Comment est structurée la société française actuelle ?Cours

L'analyse de la société repose en partie sur des approches qui cherchent à définir des catégories qui structurent la société française (revenu, diplôme, genre, âge, type de ménage, lieu de résidence, catégories socioprofessionnelles). La société française connaît depuis un demi-siècle de profondes mutations liées à l'évolution du monde du travail : tertiarisation de la société, salarisation et féminisation du travail, hausse du niveau de qualification. Les théories sociologiques des classes sociales permettent de comprendre la structure inégale de la société. Malgré les transformations de la société, la pertinence de l'analyse en matière de classe subsiste, notamment lorsqu'on l'articule avec le genre.

I

Les multiples facteurs de structuration et de hiérarchisation de l'espace social

La société est structurée et hiérarchisée : c'est la stratification sociale. Il existe de multiples facteurs de structuration et de hiérarchisation de l'espace social : revenu, diplôme, âge, genre, lieu de résidence, composition du ménage, professions et catégories socioprofessionnelles. Ces catégories permettent d'analyser la diversité des milieux sociaux et de faire apparaître des inégalités entre groupes sociaux. Elles sont une clé de lecture des pratiques sociales : comportements, valeurs, consommations, etc. Elles peuvent être analysées séparément mais se recoupent dans chaque individu, qui appartient à la fois à un genre, à une génération, à une PCS, etc.

Stratification sociale

La stratification sociale désigne l'ordre des positions différenciées dans l'organisation sociale, économique et politique d'une société. Elle consiste en une hiérarchie de positions sociales inégales.

La différenciation sociale entre deux « strates », c'est-à-dire deux niveaux de la stratification sociale, peut consister en des inégalités de position socio-économique, de pouvoir, de richesse et de prestige.

A

Le revenu et le diplôme

Les inégalités économiques sont fondamentales dans l'analyse de la structure sociale car elles se traduisent par des modes de vie différenciés. Les inégalités de revenu et de patrimoine s'entretiennent mutuellement : elles sont cumulatives. Le niveau de diplôme a des conséquences sur le revenu et le statut social. 

Un des premiers facteurs étudié pour analyser la société est le revenu. Les différences de revenu génèrent des niveaux de vie et des modes de vie divers.

Le revenu détermine souvent la taille de l'appartement ou de la maison d'un individu, ainsi que le quartier ou la ville où il habite.

Les inégalités de revenu alimentent les inégalités de patrimoine (l'ensemble des biens possédés par un individu ou un ménage). Ainsi, les ménages se constituent un patrimoine grâce à un revenu élevé. La détention de patrimoine génère aussi des revenus, ce qui va permettre aux individus de s'enrichir. Les inégalités économiques sont ainsi cumulatives. 

Un cadre gagnant un revenu élevé peut investir dans l'immobilier en achetant un appartement, qu'il met en location. Cette location lui rapporte des revenus, qu'il pourra ensuite réinvestir dans d'autres biens s'il le souhaite.

Le niveau de diplôme est souvent lié au revenu. En effet, un niveau de diplôme plus élevé confère généralement des opportunités sur le marché du travail qui mènent à un meilleur revenu. Le niveau de diplôme offre aussi une protection contre le chômage et une place élevée dans la hiérarchie professionnelle. En outre, il peut s'accompagner d'un statut social élevé.

Les études de médecine, considérées comme longues et difficiles, sont respectées, et les médecins disposent d'une certaine reconnaissance sociale.

B

Les PCS (professions et catégories socioprofessionnelles)

Les professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) sont un outil qui permet d'analyser la stratification de la société en regroupant les individus en groupes socioprofessionnels. Elles rassemblent des individus qui partagent certaines caractéristiques sociales. Cet outil permet d'analyser l'évolution de la structure sociale. Cependant, il présente des limites face à la diversité des situations dans chaque catégorie. 

