Qu'est-ce que la monnaie et comment est-elle créée ?Cours

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Formes et fonctions de la monnaie

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Les formes de la monnaie

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Les formes traditionnelles et anciennes de la monnaie

La monnaie a pris des formes très diverses au cours de l'histoire. Traditionnellement, les unités de monnaie avaient une valeur en soi, et pas uniquement la valeur symbolique de ce qu'elles permettaient d'acquérir.

Les premières monnaies ont été des monnaies marchandises. C'est une forme de monnaie qui est à rapprocher de l'économie de troc et dans laquelle une marchandise sert de monnaie : par exemple, des cauris (des coquillages), des noix de kola, des perles ou encore du sel ont été utilisés comme monnaie dans certaines civilisations (Scandinavie, Chine, royaumes traditionnels africains).

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Les métaux précieux ont succédé ou l'ont emporté dans leurs usages face à ces premières formes de monnaie encombrantes ou périssables. La monnaie divisionnaire (pièces métalliques) fait son apparition très tôt dès l'Antiquité. À l'origine, la valeur faciale (conventionnelle) correspondait au poids de métal précieux que la pièce contient, mais cette valeur s'est progressivement détachée des cours des métaux précieux.

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La monnaie papier (lettre de change, assignats, billets) apparaît peu à peu entre le Moyen Âge et l'époque moderne.

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Les économies contemporaines distinguent deux principales formes de monnaie : la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale.

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Les monnaies fiduciaire et scripturale

La monnaie fiduciaire fait son apparition à la fin du Moyen âge sous des formes variées (lettre de change, reconnaissance de dette, etc.). Le billet papier est un certificat d'une certaine valeur en métaux précieux et échangeable contre celle-ci. L'avantage du billet papier est alors d'être plus facilement transportable. Progressivement, à partir de l'époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècle), les banques émettent plus de billets qu'il n'y a réellement d'or ou d'argent échangeable contre eux. Cela est possible car les détenteurs ne réclament pas de conversion en métaux mais préfèrent échanger directement les billets papiers. Ainsi, les billets ne sont progressivement plus indexés sur le métal (or ou argent). La convertibilité du dollar en or, seule monnaie qui restait convertible, est officiellement abandonnée en 1971.

La valeur de la monnaie est donc une valeur symbolique, celle des biens et services qu'elle permet d'acquérir. Elle repose sur la confiance que les agents économiques ont dans sa capacité à acquérir des biens et services, garantie par la puissance publique et la stabilité économique du système d'échange monétaire.

Monnaie fiduciaire

La monnaie fiduciaire est un instrument de paiement reposant sur la confiance (du latin fides, « confiance »). Elle comprend la monnaie divisionnaire et la monnaie papier (pièces et billets), des monnaies dont la valeur faciale (la valeur qu'on leur attribue par convention) est très supérieure à la valeur intrinsèque de leur support.

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Monnaie scripturale

La monnaie scripturale est un instrument de paiement se présentant sous la forme d'écriture et correspondant aux dépôts effectués par les agents économiques auprès des banques. Constituée simplement de jeux d'écritures et convertible à tout moment en monnaie fiduciaire (pièces et billets), elle prend plusieurs formes et circule par de nombreux moyens (chèque, carte bancaire, virement, carte prépayée).

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Le processus de dématérialisation de la monnaie

Le système monétaire contemporain est marqué par un processus de dématérialisation progressive de la monnaie. Les chèques ont succédé aux billets comme moyen prépondérant de paiement au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Par la suite, l'utilisation de la carte bancaire a permis de faire circuler la monnaie scripturale de plus en plus vite. La monnaie fiduciaire (pièces et billets) est de moins en moins utilisée tandis que les registres de comptes, désormais informatisés, et les compte-chèques sont de plus en plus importants.

Dématérialisation monétaire

La dématérialisation monétaire est le processus par lequel on passe d'une économie où les échanges monétaires sont réalisés par l'utilisation de la monnaie divisionnaire (les pièces) et papier (les billets) à une économie où les échanges reposent sur l'utilisation principale de la monnaie scripturale (chèque, virement, écritures de comptes).

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Aujourd'hui, le système monétaire est marqué par l'apparition de nouvelles formes de monnaie comme les monnaies « virtuelles » ou« cryptomonnaies » (bitcoin, litecoin, etc.) : celles-ci sont encore très peu utilisées, instables et en cours de régulation dans de nombreux pays.

