L'eau et l'énergie : tension et gestion des ressources majeuresCours

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Comment réduire les tensions à propos des ressources et comment les gérer durablement ?

I

Des ressources sous tensions

A

Les conséquences environnementales de la surexploitation des ressources

1

Les impacts environnementaux de la surexploitation de l'eau

L'augmentation des besoins en eau d'une population mondiale croissante explique la surexploitation de cette ressource. Concernant l'eau, cette surexploitation se traduit par une baisse inquiétante des nappes phréatiques et des aquifères dans le monde. 

Dans le Nord de la Chine, le niveau des eaux souterraines a diminué de 40 mètres au cours des vingt dernières années.

En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la situation est particulièrement inquiétante dans les pays qui ont les moyens techniques et financiers pour prélever profondément, dans les aquifères, de l'eau fossile. Dans le monde, un aquifère sur 5 ne se rechargerait plus du fait des pompages excessifs. La surexploitation des eaux souterraines a des conséquences lourdes et visibles :

  • Affaissements de terrains observables dans plusieurs villes du monde.

En Iran, 10 % de la ville de Téhéran serait concernée. De même, la ville de Mexico s'enfonce de 8 cm par an, avec des conséquences fâcheuses pour les canalisations souterraines de distribution d'eau et d'énergie qui sont endommagées.

  • La surexploitation de l'eau qui entraîne une salinisation des sols et donc l'appauvrissement des terres agricoles. Ce phénomène est particulièrement inquiétant dans les régions où le débit des cours d'eau est en baisse avec l'effet des barrages et des pompages excessifs.
Eau fossile

L'eau fossile est une ressource en eau située dans les aquifères, considérée comme non renouvelable à l'échelle humaine car elle a mis plusieurs milliers d'années à se constituer.

La salinisation : un phénomène très avancé près de Masada en Israël
La salinisation : un phénomène très avancé près de Masada en Israël

Grand Parc Bordeaux, France, juillet 2012, © Wikipédia

En Asie centrale, la mer d'Aral entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan est, au milieu du XXe siècle, le quatrième lac d'eau salée au monde. Il voit sa superficie divisée par 9 entre 1960 et 2014. Ce recul s'explique par la réduction drastique du débit des deux fleuves qui l'alimentaient, l'Amou-Daria et le Syr-Daria, sous l'effet des pompages excessifs d'eau et des barrages construits sur les fleuves pour irriguer les cultures de coton. L'évaporation de l'eau et le sel balayé par les vents rendent les terres avoisinantes inutilisables pour l'agriculture.

La mer d'Aral a fortement reculé entre 1989 et 2008.
La mer d'Aral a fortement reculé entre 1989 et 2008.

Nasa et Zafirobblue05, octobre 2008, © Wikipédia

La qualité des eaux se dégrade fortement dans le monde avec l'utilisation massive d'intrants chimiques dans l'agriculture (engrais, pesticides) et les rejets industriels et urbains :

  • Dans les pays en développement, 80 % des eaux usées ne seraient pas traitées et rejetées directement dans la nature. 
  • 17 milliards de m3 d'eau seraient contaminés dans le monde par la production de combustibles fossiles. 

 

Certains cours d'eau ou lacs présentent des niveaux inquiétants de pollution : le Gange en Inde, le Niger, le Jourdain au Proche-Orient, le Mississippi aux États-Unis, le Rhône en France. Ces pollutions ont des conséquences sur la biodiversité mais également sur la qualité de l'eau qui peut devenir impropre à la consommation humaine.

La qualité de l'eau en Bretagne, du fait des rejets agricoles, la rend impropre à la consommation.

En 2019, un lac en Sibérie, près de Novossibirsk en Russie, a été popularisé par les réseaux sociaux du fait de son eau cristalline et turquoise au point d'attirer les touristes : en réalité, il s'agit d'une eau extrêmement toxique et dangereuse qui a été polluée par les rejets industriels de la ville et notamment d'une centrale thermique proche.

