Le Second Empire de 1852 à 1870Cours

Après le coup d'État du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte restaure le régime impérial en devenant l'empereur Napoléon III en 1852. En novembre 1852, il fait voter par le Sénat, dont il a nommé tous les membres, une loi modifiant la Constitution. Ce « sénatus-consulte » (décision prise par le Sénat au nom du peuple dans la République romaine antique) fait disparaître la fonction de président de la République qui est remplacée par « l'autorité impériale ». La IIe République disparaît et l'Empire est restauré

Le Second Empire connaît d'abord une phase autoritaire puis une phase libérale mais il disparaît suite à la défaite militaire contre la Prusse en 1870. Le 4 septembre 1870, la IIIe République est proclamée.

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}  Quelles difficultés la France rencontre-t-elle pour entrer dans l'âge démocratique sous le Second Empire ?

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I

La restauration de l'Empire

A

Un plébiscite

Une nouvelle fois, Louis-Napoléon Bonaparte mélange les genres puisqu'après avoir imposé de façon légale mais autoritaire le rétablissement de l'Empire, il donne la parole au peuple afin qu'il valide sa décision. Le 2 décembre 1852, date symbolique, un plébiscite demande aux Français s'ils veulent faire de Louis-Napoléon Bonaparte « l'empereur des Français, Son Altesse impériale Napoléon III ». Ce deuxième plébiscite se déroule d'ailleurs dans des conditions aussi peu démocratiques que le premier. Le vote est public, la fraude et l'abstention sont massives. La restauration de l'Empire est plébiscitée par 97 % des 7 millions votants.

Le nouveau régime consacre la puissance de l'empereur qui est la « clé de voûte » des institutions :

  • Il détient le pouvoir exécutif.
  • Il a une large partie du pouvoir législatif : il a seul l'initiative des lois et nomme les membres de deux assemblées sur trois, le Sénat et le Conseil d'État. De plus, il peut consulter directement les Français par plébiscite. 

 

Le corps législatif est la seule assemblée élue. Elle vote les lois mais ne peut ni les proposer ni les discuter. Au final, le Second Empire remplace la séparation des pouvoirs par la concentration des pouvoirs entre les mains de l'empereur. Il remplace aussi la souveraineté nationale par la souveraineté impériale. Même si le peuple élit ses représentants au suffrage universel, ils n'ont aucun pouvoir. 

B

Les symboles du pouvoir    

Le virage politique de 1852 est également marqué par un changement de symboles. Là encore, Napoléon III mélange les genres de façon paradoxale :

  • Comme sous le Premier Empire, la fête nationale est fixée au 15 août, jour de la Saint-Napoléon
  • Le drapeau tricolore est conservé mais modifié puisque l'aigle impérial y est ajouté
  • Marianne est elle aussi remplacée par l'effigie de « Son Altesse impériale Napoléon III » qui circule grâce aux pièces et aux timbres.
Portrait de Napoléon III, Franz Xaver Winterhalter, 1855

Portrait de Napoléon III, Franz Xaver Winterhalter, 1855

Domaine public, © Wikimedia Commons

Sur son portrait officiel visible dans tous les bâtiments publics, Napoléon se fait représenter debout vêtu d'un costume militaire recouvert d'un manteau qui rappelle celui du sacre de son oncle. Arborant la Légion d'honneur, il tient d'une main une épée et de l'autre le sceptre. À ses côtés, on trouve la couronne, la main de justice et le trône.

C

Autoritarisme et réduction des libertés

Au cours des années 1850, le Second Empire connaît une première phase que l'on peut qualifier de sombre. Pendant environ une décennie, Napoléon III fait reposer son règne sur l'autoritarisme, le conservatisme, le populisme, la réduction des libertés et la répression de toutes formes d'opposition. L'empereur a pour cela le champ libre puisqu'il s'appuie sur ses ministres conservateurs et une majorité très large de députés du parti de l'Ordre. La discrétion de l'opposition politique s'explique par le verrouillage des élections permis par le système des « candidatures officielles ». Concrètement, à chaque élection, le gouvernement présente ses « candidats officiels ». Au cours de la campagne, le pouvoir facilite leur élection en finançant leurs affiches, en corrompant les électeurs et en intimidant les autres candidats. Le jour J, les fonctionnaires qui tiennent les bureaux de vote bourrent les urnes avec les bulletins de ces candidats.

Aux élections législatives de 1852, 253 candidats officiels sont élus contre seulement 8 candidats de l'opposition puis 14 aux élections de 1857. Censés représenter le peuple souverain, ces « candidats officiels » représentent en réalité l'empereur dictateur. Les Français sont d'ailleurs de moins en moins dupes de cette supercherie démocratique puisque l'abstention dépasse régulièrement les 30 %.