En relation avec les théories des sociologues, les instituts statistiques définissent des critères pour construire des catégories sociales qui regroupent les individus. L'Insee a mis au point progressivement une grille d'analyse : les CSP (catégories socioprofessionnelles) en 1954, qui sont modifiées et deviennent les PCS (Professions et catégories socioprofessionnelles) en 1982.

Professions et catégories socioprofessionnelles (PCS)

Les professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) sont une nomenclature administrative qui classe la population en fonction de la profession (ou de l'ancienne profession), de la position hiérarchique et du statut (salarié ou non). Elle comporte 8 groupes socioprofessionnels, qui se subdivisent en 24 catégories socioprofessionnelles, elles-mêmes divisées en 486 professions.

Les PCS comptabilisent 8 groupes socioprofessionnels, dont 6 d'actifs :

  • agriculteurs exploitants ;
  • artisans, commerçants et chefs d'entreprise ;
  • cadres et professions intellectuelles supérieures ;
  • professions intermédiaires ;
  • employés ;
  • ouvriers ;
  • retraités ;
  • autres personnes sans activité professionnelle.

 

Les PCS permettent d'avoir une vision quantifiée de la structure sociale. On peut mesurer la répartition de la population selon ces catégories, et suivre l'évolution de leur répartition.

À partir des PCS, on peut mesurer des phénomènes sociaux comme la tertiarisation ou la montée des qualifications.

À partir de plusieurs critères basés sur la profession et la position dans le milieu professionnel, les PCS créent des groupes de personnes qui présentent certaines caractéristiques sociales communes. Le niveau de revenu n'est pas un critère, mais il se recoupe souvent avec les PCS. 

Les ouvriers, en moyenne, ont un revenu beaucoup moins élevé que les cadres.

Cette classification permet de mettre en évidence des différences sociales et des inégalités entre catégories en termes de revenu, de patrimoine, de pratiques sociales, de modes de vie, etc.

Les PCS permettent de constater que la réussite des enfants dans le système scolaire n'est pas la même selon la PCS des parents. Dans les filières sélectives comme les classes préparatoires, on trouve une surreprésentation des enfants de cadres et une sous-représentation des enfants d'ouvriers.

Les PCS restent néanmoins un outil théorique qui présente certaines limites pour analyser la stratification de la société. Cette nomenclature a été élaborée dans un cadre purement français et il est très difficile de l'utiliser afin d'établir des comparaisons internationales. Pour cela, une nomenclature européenne a été créée.

De plus, elle présente des limites dans le choix de ses critères. Des individus qui ont des professions et des positions sociales très similaires se retrouvent parfois dans deux catégories différentes.

Un agent d'entretien qui fait le ménage de son entreprise est considéré par l'Insee comme un « ouvrier » (PCS 6) de cette usine. Si l'usine sous-traite le ménage à une société d'entretien, le même ouvrier peut faire le même travail en étant employé par l'entreprise sous-traitante, et est alors considéré comme un employé (PCS 5).

L'homogénéité sociale des catégories est aussi largement remise en question, notamment dans des catégories assez larges comme celle des « professions intermédiaires ». En outre, la précarité de l'emploi n'est pas prise en compte.

Un ouvrier en intérim n'aura pas les mêmes conditions de vie (stabilité économique, accès au logement) qu'un ouvrier de la même catégorie en CDI.

Les PCS offrent une vision statistique des catégories sociales. Elles se rapprochent des classes sociales, puisque les catégories sont déterminées en fonction de la position des individus dans le processus de production (la profession). Cependant, elles restent très différentes des classes sociales telles que définies dans les théories sociologiques. Il n'y a pas d'opposition entre les différentes catégories et les individus ignorent parfois leur appartenance à une catégorie.

C

L'âge et le genre

Au-delà des PCS et du revenu, l'analyse de la stratification sociale repose aujourd'hui sur de multiples critères de différenciation, comme l'âge et le genre.

1

L'âge et la génération

La position dans le cycle de vie (déterminée par l'âge) et la génération sont deux facteurs qui influencent la trajectoire des individus. On parle parfois de « lutte des âges » pour exprimer l'idée que les jeunes générations sont dans une situation sociale défavorisée par rapport à leurs aînés.