La surexploitation incontrôlée des eaux conduit à des gaspillages de la ressource. On estime qu'à l'échelle mondiale, environ 30 % de l'eau exploitée serait perdue dans les fuites en raison de la vétusté et le mauvais entretien des canalisations. Ce phénomène ne touche pas uniquement les pays en développement. 

À Montréal ou à Londres, les pertes d'eau liées aux fuites dépasseraient les 30 % de l'eau transportée. D'autres villes sont toutefois plus vertueuses, à l'image de Paris où les pertes se limitent à 3,5 %.

Le Mexique est un cas emblématique des problèmes de gaspillage de l'eau et de leurs conséquences sociales et environnementales. À Mexico, on estime que les fuites d'eau occasionnent 40 % de pertes d'eau : cela représente 1 000 litres d'eau à la seconde. Ainsi dans certains quartiers, les populations achètent, souvent à prix élevé, de l'eau livrée par des milliers de camions-citernes, parfois sous protection policière. C'est le cas des 2 millions d'habitants du quartier Iztapalapa. À cela s'ajoutent les problèmes de la qualité des eaux distribuées, si bien que le Mexique détient le record mondial de la consommation d'eau et de sodas en bouteille. Les Mexicains sont ainsi les premiers consommateurs de Coca-Cola. Or, pour produire 1 litre de cette boisson, il faut consommer 6 litres d'eau. La firme, qui s'est installée au Chiapas, consomme 100 millions de litres d'eau par an pour sa production tout en rejetant ses eaux usées dans les sols et les cours d'eau.

2

Les barrages : des aménagements utiles mais controversés

Depuis le milieu du XXe siècle, le nombre de barrages n'a cessé de s'accroître pour :

  • réguler les cours d'eau ;
  • irriguer les terres agricoles ; 
  • produire de l'électricité.

En 1950, on comptait 500 grands barrages dans le monde. Ils seraient 52 000 aujourd'hui, dont 45 % en Chine. 

Ces aménagements majeurs bouleversent les écoulements et le débit des fleuves avec des conséquences sur l'environnement comme la destruction de milieux et de la biodiversité sous l'effet, entre autres, du réchauffement des eaux. Ils sont dénoncés en raison des destructions de terres agricoles et de villages que leur construction implique et du grave risque d'inondation qu'ils représentent en cas de rupture accidentelle.

En Chine, la construction du barrage des Trois-Gorges, entre 1994 et 2012, a fortement bouleversé le fleuve Yangzi : 450 km2 de terres agricoles ont été inondés, 15 villes et 116 villages ont été détruits, entraînant le déplacement de 1,8 million d'habitants.

Le barrage des Trois-Gorges en Chine, au moment de sa mise en service en 2009
Le barrage des Trois-Gorges en Chine, au moment de sa mise en service en 2009

Rehman, septembre 2009, © Wikipédia

3

Les impacts environnementaux de la surconsommation des énergies fossiles

La croissance de la consommation énergétique repose encore très largement sur les énergies fossiles non renouvelables. À ce rythme d'exploitation, les gisements d'hydrocarbures facilement exploitables s'épuiseront à plus ou moins long terme au cours des prochaines décennies. Cette situation pousse les États et les entreprises à chercher de nouvelles ressources pour pouvoir satisfaire les besoins des populations. Il en résulte une stratégie pour en trouver et exploiter de nouveaux.

Les milieux extrêmes comme l'Arctique ou les milieux fragiles comme l'Amazonie font l'objet de prospections et de convoitises, particulièrement dans un contexte où les prix de l'énergie augmentent et où, par conséquent, la rentabilité des investissements s'améliore. Il devient alors possible d'exploiter des gisements difficiles d'accès ou nécessitant des moyens techniques poussés. C'est le cas des énergies non conventionnelles (pétrole ou gaz de schiste), les gisements offshore en eaux profondes ou en milieu polaire.

La principale conséquence à l'échelle globale de la forte consommation d'énergie est le changement climatique, avec les émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement de la planète. 

