Quelles sont les principales défaillances du marché ?Cours

Les défaillances de marché sont les situations dans lesquelles le marché n'est pas efficace. Plusieurs phénomènes sont à l'origine de défaillances du marché : les externalités (positives ou négatives), les biens non excluables (biens collectifs et biens communs), ainsi que les asymétries d'information, qui mènent à des situations d'aléa moral ou de sélection adverse. Afin de corriger les défaillances du marché et retrouver une allocation optimale des ressources, l'État intervient, par la réglementation, la taxation, ou les contrôles. Il peut aussi produire directement certains biens.

I

Les défaillances dues aux externalités

L'un des principaux problèmes lié au fonctionnement des marchés vient des effets indirects de l'activité économique des individus sur le bien-être des autres individus. Ces répercussions sont des externalités, car n'ayant pas de compensation monétaire, elles ne sont pas prises en compte par le marché. L'État peut intervenir pour limiter les externalités négatives (comme la pollution) ou encourager les externalités positives.

Externalité

Les externalités sont des répercussions de l'activité économique d'un agent sur le bien-être d'un autre agent, sans compensation financière. Elles peuvent prendre la forme d'un avantage (externalité positive) ou d'un dommage (externalité négative).

A

Les externalités négatives

Les externalités négatives constituent une défaillance du fonctionnement de l'économie de marché. C'est le cas de la pollution, qui est un dommage non intentionnel résultant de l'action économique de certains agents, sans qu'ils aient à en payer le coût. 

Les externalités négatives sont une des principales défaillances du marché.

Défaillance du marché

Les défaillances du marché désignent les situations dans lesquelles le marché n'est pas optimal dans l'allocation des ressources.

Une usine pétrochimique produit de l'énergie qui contribue à l'activité économique mais rejette également des produits polluants dans l'environnement. Ceux-ci peuvent réduire les autres activités économiques (tourisme, agriculture, etc.) et affecter la santé des personnes. À ce titre, la pollution est un exemple d'externalité négative, entraînant une défaillance du marché.

définition défaillance du marché

 © Pixabay

Les agents qui produisent des externalités ne sont pas incités à les réduire, car les externalités entraînent un effet (négatif dans ce cas) sans compensation financière. Ainsi, le coût social (le coût pour la collectivité tout entière) de leur activité est supérieur au coût privé (le coût pour l'individu ou l'entreprise qui émet des externalités).

Les entreprises polluantes ne sont pas incitées par le marché à réduire les externalités négatives qu'elles produisent par leur activité de production. Par exemple, il est moins coûteux pour elles de rejeter directement les eaux usées dans une rivière que de les traiter.

Coût social

Le coût social d'une externalité négative sur l'économie est un coût qui pèse sur la société entière.

B

Les externalités positives

Certaines activités économiques engendrent au contraire des externalités positives qui élargissent leur contribution au développement économique. Cependant, les marchés ne réussissent pas à encourager ces actions pour le bien-être collectif.

Les externalités peuvent aussi être positives, c'est-à-dire avoir un impact bénéfique sur d'autres agents. 

La production agricole écologique sur un terroir spécialisé peut engendrer une augmentation du tourisme sur ce même territoire.

Certaines entreprises cherchent désormais à favoriser les externalités positives de leur production : on parle d'entreprises sociales (par exemple, les sociétés équitables et solidaires). C'est aussi une manière pour elles de se distinguer de la concurrence par une image de marque positive.

Cependant, le plus souvent, les marchés sont impuissants à encourager les actions pour le bien-être collectif si elles ne se traduisent pas par un profit maximum.

C

L'action des pouvoirs publics sur les externalités

Puisque le marché est défaillant et ne permet pas d'encourager les externalités positives ni de réduire les externalités négatives, les pouvoirs publics mettent en place des mesures. L'État agit notamment via la réglementation ou les incitations, comme la taxation ou les subventions. 

Les pouvoirs publics mettent en place des mesures qui visent à encourager les externalités positives. Pour cela, l'État peut imposer certaines pratiques via la réglementation.

La vaccination a des externalités positives car elle profite non seulement à l'individu, qui se protège de la maladie, mais aussi à la collectivité en évitant les phénomènes de contagion et d'épidémie. Les pouvoirs publics ont donc intérêt à imposer la vaccination par la loi pour protéger l'ensemble de la population.