Dans les années 1850, Napoléon III met en œuvre une politique liberticide, c'est-à-dire qu'il prend des mesures qui font régresser les libertés collectives et individuelles : 

  • En février 1852, sa première cible est la presse. Par décret, l'empereur s'attaque à la liberté de la presse en imposant de fortes contraintes. Pour pouvoir paraître, un journal doit obligatoirement s'être déclaré, avoir reçu « l'autorisation préalable » et réglé des taxes prohibitives. La presse est censurée, muselée et entravée, les Français sont désinformés et n'ont accès qu'aux journaux de propagande qui font l'apologie de l'empereur
  • En 1854, l'empereur limite la liberté de circulation et de réunion des ouvriers. Chaque ouvrier doit désormais avoir toujours sur lui son « livret ouvrier ». Signé par son employeur, son adresse et ses déplacements professionnels et privés doivent y être consignés sous peine d'une lourde contravention.  
  • À la fin des années 1850, l'empereur instrumentalise un attentat organisé contre lui à Paris, en janvier 1858 pour faire voter la « loi de sûreté générale ». Elle autorise une justice arbitraire et expéditive qui permet de condamner, sans procès, un individu jugé dangereux pour la « sécurité de l'État »

 

Au quotidien, Napoléon III fait d'ailleurs surveiller tous les Français par un État policier qui peut tout faire et veut tout savoir. Composé de 700 000 fonctionnaires, qui prêtent tous un serment de loyauté envers l'empereur, il est dirigé sur le terrain par les préfets et les maires qui doivent leur poste à l'empereur. Le Second Empire se dote d'un arsenal dissuasif et répressif dont les bagnes ouverts dans les colonies de Guyane et de Nouvelle-Calédonie en sont en quelque sorte les « vitrines ».

Intérieur du bagne de la Guyane française

Intérieur du bagne de la Guyane française

Domaine public, © Wikimedia Commons

Malgré ces mesures, Napoléon III bénéficie d'une grande popularité :

  • Il est soutenu par les bourgeois qui bénéficient de la prospérité économique permise par l'industrialisation et la modernisation du pays.
  • Il est apprécié des paysans qui voient en lui l'homme qui protège leur propriété, maintient l'ordre et fait barrage au retour de la révolution ouvrière. Cette image d'un empereur proche de son peuple est d'ailleurs véhiculée par la propagande qui joue un rôle-clé lors des 5 plébiscites victorieux que Napoléon III organise. 

 

Dans les années 1850, les seules voix qui s'élèvent pour dénoncer la « dictature de l'usurpateur de Napoléon le Petit » sont celles des résistants de l'extérieur, à l'image des républicains Edgar Quinet et Victor Hugo, que le régime accuse d'être des « ennemis d'État ». 

Edgar Quinet

Edgar Quinet

Couverture des Châtiments, Daumier

Couverture des Châtiments, Daumier

Domaine public, © Wikimedia Commons

II

La libéralisation du régime

La seconde phase du Second Empire commence en 1859 et dure 11 ans. Elle se caractérise par un assouplissement et une libéralisation progressive du régime. Concrètement, Napoléon III relâche la pression en redonnant aux Français une partie des libertés dont il les avait privés. Ce virage libéral s'explique d'abord par un changement de contexte. À la fin des années 1850, le régime impérial est de plus en plus contesté. Les critiques viennent désormais de l'intérieur et des soutiens de l'empereur :

  • Les monarchistes accusent l'empereur de ne pas être assez ferme avec les ouvriers, les catholiques lui reprochent de fragiliser le pape en soutenant militairement le mouvement national italien. 
  • La bourgeoisie industrielle et financière l'estime responsable du ralentissement économique qu'ils imputent au traité de libre-échange signé avec l'Angleterre en 1860 et permettant la vente de produits bon marchés britanniques qui concurrencent la production française. 

 

Puisque ses soutiens traditionnels retournent leur veste, Napoléon III fait de même et change de stratégie en cherchant à obtenir le soutien de ses adversaires libéraux. Pour cela, il doit faire des concessions, c'est-à-dire assouplir le régime en accordant aux Français plus de droits et de libertés.

A

Les impacts de la libéralisation sur la vie politique

Le virage libéral du Second Empire a d'abord des conséquences sur la vie politique. En 1859, une loi accorde l'amnistie à tous les opposants politiques. Napoléon III autorise les exilés à rentrer en France sans risquer d'être poursuivis. Si de nombreux opposants républicains regagnent l'hexagone, certains exilés, qui doutent de la sincérité d'un empereur qui cherche selon eux à acheter leur silence, refusent de rentrer. C'est notamment le cas de Victor Hugo. Refusant tout compromis avec le régime, il préfère rester libre de résister de loin et affirme qu'il « ne rentrera en France que quand la liberté y sera elle-même rentrée »

Malgré tout, l'amnistie est perçue par l'opposition républicaine comme une autorisation de critiquer le régime impérial sans risque de répression. La libération de la parole est d'ailleurs accentuée par le vote d'une loi sur la presse qui supprime l'autorisation préalable et les avertissements. 