La Chine, les États-Unis, le Japon et l'Inde figurent parmi les plus gros émetteurs de la planète. Rapportée à la population de chaque État, l'émission de gaz à effet de serre des habitants suit logiquement la consommation d'énergie, en fonction du mode de vie. Les Canadiens, les Étatsuniens, les Saoudiens et les Qatariens font partie des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre.

Selon l'ONU, 60 % des émissions de gaz à effet de serre seraient liés aux énergies depuis leur extraction jusqu'à leur consommation : logements, industries, et surtout transports. 

L'exploitation, la transformation et le transport des énergies fossiles provoquent la pollution des eaux, des sols et de l'atmosphère. La vétusté des installations, le mauvais entretien des oléoducs et des gazoducs, provoquent des fuites d'hydrocarbures directement dans la nature. Selon Greenpeace, il y aurait environ 3 500 fuites par an au Nigeria, loin derrière la Russie et ses 20 000 fuites annuelles. Ce manque d'entretien s'explique par l'abondance de la ressource dans ces pays et le prix de vente élevé qui compense largement les pertes. Près de 15 % de la production russe est ainsi perdue. 

Périodiquement, des marées noires posent de réels problèmes à la fois pour la faune aquatique et pour les activités économiques liées à la mer : pêche, tourisme, etc.

La plateforme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par British Petroleum à 80 km au large des côtes américaines en Louisiane, a explosé en avril 2010, provoquant 11 morts. Il a fallu trois mois pour éteindre l'incendie et colmater les fuites de pétrole. Le coût de la catastrophe a été estimé à plus de 65 milliards de dollars. Au final, plus de 700 millions de litres de pétrole se seraient déversés dans le golfe du Mexique dont le quart subsisterait encore au fond de la mer.

Le recours massif aux énergies non renouvelables s'accompagne de risques pour les populations. 

L'exploitation du charbon en Chine, premier producteur mondial, est régulièrement ponctuée par des accidents miniers faisant plusieurs dizaines de morts chaque année.

La production d'énergie nucléaire est source de débats dans les pays qui se sont orientés vers ce type d'énergie.

En 2014, on comptait 439 réacteurs nucléaires dans le monde dont 60 % localisés dans cinq pays : États-Unis, France, Japon, Russie et Corée du Sud. La France, avec 58 réacteurs, possède le deuxième parc nucléaire au monde. Cela constitue un enjeu essentiel quand on sait qu'il assure 71 % de la production électrique du pays. 

Si l'énergie nucléaire présente l'avantage de ne pas émettre de gaz à effet de serre, plusieurs questions cruciales se posent dans les pays concernés : 

  • le stockage des déchets radioactifs non traitables ;
  • la sécurité et le risque d'accident nucléaire, après les catastrophes de Tchernobyl en Ukraine (1986) et de Fukushima au Japon (2011) ;
  • le coût du démantèlement des centrales nucléaires en fin de vie qui n'est souvent pas pris en compte dans le prix de cette énergie généralement bon marché.
B

Les tensions économiques et géopolitiques autour des ressources

1

L'eau : entre conflits d'usages et tensions internationales

Avec l'accroissement des besoins et le changement climatique, la question des conflits d'usage autour de l'eau se pose de plus en plus. Lors des épisodes de sècheresse, les pénuries d'eau obligent à prendre des mesures de restriction sur certains usages de cette ressource :

  • Chaque été, en France, des agriculteurs sont contraints de réduire l'irrigation de leurs cultures. 
  • EDF doit réduire l'activité de ses centrales thermiques et nucléaires lorsque le niveau des rivières est insuffisant, provoquant ainsi une baisse de la production d'énergie. 

 

Parfois, ces restrictions peuvent déboucher sur des tensions entre les différents usagers de l'eau. 

Aux États-Unis, en 2012, une sècheresse virulente a provoqué un conflit d'usage entre les agriculteurs qui irriguent les cultures de fruits et légumes ainsi que les plantations d'amandiers, et les firmes industrielles qui exploitent le pétrole et le gaz de schiste par fracturation hydraulique.

Les conflits d'usage peuvent être permanents dans certaines régions, obligeant les autorités à trouver de nouvelles sources d'approvisionnement (transferts d'eau, importations) pour satisfaire les besoins de tous les usagers. 

