Quelles sont les principales défaillances du marché ?Cours

I

Les défaillances dues aux externalités

L'un des principaux problèmes liés aux fonctionnement des marchés vient des effets indirects de l'activité économique des individus sur le bien-être des autres individus. On appelle ces répercussions des externalités, car n'ayant pas de compensation monétaire, elles ne sont pas prises en compte par le marché.

Externalité

Les externalités économiques sont des répercussions de l'activité économique d'un agent sur le bien-être d'un autre agent. Elle peuvent prendre la forme d'un avantage (externalité positive) ou d'un dommage (externalité négative).

A

Les externalités négatives

Les externalités négatives constituent une défaillance du fonctionnement de l'économie de marché.

Défaillance du marché

Les défaillances du marché désignent les situations dans lesquelles le marché n'est pas optimal dans l'allocation des ressources.

Une usine pétrochimique produit de l'énergie qui contribue à l'activité économique mais rejette également des produits polluants dans l'environnement. Ceux-ci peuvent réduire les autres activités économiques (tourisme, agriculture, etc.) : à ce titre, la pollution est un exemple d'externalité négative, entraînant une défaillance du marché.

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 © Pixabay

Les agents qui produisent des externalités ne sont pas nécessairement incités à les réduire, car le coût social (le coût pour la collectivité tout entière) de leur activité est souvent supérieur au coût privé (le coût pour l'individu ou l'entreprise qui émet des externalités). 

Les entreprises polluantes ne sont pas incitées par le marché à réduire les externalités négatives qu'elles produisent par leur activité de production.

Coût social

Le coût social d'une externalité négative sur l'économie est un coût qui pèse sur la société entière.

B

Les externalités positives

Certaines activités économiques engendrent au contraire des externalités positives qui élargissent leur contribution au développement économique.

La production agricole écologique sur un terroir spécialisé peut engendrer une augmentation du tourisme sur ce même territoire.

Certaines entreprises cherchent désormais à favoriser les externalités positives de leur production : on parle d'entreprises sociales (par exemple, les sociétés équitables et solidaires). C'est aussi une manière pour elles de se distinguer de la concurrence par une image de marque positive. Cependant, le plus souvent, les marchés sont impuissants à encourager les actions pour le bien-être collectif si elles ne se traduisent pas par un profit maximum. 

C'est pourquoi les pouvoirs publics mettent en place des mesures qui visent à encourager les externalités positives.

La vaccination a des externalités positives car elle profite non seulement à l'individu, qui se protège de la maladie, mais aussi à la collectivité en évitant les phénomènes de contagion et d'épidémie. Les pouvoirs publics ont donc intérêt à imposer la vaccination par la loi pour protéger l'ensemble de la population.

L'État peut aussi mettre en place des mesures visant à réduire les externalités négatives. Par exemple, il peut inciter les entreprises à moins polluer en imposant une taxe aux pollueurs (ce qui permet d'égaliser coût interne et coût social), ou bien par la mise en place d'un marché de quotas d'émission sur lequel les entreprises qui n'atteignent pas le seuil maximal d'émission peuvent vendre leurs quotas inutilisés aux entreprises qui l'ont dépassé.

En 2005, l'Union Européenne met en place un marché de quotas d'émission de CO2 pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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II

Les défaillances liées aux biens collectifs et communs

Des défaillances du marché surviennent aussi en présence de biens collectifs et communs.

A

Biens collectifs et biens communs : définitions

Bien collectif

Un bien collectif est un bien non excluable (on ne peut pas exclure de la consommation les individus qui ne sont pas disposés à payer) et non rival (sa consommation par un individu n'empêche pas sa consommation par les autres).

Un jardin public est un bien collectif car chacun peut en profiter gratuitement et la présence d'un promeneur n'empêche pas les autres individus de se promener aussi.

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© Wikimedia Commons

Bien commun

Un bien commun est un bien non excluable (on ne peut pas exclure de la consommation les individus qui ne sont pas disposés à payer) et rival (sa consommation par un individu empêche sa consommation par les autres).

