Reconnaître les différentes formes poétiques Exercice fondamental

De quelle forme poétique fixe relève chacun des poèmes suivants ?

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

 

Pierre de Marbeuf, « Et la mer et l'amour... » Recueil de vers, 1628

Pour courir en poste à la ville
Vingt fois, cent fois, ne sais combien ;
Pour faire quelque chose vile,
Frère Lubin le fera bien ;
Mais d'avoir honnête entretien
Ou mener vie salutaire,
C'est à faire à un bon chrétien,
Frère Lubin ne le peut faire.

Pour mettre, comme un homme habile
Le bien d'autrui avec le sien,
Et vous laisser sans croix ni pile,
Frère Lubin le fera bien :
On a beau dire, je le tien :
Et le presser de satisfaire,
Jamais ne vous en rendra rien,
Frère Lubin ne le peut faire.

Pour débaucher par un doux style
Quelque fille de bon maintien,
Point ne faut de vieille subtile,
Frère Lubin le fera bien.
Il prêche en théologien,
Mais pour boire de belle eau claire,
Faites-la boire à votre chien,
Frère Lubin ne le peut faire.

ENVOI

Pour faire plutôt mal que bien,
Frère Lubin le fera bien ;
Et si c'est quelque bonne affaire,
Frère Lubin ne le peut faire.

 

Clément Marot, L'Adolescence clémentine, 1532

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain,
Été est plaisant et gentil,
En témoigne Mai et Avril
Qui l'accompagnent soir et main1.

Été revêt champs, bois et fleurs,
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs,
Pour l'ordonnance de Nature.

Mais vous, Hiver, trop êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil ;
On vous dût bannir en exil !
Sans vous flatter, je parle plain2 :
Hiver, vous n'êtes qu'un vilain.

 

Charles d'Orléans, « Hiver, vous n'êtes qu'un vilain », XVe siècle

 

1 Main : matin.
2 Je parle plain : je dis vrai.

À M. le vicomte de Chateaubriand.

I.

« Qui de nous, en posant une urne cinéraire, 
N'a trouvé quelque ami pleurant sur un cercueil ? 
Autour du froid tombeau d'une épouse ou d'un frère, 
Qui de nous n'a mené le deuil ? » 
— Ainsi sur les malheurs de la France éplorée 
Gémissait la Muse sacrée 
Qui nous montra le ciel ouvert, 
Dans ces chants où, planant sur Rome et sur Palmyre, 
Sublime, elle annonçait les douceurs du martyre 
Et l'humble bonheur du désert.

Depuis, à nos tyrans rappelant tous leurs crimes, 
Et vouant aux remords ces cœurs sans repentirs, 
Elle a dit : « En ces temps la France eut des victimes ; 
Mais la Vendée eut des martyrs ! » 
— Déplorable Vendée, a-t-on séché tes larmes ? 
Marches-tu, ceinte de tes armes, 
Au premier rang de nos guerriers ? 
Si l'honneur, si la foi n'est pas un vain fantôme, 
Montre-moi quels palais ont remplacé le chaume 
De tes rustiques chevaliers.

[...]

 

Victor Hugo, « Poème à la Vendée », Odes et ballades, 1826