Au sud de l'Espagne, dans la région d'Almeria, la concurrence est permanente entre les habitants, les agriculteurs qui cultivent sous serres et les touristes dans les stations balnéaires.

La région d'Almeria, une région marquée par les conflits d'usages sur l'eau
La région d'Almeria, une région marquée par les conflits d'usages sur l'eau

Nasa, juillet 2008, © Jet Propulsion Laboratory, California Institue of Technology

L'Inde est un pays émergent où les conflits d'usage sur l'eau et l'énergie se posent de manière accrue. Dans le cadre de la Révolution verte, les autorités ont longtemps favorisé l'irrigation agricole pour augmenter la production de céréales. Pour cela, les agriculteurs qui ont les moyens d'investir dans des pompes bénéficient d'un accès facile à l'électricité pour puiser abondamment de l'eau dans les nappes phréatiques. 85 % de l'eau sont ainsi consommés par l'irrigation agricole, ce qui provoque des pénuries d'eau, au détriment de la consommation domestique des habitants mais aussi de la production d'électricité. L'irrigation consomme 20 % de l'électricité produite et l'Inde a fait le choix de privilégier les centrales thermiques au charbon, qui elles-mêmes consomment de l'eau. Cette situation est donc un cercle vicieux.

Révolution verte

La Révolution verte est une politique agricole expérimentée en Inde et diffusée dans d'autres pays en développement pour augmenter leur production agricole. Elle repose sur trois éléments : l'utilisation de variétés de céréales à haut rendement, l'usage d'intrants chimiques (engrais et pesticides) et l'irrigation des cultures.

Lorsque les ressources doivent être partagées entre plusieurs États, les concurrences peuvent aboutir à des tensions internationales autour d'un aquifère ou d'un fleuve. Selon l'ONU, il y a une hausse significative des conflits liés à l'eau depuis le début du siècle à l'intérieur des États ou entre États.

De 94 conflits entre 2000 et 2009, on serait passé à 263 conflits à propos de l'eau entre 2010 et 2018.

Il faut rester prudent quant à l'idée de voir des « guerres de l'eau ». Contrairement au pétrole, ces tensions se manifestent peu sous la forme de conflits armés : il s'agit davantage de tensions diplomatiques ou de mesures de rétorsions économiques. Si l'eau peut être facteur d'une guerre, elle n'en est jamais la cause exclusive. Certains fleuves sont devenus emblématiques de ces tensions sur l'eau : 

  • le Colorado entre les États-Unis et le Mexique ;
  • le Tigre ;
  • l'Euphrate ; 
  • le Jourdain au Moyen-Orient ;
  • le Nil en Afrique du Nord-Est, etc. 

 

Ces tensions sont souvent localisées dans les régions marquées par l'aridité et parfois dans des régions très arrosées, où l'eau présente un risque en matière d'inondation (Mékong). Elles opposent toujours les pays d'amont et d'aval et portent sur des sujets récurrents d'une région à l'autre : construction de barrages, dérivation du fleuve (canaux, transferts d'eau), création de périmètres irrigués, pollutions des eaux par des rejets chimiques et/ou industriels.

Le Mékong est un fleuve à gros débit d'environ 4 500 km de long. Il fait l'objet de tensions entre la Chine en amont, la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam en aval. L'installation de barrages hydroélectriques bouleverse un fleuve dont dépendent 90 millions de personnes pour les transports, l'agriculture irriguée (rizière), la pêche.

Long de près de 6 700 km, le Nil est le 3e bassin hydrographique du monde. Le partage de ses eaux a longtemps été au centre de vives tensions qui ont opposé l'Égypte en aval et plusieurs pays situés en amont dont l'Éthiopie et le Soudan.

