Première S 2015-2016
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Première S 2015-2016

La République face à la question coloniale

La colonisation débute par les voyages des explorateurs et des missionnaires chrétiens. La colonisation française commence en 1830 avec la conquête de l'Algérie, mais ce n'est vraiment qu'à partir des années 1870 que la France se lance dans une véritable "course aux colonies". Les motifs sont avant tout économiques, même si l'idée d'une "mission civilisatrice" se développe.

Les colonies ont des statuts différents mais les effets de la domination coloniale sont partout les mêmes. L'exploitation économique, l'asservissement des populations et les changements culturels bouleversent profondément les sociétés autochtones.

La situation évolue après la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle les colonies ont fortement été sollicitées. De plus, la France, occupée par les Allemands a montré qu'elle n'est pas invincible. Au lendemain de la guerre, les deux principales puissances, l'URSS et les États-Unis soutiennent la décolonisation et l'ONU devient la tribune des mouvements anticoloniaux.

Les premières indépendances se déroulent en Asie puis en Afrique. Dans certains cas, elles sont relativement pacifiques (Afrique noire), dans d'autres cas, des guerres d'indépendance éclatent (Indochine, Algérie).

I

L'expansion coloniale

A

Les motivations coloniales

À partir des années 1830, la France multiplie les conquêtes commencées au XVIe siècle. La supériorité technique et militaire acquise pendant la Révolution industrielle lui permet de dominer des États majoritairement ruraux et non industrialisés.

Les motivations des conquêtes coloniales sont multiples.

Les raisons sont principalement économiques :

  • La France souhaite profiter des ressources naturelles des pays.
  • Les partisans de la colonisation espèrent que les colonies offriront des débouchés pour les produits européens.
  • Les colonies permettent aussi de placer des capitaux. Pendant l'entre-deux-guerres, 10% des investissements français sont destinés aux colonies.

Des justifications morales sont avancées :

  • Certains pensent que l'Europe se doit d'exporter sa civilisation, qu'elle juge supérieure, au reste du monde. Jules Ferry estime que la mission des Européens est de "civiliser" le monde.
  • La lutte contre l'esclavage qui sévit dans certains pays colonisés est un argument souvent avancé pour justifier la colonisation de peuples "arriérés".
  • Les théories considérées comme scientifiques au XIXe siècle affirment l'inégalité des races.
  • L'exposition internationale coloniale de Vincennes en 1931, organisée par le Maréchal Lyautey, met en avant ce mythe d'une mission civilisatrice.

Pour toutes ces raisons, les défenseurs de la colonisation sont nombreux. En France, il s'agit du Parti colonial.

B

Les premières colonisations

La colonisation débute par des missions d'exploration, par exemple, Brazza descend le fleuve Congo.

Des missionnaires chrétiens parcourent aussi ces terres encore largement méconnues dans le but de convertir des populations.

Puis viennent les conquêtes militaires. Dans les années 1830, elles restent limitées. La France commence la conquête de l'Algérie en 1830 et obtient la soumission totale d’Abd el-Kader, le principal opposant à la conquête française, en 1847.

C

La "course aux colonies"

À partir des années 1870, les Européens se livrent à une véritable "course aux colonies" :

  • Les Français s'emparent de l'Afrique de l'Ouest et de l'Indochine.
  • Les Britanniques colonisent le Sud et une grande partie de l'Est de l'Afrique ainsi que l'Empire des Indes.
  • Les Belges dominent le Congo.
  • Lancés plus tardivement dans le processus de colonisation, l'Italie s'empare de la Libye et de la Somalie et les Allemands du Cameroun.

Joseph Gallieni est un acteur important de la colonisation française. Il établit la domination française en Afrique de l'Ouest et organise la domination française en Indochine avec l'aide de Lyautey.

La conférence de Berlin (1884 − 1885) fixe les règles de partage de l'Afrique. Pour qu'un pays puisse revendiquer une colonie, il doit absolument occuper militairement le territoire.

Des tensions apparaissent entre la France et les autres pays colonisateurs :

  • En 1898, de graves tensions apparaissent entre Français et Britanniques à Fachoda, au Soudan.
  • La France et l'Allemagne s'opposent au Maroc.