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Le rôle de la monnaie

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La nécessité de confiance

La monnaie assure ses fonctions économiques et sociales uniquement si ses utilisateurs ont confiance dans la valeur qu'elle représente et dans l'institution qui l'émet. La nécessité de confiance dans la monnaie devient particulièrement visible lors des crises économiques d'hyperinflation.

Au début des années 2000, le Zimbabwe connaît une crise agricole qui entraîne une hausse gigantesque des prix alimentaires. La valeur du dollar zimbabwéen étant devenue quasiment nulle, le gouvernement est contraint d'imprimer des billets de cent mille milliards de dollars zimbabwéens s'échangeant contre 30 dollars américains. Le niveau de chômage dépasse les 80% et une émigration massive de la population vers les pays frontaliers dépeuple le pays : la confiance dans le gouvernement et la monnaie officielle s'effondre. Cela conduit le gouvernement à suspendre son émission de dollars du Zimbabwe pour finalement adopter le Rand sud-africain et le dollar américain.

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Les trois fonctions économiques principales de la monnaie

Quelle que soit sa forme, la monnaie remplit trois principales fonctions économiques.

  • C'est un moyen de transaction universel : jouant le rôle d'intermédiaire dans les échanges, elle permet une mise en relation entre offreurs et demandeurs. 
  • C'est une réserve de valeur : la monnaie peut s'épargner et son usage peut être différé, car elle conserve sa valeur sur un temps long.
  • C'est une unité de compte : elle permet d'évaluer et d'exprimer la valeur d'un bien facilement car elle établit une échelle de valeurs stable qui permet de fixer un prix, une valeur qui possède un équivalent monétaire.
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Un système monétaire est économiquement plus efficace qu'un système de troc, car dans une économie de troc, il n'y a pas : 

  • d'intermédiaire des échanges : si on détient un bien A et que l'on veut un bien B, il faut trouver un individu qui détienne le bien B et soit prêt à l'échanger contre le bien A (phénomène appelé double coïncidence des besoins) ;
  • d'unité de compte : sans échelle commune, l'évaluation des biens est plus difficile, ce qui complique les échanges.
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Les fonctions de liens politique et social

La monnaie est créatrice de lien social et politique au sens où elle est fédératrice : elle crée un sentiment d'appartenance entre les individus qui utilisent la même monnaie et permet ainsi d'appartenir à une communauté. 

Par ailleurs, la monnaie manifeste la souveraineté et le pouvoir de l'émetteur. On frappe les pièces à l'effigie des rois pour asseoir le pouvoir politique. La monnaie crée en ce sens une identité politique.

La monnaie répond à la fois à des fonctions économiques et à des enjeux politiques liés à la souveraineté des institutions et au lien social.

Michel Aglietta et André Orléans

La monnaie entre violence et confiance

2002 

Les économistes Michel Aglietta et André Orléans appartiennent à l'École de la régulation, un courant de pensée économique né dans les années 1970.

L'adoption d'une monnaie unique, l'euro, au sein de 19 pays membres de l'Union européenne répond à cette fonction fédératrice de la monnaie.

II

La création monétaire

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La masse monétaire

Masse monétaire

La masse monétaire est la quantité de monnaie détenue par les agents économiques susceptible d'être convertible en moyen de paiement.

La masse monétaire se décompose en agrégats monétaires, c'est-à-dire des regroupements conventionnels d'actifs monétaires, selon leur degré de liquidité. La liquidité correspond à la possibilité de transformer en monnaie un moyen de paiement plus ou moins rapidement.

La monnaie détenue par les banques sur leur compte à la Banque centrale ne fait pas partie de la masse monétaire, mais de de la « base monétaire ».

 

On distingue dans la masse monétaire trois agrégats principaux nommé M1, M2 et M3.

