Terminale S 2015-2016
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Terminale S 2015-2016

Une gouvernance économique mondiale depuis le sommet du G6 de 1975

À partir de 1971, les États-Unis abandonnent le système de Bretton Woods qui garantissait la stabilité monétaire. Pour faire face à la crise économique et à l'endettement des pays provoqués par les deux krachs pétroliers de 1973 et 1979, la libéralisation de l'économie est opérée.

La gouvernance des "pays riches" instituée avec le G6 en 1975 rencontre des critiques. La chute de l'URSS en 1991 généralise l'économie de marché à l'ensemble de la planète et la libéralisation de l'économie se poursuit.

En 2007, la crise des subprimes affirme la nécessité d'une nouvelle gouvernance mondiale qui est largement critiquée. Des réformes sont annoncées mais peu appliquées.

I

Une nouvelle gouvernance économique après 1971

A

Une économie plus instable

1

La fin du système de Bretton Woods

Dès la fin des années 1960, les États-Unis connaissent des difficultés économiques et leur balance des paiements est de plus en plus déficitaire :

  • La guerre froide, et en particulier la guerre du Viêt Nam, augmente les dépenses américaines.
  • Les firmes transnationales américaines (FTN) multiplient leurs investissements à l'étranger (IDE) et accentuent le déficit de la balance des paiements.
  • Les États partenaires des États-Unis ont de moins en moins confiance dans le dollar et ils échangent les dollars dont ils disposent contre de l'or.

Afin d'éviter une diminution trop forte du stock d'or des États-Unis, Richard Nixon annonce en 1971 la fin de la convertibilité du dollar en or, c'est-à-dire la fin de la gouvernance mondiale décidée à Bretton Woods. La valeur des monnaies est désormais déterminée par le marché et évolue en fonction de l'offre et de la demande. Les accords de Kingston en 1976 entérinent la mise en place de taux de change flottants.

Les États-Unis profitent de ce système. Suite à la suppression de la convertibilité du dollar en or, ils dévaluent leur monnaie et lui font perdre de sa valeur. Le dollar étant moins cher, ils peuvent s'endetter à moindre coût.

2

Les conséquences des chocs pétroliers

Les tensions au Proche-Orient ont pour conséquence deux chocs pétroliers :

  • En 1973, suite à la guerre du Kippour, les pays de l'OPEP décident d'augmenter le prix du pétrole pour les pays qui soutiennent Israël et provoquent le premier choc pétrolier.
  • En 1979, suite à la révolution en Iran, les prix du pétrole connaissent une nouvelle flambée.

Cette hausse des cours du pétrole entraîne une crise mondiale :

  • Cette crise touche dans un premier temps les pays industrialisés. En effet, un des fondements de la croissance économique des Trente Glorieuses était la possibilité de disposer d'un approvisionnement en énergie peu cher. Avec la hausse des cours du pétrole, les coûts de production augmentent et les pays industrialisés deviennent moins compétitifs.
  • Pour les pays anciennement industrialisés, cette crise est accentuée par le recours de plus en plus fréquent des entreprises aux délocalisations, afin d'aller produire dans des pays dans lesquels la main-d'œuvre est peu chère, notamment dans les nouveaux pays industrialisés asiatiques (NPIA), ou "Dragons", c'est-à-dire la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong.
  • En conséquence, les pays industrialisés rentrent dans une période nommée les "Vingt Piteuses" qui sont marquées par une forte inflation et l'apparition d'un chômage massif.

Les pays en développement sont eux aussi touchés par la crise :

  • Ils subissent la baisse de la demande et l'effondrement des cours des matières premières.
  • Beaucoup de ces pays ont recours à des prêts auprès d'organismes privés pour minimiser les effets de la crise.
  • Certains s'endettent massivement, surtout en Amérique latine.
  • En 1982, le Mexique annonce qu'il n'est pas en mesure de rembourser sa dette et quatorze pays en développement se déclarent eux aussi en cessation de paiement.
  • Cet événement marque le début de la question de l'endettement des pays du Sud.
3

Les débuts de la libéralisation de l'économie

Pour répondre à la crise économique, certains États, dont les précurseurs sont les États-Unis sous la présidence de Ronald Reagan et la Grande-Bretagne dirigée par Margaret Thatcher, décident d'appliquer les idées néolibérales de l'école de Chicago :

  • Les dépenses publiques sont réduites. Les prestations sociales diminuent drastiquement.
  • Les entreprises publiques sont privatisées.
  • Les impôts diminuent pour les catégories les plus aisées.
  • Les marchés financiers sont dérégulés et ont pour conséquence une financiarisation de l'économie. En effet, les flux financiers augmentent et sont de moins en moins connectés avec l'économie réelle.

Cette libéralisation des économies touche aussi les pays en développement, notamment ceux qui font appel aux institutions financières pour régler le problème de la dette :

  • Les pays en développement endettés cherchent à obtenir des rééchelonnements de la dette et des aides pour leur développement.
  • Le FMI et la Banque mondiale conditionnent ces aides à la mise en place de Plans d'ajustement structurel (PAS) qui imposent des mesures drastiques de libéralisation de l'économie et de baisse des dépenses publiques.

