Devenir Premium
Se connecter
ou

La poésie Exemples et citations

I

La définition de la poésie

La poésie est un des quatre genres littéraires qui se reconnaît principalement à sa dimension particulièrement esthétique. Le poète est en quête de la beauté de la langue et joue sur la mise en page, la musicalité et les formes.

A

La mise en page et la musicalité

La mise en page s'appuie particulièrement sur le vers et la strophe mais le poème peut également être en prose.

Dans Chansonnettes mesurées, Jean-Antoine de Baïf (XVIe siècle) propose un mètre imitant la poésie latine (notamment l'hexamètre dactylique et le pentamètre dactylique). La longueur du vers est calculée en pieds (association de sons courts et longs) au lieu de syllabes.

Semez, semez la graine,
Je connais la chanson
Que chante la sirène
Au pied de la maison

Robert Desnos

"Siramour", Fortunes

1942

Dans cet extrait, Robert Desnos utilise l'hexasyllabe : chacun des vers comporte 6 syllabes.

Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Guillaume Apollinaire

"Le Pont Mirabeau", Alcools

1913

Ici, le poète utilise la diérèse : les deux voyelles [i] et [o] doivent être prononcées séparément comme deux syllabes distinctes. Il faut donc insister sur ce mot pour le mettre en valeur.

Meurtriers de votre sang, appréhendez ce juge

Agrippa d'Aubigné

Les Tragiques

1615

Ici, le poète utilise la synérèse : il décide de relier deux sons voyelles qui suivent dans le mot "meurtriers" qu'il faut prononcer "meur-triers", en deux fois donc, et non "meur-tri-ers", en trois fois.

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne

Victor Hugo

"Demain, dès l'aube", Les Contemplations

1913

Ici, le poète utilise un "e" muet à la fin du vers, le mot "campagne" compte alors pour deux syllabes et non pour trois.

Le distique est une strophe composée de deux vers.

Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée

Paul Valéry

"La Fileuse", Album de vers anciens

1920

Ici, Paul Valéry utilise une strophe formée de trois vers que l'on appelle tercet.

Il existe des poèmes en prose, Charles Baudelaire en a notamment écrit de nombreux dans le recueil Petits poèmes en prose publié en 1869.

B

La musicalité

D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !

Charles Baudelaire

"L'Invitation au voyage", Les Fleurs du Mal

1857

Ici, le poète utilise des rimes riches, on trouve plus de trois sons en commun entre mots "ensemble" et "ressemble".

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes

Guillaume Apollinaire

"Zone", Alcools

1913

Ici, le poète utilise un accent flottant sur la dernière syllabe prononcée, "cienne", sur laquelle il faut donc insister à la lecture.

Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !"

Paul Verlaine

"Il pleure dans mon cœur", Romances sans paroles

1874

Ici, le poète utilise des rimes pauvres, un seul élément vocalique est repris, le "i" dans "s'ennuie" et "pluie".

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde
Le seul bien qui me reste au monde.

Alfred de Musset

"Tristesse", Poésies nouvelles

1839

Ici, le poète utilise des rimes suffisantes, deux sons sont répétés dans "réponde" et "monde".

Dans le poème "Spleen" de Charles Baudelaire, les rimes sont suivies.

Dans le poème "Les Yeux d'Elsa" de Louis Aragon, les rimes sont embrassées.

Dans le poème "Sensation" d'Arthur Rimbaud, les rimes sont croisées.

Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde

Léopold Sedar Senghor

"Femme noire", Chants d'ombre

1945

Ici, le poète utilise une allitération, il répète le son consonne "t".

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

Paul Verlaine

"Mon rêve familier", Poèmes saturniens

1866

Ici, le poète utilise une assonance, il répète les sons voyelles "é" et "en".

C

Les formes de la poésie

Dans "Ballade des dames du temps jadis", poème du XVe siècle, François Villon utilise la forme de la ballade.

Guillaume Apollinaire a écrit de nombreux calligrammes comme "Tour Eiffel", un poème parlant du monument et dont les vers forment le dessin de la tour.