 

  • M1 représente la monnaie au sens strict : regroupe la monnaie fiduciaire (billets et pièces) et la monnaie scripturale (dépôts à vue des comptes en banque) mobilisable à tout instant.
  • M2 : inclut M1 et comprend aussi les dépôts qui peuvent être mobilisés rapidement. Il s'agit de certains placements qui sont rapidement transformables en actifs liquides : compte sur livret, épargne logement, etc.
  • M3 : inclut M1, M2 et les placements à terme moins rapidement mobilisables. Il s'agit de titres du marché boursier (actions, obligations) et d'OPVCM (organismes de placements collectifs). C'est cet agrégat qui mesure l'ensemble de la masse monétaire dans une économie.
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Le rôle et l'importance de la quantité de monnaie dans l'économie divise les économistes :

  • Une partie du courant classique pense que la quantité de monnaie n'a pas d'impact réel sur l'économie dont l'activité repose surtout sur la quantité produite de biens et services.
  • Au XXe siècle, les tenants du courant keynésien pensent que l'augmentation de la masse monétaire par des crédits peut favoriser le développement économique.
  • Au contraire, d'après le courant monétariste, la masse monétaire doit être régulée pour ne pas provoquer d'inflation artificielle.
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Les mécanismes de création monétaire

La monnaie est créée par :

  • les banques centrales, qui fabriquent de la monnaie fiduciaire (billets et pièces) et assurent les besoins de refinancement des banques commerciales ;
  • les banques commerciales (ou « banques de second rang »), qui créent la monnaie scripturale par les crédits qu'elles octroient à des particuliers ou des entreprises.

Le mécanisme du crédit contribue pour l'essentiel à la création monétaire : on dit que « les crédits font les dépôts », car les montants sont crédités sur le compte du bénéficiaire par un jeu d'écriture. Les sommes créditées n'existaient pas auparavant, la monnaie est alors créée ex-nihilo puis détruite lorsque le crédit est remboursé.

Lorsqu'une banque Y octroie un prêt de 15 000 € à monsieur Z, le compte de celui-ci est crédité de la somme de 15 000 € par un jeu d'écriture (cette somme n'est prise nulle part). La somme de 15 000 € est alors placée à la fois à l'actif de la banque (Monsieur Z doit rembourser 15 000 € à la banque) et à son passif (la banque a donné 15 000 € à monsieur Z). Lorsque le crédit est remboursé, le bilan (actif et passif) redevient 0, la monnaie créée a disparu : on parle de destruction monétaire.

Une autre source de création monétaire réside également dans la conversion de devises étrangères en devises locales : de la monnaie qui n'existait pas dans l'économie locale est alors créée. Lorsqu'à l'inverse, les devises locales sont converties en devises étrangères, il y a destruction monétaire, puisque des devises ne sont plus disponibles dans l'économie locale.

L'évolution de la masse monétaire résulte d'un processus de création et de destruction monétaire. Si les opérations à l'origine de la création monétaire l'emportent sur les opérations de destruction, la masse monétaire en circulation s'accroît, et inversement.

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La législation et les réserves obligatoires

Le pouvoir de création monétaire des banques commerciales n'est pas illimité. Certes, en vertu du pouvoir de création monétaire, elles octroient des crédits sans détenir toutes les liquidités correspondant à ces crédits. Cependant, elles doivent en détenir une partie, car les créditeurs vont en retirer une part sous forme fiduciaire (pièces ou billets).

Ainsi, le pouvoir de création monétaire est limité par la nécessité de conserver un certain niveau de liquidité pour pouvoir régler les soldes de compensation (dettes) qui apparaissent entre les banques en raison des échanges financiers entre leurs clients. 

Une personne qui a un compte à la banque A fait un chèque de 1000 € pour une personne qui le dépose dans une banque B : la banque A doit 1000 € à la banque B. La banque A a prêté à la banque B 10 000 € dans la journée : à la fin de la journée, la banque B doit 10 000 – 1000 = 9000 € à la banque A. C'est le solde de compensation que la banque B doit régler à la banque A. Ce solde doit être réglé par de la monnaie « banque centrale », c'est-à-dire de la monnaie émise par la banque centrale et non pas par le mécanisme de crédit.

Les banques ont l'obligation légale de constituer des réserves, c'est-à-dire un minimum de dépôts obligatoires qu'elles doivent déposer auprès de la banque centrale. Leur pouvoir de création monétaire est limité par ces réserves et par leur besoin de refinancement.

La crise financière de 2008 a entraîné une régulation accrue des réserves bancaires et un renforcement de la législation prudentielle qui sert à l'encadrer. Les accords de Bâle II et III signés entre 2008 et 2012 imposent ainsi en Europe des réserves de l'ordre de 7%.

