Sommaire
ILa poésie par siècleALa poésie au XIXe siècle1Le romantisme2Le Parnasse (deuxième moitié du XIXe siècle)3Baudelaire, Verlaine, et Rimbaud, précurseurs du symbolisme4Le symbolisme (à partir de 1886)5Le décadentisme (fin du XIXe siècle)BLa poésie au XXe siècleIIAnalyser un texte de poésieAObserver la forme poétiqueBIdentifier les éléments de versification1La métrique2Le rythme3Les sonorités4Les strophes5Observer la tonalité dominante du poème Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 19/01/2026 - Conforme au programme 2025-2026
Le Larousse propose la définition suivante de la poésie : « Art d'évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l'union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers. »
Analyser un texte de poésie demande d'être attentif à la lecture à la fois du sens explicite du texte mais aussi des procédés mis en œuvre pour construire le texte. Il faut de plus avoir une série de connaissances liées à chaque époque afin de comprendre en quoi le texte s'inscrit dans une époque et reflète les aspirations de celle-ci.
La poésie par siècle
La poésie au XIXe siècle
Le romantisme
Le début du XIXe siècle est marqué par des mutations profondes de la société française, liées aux changements de mentalités à la suite de la Révolution française. La génération romantique manifeste son dépit face à la classe bourgeoise.
Les auteurs romantiques sont jeunes, révoltés, à la recherche d'un renouvellement des formes poétiques et de la liberté créatrice. Ils vont peu à peu se diriger vers une émancipation des formes poétiques : renouvellement des formes fixes et renouvellement de l'alexandrin.
Les plus désespérés sont les chants plus beaux.
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Alfred de Musset
Cette génération désabusée va exprimer ses angoisses dans ce que Musset appelle « le mal du siècle », offrant une poésie lyrique où les sentiments sont au cœur des textes, en réaction à la suprématie de la raison du siècle des Lumières. On constate une association forte entre l'homme et la nature, cette dernière servant de miroir aux états d'âme du poète. La contemplation de la nature et des ruines montre la médiation des auteurs romantiques sur le temps et la mort.
La poésie sert également de tribune pour livrer des combats et défendre des idées. On parle de poésie engagée au service des idées sociales : dénonciation de la misère, réflexion sur les injustices sociales, critique de la guerre.
Dans les Méditations poétiques d'Alphonse de Lamartine (1820), la contemplation de la nature sert de tableau pour exprimer les émotions (« Le Lac »).
Les Contemplations de Victor Hugo (1856) est un recueil qui déploie une poésie lyrique marquée par le deuil de la fille de l'auteur (« Demain dès l'aube ») mais aussi une poésie engagée où l'auteur dénonce la misère du peuple, l'exploitation des enfants (« Mélancholia »).
Les Destinées d'Alfred de Vigny (1864) est un recueil considéré comme « philosophique » qui permet au poète de réfléchir sur la condition humaine et la mort, comme dans « La Mort du loup ».
Le Parnasse (deuxième moitié du XIXe siècle)
Le lyrisme romantique finit par lasser. Les poètes demandent à la poésie de s'attacher à la perfection formelle, la recherche de la beauté. Les Parnassiens, collectif de poètes, se regroupent autour de Leconte de Lisle. Ils tirent leur nom du Parnasse, mont mythique où vivent Apollon et les Muses, dont la Muse de la poésie. Ils s'approprient l'esthétique de « l'art pour l'art » proposée par Théophile Gautier dès 1835 :
- retour aux formes classiques, comme le sonnet jugé forme parfaite ;
- retour aux thèmes mythologiques et antiques.
Dans Les Poèmes barbares de Leconte de Lisle, la peinture d'une nature sauvage sert de cadre à des scènes saisissantes.
Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid.
Théophile Gauthier
Mademoiselle de Maupin, préface
Baudelaire, Verlaine, et Rimbaud, précurseurs du symbolisme
Baudelaire, Verlaine et Rimbaud sont trois auteurs difficilement classables car ils ne relèvent pas d'un mouvement particulier. Ils ont néanmoins marqué l'histoire de la poésie par une écriture remarquable, audacieuse et novatrice. Ils ont ouvert la voie vers une poésie affranchie des règles classiques, qui va déboucher sur le symbolisme :
- Charles Beaudelaire écrit Les Fleurs du Mal en 1857.
- Paul Verlaine refuse la mode du réalisme dans la littérature, lui préférant une dimension plus symbolique. Il fait la place au monde du rêve et au pouvoir de la musicalité des vers.
- Arthur Rimbaud est un jeune poète dont la carrière sera fulgurante : il détourne les formes classiques de la poésie, offrant la voie à une émancipation créatrice qui inspirera les auteurs qui lui succèderont.
Les Illuminations de Rimbaud (1886) est un recueil qui expérimente les premières formes de vers libres.
