Clés de lecture d’un monde complexe Cours

Les États sont les principaux acteurs des dynamiques géopolitiques. Malgré le poids prédominant des pays développés, d'autres pays s'affirment progressivement. La fin de la guerre froide n'a pas signifié la fin des tensions internationales, et des désaccords persistent. D'un point de vue économique et social, on observe de nombreuses inégalités. Là aussi, les pays développés occupent le haut du classement. Cependant, les pays émergents sont désormais des acteurs incontournables des échanges internationaux. Au niveau culturel, on observe une certaine uniformisation des cultures mais les cultures locales se maintiennent. Enfin, les enjeux environnementaux sont nombreux. Le mode de croissance actuel des sociétés provoque de nombreuses dégradations. Des politiques sont définies à l'échelle globale et de nombreuses initiatives sont prises à l'échelle locale.

I

Clés de lecture géopolitique

A

De nombreux États inégalement puissants

L'ONU reconnaît aujourd'hui 197 États. Ce nombre n'a cessé d'augmenter : ils n'étaient que 72 en 1945.

Certains États ne font pas partie de cette liste. Même si certains sont reconnus par quelques pays, ils ne sont pas reconnus par l'ONU.

C'est le cas du Somaliland, un État autoproclamé et indépendant de la Somalie depuis 1991 qui n'est pas reconnu par la communauté internationale.

Les États sont les principaux acteurs des dynamiques géopolitiques mais leur poids sur la scène internationale est inégal.

  • Les équilibres géopolitiques sont dominés par les États-Unis et les pays européens.
  • La Russie, affaiblie après la chute de l'URSS, cherche à réaffirmer son poids dans les relations internationales.
  • Les pays émergents contribuent à la modification des équilibres traditionnels de la géopolitique. Ces États, dont plus particulièrement les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), s'appuient sur leurs performances économiques afin de réclamer un rôle plus important dans la gouvernance mondiale.
  • Les pays les plus pauvres restent peu influents au niveau mondial.

Le Brésil réclame un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.

B

Les organisations internationales

Les États se regroupent dans des organisations internationales qui ont un poids non négligeable sur la scène mondiale.

L'Organisation des Nations unies (ONU) a pour mission le maintien de la paix dans le monde. Elle est dirigée par un secrétaire général et est composée d'une Assemblée générale et d'un Conseil de sécurité comprenant cinq membres permanents et dix membres non permanents élus pour deux ans. Les membres permanents de l'ONU sont les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France : ils peuvent opposer leur veto aux décisions prises.

Plusieurs organes dépendent de l'ONU comme le Conseil économique et social ou encore la Cour internationale de justice. Des agences dépendantes de l'ONU sont apparues après sa fondation comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'UNICEF pour les problématiques liées à l'enfance ou encore l'UNESCO qui s'occupe des questions de développement de l'éducation, des sciences et de la culture.

L'OTAN, ou Organisation du traité de l'Atlantique nord, est la principale organisation militaire. Elle est dominée par les États-Unis.

De nombreuses organisations internationales sont impliquées dans la gouvernance économique mondiale. C'est le cas de la Banque mondiale, du FMI ou encore de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

C

Un monde instable

L'instabilité du monde est une composante importante de la compréhension de la géopolitique.

Depuis la fin de la guerre froide, de nouveaux facteurs de déstabilisation sont apparus. Le terrorisme progresse, en particulier le terrorisme islamique. Al-Qaïda est implantée dans de nombreuses régions en Afrique et en Asie. Daech (ou État islamique), à cheval sur la Syrie et Irak, déstabilise l'ensemble du Proche-Orient et oppose de grandes puissances telles que la Russie et les États-Unis quant à la manière de gérer le conflit.

De manière générale et à l'échelle mondiale, le nombre de conflits a diminué depuis la fin de la guerre froide, malgré une augmentation depuis 2010. Ce sont plus souvent des conflits internes, des guerres civiles, que des conflits externes, c'est-à-dire entre États. Ces guerres civiles sont souvent exacerbées par des tensions communautaires.

Malgré leur baisse relative, des conflits entre États perdurent, notamment autour de la délimitation des frontières et plus particulièrement des frontières maritimes.

