Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ?Cours

I

Le contrôle social

La société et les groupes sociaux créent des normes, qui sont apprises par les individus via la socialisation. Le contrôle social est l'ensemble des moyens par lesquels la société fait respecter ces normes. Les normes sociales correspondent à des règles de vie en société, tandis que les normes juridiques sont inscrites dans la loi. Le contrôle social peut être exercé de manière formelle par des institutions comme la police, ou bien de manière informelle par les membres du groupe.

A

Les normes sociales et les normes juridiques

Le contrôle social est un processus par lequel les membres d'un groupe entraînent les individus à respecter et reproduire les comportements en adéquation avec les normes et valeurs en vigueur. Lorsque ces normes sont inscrites dans le droit, on parle de normes juridiques. Lorsqu'elles relèvent seulement des mœurs, ce sont des normes sociales. 

Le contrôle social regroupe les mesures destinées à faire respecter les règles d'un groupe social. Il permet de rendre prévisible le comportement des individus, ce qui peut favoriser la cohésion sociale.

Contrôle social

Le contrôle social correspond à l'ensemble des moyens et des processus par lesquels un groupe ou une société parvient à faire respecter ses normes.

Cohésion sociale

La cohésion sociale désigne la force des liens qui unissent les membres d'une société. Elle est le résultat de l'intégration sociale. On distingue les normes sociales et les normes juridiques.

Normes sociales

Les normes sociales sont les règles d'un groupe social que les individus doivent respecter. Elles correspondent aux mœurs, aux habitudes d'une société.

Manger avec des couverts est une norme sociale présente dans les sociétés occidentales. S'habiller de manière genrée (un homme ne met pas une robe par exemple) est aussi une norme sociale.

Normes juridiques

Les normes juridiques sont les règles qui sont inscrites dans le droit, dans la loi.

Respecter la propriété privée est une norme juridique.

Les normes juridiques sont des normes sociales qui sont sanctionnées par le droit.

Il est interdit de se promener nu dans la rue.

Les normes sociales ne sont pas les mêmes selon les groupes sociaux. Les normes juridiques diffèrent selon les pays et évoluent avec le temps. 

  • Dans certains milieux sportifs, une forte consommation d'alcool est valorisée (« troisième mi-temps »).
  • En France, le mariage homosexuel a été légalisé en 2013 alors qu'il est interdit dans de nombreux pays comme en Iran.
B

Le contrôle social formel et informel

Le contrôle social s'exerce de plusieurs façons. Lorsqu'il est assuré par des institutions spécifiques (justice, police, école) pour faire respecter des règles explicites, on parle de contrôle social formel. Lorsqu'il intervient dans la vie quotidienne, lors des interactions avec la famille ou le groupe de pairs, on parle de contrôle social informel. Celui-ci exerce une pression sociale via des sanctions positives (sourire, compliment) ou négatives (réprimande, regard désapprobateur). 

Le contrôle social formel est est assuré par des institutions spécifiques, comme la police, la justice, l'école, l'entreprise, ou la religion. Il fait respecter les normes explicites et codifiées, comme les normes juridiques, ou bien des normes inscrites dans des règlements. Les sanctions mises en place sont formulées de manière explicite et visent à dissuader les individus de commettre des infractions.

contrôle social formel informel

Un individu qui ne respecte pas le code de la route peut se faire verbaliser par un policier. Cette sanction punit la transgression d'une norme juridique, en l'occurrence établie dans le code de la route. 

Un carton jaune lors d'un match de football est aussi une forme de contrôle social formel.

Le contrôle social informel est présent dans la vie quotidienne et fait respecter des normes sociales non écrites, qui relèvent davantage des coutumes. Cette forme de contrôle social est assurée à travers les interactions qui peuvent être des sanctions positives (approbation, récompense) ou négatives (désapprobation, critiques).

Le contrôle social formel et informel

Le premier individu à se servir à table vide le plat entier dans son assiette : ce faisant, il transgresse les règles des bonnes manières. Il sera probablement sanctionné par des regards désapprobateurs, voire une remarque désobligeante : il s'agit d'un contrôle social informel.

Des conduites peuvent être sanctionnées par un contrôle social à la fois formel et informel.

