Sommaire
ILamartine avant 1848 : un poète devenu homme politiqueADu poète romantique au députéBUn opposant de la monarchie de JuilletIILamartine et la révolution de février 1848AUne figure centrale du gouvernement provisoireBLe refus du drapeau rougeIIILe déclin politique de LamartineALes mesures du gouvernement provisoireBÉchec politique et effacement progressif Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 22/04/2026 - Conforme au programme 2025-2026
Poète et homme politique, Alphonse de Lamartine joue un rôle décisif lors de la révolution de février 1848. Défenseur des libertés, il s'oppose à la monarchie de Juillet et devient l'une des figures majeures du gouvernement provisoire après l'abdication de Louis-Philippe. Ses discours enflammés, notamment celui contre le drapeau rouge, symbolisent la volonté d'une République modérée et démocratique. Lamartine contribue à instaurer la IIe République et à poser les bases d'un régime fondé sur le suffrage universel masculin. Cependant, son influence décline rapidement face aux divisions sociales et politiques.
Lamartine avant 1848 : un poète devenu homme politique
Du poète romantique au député
Lamartine s'impose dans les années 1820 comme l'une des grandes figures du romantisme français, notamment avec ses Méditations poétiques, dans lesquelles il exprime une sensibilité nouvelle centrée sur la nature, la liberté et l'émotion intime. Cette renommée littéraire lui confère une autorité morale et une aura auprès de l'opinion publique. À partir de 1833, il s'engage plus directement en politique, étant élu député. Il siège d'abord comme monarchiste libéral, mais évolue rapidement vers des positions plus démocratiques, ce qui lui permet l'absence de partis politiques au sens actuel du terme. Son talent oratoire et son prestige d'écrivain lui permettent de se démarquer dans les débats parlementaires.

Portrait de Lamartine en 1831 (F. Gérard)
Wikimedia Commons
Un opposant de la monarchie de Juillet
Sous le règne de Louis-Philippe, Lamartine critique un système politique dominé par la haute bourgeoisie et le suffrage censitaire, qui réserve le droit de vote à une minorité de Français. Il réclame davantage de libertés, en particulier la liberté de la presse et une extension de la participation électorale. Sa vision politique reste toutefois modérée : il refuse les excès révolutionnaires et défend une réforme progressive. À travers ses écrits et ses discours, il s'impose comme une figure respectée de l'opposition, capable de rallier aussi bien les libéraux que certains républicains.
Lamartine et la révolution de février 1848
Une figure centrale du gouvernement provisoire
Lorsque la révolution éclate en février 1848 et entraîne l'abdication de Louis-Philippe, Lamartine apparaît comme un homme de compromis, respecté pour son intégrité et son éloquence. Il entre au gouvernement provisoire qui proclame la IIe République. Dans ces journées décisives, il incarne la volonté de concilier l'ardeur révolutionnaire des masses avec la stabilité d'un pouvoir organisé. Son prestige d'homme de lettres et sa réputation d'orateur modéré lui confèrent une grande légitimité auprès du peuple comme des élites politiques.
Le refus du drapeau rouge
Le 25 février 1848, face à la foule qui réclame l'adoption du drapeau rouge comme emblème de la République sociale, Lamartine prononce un discours resté célèbre. Il s'oppose fermement à ce symbole, qu'il associe à la violence et à la guerre civile, et défend le maintien du drapeau tricolore hérité de la Révolution française et de l'Empire. Ce geste marque son attachement à une République démocratique mais non révolutionnaire, respectueuse des idéaux de liberté sans sombrer dans l'anarchie. Par ce discours, il gagne un immense prestige et apparaît comme le garant d'une République d'ordre et de liberté.

Lamartine devant l'hôtel de ville de Paris le 25 février 1848 refusant le drapeau rouge (vers 1848, H.F. Philippoteaux, musée Carnavalet)
Wikimedia Commons
Le déclin politique de Lamartine
Les mesures du gouvernement provisoire
Lamartine participe à des réformes importantes : l'abolition de l'esclavage dans les colonies, la proclamation du suffrage universel masculin, la liberté de la presse et la reconnaissance du droit au travail. Ces mesures représentent un tournant historique, car elles élargissent considérablement la citoyenneté et les droits civiques. Toutefois, Lamartine cherche à maintenir une République modérée, et se montre réservé face aux revendications sociales plus radicales des ouvriers parisiens. Ce positionnement lui attire des critiques à gauche, qui l'accusent de trahir le peuple, tout en inquiétant les conservateurs. Son soutien à la répression menée par le général Cavaignac après l'insurrection liée à la fermeture des Ateliers nationaux lui aliène définitivement des couches populaires.

Lithographie rendant hommage au suffrage universel masculin de 1848 (F. Sorrieu, musée Carnavalet, 1850)
Wikimedia Commons
Échec politique et effacement progressif
Malgré son rôle essentiel en février 1848, Lamartine ne parvient pas à conserver une influence durable. Lors de l'élection présidentielle de décembre 1848, il recueille à peine quelques dizaines de milliers de voix, écrasé par Louis-Napoléon Bonaparte qui incarne à la fois le prestige du nom et l'espoir d'ordre. Discrédité, Lamartine se retire progressivement de la vie politique et retourne à la littérature. Sa trajectoire illustre la difficulté pour un intellectuel de transformer son prestige moral en véritable pouvoir politique dans un contexte marqué par de fortes tensions sociales et idéologiques.