Tout le monde a accès aux ressources halieutiques (poissons) mais une fois pêché et consommé par un individu, un poisson ne peut plus être consommé par d'autres.

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On peut catégoriser les biens selon qu'ils ont ou non un caractère excluable ou rival.

  Rivalité Non rivalité
Exclusion

Biens privés

 vêtements, maison, automobile, etc.

Biens de club 

par exemple, une piscine dans un hôtel

Non exclusion

Biens communs

ressources naturelles

Biens collectifs 

défense nationale, éclairage public, littoral, etc.

B

Les enjeux de la production des biens collectifs et communs

La production de biens collectifs tels que l'éclairage de rue ou les transports collectifs nécessite souvent un investissement élevé, alors qu'ils ont une faible rentabilité à court terme. C'est pourquoi la demande ne rencontre aucune offre si l'État ne prend pas en charge le financement des infrastructures de départ.

Il a fallu de très grands investissements pour mettre en place le chemin de fer français : creuser des tunnels, construire des ponts, poser les rails, construire les gares, etc. L'État a financé les infrastructures nécessaires (ponts, etc.) et concédé leur usage à des compagnies de chemin de fer privées qui ont pu construire les superstructures (rails, etc.).

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© Wikimedia Commons

Par ailleurs, les biens collectifs, s'ils étaient produits par des entreprises privées, poseraient le problème du “passager clandestin” : les individus ayant refusé de contribuer au financement d'un bien pourraient néanmoins en bénéficier.

Si des individus refusent de payer pour profiter d'un éclairage collectif de rue, prétextant qu'ils ne vont pas s'en servir, on ne peut pas les empêcher d'en profiter une fois l'éclairage réalisé. Les individus ont donc intérêt à se comporter en “passagers clandestins” et ne pas payer.

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© Pixabay

À cause de ce type de comportement observable pour les biens non excluables, les entreprises ne peuvent pas se rémunérer en réalisant des biens collectifs. Or, ces biens sont généralement considérés comme indispensables pour la société. C'est donc le plus souvent l'État qui les finance, par exemple au moyen de taxes qui permettent de surmonter les comportements de passager clandestin.

III

Les défaillances dues aux asymétries d'information

Les asymétries d'information, présentes sur presque tous les marchés, constituent une autre source de défaillance. L'information est asymétrique lorsque : 

  • l'une des parties dispose d'un certain nombre d'informations essentielles à la bonne conclusion de l'échange ou du contrat ;
  • l'autre en est dépourvue.

Ce dysfonctionnement du marché crée un bénéfice exclusif pour la partie la mieux informée.

Asymétrie d'information

Les asymétries d'information sont des situations d'échange dans lesquelles une partie dispose d'informations que l'autre n'a pas.

Les asymétries d'information se produisent notamment dans le domaine des assurances et mutuelles. L'aléa moral et la sélection adverse sont les deux principales formes d'information asymétrique.

A

L'aléa moral

Lorsqu'un individu bénéficie de l'assurance de sa sécurité, il est plus enclin à prendre des risques.

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C'est vrai aussi dans le domaine des assurances et des mutuelles : la signature d'un contrat peut pousser les assurés, conscients d'être couverts financièrement, à une forme de négligence ou à des comportements à risque : on appelle cela l'aléa moral. Il s'agit d'une situation d'asymétrie d'information car l'assureur n'est pas informé des risques pris par l'assuré.

Un conducteur a souscrit une assurance qui l'indemnise au cas où sa voiture serait volée. Conscient de cela, il peut se montrer plus enclin à garer sa voiture dans des lieux peu sûrs et prendre le risque qu'elle soit volée.

Aléa moral

L'aléa moral est une situation d'information asymétrique dans laquelle, après la signature d'un contrat, l'une des parties change son comportement à l'insu et au détriment de l'autre partie.

Comme l'assureur ne peut pas anticiper l'aléa moral (i.e. savoir à l'avance comment va se comporter l'assuré), il peut choisir de renoncer à la signature d'un contrat pourtant mutuellement avantageux. C'est pourquoi l'aléa moral conduit à une défaillance du marché.

