Sommaire
IUne offensive décidée et préparée par l'état-major allemandAL'Allemagne face à l'urgenceBLe plan Ludendorff : une victoire rapide avant l'arrivée des AméricainsCUne préparation logistique massive et risquéeIIUne offensive spectaculaire : succès initiaux et limites structurellesALe choc du 21 mars : une percée foudroyanteBLa réaction alliée : unité de commandement et défense acharnéeCL'épuisement allemand et l'échec de la percéeIIILe bilan : un sursaut tactique sans issue stratégiqueAUne victoire tactique allemande mais un échec industriel et humainBLe tournant du conflit : l'épuisement allemand et la contre-offensive alliée Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 22/04/2026 - Conforme au programme 2025-2026
La dernière offensive allemande de mars 1918 fut le dernier grand pari du Reich. Exploitant la paix avec la Russie et misant sur la rapidité, Ludendorff chercha à briser le front allié avant l'arrivée des Américains. Malgré des succès initiaux spectaculaires, la « bataille de l'Empereur » échoue : les Alliés se ressaisissent, s'unissent sous le commandement de Foch, et stoppent la percée. Cette opération, coûteuse et sans lendemain, marque le basculement de la guerre. L'Allemagne, épuisée, perd l'initiative et est bientôt contrainte à l'armistice.
Une offensive décidée et préparée par l'état-major allemand
L'Allemagne face à l'urgence
Au début de l'année 1918, la situation du Reich est critique. Si la Russie a quitté la guerre à la suite de la Révolution bolchévique (traité de Brest-Litovsk, mars 1918), permettant le transfert de plus d'un million de soldats du front de l'est vers l'ouest, le blocus maritime allié étouffe l'économie allemande et la population souffre de pénuries.
Les États-Unis, entrés en guerre en avril 1917, commencent à envoyer leurs troupes en France. L'état-major allemand sait qu'il ne dispose que de quelques mois avant que l'arrivée massive des forces américaines ne fasse pencher la balance.
Le plan Ludendorff : une victoire rapide avant l'arrivée des Américains
Le général Erich Ludendorff, véritable chef opérationnel de l'armée allemande, conçoit une série d'offensives destinées à briser le front allié avant l'été. La première, nommée opération Michael, doit frapper entre Arras et La Fère, sur la Somme, en direction d'Amiens.
L'objectif de la Kaiserschlacht (« bataille de l'Empereur » en allemand) est double : séparer les armées française et britannique et forcer les Alliés à négocier la paix. Pour cela, l'armée allemande mise sur la surprise, la rapidité et une tactique nouvelle - celle des Stosstruppen (troupes d'assaut) qui infiltrent les lignes ennemies par petits groupes pour désorganiser la défense, victorieusement expérimentée en 1917 à Riga et Caporetto.
Une préparation logistique massive et risquée
Près de 70 divisions allemandes, soit environ un million d'hommes, sont regroupées sur le front de la Somme. L'artillerie déclenche le 21 mars 1918 un bombardement colossal de 6 600 pièces, suivi de l'assaut général à l'aube.
Cependant, cette concentration de forces représente un pari stratégique : l'Allemagne engage presque toutes ses réserves dans l'espoir d'une percée décisive. Si l'offensive échoue, aucune force de relève ne sera disponible pour soutenir un effort prolongé.
Une offensive spectaculaire : succès initiaux et limites structurelles
Le choc du 21 mars : une percée foudroyante
Le 21 mars, dans le brouillard matinal, les troupes d'assaut allemandes percent les lignes britanniques affaiblies par 4 offensives meurtrières et infructueuses. En quelques jours, elles avancent de près de 60 kilomètres — une progression inédite depuis 1914. Les villes de Péronne, Bapaume et Montdidier tombent, et Amiens est menacée.
Les Britanniques reculent en désordre, tandis que les communications alliées sont désorganisées. Pour la première fois depuis 1914, le front de l'ouest redevient un front de mouvement.

Une percée allemande foudroyante en mars 1918
Wikimedia Commons
La réaction alliée : unité de commandement et défense acharnée
La progression allemande inquiète au plus haut point. Le 26 mars 1918, les Alliés se réunissent à Doullens et confient à Ferdinand Foch la coordination générale des armées alliées. C'est un tournant majeur : pour la première fois, les forces françaises, britanniques et américaines agissent sous un commandement unifié.
Les Français envoient des renforts pour soutenir les Britanniques sur la Somme, notamment autour d'Amiens et de Villers-Bretonneux, où les chars et l'aviation jouent un rôle croissant. La résistance alliée s'organise et l'avance allemande ralentit.
L'épuisement allemand et l'échec de la percée
Malgré les gains territoriaux, l'armée allemande n'a pas atteint ses objectifs stratégiques. Les pertes sont considérables, les lignes de ravitaillement s'étirent et les troupes sont épuisées.
Les Allemands n'ont pas de réserves suffisantes pour exploiter leurs succès. Amiens tient bon et les Alliés rétablissent progressivement la situation. À la fin du mois d'avril, l'offensive Michael est stoppée.
Ludendorff tente encore plusieurs attaques (Blücher, Gneisenau, Friedensturm), mais toutes échouent, et les avancées sur le terrain se font chaque fois moins importantes. L'armée allemande est désormais sur la défensive.
Le bilan : un sursaut tactique sans issue stratégique
Une victoire tactique allemande mais un échec industriel et humain
L'offensive de mars 1918 est un succès initial incontestable : l'armée allemande regagne une partie du terrain perdu depuis 1916 et inflige de lourdes pertes aux Alliés (plus de 250 000 hommes).
Mais cette victoire est stérile : elle n'aboutit à aucune percée décisive, ne provoque pas la séparation des armées alliées, et épuise les dernières forces allemandes. Le front se stabilise dès mai, sans avantage durable.
L'Allemagne a concentré des moyens considérables : artillerie lourde, gaz toxiques, aviation de reconnaissance, trains blindés. Cependant, son industrie et son ravitaillement ne peuvent soutenir une guerre d'usure prolongée.
Les pertes s'élèvent à près de 700 000 hommes (morts, blessés ou disparus) en quelques mois. L'économie allemande s'effondre, la population se démoralise, et le moral des soldats décline. L'armée ne peut plus compenser ces pertes.

Artillerie allemande pendant l'opération Michael, mars 1918
Wikimedia Commons
Le tournant du conflit : l'épuisement allemand et la contre-offensive alliée
L'échec de l'offensive de mars annonce la fin de l'initiative allemande. Dès juillet 1918, les Alliés reprennent l'avantage avec la seconde bataille de la Marne, puis la grande offensive des Cent Jours (août-novembre 1918) qui mènera à la capitulation.
La dernière offensive allemande, conçue comme un coup de force décisif, accélère en réalité la défaite du Reich : l'armée est brisée, tandis que les Alliés sont unis et renforcés par les Américains.

Colonne de soldats américains en 1918, en France
Wikimedia Commons