Ainsi, les tensions se maintiennent entre la Chine, le Pakistan et l'Inde autour de la souveraineté de la région du Cachemire.

II

Clés de lecture géo-économique

A

De profondes inégalités

L'étude des différents indicateurs socio-économiques tels que l'IDH, le PIB ou encore l'IPH, révèle de nombreuses inégalités à toutes les échelles.

PIB

Le PIB est le Produit intérieur brut. Il correspond à la somme des richesses produites dans un pays en un an et permet de classer les économies nationales entre elles.

IDH

L'IDH est l'Indice de développement humain, variant de 0 à 1. C'est un indicateur mesurant le niveau de développement d'une population à partir de la richesse par habitant, du niveau d'instruction et de l'espérance de vie à la naissance.

IPH

L'Indicateur de pauvreté humaine (IPH), exprimé en pourcentage, est un indice statistique utilisé pour déterminer le niveau de pauvreté d'un pays. Plus le pourcentage est élevé, plus le pays est considéré comme pauvre.

Pour calculer l'IPH des pays en développement, on étudie :

  • le pourcentage de décès avant l'âge de 40 ans ;
  • le pourcentage d'adultes analphabètes ;
  • les conditions de vie : l'accès à l'eau potable, l'accès aux services de santé et les enfants de moins de cinq ans souffrant d'insuffisance pondérale.

Les inégalités à l'échelle mondiale permettent de définir plusieurs groupes de pays :

  • Tout d'abord, les pays développés sont les pays les plus riches du globe. L'Amérique du Nord, l'Union européenne et le Japon sont à l'origine de 54 % du PIB mondial. Ces pays ont des IDH parmi les plus élevés du monde.
  • On retrouve ensuite le groupe des pays en développement, très hétérogène. Au sommet de ce groupe, les pays émergents ont pour point commun leurs performances économiques mais aussi le maintien de profonds retards en matière de développement. Compte tenu de leur poids croissant dans l'économie mondiale (les BRICS sont à l'origine de 60 % de la croissance en 2013), on parle désormais d'un monde polycentrique, c'est-à-dire caractérisé par la présence de plusieurs pôles économiques. Ces pays accusent cependant depuis plusieurs années une croissance économique nettement moins forte.
  • En bas du groupe des pays en développement, on retrouve les 47 Pays les moins avancés (PMA). Ces pays sont caractérisés par une forte vulnérabilité économique et d'importants problèmes de développement.
B

La mondialisation de l'économie

Ces inégalités entre les pays sont à comprendre dans le cadre d'une économie mondialisée.

Cette mondialisation de l'économie est un phénomène d'ouverture des économies nationales sur un marché devenu mondial. Les économies nationales sont de plus en plus interdépendantes et la mondialisation a eu pour conséquence une augmentation des flux de capitaux, de marchandises, d'informations ainsi que des flux humains. L'économie mondiale est aussi devenue plus instable, elle est souvent marquée par d'importantes crises.

La valeur des exportations mondiales est passée de 2030 milliards de dollars en 1980 à 18 200 milliards de dollars en 2011.

Par ailleurs, les flux de la mondialisation sont sélectifs. Ce sont les zones les plus dynamiques économiquement, telles que les pays riches ou émergents, les métropoles et les zones portuaires, qui bénéficient de la mondialisation alors que les zones les plus pauvres en sont exclues. Ce phénomène tend à accentuer les inégalités à toutes les échelles.

La mondialisation a permis le développement de nouveaux acteurs et particulièrement des firmes transnationales qui sont au nombre de 104 000 en 2011. Ces dernières emploient plus de 69 millions de salariés dans le monde et sont à l'origine de 57 % du PIB mondial et de la majorité des Investissements directs à l'étranger (IDE).

III

Clés de lecture géoculturelle

A

La thèse des aires de civilisation

Les aires de civilisation sont un autre moyen de comprendre le monde.

La théorie des aires de civilisation a été pensée par Fernand Braudel dans un livre intitulé Grammaire des civilisations, publié en 1987. Selon cette théorie, le monde est divisé en différentes aires qui se distinguent par des spécificités culturelles, religieuses et linguistiques, et dont les délimitations géographiques sont floues. Plusieurs découpages en aires de civilisations ont été effectués, notamment par le politologue Samuel Huntington ou encore le géographe Yves Lacoste. Huntington, dans sa théorie du "choc des civilisations", avance d'ailleurs l'idée que, depuis la fin de la guerre froide, les conflits ne portent plus sur des oppositions idéologiques mais des oppositions culturelles.