En 1914, la France possède le second Empire colonial derrière le Royaume-Uni.

II

La domination des colonies

A

Le contrôle des colonies

La France envoie des fonctionnaires gérer les territoires colonisés qui sont sous la domination d'un gouverneur. Les statuts de ces colonies sont variés :

  • Dans certains territoires, la métropole prend le contrôle total sur la colonie. Il s'agit d'une "administration directe", comme en Algérie.
  • Dans les protectorats, les colonies gardent leur administration. Elles dépendent néanmoins de la métropole pour les décisions économiques ou de politique étrangère. C'est le cas du Maroc et de la Tunisie. Les élites indigènes conservent quelques pouvoirs et travaillent avec les autorités coloniales, il s'agit d'une politique d'association.

Les Français veulent assimiler les populations indigènes, c'est-à-dire leur imposer la culture française. La France rédige un Code de l'indigénat, qui codifie la domination des Français sur les autochtones (travail forcé, interdiction de sortir la nuit, etc.).

B

Des sociétés exploitées et bouleversées

Les économies des pays colonisés subissent de profondes transformations :

  • Les meilleures terres sont appropriées par les colons.
  • Les ressources sont accaparées pour les besoins de la France. On parle d'une "économie de pillage".
  • Ils développent des cultures de plantations (cacao, coton, sucre, café, etc.) au détriment des cultures vivrières.
  • Les infrastructures construites (routes, ponts, ports, etc.) ont pour objectif de faciliter les exportations des produits coloniaux.
  • Enfin, les indigènes doivent payer de nouveaux impôts.

Les sociétés indigènes sont totalement bouleversées par la colonisation :

  • Les artisans sont affectés car ils ne peuvent pas concurrencer les produits européens importés.
  • L'exploitation modifie les structures économiques des sociétés indigènes.
  • Les indigènes subissent des humiliations, le travail forcé et peuvent être condamnés sans jugement.
  • La langue et la religion des colons se diffusent dans ces sociétés.
  • Quelques écoles sont construites mais elles ont aussi pour conséquence l'oubli des cultures d'origine.
  • Quelques efforts sont réalisés dans le domaine de la santé avec notamment la mise en place de campagnes de vaccination.

Les efforts sanitaires restent limités dans les colonies françaises d'Afrique de l'Ouest : seuls 11 hôpitaux sont présents sur le territoire en 1935.

C

Des contestations minoritaires en France

Au XIXe siècle, la droite s'oppose aux colonies car elle veut mobiliser les efforts du pays contre l'Allemagne qui lui a infligé une humiliante défaite en 1870 et lui a pris l'Alsace-Lorraine. Seul Clemenceau, chez les radicaux (à gauche), s'oppose à la colonisation. Le Parti communiste et les surréalistes s'opposent fermement à la colonisation au nom de la solidarité entre les peuples exploités. Lors de l'exposition coloniale de 1931, ils organisent une contre-exposition.

III

La décolonisation

A

Un contexte favorable à la décolonisation

Durant la guerre, les colonies françaises ont fortement été sollicitées :

  • Les colonies ont fourni beaucoup de combattants.
  • Les ressources de ces territoires ont été réquisitionnées.
  • Les peuples colonisés espèrent que les métropoles seront reconnaissantes.
  • L'occupation des territoires colonisés par les puissances de l'axe a écorné leur prestige, d'autant plus que le Japon ou l'Allemagne ont développé des discours anticoloniaux afin d'obtenir le consentement des populations colonisées.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'URSS apparaissent désormais comme les deux grandes puissances mondiales. Ces deux grands vainqueurs en 1945 défendent, pour des raisons diverses, les mouvements d'indépendance :

  • Les États-Unis prônent l'autodétermination des peuples mais ont aussi des intérêts économiques à l'apparition de nouveaux États indépendants qui ne seront plus liés à leur métropole. Ils donnent l'indépendance aux Philippines en 1946. Ils sont cependant attentifs à ce que les États nouvellement indépendants ne deviennent pas communistes.
  • L'URSS, réticente dans un premier temps aux mouvements d'indépendance dans lesquels elle n'intervient pas, se rallie rapidement à la cause anticoloniale. Au nom de la doctrine communiste, elle refuse l'impérialisme des puissances européennes et espère permettre le passage des États décolonisés dans le camp des pays communistes.