Les analyses qui se concentrent sur l'âge utilisent le concept de position dans le cycle de vie. Cette notion exprime le fait qu'un individu vit des situations différentes en fonction de son âge et passe par des étapes qui rythment sa vie selon la société dans laquelle il vit.

Des étapes du cycle de vie comme faire ses études, fonder une famille ou prendre sa retraite sont associées à des niveaux de vie, d'épargne et de consommation différents.

Les analyses en termes de génération montrent des différences de situation selon la période à laquelle les individus naissent. Les sociologues montrent le développement d'une fracture générationnelle depuis les années 1980, qui se caractérise par une baisse du pouvoir d'achat et une précarité croissante chez les jeunes, qui connaissent notamment un taux de chômage très élevé.

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Le genre

Le genre est un des facteurs d'inégalités les plus importants et les plus structurants. Malgré des avancées suite aux luttes féministes, les inégalités entre les genres persistent. 

Un autre critère qui attire de plus en plus l'attention est celui du genre, c'est-à-dire l'ensemble des représentations sociales attachées au statut d'homme ou de femme. Les inégalités de genre ont beaucoup reculé au cours du XXe siècle en France, à travers l'obtention des mêmes droits pour les femmes et les hommes.

1944

Droit de vote des femmes

En France, les femmes obtiennent le droit de vote.

Cependant, beaucoup d'inégalités persistent, dans les milieux professionnel, politique, ou dans la sphère domestique. Les femmes accomplissent la majorité des tâches domestiques. Cela a aussi des conséquences sur leur vie professionnelle : elles sont plus nombreuses à travailler à temps partiel. Indépendamment du milieu social, le fait d'être une femme diminue les possibilités d'atteindre un statut socioprofessionnel élevé par rapport au fait d'être un homme. On parle de « plafond de verre » pour exprimer ce phénomène.

Alors que les femmes sont en moyenne plus diplômées que les hommes, les fonctions les plus importantes, dans les entreprises ou la sphère politique, sont plus souvent occupées par des hommes.

Cette prise de conscience a pu favoriser l'émergence de mouvements de revendication qui veulent dépasser l'analyse en matière de classe, car les inégalités de genre dépassent les frontières des classes sociales.

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Le lieu de résidence et la composition du ménage

L'analyse des lieux de résidence (urbains, ruraux, quartiers bourgeois, populaires) et du type de ménage (famille nucléaire, monoparentale, recomposée, atypique) permet également d'affiner la compréhension des groupes sociaux. 

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Le lieu de résidence

Selon leur lieu de vie, les individus ont accès à différentes ressources et opportunités.

Alors que près de 80 % de la population française vit en ville, le lieu de résidence permet de saisir la réalité socio-économique des populations des espaces urbains : quartiers populaires, quartiers bourgeois, etc. Le lieu de vie détermine en partie les ressources auxquels les ménages ont accès : nombre et qualité des équipements publics (culturels, sportifs, etc.), transports publics, ou espaces verts.

Dans certaines grandes villes, les parents qui ont un niveau de vie suffisant choisissent un lieu de résidence en fonction de la qualité de l'école de quartier.

Certains quartiers populaires, souvent situés en périphérie des centres urbains (la « banlieue »), souffrent aussi d'une image dévalorisée (phénomènes de stigmatisation).

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La composition familiale

L'espace familial a évolué durant les dernières décennies et les configurations familiales se sont diversifiées. Elles ont un impact sur les niveaux de vie et les modes de vie des ménages. 

On distingue essentiellement :

  • Les familles nucléaires traditionnelles, composées des parents et des enfants qui représentent environ 70 % des familles.
  • Les familles recomposées (couple remarié) et les familles monoparentales (un seul parent) liées à l'essor du divorce et l'affaiblissement du mariage. Parmi elles, les familles monoparentales correspondent aujourd'hui à 18 % des familles.
  • Les familles variées, atypiques ou isolées qui correspondant à d'autres formes familiales plus disparates (unions libres, liens familiaux distendus, etc.).