2

L'énergie, source de compétition et de conflits entre États

Plus que l'eau, les produits énergétiques sont une marchandise faisant l'objet d'une compétition entre les États et entre les acteurs économiques. Théoriquement, avec la croissance des besoins mondiaux, la baisse prévisible des réserves, le prix des matières premières devrait logiquement augmenter. C'est une tendance qui est observable depuis la fin des années 1990 pour le pétrole et le gaz. Le prix du baril est passé de 30 à 100 dollars en moyenne entre 2000 et 2014. Mais dans les faits, les prix du marché des hydrocarbures sont beaucoup plus volatiles et dépendent de la demande mondiale et de l'offre des pays producteurs. 

Avec le ralentissement économique, la demande mondiale d'hydrocarbures a ralenti au tournant des années 2010. L'offre s'est diversifiée avec le développement des énergies renouvelables et l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels, notamment aux États-Unis. Les prix ont baissé entre 2014 et 2018 d'environ 40 %. Cette volatilité des prix, surtout lorsqu'ils baissent, pénalisent fortement les pays qui ont fait le choix de la rente pétrolière pour se développer. 

L'Algérie et le Venezuela connaissent des difficultés économiques et une crise politique : ils sont victimes de ce que l'on pourrait appeler la « maladie de l'or noir  ». Les revenus du pétrole n'ont pas été suffisamment investis pour diversifier l'économie et satisfaire tous les besoins des populations. Le Venezuela, qui dispose des premières réserves mondiales, se retrouve dans l'incapacité d'exploiter ses gisements offshore car le coût serait bien trop élevé dans un contexte où les prix du pétrole sont inférieurs à 80 $.

Le contrôle des ressources énergétiques fait partie intégrante des stratégies des États qui se retrouvent en rivalité.

Face à l'essor du pétrole et du gaz de schiste aux États-Unis en 2014, l'Arabie saoudite a voulu riposter en augmentant massivement sa production de pétrole pour faire baisser les prix et ainsi rendre les investissements des États-Unis moins rentables, mais sans succès.

Les grands pays producteurs possèdent un moyen de pression sur les autres États.

La Russie a fait plusieurs fois pression sur l'Ukraine en coupant son approvisionnement en gaz.

À l'échelle régionale, les énergies fossiles peuvent être à l'origine de conflits géopolitiques. 

En 1990, l'Irak de Saddam Hussein a envahi le Koweït afin de s'emparer de ses gisements pétroliers. Cet acte a abouti à la première guerre du Golfe. 

Certaines zones maritimes comme en Arctique ou en mer de Chine font l'objet de rivalités entre États pour l'appropriation de gisements offshore. 

Certaines guerres civiles se cristallisent autour des ressources pétrolières comme au Soudan, ou plus récemment en Syrie et en Irak avec Daesh.

II

Vers une gestion plus durable

A

Préserver les ressources et l'environnement

Depuis les années 1970, l'idée selon laquelle la hausse des besoins de la population mondiale et la croissance économique vont épuiser irrémédiablement les ressources de la planète a fait son chemin. Aujourd'hui, pour beaucoup, il faut aboutir à une gestion de la ressource dans le cadre d'un développement durable. Cette gestion durable doit permettre de satisfaire les besoins de l'ensemble des populations, donc de lutter contre les inégalités, tout en préservant les ressources pour permettre aux futures générations de pouvoir satisfaire les leurs.

Développement durable

Le développement durable est un modèle de développement défini en 1987 qui considère que la croissance économique doit s'accompagner d'une réduction des inégalités sociales et d'une préservation de l'environnement afin de ne pas empêcher les générations futures de pouvoir satisfaire leurs besoins. Il repose donc sur trois piliers équilibrés : économique, social et environnemental.

1

Mieux gérer les ressources en eau

Plusieurs pistes sont envisagées pour gérer plus durablement les ressources en eau afin de répondre à trois objectifs : 

  • économiser la ressource ;
  • réduire les inégalités d'accès ; 
  • préserver la qualité de l'eau. 

 

La première piste concerne l'amélioration des réseaux de traitement, de distribution et d'assainissement des eaux pour lutter contre les fuites et l'évaporation, permettre l'accès des populations à une eau potable de qualité et réduire les rejets polluants dans la nature.

Au Maroc, on cherche à remplacer les canaux à ciel ouvert par des canalisations enterrées.

