Seconde 2015-2016
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Seconde 2015-2016

La montée des idées de liberté

La France est au XVIIIe siècle, une monarchie absolue de droit divin et une société d'ordres, de plus en plus contestée. Le tiers état s'oppose aux privilèges, tandis que les Lumières prônent les droits naturels de l'Homme. La monarchie parlementaire anglaise et la Révolution américaine sont des modèles politiques pour les Français.

I

La société française au XVIIIe siècle

A

L'absolutisme

1

Une monarchie absolue de droit divin

Depuis 1774, Louis XVI est le roi de France. La monarchie française est une monarchie de droit divin. Le sacre confère à son autorité un caractère divin :

  • Le roi est sacré à la cathédrale de Reims.
  • Son sacre est censé lui donner le pouvoir de guérison de la maladie des écrouelles.
  • Considéré comme le "lieutenant de Dieu sur Terre", il sait seul ce qui est bon pour le royaume, ainsi son autorité est absolue et ne peut être contestée.

Le roi exerce un pouvoir absolu :

  • Il est le seul législateur.
  • Il est à la source de toute justice et peut juger en dernier ressort.
  • Il lève les impôts.
  • C'est un roi guerrier, il décide seul de la guerre et de la paix.
  • Il peut emprisonner ses sujets arbitrairement au moyen de la lettre de cachet.
  • Le roi interdit la liberté d'expression, il a le pouvoir de censurer.

Le roi est la tête d'une administration et dirige un État centralisé :

  • Il est entouré de Conseils, composés des membres de sa famille et des ministres.
  • Il dirige le royaume depuis Versailles.
  • Dans les provinces françaises, les intendants appliquent les décisions prises par le roi.
Intendant

Les intendants sont des représentants du roi dans les généralités (division aministrative) qui sont en charge de "police, des vivres et des finances".

Calonne, futur contrôleur général des finances, est nommé intendant à Metz et à Lille.

2

Les limites du pouvoir royal

Il existe cependant des limites au pouvoir du roi :

  • L'administration n'est pas assez nombreuse pour contrôler l'ensemble du royaume.
  • Le roi doit respecter des lois fondamentales.
Lois fondamentales

Les lois fondamentales sont des principes de droit public qui viennent de la coutume et fixent des règles que le roi est obligé de respecter.

La loi salique interdit la possibilité à une femme d'hériter du trône. Une autre loi fondamentale interdit au roi de lever de nouveaux impôts sans le consentement de ses sujets. Enfin le roi doit respecter les privilèges de la noblesse et du clergé et les libertés des provinces, des villes et des corporations de métiers.

  • Les parlements doivent enregistrer des lois et peuvent les critiquer en faisant des remontrances.
  • Au cours du XVIIIe siècle, les parlements s'affirment de plus en plus face au roi. Louis XV intervient en 1766 pour rappeler les limites des pouvoirs des parlements.
Parlement

Un parlement est une cour de justice qui enregistre les édits du roi et juge en dernier recours.

Il existe treize parlements dont le plus important est celui de Paris.

B

Des privilèges de plus en plus contestés

La société française est une société inégalitaire composée de trois ordres.

Le clergé et la noblesse font partie des ordres privilégiés :

  • Le rôle de la noblesse est de donner son sang pour la France (armée) ; elle représente environ 2% de la population française.
  • Le rôle du clergé est de prier pour le salut des Français et de les encadrer dans leur pratique religieuse ; il représente environ 1% de la population française.
  • Le clergé et la noblesse ont des privilèges juridiques et fiscaux : ils ne paient pas d'impôts directs (mais peuvent payer les taxes sur les produits).
  • Le clergé reçoit un impôt, la dîme.
  • Ces ordres privilégiés ont le monopole pour l'accès aux charges et emplois les plus prestigieux.

Le tiers état constitue la majorité de la population française. Le poids des impôts repose majoritairement sur eux. Le tiers état a une composition très variée et il existe de nombreuses inégalités sociales en son sein :

  • La bourgeoisie est de plus en plus instruite et enrichie et réclame une reconnaissance politique.
  • Une partie de la bourgeoisie s'est enrichie et parvient difficilement, en achetant des charges anoblissantes, à intégrer la noblesse.
  • La bourgeoisie moyenne composée des artisans et des professions libérales ne peut accéder aux charges administratives.
  • La majorité des habitants des villes ne sont pas enrichis et vivent dans la précarité.