L'ONU est aussi un appui de la lutte anticoloniale :

  • Ses principes, inscrits dans la charte des Nations unies, affirment le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
  • Son assemblée générale est une tribune pour les pays décolonisés qui encouragent les autres mouvements indépendantistes.

L'opposition à la colonisation a toujours existé. L'expansion coloniale s'est heurtée à des oppositions et les contestations de cette domination sont aussi vieilles que la colonisation elle-même.

Dans l'entre-deux-guerres, ces mouvements se structurent et voient leur influence s'étendre progressivement à toutes les couches de la population des pays colonisés. En effet, les couches populaires des pays colonisés, composées des paysans et des ouvriers urbains appauvris, voient dans la décolonisation un moyen d'améliorer leur situation.

Ces mouvements sont dirigés par des membres de la bourgeoisie indigène, dont beaucoup ont étudié en France :

  • En Tunisie, le Néo Destour de Bourguiba revendique l'indépendance.
  • Au Maroc, le parti de l'Istiqlal (parti de l'indépendance) réclame le retour au Maroc du sultan Mohamed, exilé par les Français.
  • Ho Chi Minh en Indochine entreprend la lutte armée contre l'occupation française.
  • Au Sénégal, Léopold Sédar Senghor dirige l'Union progressiste sénégalaise.

Les mouvements qui contestent la domination coloniale ne sont pas unis dans leurs revendications. Certains souhaitent une plus large autonomie, d'autres veulent l'indépendance par la négociation, d'autres prônent l'indépendance par la lutte armée.

Certains s'appuient sur le nationalisme et sur une base ethnique commune (panarabisme, négritude, panafricanisme), d'autres mobilisent l'appartenance religieuse (islam, bouddhisme), enfin des mouvements souhaitent l'indépendance pour instaurer le marxisme.

B

Les indépendances

1

L'Indochine

L'indépendance de l'Indochine provoque une guerre :

  • En 1945, Hô Chi Minh proclame l'indépendance du Tonkin, au Nord de l'Indochine.
  • Les Français cherchent un compromis en reconnaissant le Vietnam comme un "État libre au sein de l'Union française". Mais cette solution n'est pas acceptée par Hô Chi Minh qui mène des actions de guérilla contre la France et la République de Cochinchine, sous domination française.
  • Cette guerre coloniale se transforme en un conflit de la guerre froide : l'URSS appuie la guérilla communiste tandis que les États-Unis soutiennent les Français.
  • Suite à la défaite de Diên Biên Phu, les Français accordent l'indépendance à deux États vietnamiens en 1954 : au nord, un État communiste et au sud une République nationaliste.
2

L'Afrique

En Tunisie et au Maroc, l'indépendance se fait d'une manière relativement pacifique :

  • Au sortir de la guerre, ces deux colonies réclament l'indépendance.
  • Dans un premier temps, la France répond par la répression et l'exil des chefs des mouvements nationalistes (Bourguiba et le sultan Mohamed).
  • Les gouvernements de Pierre Mendès France et d'Edgar Faure, soucieux de régler la question coloniale, accordent l'indépendance à ces deux États en 1956.
  • Les colonies françaises décident par référendum de devenir des États indépendants en 1960 : Mali, Sénégal, Niger, Côte d'Ivoire, Tchad, Cameroun, etc.

La situation algérienne est différente de la Tunisie et du Maroc :

  • La France considère les trois départements algériens comme une partie intégrante de son territoire.
  • Ainsi, les volontés indépendantistes sont écrasées violemment comme à Sétif en 1945.
  • Les massacres de la Toussaint rouge (1er novembre 1954) par le FLN (Front de libération national) provoquent une réaction sévère des autorités françaises et attisent le conflit.
  • Les combats s'engagent entre l'ALN (Armée de libération nationale du FLN) et les troupes françaises.
  • La situation s'enlise et les Français commettent de nombreuses exactions contre les militaires et les civils algériens.
  • La guerre provoque la chute de la IVe République.
  • L'action de De Gaulle, malgré la violence de l'OAS (Organisation secrète armée pour l'Algérie française), permet à l'Algérie d'accéder à l'indépendance en 1962.
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