Un individu en état d'ébriété sur la voie publique peut être sanctionné de façon informelle par les regards désapprobateurs des passants, des critiques à voix haute, des refus de lui adresser la parole. Il peut aussi être sanctionné de façon formelle, par une arrestation par les forces de l'ordre qui le conduiront, comme la loi le prévoit, en cellule de dégrisement.

Le contrôle social informel est le plus souvent exercé par les groupes sociaux eux-mêmes. À travers le processus de socialisation, l'individu intériorise les normes du groupe, ce qui fait du contrôle social une contrainte interne à l'individu. L'individu est en mesure de distinguer les comportements attendus et les comportements proscrits. Les normes et valeurs qu'il a intégrées sont pour lui des obligations morales et personnelles.

Certaines normes sont souvent perçues comme obligatoires au sein du groupe social. Le contrôle social s'exerce par une pression sociale qui peut conduire, pour les individus qui ne les respectent pas, à la réprobation morale voire à l'exclusion du groupe.

Ne pas répondre aux salutations d'une personne est un comportement interdit au sein d'un groupe social. Quelqu'un qui refuse de saluer les autres lorsqu'il les rencontre risque d'être peu à peu exclu du groupe.

Certaines normes sont perçues comme facultatives et leur respect peut faire l'objet de sanctions positives. La récompense, le prestige, la reconnaissance, sont des formes de sanctions conférées à ceux qui respectent ces normes.

Le fait d'arriver systématiquement à l'heure lorsque l'on est invité peut être perçu comme facultatif : un individu ne serait pas nécessairement exclu du groupe à cause de ses retards. Cependant, on félicite les individus pour leur ponctualité, ce qui a pour effet d'encourager de tels comportements au sein du groupe.

On distingue :

  • les sanctions positives (encouragements, félicitations, récompenses) ;
  • les sanctions négatives (actions répressives, punitives ou correctrices).
II

La déviance et ses processus

Les normes sociales ne sont pas toujours respectées par tous les individus. La transgression des normes est la déviance. La déviance est analysée comme un processus social progressif (« carrière » déviante) qui conduit à l'étiquetage d'un individu, identifié comme déviant par le groupe. Certains individus ou groupes sont stigmatisés, lorsqu'ils sont exclus à cause d'un attribut considéré comme déviant.

A

La construction sociale de la déviance

La déviance correspond à la transgression des normes sociales. Les individus qui ne respectent pas les normes sont désignés comme déviants par le groupe social. Comme les normes, la déviance prend des formes différentes selon les groupes sociaux. 

Le contrôle social peut échouer à faire respecter les normes collectives. Quand un individu commet un acte qui transgresse les normes en vigueur dans la société, il commet un acte qualifié de déviant.

Déviance

La déviance, en sociologie, désigne les conduites que les membres d'une société ou d'un groupe réprouvent ou sanctionnent car elles sont jugées non conformes à leurs normes ou valeurs.

« On peut observer des processus de déviance par exemple dans les milieux nocturnes de Chicago (musiciens, danseurs) où l'on consomme de la marijuana. »

Howard Becker

Outsiders

1963

La déviance est liée à la définition des valeurs et normes admises et valorisées dans une société. Les groupes sociaux définissent des normes et désignent leur transgression comme déviante. La personne déviante est celle qui est désignée comme telle par le groupe. 

Or, les normes et valeurs évoluent dans le temps et entre les différents groupes au sein d'une même société. C'est pourquoi la déviance peut prendre des formes différentes selon les sociétés et, en leur sein, selon les groupes sociaux. 

Ainsi, la notion de déviance ne recouvre pas les mêmes comportements selon qu'on se réfère à la culture dominante ou à une sous-culture particulière.

Culture dominante

La culture dominante correspond à l'ensemble des valeurs, des normes et des pratiques acquises et partagées par les membres d'un même groupe.

Sous-culture

Une sous-culture désigne la culture d'un groupe particulier, au sein d'un groupe culturel plus grand. La sous-culture se caractérise par certaines normes, valeurs et pratiques différentes, qui manifestent un écart avec la culture dominante.

Arborer un style vestimentaire à tendance gothique peut paraître déviant dans un milieu social bourgeois imprégné par la culture dominante, mais pas dans la sous-culture des fans de heavy metal.

