Un accès inégal des populations à l'eau et à l'énergieCours

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Dans quelles conditions ces ressources de plus en plus convoitées sont-elles accessibles dans le monde ? 

I

Eau et énergie : des ressources essentielles, des besoins croissants 

A

L'eau et l'énergie, deux ressources vitales

1

Les usages de l'eau et de l'énergie

Une ressource est une richesse potentielle offerte par la nature qui est exploitée et transformée par l'homme. Sa mise en valeur dépend non seulement de sa disponibilité mais aussi des capacités techniques des sociétés humaines à l'exploiter. L'eau et l'énergie peuvent être considérées comme des ressources vitales pour les sociétés humaines car elles sont source de vie et conditionnent leur développement. L'eau douce est utilisée : 

  • pour irriguer les terres agricoles ;
  • pour faire fonctionner les industries ;
  • pour les besoins domestiques. 

 

L'eau sert davantage à se nourrir et à se chauffer qu'à s'hydrater.

Les usages de l'eau à l'échelle mondiale en 2018 selon l'ONU
Les usages de l'eau à l'échelle mondiale en 2018 selon l'ONU

Les ressources hydriques et énergétiques sont fortement liées. Les trois quarts de l'eau employée par le secteur industriel servent à produire de l'énergie : fonctionnement des centrales thermiques, refroidissement des centrales nucléaires, exploitation du pétrole et gaz de schiste, etc.

Les ressources énergétiques sont indispensables à l'éclairage, au chauffage, à la climatisation, au fonctionnement des machines et aux déplacements.

Les usages de l'énergie à l'échelle mondiale en 2016 selon l'Agence internationale de l'énergie
Les usages de l'énergie à l'échelle mondiale en 2016 selon l'Agence internationale de l'énergie
2

Plusieurs types de ressources disponibles

L'eau est une ressource renouvelable. Même si dans certaines régions elle peut venir à manquer, elle ne peut pas être considérée comme rare puisque son stock est constant sur la planète depuis des millénaires. Cela s'explique par le cycle de l'eau au cours duquel l'eau s'évapore, se condense, retombe sous forme de précipitations, ruisselle et s'infiltre dans les nappes phréatiques. Dans la mesure où sa qualité peut se dégrader, l'eau peut devenir impropre à la consommation et doit donc être considérée comme une ressource limitée.

Nappe phréatique

Une nappe phréatique est une nappe d'eau souterraine, proche de la surface, formée par l'infiltration des eaux de pluie et de ruissellement qui alimentent les sources et les puits.

-

Près de 80 % des ressources exploitées sont des énergies fossiles non renouvelables. Il s'agit principalement des hydrocarbures – pétrole, gaz et charbon –, auxquels il faut ajouter l'uranium, combustible de l'industrie nucléaire. Les réserves sont donc limitées dans le temps, même si les chiffres avancés quant à leur épuisement font l'objet de débats. On estime qu'au niveau actuel de production, il resterait, à l'échelle mondiale :

  • 50 années d'exploitation pour le pétrole et le gaz ;
  • 90 années pour l'uranium ;
  • 130 années pour le charbon.

 

Pour repousser ces échéances, certains pays comme les États-Unis se sont lancés dans l'exploitation de ressources non conventionnelles : le pétrole et le gaz de schiste. 

De plus en plus de pays investissent dans les différentes énergies renouvelables : l'éolien, le solaire, la géothermie, la biomasse, sans oublier l'hydroélectricité produite grâce aux barrages sur les fleuves ou dans des usines marémotrices. Même si les énergies renouvelables progressent, le mix énergétique à l'échelle mondiale évolue encore peu.

Énergie fossile 

L'énergie fossile est un combustible présent dans le sous-sol, issu de la matière organique qui s'est fossilisée durant plusieurs millions d'années. Il s'agit donc d'une ressource non renouvelable à l'échelle humaine.

Hydrocarbures 

Les hydrocarbures sont des ressources composées de carbone et d'hydrogène : pétrole et gaz naturel.

Ressources non conventionnelles

Les ressources non conventionnelles sont du pétrole et du gaz piégés dans des roches et que l'on extrait principalement grâce à la fracturation hydraulique.

Mix énergétique 

Le mix énergétique est la répartition des différentes sources d'énergie dans la consommation d'un territoire donné.