Les paysans, membres du tiers état, représentent 75% de la population française :

  • Ils vivent sous le régime seigneurial et sont sous la dépendance d'un seigneur.
  • Seule une minorité de riches laboureurs vit confortablement.
  • La majorité des paysans vit difficilement et sont accablés par le poids des impôts (la dîme, au clergé qui correspond au dixième des récoltes, et la taille royale) et des droits seigneuriaux.
  • À la fin du XVIIIe siècle, ils font face à la réaction féodale. Les seigneurs remettent en vigueur d'anciens droits seigneuriaux (dont les taxes).
  • Lorsque les difficultés des paysans s'ajoutent aux périodes de mauvaises récoltes, on observe des révoltes contre les seigneurs.

La guerre des farines éclate en 1775 dans de nombreuses régions de France suite à deux années de mauvaises récoltes et la suppression de la limite du prix du pain. Il faut plusieurs mois à l'armée pour rétablir l'ordre.

II

Des modèles politiques différents

A

La monarchie parlementaire anglaise

1

Les révolutions anglaises

Au XVIIe siècle, la monarchie anglaise subit deux révolutions. La première est la Grande Rébellion (1641 − 1649) :

  • Charles Ier cherche à imposer l'absolutisme en Angleterre contre l'avis du Parlement (l'union de la Chambre des communes et de la Chambre des lords, composée du haut clergé et de la noblesse).
  • Cette opposition conduit à une guerre civile et Charles Ier est décapité.
  • Après un passage à une république autoritaire, la royauté est restaurée en 1660, mais Charles II doit accepter une limitation de ses pouvoirs.
  • L'Habeas corpus est un acte instauré en 1679 qui garantit les libertés individuelles.

La seconde révolution est appelée la Glorieuse Révolution (1688 − 1689) :

  • Héritier de Charles II, Jacques II ne respecte pas l'Habeas corpus et il est perçu comme trop favorable aux catholiques.
  • Il est chassé du trône et remplacé par Guillaume d'Orange, un prince protestant hollandais, gendre du roi déchu.

Guillaume d'Orange prend le trône d'Angleterre mais s'engage à respecter l'Habeas corpus et le Bill of Rights, une déclaration qui limite les pouvoirs du roi au profit de ceux du parlement.

L'accord du Parlement est obligatoire pour lever les impôts.

2

Une monarchie parlementaire

La monarchie anglaise devient une monarchie parlementaire :

  • Le roi ne peut pas gouverner sans l'accord du Parlement.
  • Des élections sont organisées et la presse devient plus libre.
  • Le Parlement peut renverser le gouvernement.

La monarchie parlementaire n'est cependant pas une démocratie à ses débuts :

  • Le suffrage censitaire exclut de nombreux anglais du vote.
  • L'aristocratie domine le jeu politique et constitue la majorité des députés de la Chambre des communes.

Le système se transforme progressivement :

  • Le pouvoir exécutif du roi est transféré aux ministres responsables devant le parlement.
  • Le roi n'utilise plus son veto contre les lois du Parlement.
B

La Révolution américaine et son influence en France

1

Le déroulement de la Révolution américaine

Les colons britanniques installés sur le continent américain supportent de moins en moins le pouvoir du royaume d'Angleterre et notamment la pression fiscale qui pèse sur eux :

  • En décembre 1773, à Boston, des colons américains s'attaquent à des navires de la puissante Compagnie des Indes orientales et jettent à la mer leur cargaison de thé. Ce jour est appelé la Tea Party.
  • Ils déclarent l'indépendance des États-Unis d'Amérique le 4 juillet 1776.
  • Le Royaume-Uni rentre en guerre contre les insurgents dirigés par George Washington.
  • Les combattants américains affirment que le pouvoir doit s'exercer avec le consentement des gouvernés. La révolution, motivée par des raisons fiscales, comprend une dimension politique essentielle.
  • La monarchie française envoie des soldats sous les ordres de La Fayette pour combattre aux côtés des révoltés américains.
  • En 1783, le Royaume-Uni reconnaît l'indépendance des États-Unis.
  • Les États-Unis se dotent d'une constitution en 1787 qui instaure une république démocratique qui repose sur les principes des droits de l'Homme et le fédéralisme.
2

L'influence de la Révolution américaine en France

La révolution américaine a un fort retentissement en France :

  • Elle est un sujet de discussion des élites éclairées qui discutent dans les salons.
  • Benjamin Franklin et Thomas Jefferson (qui est l'auteur de la déclaration d'Indépendance), sont successivement les ambassadeurs des États-Unis à Paris et fréquentent assidûment les salons.
  • Les révolutionnaires américains deviennent des symboles de liberté.