La notion d'aire de civilisation est cependant discutable car elle met en évidence des zones dont les limites sont très vagues et en évolution constante. De plus, elle ignore totalement les divisions internes à chaque aire de civilisation qui ne sont en rien homogènes.

B

Uniformisation ou maintien des particularismes culturels

À l'échelle mondiale, on observe une tendance à l'unification des pratiques culturelles et des modes de vie.

La mondialisation est, du fait de la multiplication des échanges internationaux, à l'origine de ce phénomène. Les échanges commerciaux internationaux ont introduit les mêmes produits dans différents pays du monde, favorisant l'uniformisation des modes de vie et de consommation.

La métropolisation a fait émerger des villes mondiales à l'intérieur desquelles les modes de vie sont similaires. La diffusion de la création artistique a permis l'émergence d'artistes et d'œuvres populaires dans le monde entier qui contribuent à uniformiser les cultures.

Il faut cependant noter que la diversité culturelle se maintient. Elle est défendue par de nombreux organismes. À l'échelle mondiale, l'UNESCO protège les patrimoines culturels. Aux échelles nationale et locale, les États et des associations luttent pour la préservation des différences culturelles. De plus, la mondialisation elle-même permet de rendre visible la diversité culturelle. Les cuisines du monde entier s'exportent. Dans le domaine artistique, les expositions, les concerts et les spectacles permettent de découvrir de multiples cultures.

Ainsi, plutôt que de parler d'uniformisation culturelle, il convient de parler davantage de métissage des cultures, c'est-à-dire de mélanges des cultures propres à chaque territoire.

IV

Clés de lecture géo-environnementale

A

Les dégradations environnementales

Le monde a subi des changements importants qui ont affecté le climat ainsi que la biodiversité et accru le nombre de risques auxquels l'humanité doit faire face.

Le recours massif aux énergies fossiles comme le charbon, le gaz et le pétrole, a provoqué de fortes émissions de \(\displaystyle{\ce{CO2}}\). Celles-ci ont eu pour conséquence de créer un effet de serre qui explique en grande partie le changement climatique actuel.

On observe la fonte des glaciers et des banquises ; certaines îles sont donc menacées de disparition à moyen terme et les régions littorales devront faire face à la montée du niveau des mers.

Avec le changement climatique, les risques de catastrophes naturelles se sont multipliés : cyclones, ouragans et tempêtes ont vu leur nombre et leur intensité s'accroître ; les sécheresses et les inondations sont plus intenses et plus nombreuses. L'industrialisation de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche provoque par ailleurs une réduction massive de la biodiversité.

B

La protection de l'environnement de l'échelle globale à l'échelle locale

Les changements qui affectent le monde dans son ensemble suscitent une réaction globale de la part des acteurs étatiques et des Organisations non gouvernementales (ONG).

C'est ainsi que la communauté internationale se réunit régulièrement pour évaluer les impacts de ces changements globaux et pour tenter d'apporter des réponses. La prise de conscience progressive de ces changements et de leurs conséquences à moyen et long termes a conduit en 1987 à la définition par le rapport Brundtland du concept de développement durable.

Le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, fixe les grandes lignes d'un programme ambitieux : l'Agenda 21. Il sert de cadre de référence aux actions qui doivent être menées pour réduire les inégalités socio-économiques tout en préservant l'environnement. Des conférences internationales sont depuis lors régulièrement organisées, comme en témoigne la COP 21 qui s'est tenue à Paris en décembre 2015 et qui a réuni 195 pays.

Aux échelles locales, de nombreuses initiatives sont prises. Les États fixent les grandes orientations des politiques de protection de l'environnement qui sont ensuite appliquées à des échelons plus locaux.

Mais les freins à une protection efficace de l'environnement sont multiples. Les principaux pays pollueurs ont tendance à freiner l'application de mesures contraignantes et les pays en développement favorisent en priorité le développement de leur économie au détriment de l'environnement.