqu'alors apparemment stable, remettent en question l'idée même de civilisation et révèlent la monstruosité inhérente à l'homme. Ces traumatismes de l'histoire affectent durablement la littérature et les arts.

Ces traumatismes engendrent une crise morale et idéologique : les croyances et les valeurs morales communément admises et partagées sont désormais remises en question. Non seulement la foi a reculé depuis le XIXe siècle, mais de surcroît les notions de bien et de mal font l'objet de questionnements sans réponses, les idéaux apparaissent vains et illusoires.

Cette période de doute et de questionnement se manifeste également par une crise du sujet : la conception de l'individu comme maître de lui-même et de sa destinée est mise à mal, notamment par les découvertes de la psychanalyse qui révèlent l'existence de pulsions inconscientes en l'homme.

Enfin, cette crise affecte également le langage et la notion de sens. Le langage est mis en cause dans sa capacité à constituer un outil de communication et d'échange efficace. La possibilité de trouver un sens au monde et à la vie est questionnée : face à l'absurdité et l'étrangeté du réel, l'homme semble faible et démuni.

Les metteurs en scène, qui sont devenus essentiels dans la création des pièces, bouleversent l'espace théâtral et exploitent de nouvelles techniques lumineuses et sonores. Le théâtre se distingue du cinéma en soulignant la présence vivante de l'acteur et en cherchant plus de contact avec le spectateur. Certains s'installent dans des lieux non conçus pour le théâtre : Ariane Mnouchkine dans une ancienne cartoucherie et Antoine Vitez dans un hangar.

B

Œuvres, auteurs et genres majeurs

1

Le retour du tragique d'inspiration mythologique (l'entre-deux-guerres)

Les dramaturges de cette période orientent la scène vers des tendances humanistes et philosophiques. Ils renouent avec la tragédie et reprennent les mythes antiques. Cette relecture est l'occasion d'un débat moral et permet d'inviter l'homme à une réflexion universelle.

Les principales caractéristiques de ce théâtre sont :

  • Les auteurs réécrivent les textes antiques, les légendes de la mythologie grecque et latine tout en faisant allusion à l'histoire contemporaine.
  • Le ton n'est pas celui de la tragédie classique : les auteurs mêlent différents registres, ont souvent recours à l'humour et à la parodie. Ils exploitent aussi différents niveaux de langage et le vocabulaire est parfois tout à fait familier.

Dans La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935), Giraudoux reprend le mythe de la guerre de Troie. Au début de la pièce, Hector et Andromaque pensent encore que la guerre peut être évitée en rendant Hélène aux Grecs. Mais leur bonne volonté ne permet pas d'éviter le pire. La reprise de cette légende trouve un écho évident dans l'actualité à l'aube de la Seconde Guerre mondiale. Elle est une mise en garde contre la montée du nationalisme en Europe.

2

Le théâtre engagé (dans les années 1940)

Les deux guerres mondiales vont profondément marquer la production littéraire de cette époque. Les philosophies idéalistes sont remises en cause. Les auteurs en appellent à la prise de conscience et à la révolte. L'homme doit engager sa responsabilité et lutter contre l'angoisse d'une existence privée de sens en agissant individuellement et collectivement.

Le théâtre devient une tribune pour des dramaturges comme Jean-Paul Sartre et Albert Camus. Il est le reflet de leur vision du monde. Les intrigues de leurs pièces mettent en scène des héros qui exercent leur liberté d'action ou au contraire qui en sont privés et qui constatent cruellement quelles en sont les conséquences.

Sartre rédige Les Mains sales (1948) au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C'est la pièce de Sartre qui a remporté le plus de succès. Il y oppose deux conceptions de la révolte : l'idéologie révolutionnaire contre la conscience personnelle.