 

Les différentes compositions familiales entraînent des différences de niveau de vie.

  • Les familles monoparentales sont plus touchées par les phénomènes de pauvreté et de difficultés scolaires.
  • Pour un même revenu, une famille nombreuse aura un niveau de vie plus réduit qu'une famille avec moins d'enfants.
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Des inégalités multiples et cumulatives

Les inégalités de positions sociales dans une société aboutissent à une structure hiérarchisée qu'on appelle stratification sociale. Les inégalités d'accès aux ressources sont multidimensionnelles et cumulatives. Elles se reproduisent aussi sur plusieurs générations. 

La stratification sociale désigne l'ordre des positions différenciées dans l'organisation sociale, économique et politique d'une société. Elle consiste en une hiérarchie de positions sociales inégales.

Les facteurs d'analyse de la structure de la société française (revenu, diplôme, PCS, genre, âge, lieu de vie, composition familiale) sont autant de caractéristiques sociales qui génèrent des inégalités et qui se reflètent dans la stratification sociale. Ainsi, les inégalités sociales sont multidimensionnelles. De plus, elles sont cumulatives : elles ne sont pas indépendantes les unes des autres mais constituent un système qui entretient les inégalités et les reproduit sur plusieurs générations.

Une personne qui naît dans une configuration familiale moins avantagée comme une famille monoparentale peut avoir des difficultés scolaires et des difficultés d'accès à un diplôme. Ses revenus et son patrimoine s'en ressentent, ce qui limite ses choix sur son lieu de vie et peut avoir des conséquences sur les opportunités scolaires et culturelles de ses propres enfants.

II

Les évolutions de la structure socioprofessionnelle 

Les principales évolutions de la structure socioprofessionnelle en France depuis la seconde moitié du XXe siècle sont la salarisation, la tertiarisation, l'élévation du niveau de qualification et la féminisation des emplois.

A

La salarisation et la tertiarisation 

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, on assiste à une généralisation du salariat comme forme de statut des travailleurs. Simultanément, les métiers du tertiaire se sont développés : on parle de tertiarisation de la population active.

Les évolutions économiques ont entraîné de profondes transformations sociales. Aujourd'hui, la plupart des travailleurs travaillent en tant qu'employés touchant un salaire dans une entreprise : c'est la salarisation. Les travailleurs indépendants (professions libérales, entrepreneurs) sont devenus minoritaires.

Salarisation

La salarisation est le processus économique et social caractérisé par la diffusion du statut de salarié comme forme principale de statut économique associé au métier ou à la production. Un salarié touche un salaire pour sa contribution à la production.

On estime que 91 % des emplois en France sont aujourd'hui des emplois salariés, alors qu'ils n'étaient que 65 % en 1950.

En outre, grâce aux PCS, on peut observer que la part de certaines catégories diminue : agriculteurs, artisans, ouvriers. À l'inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures, les professions intermédiaires et les employés sont en forte augmentation. Ces PCS correspondent à des métiers du secteur tertiaire : le secteur varié des services (commerce, finance, recherche, enseignement, etc.).

Tertiarisation 

La tertiarisation est le processus économique dans lequel l'essentiel de la production et des activités productives est réalisé par le secteur tertiaire des services et non plus par le secteur secondaire (industrie) ou primaire (agricole). 

En France, entre 1978 et 2011, 60 000 emplois industriels disparaissent chaque année, tandis que 150 000 emplois des services marchands sont créés.

En France, le secteur tertiaire représente plus des \dfrac{2}{3} du PIB.

B

La féminisation des emplois 

Depuis les années 1960, on observe une progression de la part des femmes dans la population active. Cette féminisation des emplois est liée à un changement des normes sociales sur le rapport à l'emploi des femmes. Ce phénomène, favorisé par des évolutions législatives, est lié à la tertiarisation.

La féminisation des emplois s'est accrue et diversifiée avec les conquêtes féministes liées aux droits et à la place des femmes dans la société.