La seconde piste concerne l'agriculture avec la mise en place d'une « révolution bleue » qui vise à augmenter les rendements agricoles tout en économisant l'eau et en préservant l'environnement. Cela passe par l'usage de techniques d'irrigation économes (goutte-à-goutte) et l'adaptation des cultures au climat. 

Dans le Nord de l'Inde, les autorités essaient d'inciter les agriculteurs à remplacer les rizières par des cultures de maïs nécessitant moins d'eau. 

La troisième piste consiste à trouver de nouvelles ressources pour répondre aux besoins des populations dans les régions de stress hydrique. Le pompage de l'eau fossile dans les aquifères se révèle peu durable. Le dessalement d'eau de mer offre des perspectives intéressantes notamment dans les zones arides : 177 pays ont déjà recours à cette pratique. 

On compte environ 16 000 usines de désalinisation dans le monde, dont près de la moitié est logiquement située au Moyen-Orient. 

À l'échelle locale, dans les pays en développement, des solutions individuelles pour capter et stocker les eaux de pluies se diffusent dans les habitats : récupérateurs d'eau, citernes, etc.

L'usine de désalinisation de Nitzana dans le désert du Sinaï en Israël
L'usine de désalinisation de Nitzana dans le désert du Sinaï en Israël

Remi Jouan, novembre 2011, © Wikipédia

Une quatrième piste consiste à recycler les eaux usées :

  • soit pour les redistribuer dans le réseau public dans le cadre d'une économie circulaire ;
  • soit pour réalimenter les nappes phréatiques.

L'Australie, fréquemment confrontée au problème de sècheresse, est en pointe dans le domaine du recyclage des eaux usées.

La dernière piste concerne la sensibilisation des consommateurs par des campagnes d'information destinées à réduire les gaspillages d'eau dans les usages domestiques. Cela passe par la question du coût de l'eau car selon l'ONU, « le prix de l'eau ne reflète pas sa valeur ». Faire payer un prix qui tiendrait compte du coût réel de la ressource permettrait de pousser les usagers à l'économiser, notamment là où elle est gratuite.

Toutes ces pistes se heurtent à plusieurs obstacles :

  • Obstacle financier : Certains équipements sont très coûteux et difficilement généralisables aux pays les plus pauvres. 
  • Obstacle environnemental : Les usines de désalinisation sont énergivores et impliquent des rejets de sels en mer, ce qui nuit à la biodiversité. 
  • Obstacle culturel : Certaines populations sont réticentes à consommer de l'eau recyclée ou encore à payer une eau considérée comme un don de la nature, en Afrique notamment.
Enjeux et limites de la gestion durable de l'eau
Enjeux et limites de la gestion durable de l'eau
2

Vers une transition énergétique

Face au changement climatique et à l'épuisement des réserves, une transition énergétique tend à devenir une nouvelle perspective de développement pour de nombreux pays. Il s'agit pour eux : 

  • de réduire leur consommation d'énergies fossiles ;
  • d'augmenter la part des sources renouvelables dans leur mix énergétique ;
  • de réaliser des économies d'énergies. 

 

L'objectif ultime est de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin lutter contre le changement climatique.

La part du renouvelable dans la production mondiale d'énergie augmente lentement et reste modeste (environ 15 % du total) :

  • La moitié de la production de ces énergies propres repose sur l'hydroélectricité.
  • Le solaire et l'éolien connaissent une forte croissance : leur compétitivité s'améliore avec la baisse des coûts de production, comme ceux des panneaux photovoltaïques. Le recours aux énergies renouvelables devient plus rentable.

 

Les investissements dans les énergies renouvelables ne représentent que 41 % des investissements du secteur énergétique mondial et restent donc inférieurs à ceux consacrés aux énergies fossiles. Ils concernent surtout les pays riches et les pays émergents. Avec 133 milliards de dollars investis en 2017, la Chine est le premier investisseur mondial dans ces énergies renouvelables, loin devant les États-Unis (57 milliards de $). Cela s'explique par la volonté du pouvoir chinois de réduire la dépendance énergétique du pays : d'immenses centrales solaires sont installées dans les régions où l'ensoleillement est important, des parcs éoliens sont aménagés sur terre et de plus en plus en mer (éolien offshore) où la régularité des vents rend les investissements rentables.