Dans ses Mémoires, le comte de Ségur décrit la venue des représentants américains en France : "Il serait difficile d'exprimer avec quel empressement, avec quelle faveur furent accueillis en France, au sein d'une vieille monarchie, ces envoyés d'un peuple en insurrection contre son monarque".

III

Les Lumières

A

Les idées des Lumières

Au XVIIe siècle, l'Anglais John Locke estime que l'Homme a le droit à la liberté et qu'il est possible de se révolter contre des tyrans.

Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières croient aux progrès de l'humanité :

  • L'Homme doit s'appuyer sur la raison, il doit penser par lui-même et exercer son esprit critique.
  • Grâce à la raison, l'Homme est capable de lutter contre les superstitions et toutes les idées reçues.
  • L'éducation permet à l'Homme de se cultiver, d'exercer son sens critique et d'atteindre le bonheur.

Les philosophes des Lumières prônent le respect des "droits naturels de l'Homme" :

  • L'Homme a des droits tels que le droit de propriété, l'égalité devant la loi, la liberté et le droit de résister à l'oppression.
  • Ces droits sont immuables, l'Homme en dispose dès la naissance et on ne peut les lui enlever.

Les philosophes des Lumières sont des penseurs engagés. Au nom de leurs principes, ils critiquent la société française :

  • Ils souhaitent la tolérance religieuse. Voltaire écrit le Traité sur la Tolérance en 1763 après la condamnation injuste du protestant Jean Calas.
  • Ils veulent la liberté d'opinion et d'expression et défendent la liberté de la presse et la liberté de réunion.
  • Ils critiquent les privilèges et la société d'ordres.
  • Ils souhaitent aussi la liberté d'entreprendre.

Certains remettent aussi en cause la monarchie absolue :

  • Montesquieu est influencé par la monarchie parlementaire anglaise. Dans De l'esprit des lois en 1748, il propose une séparation des pouvoirs afin d'éviter que le pouvoir ne soit concentré dans les mains d'une seule personne.
  • Rousseau, dans Du contrat social en 1762, écrit que la loi doit être l'expression de la volonté générale, c'est-à-dire de tous les hommes. Pour lui, un gouvernement ne doit être que le représentant du peuple.
  • De nombreux philosophes des Lumières critiquent les excès de la monarchie absolue sans remettre en cause le principe de la monarchie.

Souveraineté populaire

La souveraineté populaire est un principe politique qui considère que le peuple doit être le seul détenteur du pouvoir.

Rousseau en 1762, dans Du contrat social, dit que le "souverain n'est composé que des particuliers qui le composent".

B

La diffusion des idées des Lumières

1

L'Encyclopédie

L'Encyclopédie (1751 – 1772) ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est la plus importante entreprise de publication réalisée au XVIIIe siècle :

  • Le philosophe Denis Diderot et le mathématicien d'Alembert ont dirigé la réalisation de l'ouvrage.
  • Elle est composée de 28 volumes, dont 17 volumes d'articles et 11 de planches illustrées.
  • L'objectif est de rassembler l'ensemble des connaissances disponibles et de les mettre à la portée de tous.
  • L'Encyclopédie répand les idées des Lumières ainsi que leurs théories sur la société et le pouvoir.

L'Encyclopédie se diffuse progressivement :

  • Le roi censure l'ouvrage mais la publication se poursuit clandestinement.
  • Le livre rencontre du succès auprès des classes cultivées, plus de 25 000 exemplaires sont édités.
2

La naissance d'une opinion publique

Les idées des Lumières circulent dans toute l'Europe :

  • Les savants et les philosophes correspondent.
  • De nouveaux lieux de débats apparaissent comme les librairies, les loges maçonniques, les académies, certains cafés et les salons.

Le Procope à Paris est un café fréquenté par les philosophes des Lumières.

Dans les salons, les philosophes rencontrent des membres du tiers état et des membres de la noblesse et du clergé ouverts aux idées des Lumières.

Julie de Lespinasse tient un salon très fréquenté dans lequel se rencontrent les philosophes des Lumières.

Des despotes éclairés accueillent des philosophes dans leur cour.

Frédéric II, roi de Prusse, accueille Voltaire à sa cour.

On assiste à la naissance d'une opinion publique. En effet, même si les idées des Lumières ne gagnent que les élites cultivées, on observe dans la société la naissance d’un esprit critique à l’égard de la monarchie et des privilèges et d'une certaine conscience politique.

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