L'État peut aussi mettre en place des mesures visant à réduire les externalités négatives. Il peut interdire certaines pratiques trop polluantes, ou utiliser des mesures incitatives, comme la taxation. Par exemple, il peut inciter les entreprises à moins polluer en imposant une taxe aux pollueurs (ce qui permet d'égaliser coût interne et coût social), ou bien par la mise en place d'un marché de quotas d'émission sur lequel les entreprises qui n'atteignent pas le seuil maximal d'émission peuvent vendre leurs quotas inutilisés aux entreprises qui l'ont dépassé.

En 2005, l'Union européenne met en place un marché de quotas d'émission de \ce{CO2} pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il faut payer pour polluer plus, et ceux qui polluent moins sont récompensés.

quotas émission CO2 réduire émission gaz effet de serre

Lorsque les pouvoirs publics mettent en place des incitations, positives ou négatives (subventions, taxation, marché de quotas), ils forcent l'agent créateur d'externalités à en payer le coût, ou à bénéficier de ses effets positifs. On dit ainsi que ces dispositifs permettent d'internaliser l'externalité.

II

Les défaillances dues aux biens collectifs et communs

Des défaillances du marché surviennent aussi en présence de biens collectifs et de biens communs. Ces biens, qui ne sont pas excluables, s'opposent ainsi aux biens privés. Les biens collectifs doivent souvent être produits par les autorités publiques, tandis que l'usage des biens communs doit être régulé pour éviter leur surexploitation.

A

Les biens collectifs et les biens communs : définitions

Les biens collectifs et les biens communs sont des biens non excluables, c'est-à-dire qu'on ne peut pas empêcher leur utilisation. À l'inverse des biens collectifs, les biens communs sont rivaux : leur consommation par une personne peut empêcher leur consommation par un autre individu.

Bien collectif

Un bien collectif présente les caractéristiques d'être :

  • non excluable : il est impossible d'en empêcher l'accès, et son accès est gratuit ;
  • non rival : sa consommation par un individu n'empêche pas sa consommation par les autres.

Un jardin public est un bien collectif car chacun peut en profiter gratuitement et la présence d'un promeneur n'empêche pas les autres individus de se promener aussi.

définition bien collectif

© Wikimedia Commons

Bien commun

Un bien commun présente les caractéristiques d'être :

  • non exclusif : accessible à tous ;
  • rival : son utilisation affecte l'utilisation des autres acteurs dans le temps ou l'espace.

Tout le monde peut pêcher des poissons, mais une fois pêché et consommé par un individu, un poisson ne peut plus être consommé par d'autres.

définition bien commun

On peut catégoriser les biens selon qu'ils ont ou non un caractère excluable ou rival.

  Rivalité Non rivalité
Exclusion

Biens privés

Vêtements, maison, automobile, etc.

Biens de club 

Par exemple, une piscine dans un hôtel

Non exclusion

Biens communs

Ressources naturelles

Biens collectifs 

Défense nationale, éclairage public, littoral, etc.

B

Les enjeux de la production des biens collectifs et communs

La production de biens collectifs tels que l'éclairage de rue nécessite souvent un financement par les pouvoirs publics. La consommation des biens communs doit souvent être encadrée par l'État pour éviter une surexploitation des ressources (la tragédie des biens communs). 

La production de biens collectifs demande un investissement élevé, alors qu'ils ont une faible rentabilité à court terme. C'est pourquoi l'État doit généralement prendre en charge leur financement.

Les infrastructures publiques, comme les routes, les ponts ou les tunnels, sont des biens collectifs dont la production est prise en charge par l'État.

Si les biens collectifs étaient produits par des entreprises privées, ils poseraient le problème du « passager clandestin » : les individus peuvent refuser de contribuer au financement d'un bien mais quand même en bénéficier.

Si des individus refusent de payer pour profiter d'un éclairage collectif de rue, prétextant qu'ils ne vont pas s'en servir, on ne peut pas les empêcher d'en profiter une fois l'éclairage réalisé. Les individus ont donc intérêt à se comporter en « passagers clandestins » et ne pas payer.