De la musique avant toute chose
Et pour cela préfère l'impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose
Paul Verlaine
Jadis et Naguère, « Art poétique »
1884
Verlaine proclame les enjeux de la recherche poétique qu'il propose.
Les Fleurs du Mal de Baudelaire fera scandale et fera l'objet d'un procès en 1857 pour « outrage aux bonnes mœurs ». Certains poèmes seront censurés. Baudelaire explore les aspirations de la nature humaine, tiraillée entre le spleen (banalité de la vie) et l'idéal (quête de la beauté).
Le symbolisme (à partir de 1886)
Symbolisme
Le symbolisme est un courant artistique et littéraire qui refuse l'esprit scientifique et l'impersonnalité de « l'art pour l'art ». Les poètes cherchent à montrer comment le regard du poète peut transfigurer les choses et peut grâce à la poésie offrir une lecture symbolique du monde :
- recherche d'une langue nouvelle ;
- expérimentations de nouvelles formes poétiques (vers libres, prose) ;
- nouvelle typographie et disposition des vers ;
- recherche de la musicalité, des sonorités.
La Poésie est l'expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l'existence.
Stéphane Mallarmé
Un coup de dés jamais n'abolira le hasard
1897
Les sensations, les couleurs et la musique constituent la substance des vers.
Le décadentisme (fin du XIXe siècle)
Tristan Corbière et Lautréamont sont identifiés comme poètes « décadents » : face aux progrès techniques, ils affichent leur pessimisme et critiquent une société bourgeoise régie par la course à la productivité. Leur poésie oscille entre dérision, cynisme, provocations.
L'œuvre de ces poètes est mentionnée dans un recueil de Verlaine intitulé Les Poètes maudits, dans lequel sont cités Baudelaire, Rimbaud, Corbière et Lautréamont.
Les Amours jaunes de Tristan Corbière, poème « Le Crapaud ».
Les Chants de Maldoror de Lauréamont est une œuvre en prose composée de six chants. Cette œuvre inclassable inspirera la génération des poètes surréalistes.
La poésie au XXe siècle
Les poètes du XIXe siècle ont ouvert la voie à la modernité sous toutes ses formes. La libération des formes traditionnelles sera au centre de la création poétique de la première moitié du XXe siècle.
| Mouvement | Caractéristiques et thèmes-clés | Exemples |
|---|---|---|
| Avant 1918 |
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| Le surréalisme, années 1920 | Face à l'absurdité de la guerre, le mouvement dada revendique la liberté et l'extravagance. Cela va donner lieu au surréalisme, mouvement guidé par André Breton. Ses principes sont :
| Dans le Manifeste du surréalisme (1934), André Breton pose le principe de l'écriture surréaliste : « automatisme verbo-visuel ». |
| La poésie engagée d'après 1945 | Le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale conduit les poètes à être davantage « acteurs » de la vie politique. La fraternité et l'amour sont pour eux des voies de salut dans un monde tourmenté jusqu'à l'absurde. Avec la poésie de la Résistance, multiplication de revues par lesquelles on cherche à poser une « résistance intellectuelle », on remplace la barbarie par la pensée créatrice. La place de la femme aimée, comme Muse du poète, est centrale. |
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| La poésie depuis 1940 | Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le poète se montre comme un individu ancré dans son siècle, dont il reflète les mutations. Les thèmes trouvent leur source dans la simplicité du quotidien. |
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| La poésie oulipienne | Un collectif d'écrivains met au centre les jeux avec le langage et prend le nom d'Oulipo (ouvroir de littérature potentielle). Ils s'inscrivent dans la continuité des jeux de l'écriture surréaliste. Leur objectif est d'explorer toutes les potentialités du langage. | Raymond Queneau, Exercices de style (1947) : une même histoire est déclinée 99 fois, à la manière d'une fugue de Bach. |
| La poésie aujourd'hui | La poésie est beaucoup liée à la musique : rap, slam. Les poètes dénoncent souvent les travers de la société. | Abd al Malik et Grand Corps malade sont des musiciens qui explorent les rythmes du vers. |
Analyser un texte de poésie
Observer la forme poétique
La poésie dite « classique » s'efforce de respecter des formes fixes, tandis que la poésie dès le milieu du XIXe siècle va chercher à s'émanciper de cette tradition. Il est donc important de voir à quels critères répond le texte proposé.