B

La sélection adverse

Sur un marché où les produits sont de qualité variable, il arrive que les acheteurs n'aient pas les informations nécessaires pour juger de la qualité des produits, contrairement aux vendeurs qui connaissent bien leurs produits. Il y a donc une asymétrie d'informations sur la qualité des produits. Les acheteurs sont alors amenés à proposer un prix moyen, supérieur au prix escompté pour des produits de mauvaise qualité mais inférieur au prix escompté pour des produits de bonne qualité. Cela conduit les vendeurs de bons produits à quitter le marché, et on observe alors un effet de sélection adverse dans lequel les mauvais produits « chassent » les bons. 

Sélection adverse

La sélection adverse est une forme d'information asymétrique dans laquelle, sur un marché, les vendeurs en savent plus que les acheteurs sur la qualité du produit à échanger, ce qui conduit le marché à sélectionner les produits de mauvaise qualité.

À terme, si rien n'empêche le phénomène, le marché peut disparaître : l'ensemble des bons produits disparaissent du marché et les acheteurs se retirent.

L'économiste américain G. Akerlof met en lumière les effets négatifs de la sélection adverse dans un article célèbre intitulé « The market for lemons » (1970), portant sur le marché des voitures d'occasion. Il fait l'hypothèse que, sur ce marché, le vendeur connaît mieux que l'acheteur la qualité et l'état des véhicules vendus, ce qui conduit à une sélection adverses des mauvaises voitures d'occasion, appelées « lemons ».

Dans le domaine des assurances santé, les individus ne présentent pas le même risque de maladie (en fonction de l'âge, de la profession, etc.) et peuvent dissimuler leur véritable état de santé à leur assureur. Celui-ci est donc amené à proposer un tarif d'assurance moyen pour tout le monde. Or, les personnes en bonne santé risquent de trouver ce tarif trop élevé et de ne pas s'assurer, de sorte que seules les personnes en mauvaise santé chercheront à souscrire une assurance. Cette sélection adverse menace le marché des assurances santé qui peut être amené à disparaître.

C

Les stratégies pour lutter contre les asymétries d'information

Plusieurs stratégies sont possibles pour lutter contre les asymétries d'information et leurs effets néfastes sur les marchés.

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Les stratégies des agents économiques

D'une manière générale, dans des cas d'asymétrie d'information, les agents économiques non informés cherchent à acquérir l'information qui leur manque.

Les entreprises d'assurance santé collectent des informations sur l'état de santé de leurs potentiels clients (l'asymétrie d'information est ainsi réduite) et proposent aux clients les plus risqués des tarifs plus élevés qu'aux autres : cela limite l'effet de sélection adverse.

Les agents informés peuvent eux-mêmes révéler l'information lorsque c'est dans leur intérêt.

Sur le marché des voitures d'occasion, les vendeurs peuvent proposer des garanties aux acheteurs : réalisation du contrôle technique du véhicule par un centre agréé, promesse de réparation en cas de dysfonctionnement, etc. 

Pour lutter contre l'aléa moral, une stratégie possible est d'inciter l'agent informé à adopter un certain comportement.

Les assureurs automobiles mettent souvent en place des systèmes de bonus-malus qui récompensent les conducteurs prudents et pénalisent ceux qui ont connu des sinistres.

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Les stratégies étatiques

Parfois, les stratégies individuelles ne sont pas suffisantes et il est plus efficace de faire intervenir l'État pour limiter les asymétries d'information. Ce dernier peut notamment agir en imposant des réglementations qui s'appliquent également à tous.

En France, l'étiquetage des œufs est strictement réglementé : les producteurs sont obligés de fournir des informations sur les conditions d'élevage des poules (en plein air, au sol,...) et la traçabilité des œufs. Dans ces conditions, l'asymétrie d'information en défaveur des consommateurs est quasiment supprimée, ce qui empêche la sélection adverse.

Pour empêcher la sélection adverse dans le domaine de les assurances santé, l'État peut choisir de rendre l'assurance santé obligatoire pour tout le monde.