Part des différentes ressources dans le mix énergétique mondial
Part des différentes ressources dans le mix énergétique mondial
B

Des ressources sous pression avec la croissance des besoins

1

Des besoins croissants, des consommations différenciées

À l'échelle mondiale, les besoins en eau et en énergie s'accroissent. La consommation d'eau a triplé depuis 1950. L'ONU estime qu'elle devrait augmenter de 25 % d'ici 2050. Elle varie selon les continents et les populations, en fonction de leur accès à la ressource et de leur mode de vie. Selon l'ONU, un humain consommerait 137 litres d'eau par jour pour satisfaire ses besoins domestiques. Cette moyenne mondiale cache toutefois d'importantes disparités entre les pays.

Comparaison des consommations quotidiennes d'eau pour les besoins domestiques
Comparaison des consommations quotidiennes d'eau pour les besoins domestiques

La consommation de ressources énergétiques a été multipliée par 4 depuis 1950. Elle est d'environ 14 000 millions de tonnes équivalent pétrole (tep). Du fait de sa croissance économique soutenue, la Chine est devenue le premier consommateur d'énergie fossile au monde depuis 2010, devant les États-Unis, la Russie, l'Inde : elle consomme à elle seule la moitié de la production mondiale de charbon.

-

La consommation d'énergie est différenciée à l'échelle de la planète : les plus gros consommateurs sont souvent les pays les plus développés où la ressource est aussi abondante donc moins chère (États-Unis, Russie, Arabie saoudite, Islande). À l'échelle des populations, les inégalités dépendent du niveau de richesse et des modes de vie. En comparaison de l'énergie consommée annuellement par un Chinois, un Australien en consomme le double, un Étatsunien le triple.

2

La croissance des besoins : plusieurs facteurs

La croissance démographique et l'urbanisation sont des facteurs qui expliquent cette croissance. D'ici 2050 :

  • Il faudra augmenter les prélèvements en eau de 40 % pour alimenter la trentaine de mégapoles que compte le monde aujourd'hui. 
  • L'irrigation agricole devrait augmenter de 30 % pour nourrir les populations.

 

L'amélioration des moyens de transports favorise les mobilités des populations, ce qui nécessite davantage d'énergie : l'accès à l'automobile se généralise. 

La hausse du niveau de vie observable dans les pays en développement implique l'apparition de nouveaux besoins pour des habitants soucieux d'améliorer leur confort.

Les piscines ou les climatisations se multiplient dans certaines régions affectées par le changement climatique. La diffusion de produits numériques entraîne un énorme surcoût en matière énergétique. 

Dans le monde, on compte près de 4 000 data centers qui représentent 4 % de la consommation énergétique mondiale. Pour faire face à cette hausse de la demande, les États et les firmes transnationales surexploitent les gisements connus et en cherchent de nouveaux dans des milieux extrêmes (Arctique) et fragiles (Amazonie).

Data center 

Un data center est un centre de données qui rassemble des équipements informatiques afin de permettre le stockage et l'échange de données. Ce type de lieu consomme beaucoup d'énergie pour assurer le fonctionnement d'Internet et des réseaux informatiques mondiaux.

Palm Desert en Californie, une ville énergivore et très consommatrice d'eau
Palm Desert en Californie, une ville énergivore et très consommatrice d'eau

Northwalker, © Wikipédia

II

Deux ressources inégalement disponibles

A

Une répartition inégale à la surface de la Terre

1

La répartition des ressources hydriques dans le monde

La planète est couverte à 71 % d'eau : l'eau douce ne représente que 2,6 % des masses d'eau présentes sur le globe. Chaque être humain disposerait en théorie de plus de 5 000 m3 d'eau douce, ce qui suffirait largement à couvrir les besoins. 

Plus des deux tiers de cette eau douce sont difficilement accessibles : 

  • Elle est située dans les glaciers en Antarctique ou en haute montagne. 
  • 30 % de l'eau douce est souterraine, présente dans les nappes phréatiques et les aquifères
  • Moins de 1 % de l'eau douce est localisée en surface, principalement dans les lacs, marais et cours d'eau. 

 

Cette ressource, bien qu'abondante, n'est facilement mobilisable qu'en quantité plus limitée.

Aquifère 

Un aquifère est un vaste réservoir d'eau souterraine situé en profondeur qui a mis plusieurs milliers d'années à se former. On parle aussi de nappe fossile car elle est non renouvelable à l'échelle humaine.

La répartition des stocks d'eau douce sur Terre
La répartition des stocks d'eau douce sur Terre

Les ressources en eau douce se répartissent inégalement à la surface de la Terre :

  • Elles abondent dans les milieux tempérées et équatoriaux en raison des précipitations régulières et abondantes qui alimentent les bassins hydrographiques et les nappes souterraines. 9 pays détiennent 60 % des réserves mondiales d'eau : Brésil, Russie, États-Unis, Canada, Chine, Indonésie, Inde, Colombie et Pérou. L'ONU les qualifie de « puissances de l'eau ». 
  • La ressource est très rare en milieu aride où vivent 15 % de la population mondiale : Sahel, Afrique du Nord, péninsule arabique.