Cette libéralisation de l'économie provoque un recul de l'intervention des États dans l'économie :

  • Les acteurs privés jouent un rôle de plus en plus important (FTN, agences de notations, etc.)
  • Les banques centrales s'émancipent de la tutelle des États.
  • La mondialisation en plein essor, qui se caractérise par une augmentation des flux matériels et immatériels, contribue à limiter le contrôle des États sur l'économie.
B

Les mutations et les critiques de la gouvernance économique

1

La naissance du G7, la gouvernance des pays riches

La fin du système de Bretton Woods et les difficultés causées par la crise économique amènent les États les plus riches à mettre en place le G6, qui devient rapidement le G7 :

  • À l'initiative de la France, la première réunion du G6 se tient à Rambouillet en 1975.
  • Le G6 est une réunion régulière des chefs d'État et de gouvernement des États les plus riches (États-Unis, Japon, France, Italie, Grande-Bretagne, RFA).
  • Le Canada rejoint ce groupe en 1976 qui devient le G7.
  • L'objectif du G7 est de permettre une coopération entre les économies les plus riches afin de coordonner les politiques économiques et monétaires.
  • Le G7 s'occupe aussi des questions relatives à l'énergie, à l'emploi, à l'aide au développement, etc.
2

Limites et critiques de la gouvernance

Le G7 est victime de nombreuses critiques qui lui reprochent d'être un "club de riches", qui prend des décisions dans son seul intérêt au détriment des pays en développement.

La libéralisation qui touche l'économie mondiale depuis la fin des années 1970 est souvent remise en cause :

  • La précarité des populations les plus fragiles a augmenté dans les pays riches.
  • Dans les pays en développement, la baisse des dépenses de santé et d'éducation a des conséquences sur le bien-être des populations et menace l'avenir de ces pays.
  • La dette a quasiment triplé durant les années 1980. Elle était de 560 milliards de dollars en 1980, elle est passée à 1450 milliards en 1990.
  • La dérégulation des pays en voie de développement a augmenté l'instabilité des économies de ces pays.
  • Une nouvelle conception du développement, basée sur le respect de l'environnement et la réduction des inégalités émerge en 1987 avec la notion de développement durable, conceptualisée par la norvégienne Brundtland.
II

La gouvernance économique mondiale depuis 1991

A

Une gouvernance économique libérale

1

L'Organisation mondiale du commerce (OMC)

La fin de l'URSS en 1991 marque la victoire du capitalisme à l'échelle mondiale. Les États-Unis sont les grands vainqueurs de la guerre froide, et l'idéologie libérale, qui se développe depuis la fin des années 1970, peut désormais s'appliquer à l'ensemble du globe. La Russie rejoint le G7 en 1998, qui devient alors le G8.

L'OMC est créée en 1995 pour remplacer le GATT. Son objectif, inscrit dans la doctrine libérale, est de favoriser l'ouverture commerciale et de régler les conflits commerciaux entre ses États membres :

  • Elle possède des compétences élargies qui englobent l'industrie, mais aussi le commerce, les services, l'agriculture et la propriété intellectuelle.
  • Un Organe de règlement des différends (ORD) est mis en place afin de trancher les différends commerciaux. Cependant, les procédures sont longues et complexes.
2

La multiplication des regroupements régionaux

Bien que l'OMC soit plus efficace que le GATT, son influence est limitée par la multiplication des accords économiques régionaux qui fixent au sein de ces espaces leurs propres règles commerciales. Cependant, la logique de ces unions régionales reste une logique libérale puisqu'elle vise à mettre en place des zones de libre-échange :

  • L'Europe économique, qui est en marche depuis les années 1950, adopte l'Acte unique en 1986 et réalise la mise en place du marché commun en 1992.
  • Le Mercosur est un marché commun du sud de l'Amérique créée en 1991.
  • L'ASEAN devient une zone de libre-échange en 1991.
  • L'ALENA associe le Mexique, les États-Unis et le Canada en 1994.

En plus de ces unions, des traités bilatéraux sont signés.

Cependant, cette tendance à la multiplication des pôles économiques (multipolarisation) semble contribuer à la marginalisation des pays pauvres.

3

Le consensus de Washington

Débutés dans les années 1980, les Plans d'ajustement structurel (PAS), appliqués notamment en Amérique du Sud, deviennent les principaux outils des institutions de la gouvernance économique internationale, c'est-à-dire du FMI et de la Banque mondiale, soutenus par le Trésor américain. Ces préconisations libérales sont théorisées en 1990 par l'économiste John Williamson sous le nom de consensus de Washington (du nom de la capitale américaine où siègent ces institutions). Dix mesures sont proposées aux États endettés qui souhaitent bénéficier de prêts de la part du FMI, parmi lesquelles :

  • La libéralisation de l'économie et la déréglementation des marchés
  • La réorientation des dépenses publiques vers des secteurs plus productifs que ceux de la santé ou de l'éducation
  • Une rigueur budgétaire et des privatisations
B

Quelle gouvernance face à la crise économique de 2007 ?

