L'énonciation Cours

Sommaire

ILa situation d'énonciationIILes systèmes du discours et du récitALe discours : énoncé ancré dans la situation d'énonciationBLe récit : énoncé coupé de la situation d'énonciationIIILa modalisation dans le discours
I

La situation d'énonciation

Énonciation

L'énonciation est le fait de produire un énoncé oral ou écrit.

Situation d'énonciation

La situation d'énonciation est la situation dans laquelle l'énoncé est produit. Elle est définie par :

  • l'énonciateur : celui qui parle ou écrit ;
  • le destinataire : celui auquel l'énoncé est adressé ;
  • les circonstances spatiales et temporelles : le lieu et le moment où l'énoncé est produit.

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère.
Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire.

Victor Hugo, « Détruire la misère » (Discours à l'Assemblée nationale législative), 9 juillet 1849

 

Analyse de la situation d'énonciation :

  • énonciateur : Victor Hugo (« je ») ;
  • destinataire : députés de l'Assemblée nationale législative (« messieurs », 2e personne du pluriel) ;
  • circonstances spatiales : tribune de l'Assemblée nationale législative ;
  • circonstances temporelles : date du 9 juillet 1849.
II

Les systèmes du discours et du récit

L'énoncé peut être ancré dans la situation d'énonciation, à laquelle il se réfère, ou coupé de la situation d'énonciation, à laquelle il ne fait pas référence.

A

Le discours : énoncé ancré dans la situation d'énonciation

Dans le système du discours, l'énoncé est ancré dans la situation d'énonciation. L'énonciateur, le destinataire, les circonstances spatiales et temporelles sont identifiables.

Types d'écrits Marqueurs spécifiques
  • récits à la 1re personne
  • lettres
  • discours
  • dialogues

Personnes :

  • pronoms personnels et déterminants possessifs de 1re personne (je/moi, nous, mon/ma/mes, notre, nos)
  • pronoms personnels et déterminants possessifs de 2e personne (tu/toi, vous, ton/ta/tes, votre, vos)

Indicateurs de temps et lieu se référant à la situation d'énonciation :

  • ici, là-bas
  • aujourd'hui, hier, demain
  • maintenant, de nos jours, tout à l'heure, etc.
  • la semaine dernière/prochaine

Temps verbaux du discours :

  • présent
  • passé composé
  • futur

Expression de la subjectivité :

  • lexique évaluatif : termes péjoratifs ou mélioratifs révélant un jugement de l'énonciateur
  • interrogations et exclamations

Vous me demandez, frère, si j'ai aimé ; oui. — C'est une histoire singulière et terrible, et, quoique j'aie soixante-six ans, j'ose à peine remuer la cendre de ce souvenir. Je ne veux rien vous refuser, mais je ne ferais pas à une âme moins éprouvée un pareil récit. Ce sont des événements si étranges, que je ne puis croire qu'ils me soient arrivés. J'ai été pendant plus de trois ans le jouet d'une illusion singulière et diabolique. Moi, pauvre prêtre de campagne, j'ai mené en rêve toutes les nuits (Dieu veuille que ce soit un rêve !) une vie de damné, une vie de mondain et de Sardanapale.

Théophile Gautier, La Morte amoureuse, 1836

 

Marqueurs spécifiques du système du discours dans l'extrait

  • Emploi de pronoms personnels de la 1re personne du singulier désignant l'énonciateur, un « prêtre de campagne »
  • Emploi de pronoms personnels de la 2e personne du pluriel désignant le destinataire, un « frère », qui a posé une question à l'énonciateur
  • Temps verbaux du discours : présent et passé composé
  • Lexique évaluatif exprimant l'horreur
B

Le récit : énoncé coupé de la situation d'énonciation

Dans le système du récit, l'énoncé ne permet pas de connaître la situation d'énonciation car il ne comporte aucun indice qui permette de l'identifier.

Types d'écrits Marqueurs spécifiques
Récits à la 3e personne

Personnes :

Pronoms personnels et déterminants possessifs de 3e personne (il/elle, ils/elles, eux, leur/leurs)

Indicateurs de temps et de lieu sans référence à la situation d'énonciation :

  • la veille, le lendemain
  • à cette époque, en ce temps-là, auparavant
  • la semaine précédente/suivante

Temps verbaux du récit :

  • imparfait
  • passé simple
  • plus-que-parfait
  • conditionnel

Le moulin du père Merlier, par cette belle soirée d'été, était en grande fête. Dans la cour, on avait mis trois tables, placées bout à bout, et qui attendaient les convives. Tout le pays savait qu'on devait fiancer, ce jour-là, la fille Merlier, Françoise, avec Dominique, un garçon qu'on accusait de fainéantise, mais que les femmes, à trois lieues à la ronde, regardaient avec des yeux luisants, tant il avait bon air.

Émile Zola, L'Attaque du moulin, 1880

Marqueurs spécifiques du système du récit dans l'extrait

  • Absence de pronoms personnels de la 1re ou de la 2e personne donc impossibilité d'identifier l'énonciateur et le destinataire
  • Emploi de pronom personnel de la 3e personne du singulier
  • Indicateur de temps sans référence à la situation d'énonciation
  • Temps verbaux du récit : imparfait et plus-que-parfait
III

La modalisation dans le discours

L'énonciateur peut signifier son degré de certitude ou d'incertitude par divers indicateurs.

Modalisateurs Adverbes : peut-être, certainement, assurément, probablement, etc.
Verbes : croire, penser, douter, pouvoir (quand il exprime la possibilité), devoir (quand il exprime la possibilité), sembler, paraître.
Adjectifs : sûr, certain, douteux, incertain, etc.
Modes verbaux
  • conditionnel présent et passé
  • subjonctif plus-que-parfait à valeur d'irréel dans le passé
  • futur catégorique exprimant la certitude
Subordonnées circonstancielles d'hypothèse Propositions subordonnées d'hypothèse et de comparaison-hypothèse (comme si, etc.)
Types de phrase Interrogations

Je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. […] D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l'appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m'apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m'arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n'est pas en lui, mais en moi.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913