En 1965, les femmes obtiennent le droit d'ouvrir un compte en banque et d'exercer une profession sans l'autorisation de leur mari.

La féminisation de l'emploi est liée à la tertiarisation de la société, tous les emplois n'étant pas occupé également par les femmes et les hommes. Les femmes sont ainsi concentrées sur les métiers du tertiaire. 

Si l'égalité femmes-hommes de l'accès aux emplois et rémunérations reste incomplète, ces évolutions ont modifié en profondeur les rôles sociaux de genre.

C

L'élévation du niveau de qualification 

La massification de l'enseignement et le développement des études supérieures a aussi mené à l'augmentation du niveau de qualification des individus. L'augmentation des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur entraîne une concurrence accrue entre eux sur le marché du travail.

La tertiarisation de l'économie française s'est accompagnée d'une hausse du niveau de qualification, qui a permis d'augmenter la productivité des travailleurs et leur salaire. Le niveau de qualification est l'ensemble des compétences d'un travailleur, qui dépend en partie du niveau de diplôme.

Depuis les années 1960, le niveau de diplôme de la population s'est largement accru.

En 1985, la proportion de bacheliers dans une génération était de 29 %. Cette proportion a atteint 78 % en 2015.

Suite à l'augmentation du nombre de diplômés, l'obtention d'un diplôme plus élevé d'une génération à l'autre ne signifie pas nécessairement l'accès à un statut ou à un emploi plus élevé dans la société. Ce phénomène est appelé la déqualification.

III

Les théories sociologiques des classes sociales

Pour analyser la structure sociale, des penseurs comme Karl Marx ou Max Weber se fondent sur une théorie des classes sociales. Pour Marx, les classes sociales (bourgeoisie et prolétariat) sont définies par la position dans le système de production et sont en lutte. Pour Weber, la société doit être analysée selon plusieurs dimensions (économique, sociale, politique) et les classes sociales ne sont que des catégories.

A

L'analyse des classes sociales de Marx

Selon Karl Marx, une classe sociale se définit par sa position dans le système de production, qui entraîne des conditions de vie similaires (classe en soi), et par une conscience d'elle-même (classe pour soi). La classe dominante, qui possède les moyens de production (les bourgeois), exploite les membres de la classe dominée, qui n'ont que leur force de travail (les prolétaires). Cette vision implique une confrontation entre les classes : c'est la lutte des classes.

Pour Karl Marx (1818−1883), les sociétés capitalistes présentent un système de classes, c'est-à-dire des rapports entre groupes sociaux dont l'un est dominant et l'autre est dominé.

Les membres d'une classe sociale occupent la même position dans le système de production (le système économique). Les bourgeois constituent la classe dominante : ce sont eux qui possèdent les moyens de production, le capital (les entreprises, les usines, les machines, etc.). Les ouvriers sont la classe dominée, aussi appelée le prolétariat. Ils n'ont que leur « force de travail » à vendre.

Pour Marx, les classes sont une réalité matérielle. La possession d'un moyen de production particulier (capital pour les bourgeois, travail pour les prolétaires) attribue aux individus une place dans le système productif, et donc des intérêts communs et des conditions de vie similaires. Les individus forment alors une classe « en soi », c'est-à-dire un groupe d'individus avec les mêmes conditions de vie et les mêmes intérêts. Lorsque les individus réalisent leurs intérêts en commun, ils acquièrent une « conscience de classe » et peuvent mener des mouvements collectifs de revendication. Ils forment alors une classe « pour soi ».

structure société française

Les intérêts des bourgeois et des prolétaires sont antagonistes. En effet, les capitalistes espèrent tirer un maximum de profit des capitaux qu'ils ont investis. Pour cela, ils vont payer le moins cher possible la force de travail des prolétaires. Les ouvriers ne sont donc pas rétribués au niveau de leur production : c'est l'exploitation capitaliste. La différence entre la richesse produite par les prolétaires et le salaire qui leur est versé constitue une plus-value, qui est accaparée par la classe dominante.