À cause de ce type de comportement observable pour les biens non excluables, les entreprises ne peuvent pas se rémunérer en réalisant des biens collectifs. Or, ces biens sont généralement considérés comme indispensables pour la société. C'est donc le plus souvent l'État qui les finance, par exemple au moyen de taxes qui permettent de surmonter les comportements de passager clandestin.

À l'inverse des biens collectifs, les biens communs sont rivaux. Cela peut entraîner un phénomène de surexploitation, car chaque agent économique cherche à maximiser son utilisation du bien avant les autres. Cette surexploitation peut mener à la diminution, voire à l'épuisement de ce bien : c'est la tragédie des biens communs.

Les poissons des milieux marins (ressources halieutiques) sont un bien commun. Les entreprises de pêche ont intérêt à pêcher avant les autres et à pêcher le plus possible, avant que les autres entreprises n'aient pêché tous les poissons. Cela entraîne une surexploitation qui peut mener à l'épuisement.

La préservation des biens communs nécessite l'intervention de l'État, qui peut réglementer l'usage des biens ou les taxer par exemple. Il peut aussi les rendre excluables, c'est-à-dire les privatiser : leur accès sera alors limité par le propriétaire, qui a intérêt à veiller à leur préservation.

III

Les défaillances dues aux asymétries d'information

Les asymétries d'information, présentes sur presque tous les marchés, constituent une autre source de défaillance. L'aléa moral et la sélection adverse sont les deux principales formes d'information asymétrique. Afin de lutter contre les asymétries d'information, l'État peut mettre en place des réglementations ou des certifications. Les acteurs privés cherchent à contrôler l'information et proposent des incitations.

Asymétrie d'information

L'asymétrie d'information est une situation dans laquelle un acteur dispose de moins d'informations qu'un autre acteur.

A

L'aléa moral

L'aléa moral est une situation dans laquelle, après la signature d'un contrat comme un contrat d'assurance, une partie change son comportement au détriment de l'autre partie. Par exemple, se sachant assuré, un individu prend plus de risques. Cela peut conduire le marché à disparaître car l'assureur va alors refuser la signature du contrat.

L'aléa moral est une forme d'information asymétrique. L'information est asymétrique lorsque :

  • l'une des parties dispose d'un certain nombre d'informations essentielles à la bonne conclusion de l'échange ou du contrat ;
  • l'autre en est dépourvue.

 

Ce dysfonctionnement du marché crée un bénéfice exclusif pour la partie la mieux informée.

Les asymétries d'information se produisent notamment dans le domaine des assurances et mutuelles. Lorsqu'un individu bénéficie de l'assurance de sa sécurité, il est plus enclin à prendre des risques.

La signature d'un contrat peut pousser les assurés, conscients d'être couverts financièrement, à une forme de négligence ou à des comportements à risque : on appelle cela l'aléa moral. Il s'agit d'une situation d'asymétrie d'information car l'assureur n'est pas informé des risques pris par l'assuré.

asymétrie information aléa moral

Aléa moral

L'aléa moral est une situation d'information asymétrique dans laquelle, après la signature d'un contrat, l'une des parties change son comportement à l'insu et au détriment de l'autre partie.

Un conducteur a souscrit une assurance qui l'indemnise au cas où sa voiture serait volée. Conscient de cela, il peut se montrer plus enclin à garer sa voiture dans des lieux peu sûrs et prendre le risque qu'elle soit volée.

Comme l'assureur ne peut pas anticiper l'aléa moral (c'est-à-dire savoir à l'avance comment va se comporter l'assuré), il peut choisir de renoncer à la signature d'un contrat pourtant mutuellement avantageux. C'est pourquoi l'aléa moral conduit à une défaillance du marché.

B

La sélection adverse

La sélection adverse est une situation dans laquelle les asymétries d'information entre acheteurs et vendeurs sur un marché mènent les vendeurs à retirer les produits de bonne qualité. Le marché entier peut finir par disparaître. 

Sur un marché où les produits sont de qualité variable, il arrive que les acheteurs n'aient pas les informations nécessaires pour juger de la qualité des produits, contrairement aux vendeurs qui connaissent bien leurs produits. Il y a donc une asymétrie d'information sur la qualité des produits. 