III

Le rôle de la banque centrale et les effets de la politique monétaire

Les banques commerciales doivent se procurer de la monnaie « banque centrale » . Pour cela, elles peuvent : 

  • se financer sur le marché monétaire : les banques en excédent de trésorerie prêtent de l'argent à court terme aux autres banques (marché interbancaire). Les banques échangent des titres de créances facilement échangeables, comme les bons du Trésor ou les certificats de dépôts (emprunts émis par l'État ou les banques). La banque centrale peut intervenir sur ce marché en achetant ces titres ou en en vendant pour modifier les taux d'intérêts et faciliter ou au contraire restreindre les mécanismes de crédit dans la société et l'activité économique.
  • se financer directement auprès de la banque centrale, qui rachète aux banques de second rang des titres à court terme, moyennant un taux d'intérêt (taux de refinancement) déterminé par leur politique monétaire.

Marché monétaire

Le marché monétaire est un lieu de financement où s'échangent des titres de court terme entre la Banque centrale et les banques commerciales. Il comprend le marché des titres de créances négociables et le marché interbancaire.

 

Banque centrale

La banque centrale est la « banque des banques » dans un État ou une zone monétaire. Elle assure et contrôle la création monétaire (monopole d'émission de billets) et conduit la politique monétaire. Elle est garante de la liquidité bancaire et est indépendante vis-à-vis du pouvoir politique.

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Le rôle de la banque centrale et la fonction de prêteur en dernier ressort

La banque centrale est garante de la liquidité bancaire : elle assure la fonction de « prêteur en dernier ressort ». Cette fonction est utilisée pour assurer la liquidité des banques ou injecter massivement des liquidités sur le marché monétaire, afin d'éviter des faillites bancaires en chaîne.

Une banque Z a beaucoup de créances à long terme (de l'argent qu'on lui doit et qu'elle obtiendra dans plusieurs mois) : par exemple, la banque W lui doit 200 000 € dans 6 mois. En revanche, elle doit rembourser 100 000 € à la banque Y à la fin du mois et n'a pas pour cela assez de liquidités à court terme. La banque Z risque de faire faillite alors qu'elle est en réalité solvable (c'est-à-dire en capacité de rembourser), mais à long terme.

La banque centrale, si elle estime que la banque Z est effectivement solvable, peut décider de lui prêter de l'argent en attendant que celle-ci récupère ses propres créances. Cela permet d'éviter les faillites en chaîne - si la banque Z ne peut pas rembourser la banque Y, celle-ci risque de faire faillite également, et ainsi de suite.

En 2007−2008, lors de la crise financière internationale, la Banque centrale européenne a ainsi prêté massivement aux banques pour éviter des faillites, à travers un mécanisme appelé le « Quantitative easing ».

Prêteur en dernier ressort

La fonction de prêteur en dernier ressort est une fonction des banques centrales qui permet de garantir la fourniture de liquidités aux agents économiques, notamment en cas d'insuffisance de liquidités.

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La politique monétaire

La banque centrale est garante de la confiance accordée à la monnaie et doit donc garantir le pouvoir d'achat de la monnaie en contrôlant l'inflation (le niveau général des prix). Pour cela, la banque centrale pratique une politique monétaire qui vise à influencer la création monétaire et la quantité de monnaie en circulation.

Politique monétaire

La politique monétaire est une politique économique menée dans le but d'influencer la quantité de monnaie en circulation pour contrôler l'inflation et l'activité économique.

Un excès de monnaie peut entraîner une forte baisse du pouvoir d'achat et ruiner la confiance dans la monnaie : il faut plus de monnaie pour acheter la même quantité de marchandises. À l'inverse, une pénurie de monnaie ne permet pas au contraire le développement de l'activité économique et peut entraîner une crise d'investissement et de production.

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Pour agir sur la quantité de monnaie en circulation, la banque centrale peut : 

  • adapter le niveau des réserves obligatoires que les banques commerciales doivent conserver de façon à limiter ou au contraire augmenter le processus de création monétaire par les mécanismes du crédit ;
  • agir sur les liquidités disponibles sur le marché monétaire ;
  • adapter le taux directeur : c'est le taux d'intérêt de la monnaie centrale que prête la banque centrale aux banques commerciales pour se refinancer. Les banques commerciales empruntent à la banque centrale puis prêtent à leur tour aux ménages et aux entreprises. Le taux directeur influence donc le taux de crédit des banques commerciales.