Cette situation d'opposition entre les deux classes s'appelle la « lutte des classes ». Pour Marx, cette situation mènera une révolution de la classe ouvrière, qui prendra le contrôle des moyens de production afin de mettre fin à l'exploitation capitaliste.

B

La stratification sociale selon Weber

Contrairement à Marx, Weber pense que les classes sociales sont des constructions théoriques. Pour Weber, afin de rendre compte de la stratification sociale, il faut associer trois facteurs : économique (classes sociales), mais aussi social (groupes de statut) et politique.

Max Weber (1864−1920) considère qu'une classe sociale regroupe des individus qui partagent une même situation économique. Pour lui, et à la différence de Marx, une classe ne représente pas un groupe réel ayant une conscience de sa situation. La classe est une construction théorique qui permet de mieux appréhender la réalité.

Contrairement à Marx, l'approche de Weber permet de montrer que la stratification sociale est pluridimensionnelle. La position des individus dépend toujours de trois variables :

  • L'ordre économique : Les personnes qui ont accès aux mêmes biens et services grâce à leur revenu et leur patrimoine font partie de la même classe sociale.
  • L'ordre social : Les individus sont classés selon le niveau de prestige. Les individus qui partagent un même niveau de prestige forment un groupe de statut.
  • L'ordre politique : Les individus sont classés en fonction du pouvoir qu'ils détiennent. Ils peuvent former des partis politiques.

Groupe de statut

Un groupe de statut est un groupe social constituant une forme de stratification sociale et reposant sur des différences de prestige.

Les différents ordres permettent de nuancer les analyses de la stratification sociale.

Un scientifique connu a une position élevée selon l'ordre social (en matière de prestige). Une personne qui gagne au loto sera classée en haut de la hiérarchie économique. Les personnalités politiques sont souvent élevées dans la hiérarchie sociale selon les trois dimensions (ordre social, économique et politique).

IV

La pertinence des classes sociales dans la société française

La pertinence du concept de classe sociale pour analyser la société française fait l'objet de débats. On a ainsi assisté à un déclin des classes sociales au XXe siècle et à une « moyennisation » de la société française. Cependant, les inégalités s'accentuent depuis les années 1980 et des théories des classes sociales comme celle de Bourdieu montrent l'importance de la possession de différents capitaux dans la hiérarchie sociale. De nouvelles analyses émergent aussi, insistant sur le besoin de croiser la notion de classe avec celle du genre.

A

Le déclin des classes sociales

Durant les Trente Glorieuses, on assiste à un déclin des classes sociales en France. La massification scolaire et la hausse du niveau de vie mènent à une réduction des inégalités et à la constitution d'une vaste classe moyenne (moyennisation). Cette réduction des distances inter-classes s'accompagne d'une hausse des écarts intra-classes : l'homogénéité des classes sociales n'est plus aussi forte. À cela s'ajoute un processus d'individualisation : la valeur d'autonomie des individus, devenue centrale, réduit le phénomène d'identification subjective à la classe.

L'analyse des classes sociales de Marx a été élaborée au XIXe siècle et reflète les conditions de la classe ouvrière de cette époque. Durant les Trente Glorieuses, on assiste au déclin de l'industrie et à la diminution du poids de la classe ouvrière : les situations deviennent plus variées et la conscience de classe diminue. Au sein même de la classe ouvrière, les situations sont de plus en plus hétérogènes : il y a une augmentation des écarts intra-classes.

Celle-ci s'accompagne d'une réduction des distances inter-classes. On parle de processus de « moyennisation » de la société. Ce phénomène correspond à une diminution des inégalités et au rapprochement des modes de vie, menant à la constitution d'une large classe « moyenne ».

Le processus d'individualisation à l'œuvre, c'est-à-dire la valorisation de plus en plus forte de l'autonomie de l'individu, contribue aussi à brouiller les frontières entre les classes. Les individus attribuent leurs succès et échecs à leurs propres choix plutôt que de les voir comme le résultats d'inégalités sociales.