London Array (Royaume-Uni), un des plus vastes parcs éoliens offshore du monde
London Array (Royaume-Uni), un des plus vastes parcs éoliens offshore du monde

Bodgesoc, février 2019, © Wikipédia

Pour lutter contre les gaspillages, se pose la question du coût réel de l'énergie. L'énergie nucléaire est souvent distribuée à un prix inférieur au coût réel : celui-ci n'inclut pas les énormes dépenses nécessaires pour le démantèlement des centrales et le stockage des déchets radioactifs. 

Dans les pays pauvres, une large partie de la population ne paie pas l'énergie qu'elle consomme, ce qui entraîne des problèmes techniques. L'installation de compteurs individuels est un véritable enjeu, notamment dans les bidonvilles.

Le recours aux énergies renouvelables fait débat :

  • Elles nécessitent des investissements importants inadaptés pour les pays les plus pauvres : seule l'énergie solaire semble plus accessible avec l'installation de panneaux photovoltaïques directement sur les habitations. 
  • Le transport, le stockage de l'énergie et l'intermittence qui limite les lieux de leur exploitation posent question.
  • La fabrication des batteries et des panneaux solaires nécessitent l'usage de minerais non renouvelables : terres rares, lithium, silicium. 
  • Les parcs solaires ou éoliens, accusés de dégrader le paysage, peuvent être rejetés par les populations locales.

 

Ces débats expliquent que les États adoptent des stratégies différenciées en matière de transition énergétique. La transition énergétique est un processus long et qui n'est pas forcément linéaire.

L'Allemagne a fait le choix de sortir du nucléaire avant 2023 et de promouvoir les énergies renouvelables dans les prochaines décennies. Pour répondre aux besoins des consommateurs et ne pas pénaliser les emplois dans le secteur des énergies fossiles, elle mise dans un premier temps sur le charbon, dont la consommation a augmenté depuis les années 2000. La stratégie fait débat dans la mesure où elle contribue à l'augmentation des gaz à effet de serre.

B

Coopérer pour une gestion plus durable

1

Des objectifs ambitieux à l'échelle mondiale

Depuis le milieu des années 1990, avec la reconnaissance officielle qu'un développement durable est nécessaire, les grands acteurs internationaux (ONU, Banque mondiale), les États et les ONG cherchent à fixer de grandes orientations pour favoriser un développement économique qui soit à la fois équitable pour les populations et soutenable pour l'environnement. 

Le premier élément a été la reconnaissance d'un droit à l'eau à l'échelle internationale : 

  • En 2010, après quinze années de débats, l'ONU vote une résolution qui reconnait qu'accéder « à une eau potable propre et de qualité, ainsi qu'à des installations sanitaires est un Droit de l'homme ». 
  • En 2015, 122 pays membres de l'ONU adoptent un Agenda 2030 dans lequel sont fixés 17 Objectifs de développement durable (ODD). Un objectif porte spécifiquement sur l'eau (ODD n° 6) et un autre porte sur l'énergie (ODD n° 7). Chacun des ODD est décliné en cibles à atteindre pour 2030.  
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Dans le domaine énergétique à l'échelle internationale, l'accord de Paris sur le climat, signé par 195 États après la COP 21 de 2015, a été marquant : 

  • Il a pour objectif principal de contenir le réchauffement climatique en limitant la hausse des températures à 1,5 °C d'ici à 2100 : les pays signataires doivent atteindre dans la deuxième moitié du siècle une neutralité carbone, c'est-à-dire que leurs émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites pour être en équilibre par rapport aux capacités d'absorption de la planète. 
  • Il évoque un désinvestissement dans les énergies fossiles. 

