Les caractéristiques du texte poétiqueCours

I

Les strophes et les vers

La poésie est traditionnellement versifiée, c'est-à-dire composée en vers, eux-mêmes généralement organisés en strophes.

A

La strophe

Strophe

La strophe est un ensemble de vers isolé par des blancs.

Il existe différents types de strophes, définies par le nombre de vers qu'elles comportent.

Noms Nombres de vers
Distique 2 vers
Tercet 3 vers
Quatrain 4 vers
Quintil 5 vers
Sizain 6 vers
Dizain 10 vers

Sus, debout, la merveille des belles.
Allons voir sur les herbes nouvelles
Luire un émail dont la vive peinture
Défend à l'art d'imiter la nature.

François de Malherbe, « Sus, debout… », 1614

4 vers = quatrain

B

Le vers

Vers

Le vers est une unité poétique qui correspond à une ligne. Il commence par une majuscule et s'achève généralement par une rime.

1

Les mètres

Il existe différents types de vers (ou mètres), définis par le nombre de syllabes qu'ils comportent. Dans la poésie traditionnelle, les mètres sont généralement pairs.

Types de vers Nombres de syllabes
Hexasyllabe 6 syllabes
Octosyllabe 8 syllabes
Décasyllabe 10 syllabes
Alexandrin 12 syllabes

Ce ro/ssi/gnol //lan/co/lique
Du /sou/ve/nir/ de/ son/ mal/heur
/che/ de/ char/mer/ sa/ dou/leur,
Met/tant/ son/ his/toire /en /mu/sique.

Tristan L'Hermite, Les Plaintes d'Acante, 1633

8 syllabes par vers = octosyllabes

2

Le décompte des syllabes dans le vers

Pour compter les syllabes dans un vers, il faut prendre en compte la règle de prononciation du « e » muet :

  • Devant une consonne, on prononce le « e » muet.
  • Devant une voyelle et à la rime, on ne prononce pas le « e » muet.

L'Aurore sur le front du jour
Sème l'azur, l'or et l'ivoir(e),
Et le soleil, lassé de boir(e),
Commence son oblique tour.

Théophile de Viau, « Le Matin », 1621

La prononciation des diphtongues doit être prise en compte : c'est l'association de deux voyelles qui peut être prononcée en une ou deux syllabes.

Noms et définitions Exemples
Diérèse : prononciation de la diphtongue en deux syllabes

Lors le Ly/on ses deux grands yeux vêtit
Et vers le Rat les tourna un petit

Clément Marot, La Suite de l'adolescence clémentine, 1534

La diphtongue se prononce en deux syllabes pour que le verbe soit un décasyllabe.
Synérèse : prononciation de la diphtongue en une seule syllabe

Cependant un san/glier, monstre énorme et superbe,
Tente encor notre archer, friand de tels morceaux.

Jean de La Fontaine, Fables, 1678

La diphtongue se prononce en deux syllabes (et non trois) pour que le vers soit un alexandrin.

3

La césure

Les octosyllabes, décasyllabes et alexandrins comportent une coupe au milieu du vers : la césure. Elle sépare le vers en deux hémistiches.

Le mot situé juste avant la césure est mis en valeur par cette place.

Comme on voit sur la branche / au mois de mai la rose

Pierre de Ronsard, Sur la mort de Marie, 1578

Cet alexandrin est coupé par une césure après « branche ».

Dans la poésie traditionnelle, il est admis que la césure ne doit pas se trouver au milieu d'un mot.

II

Les rimes

Rime

La rime est la répétition d'un ou plusieurs sons à la fin de deux vers (ou plus). Elle contribue au caractère musical de la poésie en créant un effet d'écho sonore. Pour étudier les rimes, on analyse leur qualité, leur disposition et leur genre.

Les mots situés à la rime sont mis en valeur.

A

La qualité de la rime

1

La rime pauvre

Rimes pauvres

Les rimes pauvres comportent un seul son commun.

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Charles d'Orléans, Rondeaux, XVe siècle

2

La rime suffisante

Rimes suffisantes

Les rimes suffisantes comportent deux sons communs.

