Sommaire
IContexte diplomatique et géopolitique de la fin des années 1850AL'alliance franco-sarde : les accords de Plombières (1858)BDes victoires militaires à Villafranca : une opportunité diplomatiqueIILe processus de rattachement : traité, plébiscite, ratificationALe traité de Turin (24 mars 1860)BLes plébiscites : formes et enjeuxIIIConséquences politiques, culturelles et socialesATransitions administratives et linguistiquesBRéactions locales et exode niçois Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 22/04/2026 - Conforme au programme 2025-2026
En 1860, sous l'impulsion du Second Empire, la France aide le royaume de Piémont-Sardaigne dans son projet d'unification italienne en échange du rattachement du duché de Savoie et du comté de Nice. Après le traité de Turin, signé le 24 mars 1860, Nice est formellement cédée à la France le 14 juin 1860, puis la Savoie peu après. Le rattachement déclenche des transformations profondes, notamment linguistiques et administratives, mais aussi un exode niçois vers l'Italie. Il marque aussi le rôle stratégique de Napoléon III dans le processus d'unification italienne.
Contexte diplomatique et géopolitique de la fin des années 1850
L'alliance franco-sarde : les accords de Plombières (1858)
En 1858, le royaume de Piémont-Sardaigne, dirigé par Victor-Emmanuel II et son Premier ministre Cavour, souhaite réaliser l'unité italienne. Or, pour vaincre l'Autriche qui contrôle encore la Lombardie et la Vénétie, il a besoin de l'appui d'une grande puissance. Cavour rencontre Napoléon III à Plombières en juillet 1858. L'empereur accepte d'apporter son aide militaire en cas de guerre contre l'Autriche, en échange de la cession du comté de Nice et du duché de Savoie à la France. Il souhaite également affaiblir l'Empire autrichien pour affirmer la place de la France en Europe.
Cette alliance montre donc le rôle déterminant de la diplomatie et des négociations secrètes dans la redéfinition des frontières européennes. Elle place la France au centre du jeu italien, tout en lui permettant d'agrandir son territoire.
Des victoires militaires à Villafranca : une opportunité diplomatique
En 1859, la guerre éclate contre l'Autriche. Grâce à l'intervention française, les troupes franco-sardes remportent deux victoires majeures : Magenta (4 juin 1859) et Solférino (24 juin 1859). Ces batailles, assez peu meurtrières, contrairement à une idée répandue, montrent la puissance militaire de la France. Cependant, Napoléon III, inquiet de l'ampleur du conflit et des pertes, conclut rapidement l'armistice de Villafranca avec l'Autriche. La Lombardie est rattachée au Piémont-Sardaigne, mais la Vénétie reste autrichienne.
Ce compromis déçoit les nationalistes italiens mais permet à Napoléon III d'exiger le respect des promesses de Plombières : Nice et la Savoie doivent être « réunies » à la France.
Le processus de rattachement : traité, plébiscite, ratification
Le traité de Turin (24 mars 1860)
Le 24 mars 1860, le traité de Turin officialise l'accord : en échange du soutien français à l'unité italienne, Victor-Emmanuel II cède le duché de Savoie et le comté de Nice à la France. Le texte emploie le terme de « réunion » et non d'« annexion », pour donner l'image d'une intégration librement consentie par les populations concernées.
Ce traité s'inscrit dans une tradition diplomatique où les échanges territoriaux sont fréquents. Mais Napoléon III souhaite aussi donner à cette cession une dimension moderne et démocratique : ce sont les habitants qui devront confirmer le rattachement par leur vote lors de plébiscites.

L'Italie dans les années 1860-1870
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Les plébiscites : formes et enjeux
En avril 1860, deux plébiscites sont organisés : à Nice les 15 et 16 avril, et en Savoie les 22 et 23 avril. Le vote doit valider le traité. Dans les faits, l'opération est fortement encadrée par les autorités : bulletins de vote pré-imprimés « OUI » distribués massivement, pressions sociales et administratives, faible visibilité des bulletins « NON ». Les résultats annoncés sont écrasants : 83 % de « oui » à Nice et plus de 99 % en Savoie.
Si ces chiffres traduisent une volonté réelle de certains habitants d'intégrer la France, ils reflètent surtout l'absence d'un scrutin libre au sens moderne. Napoléon III peut néanmoins présenter ces votes comme l'expression de la souveraineté populaire, renforçant la légitimité de son empire.
Conséquences politiques, culturelles et sociales
Transitions administratives et linguistiques
Le rattachement officiel a lieu le 14 juin 1860 pour Nice et peu après pour la Savoie. Les deux territoires deviennent des départements français : les Alpes-Maritimes sont créées, et la Savoie est divisée en deux départements (Savoie et Haute-Savoie). L'administration française s'installe rapidement : tribunaux, préfets, écoles, presse locale.
La langue française remplace l'italien dans la justice, l'école et les actes officiels. Les toponymes sont francisés : Nizza devient Nice, et de nombreux noms de famille ou lieux sont transformés. Cette francisation rapide entraîne un choc culturel, notamment à Nice où la population parlait largement l'italien et le dialecte niçois.

Le rattachement de la Savoie à la France en 1860 : défilé à Chambéry
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Réactions locales et exode niçois
Si une partie de la population accepte ou se satisfait du rattachement (surtout en Savoie, tournée vers la France voisine), la situation est plus complexe à Nice. Une minorité de Niçois reste attachée à l'Italie et refuse la domination française. Environ 11 000 habitants, soit près d'un quart de la population, choisissent l'exil vers le royaume d'Italie.
Cette opposition se manifeste encore après 1860 : en 1871, les Vêpres niçoises, un soulèvement contre la France, sont sévèrement réprimées. Dans les décennies suivantes, un mouvement irrédentiste (revendiquant le retour de Nice à l'Italie) perdure, notamment dans la presse. À l'intérieur du pays, les catholiques français rejettent cette intégration, qui met le pape en difficulté face à l'unification de l'Italie.

À Nice, manifestations pro-italiennes lors des Vêpres niçoises
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