1

La crise des subprimes

Aux États-Unis, profitant de la déréglementation des finances, des banques et des assurances ont proposé des prêts subprimes afin de financer des achats immobiliers :

  • Les prêts subprimes permettent à des ménages à faibles revenus de s'endetter pour acheter des maisons.
  • Comme ces prêts représentent un certain risque pour les créanciers qui les financent (les emprunteurs ayant une faible capacité de remboursement), les taux d'intérêt, faibles au départ, augmentent fortement par la suite et rendent ces investissements très rentables pour les créanciers.

Dès 2006, le système rencontre des difficultés et provoque une crise économique d'ampleur mondiale :

  • Avec l'augmentation des taux, plus de deux millions de foyers ne peuvent plus rembourser leurs prêts. Les créances immobilières qui ne pourront pas être remboursées s'élèvent à 500 milliards de dollars.
  • En 2007, le marché américain de l'immobilier s'effondre et la banque Lehman Brothers est en faillite.
  • Comme nombre de ces "créances pourries" ont été vendues à l'étranger, la crise devient mondiale.
  • Il s'agit de la plus grosse crise économique depuis celle de 1929.
2

Les difficultés de la gouvernance mondiale face à la crise

Les institutions de la gouvernance internationale éprouvent de nombreuses difficultés pour remédier à la crise. L'OMC, qui fonctionne sur le consensus, est déjà confrontée à un échec des négociations entreprises en 2001 dans le cycle de Doha. Elle est incapable de trouver des solutions à la crise des subprimes.

Le FMI intervient auprès de certains États, notamment européens (Islande, Portugal, Grèce, Espagne), en recapitalisant les banques afin d'éviter la faillite. Mais les aides du FMI restent conditionnées à des politiques libérales de rigueur.

Le G20 créé en 1999 (qui regroupe les pays du G7 et les pays émergents) se réunit en 2008 afin de trouver des solutions. Quelques décisions sont prises, notamment en ce qui concerne les paradis fiscaux, mais elles n'aboutissent pas réellement.

Durant la décennie 2000, et pendant la crise, la Chine est apparue comme un acteur de premier plan dans la gouvernance mondiale. Entrée à l'OMC en 2001, elle est devenue le principal créancier des États-Unis pendant la crise.

Pays émergent

Les pays en développement sont des pays qui ont un PIB/habitant inférieur à celui des pays développés, mais qui connaissent une forte croissance.

Les BRICS, Brésil, Russie (qui n'est pas à proprement parler un pays émergent), l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud sont les principaux pays émergents.

C

Les contestations de la gouvernance économique mondiale libérale

1

Les acteurs de la critique du gouvernement

Différentes voix se lèvent contre la gouvernance libérale de l'économie mondiale. C'est le cas du mouvement altermondialiste :

  • Certaines associations, comme ATTAC créée en France en 1998, critiquent la mondialisation libérale.
  • En 1999, des heurts éclatent à Seattle lors d'une rencontre de l'OMC.
  • À partir de 2001, le Forum social mondial (FSM) crée une rencontre chaque année afin de discuter des alternatives aux politiques de l'OMC, du FMI et de la Banque mondiale.
  • La crise de 2008 voit l'apparition de mouvements citoyens contestant l'ordre libéral. C'est le cas des "indignés", d'"Occupy Wall Street", etc.
  • La crise en Europe voit l'arrivée de nouveaux partis de gauche tels que Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce.

Les ONG, par leur travail sur le terrain, constituent aussi des acteurs de la contestation de la gouvernance internationale.

2

Les critiques

Les critiques de ces mouvements sur le système actuel sont nombreuses :

  • Le climat est une de leurs préoccupations. En effet, le réchauffement climatique provoqué par les activités humaines constitue une menace à laquelle les différents sommets étatiques (Kyoto en 1997, Johannesburg en 2002, Copenhague en 2009) n'ont pas su répondre de manière efficace.
  • La politique économique libérale appliquée à l'ensemble de la planète est remise en cause. Ces mouvements dénoncent les PAS qui ont eu pour conséquence une augmentation du chômage et des inégalités et non pas la relance de la croissance.
3

Les conséquences de cette contestation

Les résultats de ces contestations sont modérés :

  • Le mouvement altermondialiste manque de cohésion et d'unité.
  • Certains changements ont été réalisés dans les institutions internationales. La Banque mondiale et le FMI ont modifié leur droit de vote en 2010, permettant aux pays émergents d'avoir plus de poids dans la prise de décision.
  • Le FMI et la Banque mondiale ont remis en cause le consensus de Washington en reconnaissant la nécessité de l'intervention de l'État et le contrôle des flux de capitaux. Le G20 de 2012 prône la régulation bancaire.
  • Nombreux sont ceux qui reprochent à ces organisations des transformations de façade et maintiennent leurs critiques, d'autant plus que les volontés de réformes semblent s'être atténuées.
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