B

Les processus qui mènent à la déviance

La déviance est expliquée de différentes manières. Elle peut être favorisée par certaines caractéristiques des sociétés ou des individus. Elle est aussi considérée comme un processus social progressif (une « carrière »), qui vient de l'interaction entre la personne déviante et le groupe social qui lui attribue cette étiquette et la stigmatise. 

1

La transformation des sociétés et les parcours de vie

La déviance peut être favorisée par l'affaiblissement des normes sociales qui peut provenir des transformations des sociétés : on parle d'anomie. Pour les individus, des difficultés sociales peuvent aussi mener à l'exclusion et faciliter la déviance. 

Les processus de déviance peuvent être favorisés par des facteurs comme la perte de cohésion sociale et les transformations de la société. En sociologie, on parle d'anomie pour évoquer l'affaiblissement des structures (État, famille, travail, religion) qui assurent l'adhésion des individus aux valeurs et aux normes du groupe.

Anomie

L'anomie est un dérèglement social dû à un affaiblissement de l'influence des valeurs et normes sur les comportements des individus, qui ne savent plus comment orienter leur conduite.

En Europe, le mouvement de laïcisation (l'affaiblissement de la religion) et les transformations économiques (industrialisation) de la fin du XIXe siècle ont été favorables à la transformation des modes de vie, des normes et des valeurs admises, ce qui a provoqué des situations de déviance.

Le concept d'anomie a été élaboré par Émile Durkheim, un des fondateurs de la sociologie, à la fin du XIXe siècle.

Les processus de déviance peuvent aussi être favorisés par des facteurs sociaux liés aux individus et à leurs parcours de vie.

Le chômage et la précarité menacent l'intégration de l'individu à la société. Lorsque l'individu est exclu des réseaux de sociabilité qui lui permettaient de maintenir les normes, valeurs et comportements de son groupe, il peut être amené à adopter des comportements déviants.

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Les carrières déviantes, l'étiquetage et la stigmatisation

La déviance n'est pas simplement le produit de transformations de la société ou de conditions sociales particulières. Elle est un processus qui comporte des étapes (une « carrière ») et qui donne lieu à la désignation des personnes déviantes par le groupe social (« l'étiquetage »). Les personnes identifiées comme déviantes sont stigmatisées lorsque le groupe les met à l'écart et leur attribue des caractéristiques négatives. 

La déviance a été analysée par le sociologue Howard Becker dans son ouvrage Outsiders (1963) avec des concepts comme celui de carrière déviante et d'étiquetage. 

Le concept de carrière déviante permet de comprendre la déviance comme un processus qui comprend plusieurs phases : 

  • la transgression d'une norme est la première étape ;
  • lorsque la personne est ensuite désignée comme étant déviante, c'est l'étiquetage ;
  • la dernière étape d'une carrière déviante est l'intégration à un groupe de personnes déviantes, qui partagent les mêmes normes et valeurs. 

 

Les effets d'étiquetage peuvent entraver l'intégration des individus à la société et favoriser ainsi des comportements déviants.

Processus d'étiquetage

Le processus d'étiquetage est le processus qui conduit un groupe social à désigner des actes et/ou des individus comme déviants par rapport aux normes du groupe.

Une situation d'échec scolaire peut conduire un individu à être étiqueté « mauvais élève » aux yeux du groupe. Cette identité sociale peut amener l'individu à accepter sa situation, ce qui rend alors sa progression encore plus difficile.

La stigmatisation peut aussi contribuer à exclure un individu du groupe. On parle de « stigmate », en sociologie, pour désigner un attribut qui différencie un individu du groupe auquel il appartient. Pour les membres du groupe, ce marqueur justifie une déconsidération de l'individu, considéré comme déviant. Ainsi, l'individu stigmatisé est mis à l'écart en raison de certaines caractéristiques particulières.

Stigmatisation

La stigmatisation est un processus par lequel un individu, au nom de caractéristiques particulières (traits physiques ou moraux, orientation sexuelle, etc.), est disqualifié et considéré comme déviant par le groupe.

Les personnes atteintes de handicaps ou de maladies mentales ont souvent été stigmatisées par les groupes sociaux au cours de l'histoire.

C'est le sociologue américain Erving Goffman qui élabore le concept sociologique de stigmate dans son ouvrage Stigmate. Les usages sociaux des handicaps (1963).

Certains groupes considérés comme déviants et stigmatisés revendiquent leur différence : on parle alors de retournement du stigmate.