Et l'Aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes

Joachim Du Bellay, L'Olive, 1549−1550

3

La rime riche

Rimes riches

Les rimes riches comportent trois sons communs ou plus.

Tant que je vivrai en âge florissant,
Je servirai Amour, le dieu puissant

Clément Marot, L'Adolescence clémentine, 1532

B

La disposition des rimes

1

Les rimes suivies ou plates

Rimes suivies

Les rimes suivies (ou plates) sont disposées selon le schéma : AABB.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, A
Et les mots pour le dire arrivent aisément. A

Nicolas Boileau, L'Art poétique, 1674

2

Les rimes croisées

Rimes croisées

Les rimes croisées sont disposées selon le schéma : ABAB.

Où allez-vous, Anne ? que je le sache, A
Et m'enseignez, avant que de partir, B
Comme ferai, afin que mon œil cache A
Le dur regret du cœur triste et martyr B

Clément Marot, Épigrammes, 1538

3

Les rimes embrassées

Rimes embrassées

Les rimes embrassées sont disposées selon le schéma : ABBA.

Déjà la nuit en son parc amassait A
Un grand troupeau d'étoiles vagabondes, B
Et pour entrer aux cavernes profondes B
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait A

Joachim Du Bellay, L'Olive, 1549−1550

C

Le genre des rimes

1

Les rimes féminines

Rimes féminines

Les rimes féminines sont les rimes se terminant par un « e » muet.

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose

Pierre de Ronsard, Odes, 1550

2

Les rimes masculines

Rimes masculines

Rimes masculines sont les rimes ne se terminant pas par un « e » muet.

Tu dis que George est paresseux ;
Ton discours est peu véritable ;
Car il est toujours parmi ceux
Qui sont les premiers à la table.

Rolland Viau, « Épigramme », Œuvres poétiques, 1621−1624

Dans la poésie traditionnelle, un principe d'alternance des rimes masculines et féminines est respecté. Si la rime A est féminine, la rime B est masculine, la rime C est féminine, etc.

III

Les sonorités

Au sein même du vers, le poète peut créer des effets de musicalité par des répétitions de sonorités.

A

L'assonance

Assonance

Une assonance est la répétition d'un son vocalique (voyelle).

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé

Pierre de Ronsard, Derniers vers, 1585

B

L'allitération

Allitération

L'allitération est la répétition d'un son consonantique (consonne).

L'un miaule en grondant comme un tigre en furie ;
L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.

Nicolas Boileau, Satires, 1666

IV

Les discordances

Discordance

Une discordance est un décalage entre la construction grammaticale de la phrase et la structure du vers : lorsque la structure syntaxique ne coïncide pas avec le vers, on parle de discordance.

A

L'enjambement

Enjambement

Dans le cas de l'enjambement, la phrase se prolonge d'un vers à l'autre de manière continue et fluide.

Mon Dieu ! que mes yeux sont contents
De voir ces bois, qui se trouvèrent
À la nativité du temps
Et que tous les siècles révèrent,
Être encore aussi beaux et verts
Qu'aux premiers jours de l'univers !

Saint-Amant, La Solitude, 1629

B

Le rejet

Rejet

Dans le cas du rejet, un mot ou groupe de mots bref est placé au début d'un vers alors qu'il dépend grammaticalement du vers précédent.

Le temps a laissé son manteau.
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livrée jolie,
Gouttes d'argent d'orfèvrerie.

Charles d'Orléans, Rondeaux, XVe siècle

C

Le contre-rejet

Contre-rejet

Dans le cas du contre-rejet, un mot ou groupe de mots bref est placé à la fin d'un vers, alors qu'il dépend grammaticalement du vers suivant.

Mais que dis-tu, mon cœur ? Aurais-tu consenti
Au perfide dessein de changer de parti,
Servant, comme tu fais, un objet adorable ?

Tristan L'Hermite, Les Amours de Tristan, 1638

Le rejet et le contre-rejet sont généralement marqués par un signe de ponctuation qui les isole au début ou à la fin du vers.