3

Le théâtre de l'absurde (dans les années 1950)

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le monde semble avoir perdu toute cohérence. Pour poser la question du sens de l'existence de l'homme et témoigner d'une profonde angoisse, les dramaturges imaginent un univers menaçant. Le vieillissement, la mort, l'enfermement, la peur et l'attente sont les thèmes récurrents du théâtre de l'absurde.

Ionesco, Beckett, Adamov contestent la logique rationnelle et les règles dramaturgiques. Ils remettent en cause :

  • La notion de personnage : les héros n'ont plus d'épaisseur psychologique.
  • La notion d'action : il n'y a plus ni intrigue ni ressort dramatique. Dans la vie des personnages, il ne se passe rien.
  • La notion de langage : devenu problématique, il ne permet plus de communiquer avec autrui. Les personnages ne se comprennent plus, n'utilisent pas les mots de la même façon, ce qui accentue encore leur solitude extrême.
  • La notion de temporalité : les pièces ne suivent plus une chronologie linéaire. Les scènes s'enchaînent de façon discontinue et sans logique. Le dénouement ne propose aucune résolution.

Dans En attendant Godot (1952), comme dans les autres pièces de Beckett, les personnages se contentent d'attendre qu'un événement survienne dans leur médiocre existence. Ici, Vladimir et Estragon sont deux vagabonds, des personnages solitaires, égarés et grotesques. Pendant toute la pièce, ils attendent un certain Godot dont on ne sait rien, sinon qu'il ne viendra pas. Leur attente vaine est une métaphore de l'existence humaine dépourvue de sens.

4

Le théâtre contemporain (des années 1980 à nos jours)

La notion de genre perd de sa pertinence avec le théâtre contemporain. Ce qui lui confère aujourd'hui sa spécificité, c'est la scène qui met en espace le texte sous toutes ses formes. Le metteur en scène est vu comme un créateur qui en propose une interprétation voire une réécriture.

Les dramaturges s'affranchissent des contraintes et imaginent de nouvelles formes. D'autres genres comme la danse, la musique ou le cinéma s'invitent dans le spectacle théâtral et enrichissent la représentation.

Certains thèmes marquent de façon évidente la production théâtrale contemporaine :

  • L'angoisse existentielle est au cœur d'un théâtre qui aborde les conflits meurtriers des dernières décennies, les faits divers ou les drames intimes.

Koltès s'inspire d'un fait divers pour écrire Roberto Zucco (1990) qui raconte l'histoire d'un tueur en série en cavale, du meurtre de ses parents à son suicide.

  • Le théâtre est aussi l'occasion d'une remise en question des valeurs de la société contemporaine, d'un regard critique sur ses aspects conventionnels. Il dénonce par ailleurs la violence d'un monde aux valeurs mercantiles.
     
  • La complexité des relations humaines est une des grandes thématiques du théâtre contemporain. Elle est liée notamment au problème du langage dont Ionesco disait qu'il est une « tragédie ». Les personnages, en quête du mot juste, tentent de s'exprimer au mieux face à des interlocuteurs qui ne les entendent pas, ou mal. Par leurs errances verbales, ils disent toute la difficulté qu'il y a à trouver une unité entre l'image que l'on a de soi et celle que les autres nous renvoient. La parole reste problématique et peine à résoudre les conflits.

Dans Pour un oui ou pour un non (1982), Nathalie Sarraute aborde la fragilité des relations humaines, avec leur rapport de force, leur lot de susceptibilité et de condescendance. Deux hommes, H1 et H2, occupent la scène. Ils sont amis d'enfance mais ne se voient plus depuis quelque temps. H1 vient trouver H2 chez lui pour lui demander des explications. La conversation d'une grande banalité va pourtant occuper les personnages pendant toute la pièce.

Dans Juste la fin du monde (1990) de Lagarce, le personnage principal, Louis, est malade. Après dix ans d'absence, il revient dans sa famille pour annoncer à ses parents, à son frère et à sa sœur qu'il va mourir. Leurs retrouvailles s'avèrent difficiles car d'anciennes querelles resurgissent.