Ce nouveau contexte réveille l'opposition. En 1864, les libéraux modérés, par la voix de leur député Adolphe Thiers, réclament à l'empereur les « cinq libertés nécessaires » parmi lesquelles la liberté individuelle et les élections libres. Dans les villes, notamment Paris, ainsi que les régions du Centre et du Sud-Est, l'opposition républicaine, orchestrée par Léon Gambetta, gagne du terrain. Aux élections de 1863, 17 députés républicains entrent à l'Assemblée puis 30 y entrent en 1869. Napoléon III donne d'ailleurs suite à certaines de leurs revendications sociales puisqu'il accorde aux ouvriers le droit de grève en 1864 puis la liberté de réunion en 1868. Un nouveau parti d'opposition modérée dirigé par Émile Ollivier, le Tiers Parti, croit possible une synthèse entre régime impérial et libertés.

Émile Ollivier

Émile Ollivier

B

Les impacts de la libéralisation sur les institutions

La libéralisation du Second Empire a des répercussions sur les institutions. Face aux critiques de l'opposition qui lui reprochent une concentration excessive des pouvoirs, Napoléon III rééquilibre le régime en diminuant légèrement le poids du pouvoir exécutif et en augmentant progressivement celui du pouvoir législatif. En 1860, l'assemblée législative obtient le droit de s'adresser à l'empereur : les représentants de la nation peuvent donc désormais dialoguer avec l'empereur. Les débats de l'assemblée sont également publiés dans leur intégralité, en toute transparence, et les députés acquièrent de nouveaux droits : 

  • En 1861, les députés se voient confier la gestion des finances publiques en obtenant le droit de voter le budget de façon plus détaillée qu'auparavant. 
  • En 1867, les députés acquièrent le droit d'interpeller les ministres, c'est-à-dire de leur poser des questions sur la politique qu'ils mènent et de leur faire part de leur soutien ou de leur mécontentement. 
  • À partir de septembre 1869, les députés ont désormais la charge des lois et peuvent amender, c'est-à-dire modifier, les projets de lois du gouvernement

 

En janvier 1870, le Second Empire, dont le gouvernement a été confié un an plus tôt à Émile Ollivier, devient même un régime parlementaire

La Constitution est modifiée pour que le gouvernement soit responsable devant l'empereur mais aussi devant les députés de la nation. Moins omniprésent, Napoléon III laisse le gouvernement gouverner. Il se replie sur son domaine réservé, la politique étrangère.

Le 8 mai 1870, Napoléon III sonde la popularité de ses réformes en organisant un plébiscite. Avec 80 % de voix favorables, les Français approuvent l'évolution libérale du régime.

Le 14 juillet 1870, au sommet de sa popularité, Napoléon III déclare la guerre à son puissant voisin, le royaume de Prusse gouverné par le roi Guillaume Ier et son chancelier Otto von Bismarck. Mal préparée, sous-équipée et en nette infériorité numérique, l'armée française est rapidement mise en déroute. Les troupes prussiennes envahissent l'Alsace puis la Lorraine. Le 2 septembre, l'armée capitule. Le 3 septembre, l'empereur est fait prisonnier à Sedan. À Paris, l'annonce de la débâcle impériale enclenche un processus de transition politique. Le 4 septembre 1870, alors que les troupes prussiennes font le siège de la capitale, les Parisiens décrètent la déchéance de l'Empire et proclament la République.

Invasion des troupes prussiennes à Torcy

Invasion des troupes prussiennes à Torcy

Domaine public, © Wikimedia Commons

  • Le 2 décembre 1851, au terme de son mandat présidentiel, Louis-Napoléon Bonaparte impose son maintien au pouvoir par un coup d'État. Devenu « prince-président » pour 10 ans, il rétablit un suffrage universel en trompe-l'œil et concentre tous les pouvoirs. Après avoir reçu l'accord des Français par plébiscite, il rétablit le régime impérial en devenant, le 2 décembre 1852, « Napoléon III empereur des Français ». 
  • La première phase du Second Empire instaure une « démocratie illibérale » qui combine dictature et soutien populaire. 
  • À partir de 1859, la montée des critiques entraîne la libéralisation du régime qui rend aux Français une partie de leurs droits et de leurs libertés.
  • Le Second Empire ne survit pas à la défaite des armées françaises dans la guerre contre la Prusse de 1870. Après 18 ans d'existence, il est remplacé par la IIIe République proclamée à Paris, le 4 septembre 1870, dans un contexte chaotique.