 

Avec la croissance des besoins et les effets du changement climatique, les experts de l'ONU estiment que 2,3 milliards d'habitants (40 % de la population mondiale) pourraient connaître des situations de stress hydrique en 2050 :

  • On parle de stress hydrique lorsque la demande en eau dépasse en quantité la ressource disponible sur un territoire. 
  • On parle de pénurie lorsque la ressource est très insuffisante pour couvrir les besoins d'une population. 

 

L'ONU a fixé des seuils pour mesurer ces deux situations :

  • Il y a stress hydrique lorsque la disponibilité en eau est inférieure à 1 700 m3 d'eau par habitant et par an. 
  • Il y a pénurie lorsque la disponibilité en eau est inférieure à 1 000 m3 d'eau par habitant et par an. 

 

Ces deux seuils sont très discutables : le premier correspond quasiment à la consommation quotidienne totale d'un Nord-Américain (1 600 m3), le second équivaut à la consommation quotidienne totale moyenne des pays développés (900 m3). 

On peut dégager trois catégories de pays en fonction de leur situation face aux disponibilités en eau.

Trois situations possibles face aux disponibilités en eau
Trois situations possibles face aux disponibilités en eau
2

Des réserves énergétiques encore plus inégalement réparties

Les ressources énergétiques dont les volumes ne sont pas encore tous connus se différencient des réserves qui ont été prouvées – localisées et dont on a estimé les volumes. 

Les réserves mondiales d'énergie fossiles sont très concentrées dans le monde : 

  • trois quarts des réserves mondiales de charbon sont détenues par seulement 5 pays : États-Unis, Russie, Australie, Chine et Inde. 
  • 3 pays concentrent 60 % des réserves mondiales de pétrole : Venezuela, Arabie saoudite et Iran. 
  • 4 pays possèdent 60 % des réserves de gaz naturel de la planète : Russie, Iran, Qatar et Turkménistan. 

 

Cette inégale répartition explique donc la vitalité du commerce de l'énergie, avec des flux majeurs entre les zones de production (Moyen-Orient, Caraïbe, Sibérie) et les zones de consommation (Europe occidentale, Asie orientale).

-

Les énergies renouvelables sont abondantes et présentes sur l'ensemble des continents. Certaines régions sont plus rentables en raison d'un bon ensoleillement ou de la présence de vents réguliers. Les potentiels hydroélectriques et géothermiques sont plus restreints géographiquement car ils nécessitent des conditions géomorphologiques particulières : montagnes, zones tectoniques, volcanisme, etc.

87 % de la consommation énergétique de l'Islande proviennent des ressources renouvelables dont 69 % de la géothermie et 18 % de l'hydroélectricité.

La centrale géothermique de Nesjavellir en Islande
La centrale géothermique de Nesjavellir en Islande

 Gretar Ivarsson, octobre 2006, © Wikipédia

B

Des ressources inégalement accessibles

1

Un accès inégal à l'eau

Pour que les populations puissent satisfaire leurs besoins vitaux, il ne suffit pas que les ressources soient présentes mais il est essentiel qu'elles soient accessibles. Cette notion d'accessibilité repose sur des critères de quantité, de qualité et d'accès à la ressource. 

L'ONU considère un accès satisfaisant à l'eau lorsqu'un habitant dispose d'au moins 25 litres d'eau potable par jour et qu'il dispose d'un point d'eau protégé à moins de 200 mètres de son habitat : robinet, puits ou borne-fontaine. L'accès à l'eau de la population mondiale ne cesse de progresser depuis les années 2000 : un milliard d'habitants ont été raccordés à un réseau de distribution des eaux. 

En 2015, l'ONU a recensé 844 millions d'humains, soit 11,5 % de la population mondiale, qui n'accède pas à l'eau potable. 6 habitants sur 10 n'accèdent pas à des sanitaires. 

Au souci des réseaux d'approvisionnement s'ajoute le problème de l'évacuation et du traitement des eaux usées. Le manque d'équipement d'assainissements favorise les maladies hydriques, comme le choléra, qui ont fait 780 000 victimes en 2015. 

L'accès à l'eau potable ne résulte pas uniquement de la quantité d'eau disponible sur un territoire. Il dépend aussi des infrastructures disponibles pour capter, transporter, assainir, distribuer l'eau.

La Californie est une région semi-aride où vit une population nombreuse aux besoins importants, notamment pour l'irrigation agricole. Son approvisionnement en eau potable est assuré grâce à de multiples aménagements : stations de pompage, barrages, canaux et aqueducs pour transférer l'eau, usines pour dessaler l'eau de mer.