Ces phénomènes rendent plus difficile l'identification subjective à la classe, c'est-à-dire le fait pour un individu de se définir comme faisant partie de la classe sociale à laquelle il appartient.

B

Le retour des classes sociales ?

Certains sociologues considèrent cependant que les classes sociales sont toujours présentes. Bourdieu fournit une théorie des classes sociales basée sur plusieurs dimensions (notamment le capital économique et le capital culturel), qui offre une clé de lecture de la société française et de ses inégalités. De plus, les inégalités sont en hausse depuis les années 1980, dans un mouvement de polarisation, inverse du processus de moyennisation.

D'autres analyses en termes de classes sociales ont suivi celles de Marx et Weber. Pierre Bourdieu propose une grille de lecture qui permet de montrer que les inégalités et les rapports de domination persistent dans une société qui a connu les Trente Glorieuses.

Dans son analyse, la société est structurée selon la possession de plusieurs ressources (ou capitaux), dont les deux principaux sont :

  • le capital économique, qui correspond aux ressources économiques (revenu et patrimoine) ;
  • le capital culturel, soit l'ensemble des ressources culturelles qui proviennent de la socialisation : diplômes, manière de parler, consommations culturelles (livres, cinéma, théâtre), etc.

Un professeur des écoles peut posséder un capital culturel élevé, mais un capital économique limité. Ses revenus sont limités mais ses pratiques culturelles sont valorisées : il lit, se rend au théâtre, écoute de la musique classique et s'informe en lisant la presse papier.

Inversement, le patron d'une petite entreprise de plomberie peut avoir un capital économique élevé, mais un capital culturel plus faible. Ses consommations culturelles sont plus tournées vers la télévision, le cinéma et le sport.

La classe dominante est celle qui possède un volume de capital élevé, tandis que les classes populaires ont des moyens financiers et culturels plus réduits. Les pratiques sociales, influencées par le capital économique et le capital culturel, différencient les classes sociales.

Aller à l'opéra est une pratique qui correspond à la classe dominante.

De plus, depuis les années 1980, la plupart des sociétés occidentales connaissent un retour des inégalités. Même si les classes sociales n'ont pas forcément une conscience de classes, certains sociologues considèrent qu'il existe aujourd'hui un mouvement de re-polarisation de la société : les inégalités s'accentuent, de même que la perception de ces inégalités.

C

Une analyse plurifactorielle : articuler la classe et le genre

De plus en plus, des approches appellent à penser les inégalités en système plutôt que séparément. Articuler la classe et le genre permet de faire ressortir certaines inégalités et situations spécifiques. Les femmes des classes populaires se situent ainsi à l'intersection de deux rapports sociaux (de classe et de genre) qui les placent dans des situations défavorisées. 

Articuler les niveaux d'analyse permet de comprendre plus finement les inégalités entre les classes et les genres. En effet, la position occupée par un individu dans la société dépend de plusieurs rapports sociaux, c'est-à-dire de relations inégales entre différents groupes sociaux. On parle notamment de rapports de classe et de rapports de genre. 

Les femmes cadres et ouvrières ont par exemple certaines caractéristiques en commun, mais leur classe sociale est différente, ce qui a aussi un impact sur les rapports de genre.

Une femme de classe supérieure peut payer des employés pour s'occuper du travail domestique (faire le ménage, cuisiner, garder les enfants, etc.). Une femme avec un revenu plus limité doit souvent s'occuper elle-même de ce travail.

Les normes et valeurs varient à la fois selon le genre et selon la classe sociale. En considérant ces deux aspects, on peut expliquer des inégalités propres à certaines positions sociales.

Les jeunes hommes ouvriers sont surreprésentés dans les accidents de la route. La mauvaise qualité de leur véhicule ne permet pas de les protéger en cas d'accident. Une conception de la virilité et des formes de sociabilité spécifiques à la classe ouvrière masculine favorisent aussi des pratiques à risque, comme la consommation d'alcool et une vitesse excessive.