 

Cet accord présente une avancée certaine dans le domaine, mais il comporte une série de limites :

  • Certains pays producteurs d'hydrocarbures ne l'ont toujours pas ratifié : Russie, Angola, Libye, Iran, Irak, etc.
  • Les États-Unis, sur décision de Donald Trump, se sont retirés de l'accord.
  • Cet accord ne fixe pas d'objectifs chiffrés précis et est peu contraignant pour les États qui ne le respecteraient pas.
2

La coopération sur l'eau à l'échelle régionale

Dans la réflexion autour d'une gestion durable des ressources, les acteurs internationaux défendent une approche « glocale » : pour que les grandes orientations fixées à l'échelle mondiale soient suivies, il faut impérativement que les acteurs aux échelles nationales et locales, jusqu'aux habitants eux-mêmes, s'impliquent dans le processus.

En matière de coopération sur l'eau, c'est l'échelle régionale qui est privilégiée, autour des bassins versants des grands fleuves. Ces dernières années ont été marquées par des initiatives intéressantes pour résoudre les conflits d'usage et les tensions entre les pays à l'échelle des fleuves. Mais ces accords présentent des limites.

En 2012, les États-Unis et le Mexique ont signé l'accord Minute 319 (amendement à un traité de 1944) autour du bassin du Colorado. Ce texte prévoit qu'un débit minimal des eaux soit garanti au Mexique situé en aval du fleuve, qu'il dispose de réservoirs pour l'irrigation et que les États-Unis aident financièrement les Mexicains à moderniser les canaux d'irrigation de la région de Mexicali. En contrepartie, 5 États américains traversés par le fleuve disposent de quotas de pompage de l'eau. Le texte prévoit, en cas de sècheresse, que les prélèvements soient réduits pour préserver la ressource. Sous la pression des lobbies, notamment agricoles, ce dernier point n'a pas été appliqué, rendant aujourd'hui la situation critique après plusieurs sècheresses consécutives.

Un accord sur le Nil est signé en 2015 pour la construction du barrage Grande Renaissance, le plus grand d'Afrique, afin de répondre aux besoins croissants des Éthiopiens en électricité. L'Égypte et le Soudan s'inquiétaient d'une baisse de niveau des eaux du Nil, vitales pour leur agriculture. L'Égypte a obtenu une garantie sur un débit minimal des eaux, le Soudan un tarif préférentiel sur l'électricité produite par le barrage. Cet accord ne tient pas compte des autres pays riverains du Nil : Kenya, Soudan du Sud, etc. 

En juillet 2017, un accord est signé entre Israël, la Jordanie et l'Autorité palestinienne à propos de la construction d'une canalisation entre la mer Rouge et la mer Morte afin de stabiliser le niveau de ce lac salé. Cet aménagement sert également à produire de l'électricité et alimenter une usine de désalinisation en Jordanie. Ces équipements doivent permettre de fournir de l'eau potable et de l'électricité aux populations palestiniennes de Gaza dont l'accès à ces deux ressources est aujourd'hui très insuffisant. Certains dénoncent cet accord car il renforcerait la dépendance des populations palestiniennes à l'égard des Israéliens.

  • La surexploitation des eaux conduit à une baisse de la ressource, à d'importants gaspillages et à la dégradation de sa qualité en raison de pollutions multiples.
  • La surconsommation d'énergies fossiles participe au changement climatique avec la hausse des émissions de gaz à effet de serre, elle entraîne des risques pour l'environnement (pollutions) et pour les sociétés humaines (risques technologiques).
  • Les tensions sur l'eau en augmentation sont perceptibles à toutes les échelles. À l'échelle locale ou régionale, elles se traduisent par des conflits d'usage tandis qu'à l'échelle de certains fleuves, elles peuvent aboutir à des tensions internationales.
  • L'exploitation et le contrôle des énergies fossiles favorisent les tensions sur les marchés économiques et les rivalités entre États.
  • Une gestion durable des ressources en eau et en énergie implique d'en améliorer l'accès au plus grand nombre, de réduire les gaspillages, de préserver la ressource et de réduire les pollutions engendrées.
  • Une gestion durable des ressources doit mobiliser tous les acteurs publics et privés, et ce à toutes les échelles : du global au local en impliquant directement les populations.