| Les formes fixes | |
|---|---|
| L'ode | Poème lyrique dans lequel le poète présente un sentiment fort. Elle est composée de trois strophes (la strophe, l'antistrophe et l'épode) comportant chacune le même nombre de vers (10 vers de 8 syllabes). |
| Le rondeau | Forme du XIIIe siècle. Il est composé de trois strophes dont la 1re et 3e ont le même nombre de vers, tandis que la 2e n'en comporte que la moitié. Une partie de la strophe 2 est répétée, comme un refrain. |
| La ballade | Poème composé de 3 couplets de 8 à 10 vers et se terminant par une demi-strophe que l'on appelle « l'envoi ». Chaque couplet se termine par un vers refrain. |
| Le blason | Poème qui fait l'éloge du corps ou d'une partie du corps de la personne décrite. Le contre-blason insiste sur la partie du corps, avec une intention satirique. |
| Le sonnet | Il est composé de 2 quatrains et 2 tercets. Il comporte une chute à la fin du poème (aussi appelée « point ») qui indique l'effet recherché par l'auteur. Le sonnet est une structure très utilisée depuis le XVIe siècle. |
| La fable | Texte poétique, souvent en vers, comportant une morale au début ou à la fin. |
| Les formes libres | |
|---|---|
| Le calligramme | La forme du poème imite la forme du sujet traité. |
| Le vers libre | Leur longueur est souvent différente, on parle de vers hétérométriques. Cette forme apparaît vers le milieu du XIXe siècle. |
| Le poème en prose | On ne repère pas de forme particulière, il peut faire penser à un paragraphe. Sa forme poétique vient des images utilisées et de la recherche des effets sonores. |
| Le verset | Le poète semble suivre le mouvement de son souffle. Il se rapproche de la parole orale, pourtant le rythme peut permettre un découpage en segments métriques. |
Identifier les éléments de versification
La métrique
La métrique sert à compter les syllabes afin d'analyser les effets produits par le découpage du vers :
| Mètre | Le nombre de syllabe du vers : 6 syllabes (hexasyllabe), 8 syllabes (octosyllabe), 10 syllabes (décasyllabe) ou 12 syllabes (alexandrin) |
|---|---|
| Hémistiche | La moitié d'un vers |
| Césure | La coupe à la moitié d'un vers |
| Synérèse | Prononciation en une syllabe de deux voyelles qui se suivent (« lion » au lieu de « li-on ») |
| Diérèse | Prononciation en deux syllabes de deux voyelles qui se suivent (« li-on » au lieu de « lion ») |
| Le statut du « e » |
|
Le rythme
De manière traditionnelle, la pause rythmique correspond à une pause grammaticale dans la phrase. Lorsque le rythme et la syntaxe ne correspondent pas, cela peut signifier que l'auteur cherche à dépasser la tradition.
Rejet, contre-rejet et enjambement
| Rejet | Partie brève du vers qui se poursuit sur le vers suivant. |
|---|---|
| Contre-rejet | Partie brève du vers à rechercher dans le vers précédent. |
| Enjambement | Lorsqu'un groupe syntaxique (proposition, phrase complète) débute sur un vers et se termine sur le vers suivant. |
Les sonorités
Les sonorités permettent d'entendre les effets recherchés par l'auteur sur le plan harmonique.
- Allitération : reprise d'un même son consonne. Exemple : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine).
- Assonance : reprise d'un même son voyelle. Exemple : « Ô lac, l'année à peine a fini sa carrière » (Lamartine).
- Qualité des rimes :
- pauvre (un seul son en commun : français / javanais) ;
- suffisantes (deux sons en commun : monument / seulement) ;
- riches (trois sons en commun : contemple / temple).
- Disposition des rimes :
- plates ou suivies (aabb) ;
- croisées (abab) ;
- embrassées (abba).
Les strophes
| Strophe | Nombre de vers |
|---|---|
| Distique | 2 |
| Tercet | 3 |
| Quatrain | 4 |
| Quintil | 5 |
| Sizain | 6 |
| Septain | 7 |
| Huitain | 8 |
| Neuvain | 9 |
| Dizain | 10 |
| Onzain | 11 |
On parle de strophe isométrique quand, au sein d'une strophe, les vers comportent le même nombre de syllabes. Dans le cas contraire, on parle de strophe hétérométrique.
Observer la tonalité dominante du poème
Dans un poème, on peut identifier une ou plusieurs tonalités dominantes selon le genre du texte. La tonalité donne des indications sur les effets que l'auteur veut obtenir.
| Tonalité | Effets obtenus | Procédés littéraires |
|---|---|---|
| Tonalité lyrique | Permet l'expression des sentiments de l'auteur et vise à susciter l'émotion du lecteur. |
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| Tonalité élégiaque | Exprime la plainte et la douleur. | |
| Tonalité pathétique | Exprime la souffrance ou la tristesse de l'auteur, cherche à susciter la compassion du spectateur. |
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| Tonalité tragique | Présente dans les poèmes qui évoquent la perte d'un être cher ou la réflexion sur la mort. | |
| Tonalité épique | On cherche à susciter l'admiration devant les exploits d'un héros. |
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| Tonalité satirique | Lorsque le poète veut attaquer une cible en se moquant d'elle. |
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