L'Albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles Baudelaire

"L'Albatros", Les Fleurs du Mal

1957

Ici, Charles Baudelaire utilise la forme du sonnet : deux tercets suivis de deux quatrains.

Dans "À tout jamais, d'un amour immuable", Jean Marot emploie la forme du rondeau. En effet, le premier groupe de mots "À tout jamais" se retrouve au début du premier vers, puis à la fin de la seconde et de la troisième strophe. Cependant, le sens est obscur, car le respect de la forme du rondeau a contraint le poète à l'inversion de nombreux groupes de mots dans les phrases.

S'il ne faut, ma sœur chérie

Alfred de Musset

"La Nuit de mai", Les Nuits

1835

Ici, le poète utilise une césure, c'est-à-dire qu'il sépare le vers en deux parties distinctes et que l'accent se trouve dans la syllabe qui est à la fin de la première moitié du vers, donc dans "chérie".

D

Les fonctions de la poésie

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Alphonse de Lamartine

"L'Isolement", Méditations poétiques

1831

Dans cet extrait de poème, Alphonse de Lamartine exprime ses sentiments.

Dans ses Fables, Jean de La Fontaine entend donner un enseignement moral au lecteur. Par exemple, dans "La Grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf", il explique qu'il faut savoir s'accepter tel que l'on est.

Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Louis Aragon

"Strophes pour se souvenir", Le Roman inachevé

1956

Cette strophe illustre la fonction d'engagement de la poésie, Louis Aragon commémorant la mémoire d'un groupe de résistants pendant le Seconde Guerre mondiale.

Dans son recueil Émaux et Camées publié en 1852, Théophile Gautier défend l'art pour l'art. Pour lui, la fonction première de la poésie est de nature esthétique.

II

Les normes poétiques au fil des siècles

Le rondeau est une forme fixe de poème qui apparaît pour la première fois au Moyen Âge.

La ballade est une forme fixe de poème qui apparaît pour la première fois au Moyen Âge.

Le XVIe siècle est une période de redécouverte des œuvres en latin. Le poète Jean-Antoine de Baïf (membre de la Pléïade) cherche à retrouver la musicalité latine du vers. Il compose des vers en pieds, en se servant de l'étymologie latine des mots.

La plupart, emportés d'une fougue insensée,
Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée
Ils croiraient s'abaisser, dans leurs vers monstrueux,
S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux.

Évitons ces excès : laissons à l'Italie,
De tous ces faux brillants l'éclatante folie.
Tout doit tendre au bon sens : mais, pour y parvenir,
Le chemin est glissant et pénible à tenir ;
Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt on se noie.
La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.

Nicolas Boileau

"L'Art poétique", Chant I, L'Art poétique

1671

Au siècle classique, la poésie devient plus normée. Ici, le poète cherche à trouver une forme simple et directe.

Il pleurait. − Tout à coup, devant la tour antique,
S'éleva, murmurant comme un appel mystique,
Une voix… ce n'était sans doute qu'un esprit !
Bientôt parut la dame à son balcon gothique ; -
On ne sait si ce fut au sylphe qu'elle ouvrit.

Victor Hugo

"La Sylphe", Odes et ballades

1823

Les romantiques, comme Victor Hugo, rompent avec l'idée de normes. Ici, le poète prend des libertés avec la césure et l'alexandrin.

Au XIXe siècle, le poète Aloysius Bertrand choisit d'utiliser la prose et non plus le vers.

Les poètes de l'OuLiPo cherchent à appliquer des principes mathématiques à leurs créations et mettent au point la méthode S+7 : dans une réécriture, certains termes sont remplacés par des termes de la même catégorie présents dans le dictionnaire à la septième position derrière sa définition.

Au XXe siècle, les surréalistes cherchent à se libérer encore plus des normes poétiques, ils inventent notamment le cadavre exquis : chaque morceau de phrase est écrit par quelqu'un de différent ignorant ce qu'a écrit la personne précédente.