Aux échelles locales, les infrastructures très inégales entraînent de fortes disparités dans l'accès à l'eau des populations. Dans les pays en développement, ce sont surtout les femmes et les enfants qui assurent la corvée d'eau. Les populations pauvres peuvent payer leur eau 10 à 20 fois plus cher que les populations riches, une eau de qualité souvent médiocre, achetée aux vendeurs ou aux camions-citernes.

Une borne-fontaine dans un quartier urbain en Inde
Une borne-fontaine dans un quartier urbain en Inde

Rupert Taylor-Price, Getting water in India, juin 2007, © Flickr

La République Démocratique du Congo (RDC) est un pays largement doté en eau puisque ce pays détient près de la moitié des réserves d'eau du continent africain. En théorie, une quantité largement suffisante pour couvrir les besoins en eau de ses 92 millions d'habitants. Pourtant, près d'un habitant sur deux n'accède pas à l'eau potable avec de fortes inégalités entre villes et campagnes : 19 % en ville mais 69 % à la campagne. À l'intérieur même des espaces urbains, les inégalités sont criantes dans les quartiers aisés les populations ont l'eau courante à domicile, dans les quartiers pauvres, les habitants doivent s'approvisionner à la borne-fontaine, au camion-citerne ou auprès des vendeurs d'eau, souvent à des prix plus élevés.

2

Un accès inégal à l'énergie

À l'échelle mondiale, on estime qu'un milliard d'humains n'ont pas accès à l'énergie, soit 1 habitant sur 7. L'accès à l'énergie dépend du niveau d'équipement et de développement. Il dépend aussi des choix économiques opérés par les gouvernants. Cela explique certaines situations paradoxales avec dans certains pays, a priori bien dotés en ressources énergétiques, des populations qui n'accèdent pas à l'énergie.

Le Nigeria est le premier producteur de pétrole d'Afrique et dispose des plus importantes réserves de gaz naturel du continent. Pourtant, 80 millions de Nigérians, soit 42 % de la population totale, n'ont pas accès à l'électricité. Cela s'explique par un déficit du réseau de distribution et par des choix économiques qui privilégient les exportations d'hydrocarbures. Régulièrement, les habitants subissent des coupures de courant tout en payant leur électricité à un prix élevé.

Souvent, la disponibilité de la ressource influence les choix énergétiques des pays. 

La France, pour être moins dépendante du charbon et des hydrocarbures qu'elle ne possède pas, a fait le choix de l'industrie nucléaire. En 2018, 71 % de l'électricité produite en France provenait de l'énergie nucléaire. 

Inversement, le Qatar, qui dispose de la 3e réserve mondiale de gaz, a privilégié cette ressource immédiatement disponible. Le gaz naturel représente 82 % de son mix énergétique. 

Dans les pays les plus pauvres, où les infrastructures sont très insuffisantes, les populations non raccordées aux réseaux doivent avoir recours à la biomasse.

En Afrique de l'Ouest, en moyenne, deux tiers des approvisionnements énergétiques proviennent du bois, de résidus agricoles ou de déchets. Au Myanmar, c'est près de 90 % de la population qui a recours à la biomasse.

Biomasse

La biomasse est l'ensemble des matières organiques (tourbe, bois, déchets végétaux) qui peuvent être utilisées comme source d'énergie.

Production de charbon de bois à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire
Production de charbon de bois à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire

Leunajones, novembre 2017, © Wikipedia

  • L'eau est une ressource vitale qui sert principalement à irriguer les cultures agricoles. L'énergie est une ressource indispensable au développement économique des sociétés et à leur confort de vie.
  • L'eau douce abondante à l'échelle de la planète est inégalement répartie et peut être limitée si elle est dégradée.
  • Parmi les ressources énergétiques, les plus consommées sont actuellement non renouvelables : énergies fossiles, énergie nucléaire. Ces dernières sont concentrées dans quelques régions et doivent donc être transportées pour satisfaire les populations moins dotées.
  • Les besoins en eau et en énergie ne cessent de croître à l'échelle mondiale en raison de plusieurs facteurs : croissance démographique, urbanisation, hausse du niveau de vie.
  • L'inégal accès à une eau potable de qualité s'explique avant tout par un déficit d'équipements de distribution et d'assainissement des eaux. Le manque de ressources et d'investissements ainsi que les choix économiques des gouvernants expliquent que certaines populations n'accèdent pas à l'énergie.
  • Ces inégalités s'observent à toutes les échelles. Dans les pays en développement, les populations rurales sont les plus défavorisées.