Différents groupes stigmatisés au XXe siècle, comme les punks, les Noirs aux États-Unis ou les homosexuels, ont revendiqué leur identité et leur différence par rapport aux normes sociales en vigueur.

III

La délinquance et ses enjeux

La délinquance correspond à la déviance inscrite dans le droit. Cette transgression des normes juridiques est difficile à mesurer : on parle de chiffre noir de la délinquance. La mesure statistique de la délinquance reflète surtout les activités des institutions comme la police ou la justice. Les enquêtes de victimation sont des outils qui permettent une mesure plus précise de la délinquance.

A

La délinquance, une forme particulière de déviance

La délinquance est une forme particulière de déviance, qui correspond à la transgression de normes juridiques. Ces transgressions sont des infractions, plus ou moins graves selon les sanctions qui s'appliquent : contraventions, délits, crimes.

Délinquance

La délinquance correspond en sociologie aux déviances sanctionnées par la loi (contraventions, délits et crimes).

Le système judiciaire classe les actes de délinquance (appelés en droit « infractions ») en trois catégories selon leur gravité : contravention, délit, crime. Les contraventions correspondent par exemples aux stationnements interdits. Le vol ou la fraude fiscale sont des délits. Les crimes sont les infractions les plus graves, comme l'homicide ou le viol. 

La délinquance constitue une part de l'étude de la déviance dans la société et les facteurs qui mènent à la délinquance sont similaires à ceux qui mènent à la déviance.

Les processus d'étiquetage et de stigmatisation permettent de comprendre l'échec des procédés de réinsertion sociale chez certains délinquants.

Il ne faut pas confondre déviance et délinquance. La délinquance est une forme particulière de déviance qui correspond à la transgression des normes juridiques.

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La mesure difficile de la délinquance

La mesure de la délinquance est très difficile. Les statistiques de la police et de la justice dépendent des activités de ces institutions et des dépôts de plainte des victimes. La différence entre la délinquance « réelle » et la délinquance mesurée est le chiffre noir de la délinquance. Afin de se rapprocher d'une mesure plus exacte, on mène des enquêtes de victimation. 

La mesure du niveau de délinquance, basée sur les statistiques de la police (plaintes) et de la justice (condamnations) comprend plusieurs biais. 

Les infractions ne sont pas toutes visibles de la même manière :

  • Des infractions peuvent être sous-estimées ou mal connues, notamment lorsque les victimes portent rarement plainte (du fait d'un sentiment de honte ou de la crainte de représailles) : c'est notamment le cas des viols et des violences conjugales. 
  • Le nombre de délits enregistrés peut augmenter lorsqu'il y a un intérêt pour la victime à les déclarer, par exemple lorsque le plaignant est indemnisé par les sociétés d'assurance : c'est le cas des vols.
  • Les services de police peuvent se concentrer sur certains actes de délinquance et moins s'intéresser à d'autres, voire encourager ou décourager certaines victimes à porter plainte, ce qui fausse les statistiques policières.

 

Il existe un écart entre la délinquance réelle et la délinquance recensée. Les statistiques pénales peuvent sous-estimer la délinquance commise tout en surestimant la fréquence de certains actes : c'est le chiffre noir de la délinquance.

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Chiffre noir

Le chiffre noir est la différence entre la délinquance « réelle », dont le niveau est mal connu, et la délinquance mesurée par les statistiques pénales. Celles-ci comptabilisent les personnes catégorisées comme délinquantes et non toutes celles qui ont transgressé les lois.

Face aux limites des statistiques produites par diverses instances pénales, les sociologues ont construit un nouvel outil : les enquêtes de victimation. 

Enquêtes de victimation

Les enquêtes de victimation consistent à demander à un ensemble de personnes formant un échantillon représentatif de la population si elles ont été victimes d'actes de délinquance dans l'année écoulée, de quels actes et combien de fois.

Ces enquêtes rendent compte du niveau de délinquance subie mais comportent des limites. Puisqu'elles ne s'intéressent qu'aux victimes, elles ne peuvent pas mesurer les crimes pour lesquels il n'y a pas de victimes identifiables (l'évasion fiscale ou le trafic de stupéfiants). Le croisement entre les chiffres officiels et les enquêtes de victimation permet d'avoir une approximation de la délinquance réelle.

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