Les acheteurs ne sont donc pas prêts à payer un prix trop élevé pour des produits dont ils ignorent la qualité. Ils proposent un prix moyen, supérieur au prix escompté pour des produits de mauvaise qualité, mais inférieur au prix escompté pour des produits de bonne qualité. Cela conduit les vendeurs de bons produits à quitter le marché, car ils ne sont pas prêts à vendre les bons produits à un prix plus bas. Seuls les mauvais produits restent alors sur le marché : on observe un effet de sélection adverse dans lequel les mauvais produits « chassent » les bons.

Sélection adverse

La sélection adverse est une forme d'information asymétrique dans laquelle, sur un marché, les vendeurs en savent plus que les acheteurs sur la qualité du produit à échanger, ce qui conduit le marché à sélectionner les produits de mauvaise qualité.

À terme, si rien n'empêche le phénomène, le marché peut disparaître : l'ensemble des bons produits disparaissent du marché et les acheteurs se retirent.

L'économiste américain George Akerlof met en lumière les effets négatifs de la sélection adverse dans un article célèbre intitulé « The market for lemons » (1970), portant sur le marché des voitures d'occasion. Il fait l'hypothèse que, sur ce marché, le vendeur connaît mieux que l'acheteur la qualité et l'état des véhicules vendus, ce qui conduit à une sélection adverse des mauvaises voitures d'occasion, appelées « lemons ».

Dans le domaine des assurances santé, les individus ne présentent pas le même risque de maladie (en fonction de l'âge, de la profession, etc.) et peuvent dissimuler leur véritable état de santé à leur assureur. Celui-ci est donc amené à proposer un tarif d'assurance moyen pour tout le monde. Or, les personnes en bonne santé risquent de trouver ce tarif trop élevé et de ne pas s'assurer, de sorte que seules les personnes en mauvaise santé chercheront à souscrire une assurance. Cette sélection adverse menace le marché des assurances santé qui peut être amené à disparaître.

C

Les stratégies pour lutter contre les asymétries d'information

Plusieurs stratégies sont possibles pour lutter contre les asymétries d'information et leurs effets néfastes sur les marchés. Les entreprises cherchent à contrôler l'information et proposer des incitations, tandis que l'État réglemente les pratiques pour réduire les asymétries d'information.

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Les stratégies des agents économiques

Dans des cas d'asymétrie d'information, les agents économiques non informés cherchent à acquérir l'information qui leur manque, comme la qualité d'une voiture ou l'état de santé des assurés. Ils peuvent aussi inciter les agents à révéler eux-mêmes ces informations. 

Les agents économiques cherchent à réduire l'asymétrie d'information en collectant les informations qui leur manquent.

Les entreprises d'assurance santé collectent des informations sur l'état de santé de leurs potentiels clients (l'asymétrie d'information est ainsi réduite) et proposent aux clients les plus risqués des tarifs plus élevés qu'aux autres : cela limite l'effet de sélection adverse.

Les agents informés peuvent eux-mêmes révéler l'information lorsque c'est dans leur intérêt.

Sur le marché des voitures d'occasion, les vendeurs peuvent proposer des garanties aux acheteurs : réalisation du contrôle technique du véhicule par un centre agréé, promesse de réparation en cas de dysfonctionnement, etc.

Pour lutter contre l'aléa moral, une stratégie possible est d'inciter l'agent informé à adopter un certain comportement.

Les assureurs automobiles mettent souvent en place des systèmes de bonus-malus qui récompensent les conducteurs prudents et pénalisent ceux qui ont connu des sinistres.

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Les stratégies étatiques

Parfois, les stratégies individuelles ne sont pas suffisantes et il est plus efficace de faire intervenir l'État pour limiter les asymétries d'information. Ce dernier peut notamment agir en imposant des réglementations qui s'appliquent également à tous. 

L'État réglemente la qualité des produits, par des outils comme les certifications ou les labels (comme le contrôle technique dans le cas des voitures d'occasion). Il peut obliger les agents à révéler certaines informations. 

En France, l'étiquetage des œufs est strictement réglementé : les producteurs sont obligés de fournir des informations sur les conditions d'élevage des poules (en plein air, au sol, etc.) et la traçabilité des œufs. Dans ces conditions, l'asymétrie d'information en défaveur des consommateurs est quasiment supprimée, ce qui empêche la sélection adverse.

Pour empêcher la sélection adverse dans le domaine des assurances santé, l'État peut choisir de rendre l'assurance santé obligatoire pour tout le monde.