Le fonctionnement d'un marché concurrentielCours

I

Le marché : une construction historique et sociale

A

Les principaux marchés

Les agents économiques (ménages, entreprises, gouvernements et collectivités) se rencontrent quotidiennement pour échanger leurs productions et satisfaire leurs besoins. Le marché est le lieu, réel ou virtuel, où se déroulent ces échanges : on parle d'économie de marché.

Marché

Le marché est un lieu réel ou fictif où se rencontrent l'offre et la demande, à travers un processus de formation d'un prix.

Économie de marché

L'économie de marché est l'économie dans laquelle les échanges se réalisent par l'intermédiaire des marchés et de leurs règles.

Le marché est une construction historique et sociale dont le fonctionnement est susceptible de varier selon les sociétés, les époques et les formes d'organisation politique.

Les marchés peuvent prendre plusieurs formes, des marchés de fruits et légumes aux marchés d'enchères sur Internet, en passant par les bourses nationales. Les marchés sont donc très diversifiés mais les économistes les regroupent sous trois principales catégories : 

  • le marché des biens et services où s'échange l'essentiel des productions économiques
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  • le marché du travail où s'échange l'offre de travail des ménages contre une rémunération de la part des entreprises
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  • le marché des capitaux où s'échangent des produits financiers : monnaies, obligations, actions boursières
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B

Les institutions marchandes

Des institutions marchandes sont nécessaires pour fixer les différentes règles et les droits des individus sur les marchés. Le marché est régulé notamment par les États : ils fixent les lois dans le but d'assurer son bon fonctionnement et de protéger la population par l'instauration de normes et d'interdictions.

Institution marchande

Une institution marchande est une institution qui fixe les règles de l'échange et protège les droits des individus.

Les normes européennes imposent des critères sanitaires ou techniques pour vendre des biens, et certaines productions (drogues, produits nocifs) sont interdites.

Les règles des marchés et leur fonctionnement sont l'objet de débats importants et varient selon les sociétés.

La vente de dérivés du cannabis à vocation médicale est autorisée dans certains pays mais interdite en France.

C

Les différentes structures de marché

Les marchés peuvent être distingués selon leur degré de concurrence. Celle-ci est :

  • nulle dans le cas du monopole (un seul offreur sur le marché)
  • faible dans le cas de l'oligopole (quelques offreurs sur le marché)
  • plus forte dans la concurrence monopolistique (nombreux offreurs proposant des produits différenciés sur le marché)
  • parfaite dans un marché parfaitement concurrentiel (grand nombre d'offreurs sur le marché)
Les différentes structures de marché selon le degré de concurrence

Les différentes structures de marché selon le degré de concurrence

II

L'équilibre de marché sous le modèle de la concurrence pure et parfaite

La concurrence est dite pure et parfaite si les prix dépendent uniquement du mécanisme libre de l'offre et de la demande (aucun vendeur ne peut exercer un contrôle sur les prix et leur formation). 

A

Le modèle de la concurrence pure et parfaite : définition

Dans la réalité, les marchés ne sont jamais en situation de concurrence pure et parfaite car cela nécessite des conditions qui sont rarement réunies :

  • l'atomicité de marché : un grand nombre d'offreurs et de demandeurs sont présents sur le marché. Aucun agent ne peut influencer les prix par sa seule action. On dit alors que les agents sont preneurs de prix (price taker).
  • l'homogénéité des produits : sur un marché, les productions ne se différencient que par le prix.
  • la libre entrée et sortie du marché : il n'y a pas de barrières (technique, commerciale, financière) à l'entrée ou à la sortie. 

La concurrence sur un marché international n'est pas pure et parfaite s'il existe des droits de douane.

  • la parfaite mobilité des facteurs de production : les agents, les biens et les capitaux circulent sans entrave (financière, géographique, etc.) et de manière instantanée.
  • la transparence du marché : toute l'information disponible est connue de tous, en temps réel et sans coût, i.e. chacun doit connaître tous les prix que pratiquent les offreurs pour un même produit.

Même si la concurrence pure et parfaite n'existe pas dans la réalité, c'est un modèle théorique utile en économie pour mieux comprendre le fonctionnement des marchés concurrentiels, notamment le mécanisme de l'offre et de la demande.

Modèle de la concurrence pure et parfaite

Le modèle de la concurrence pure et parfaite est le modèle théorique dans lequel les prix ne sont déterminés que par les mécanismes de l'offre et de la demande et par le libre jeu de la concurrence.

B

La dynamique de l'équilibre sur un marché en concurrence pure et parfaite

Dans le modèle théorique de la concurrence pure et parfaite, la formation des prix est déterminée uniquement par les mécanismes de l'offre et de la demande.

1

L'offre et la demande : rappels

Offre

L'offre correspond à la quantité de biens ou services que les vendeurs souhaitent vendre à un prix donné.

Si le prix d'une baguette de pain est d'un euro et qu'un individu est prêt à en vendre 100 à ce prix, l'offre est de 100 baguettes de pain.

Habituellement, l'offre de biens et de services est une fonction croissante de leurs prix. En effet, lorsque le prix d'un bien augmente, il devient plus rentable de le produire et de le vendre ; ainsi, les producteurs en offrent plus sur le marché.

On peut représenter graphiquement l'offre par une droite ascendante.

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Les producteurs cherchent à maximiser leur profit. Pour cela, il leur faut déterminer le volume optimal de production. Celui-ci peut être déterminé par une analyse des coûts de production moyens et des coûts marginaux en raison d'un phénomène appelé la loi des rendements décroissants.

Coût marginal

Le coût marginal est le coût de production d'une unité supplémentaire produite.

Coût marginal

\text{Coût marginal} = \text{coût de la production de n unités} - \text{coût de la production de n-1 unités}

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Lorsque l'on augmente le volume de production, on constate la plupart du temps que : 

  • dans un premier temps, le coût marginal est décroissant et inférieur au coût moyen (c'est le phénomène d'économie d'échelle) ;
  • dans un second temps, le coût marginal devient croissant (les consommations intermédiaires coûtent de plus en plus cher) ;
  • dans un dernier temps, le coût marginal devient supérieur au coût moyen, ce qui signifie que l'augmentation du volume des productions diminue le profit.

Pour le producteur, la quantité optimale à produire est donc celle qui égalise le coût marginal et le coût moyen.

Demande

La demande correspond à la quantité de biens ou services que les acheteurs sont prêts à acquérir pour un certain prix.

Si le prix d'un stylo est de 3 euros et qu'un individu est prêt à en acheter 5 à ce prix, la demande est de 5 stylos.

La demande pour un bien est normalement une fonction décroissante de son prix. En effet, lorsque le prix d'un produit est élevé, peu de consommateurs sont prêts à l'acheter.

On peut représenter graphiquement la demande par une droite descendante.

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Prix et quantité d'équilibre

La demande, l'offre et les prix sont liés. Ainsi, lorsque le prix d'un produit diminue :

  • il devient plus intéressant pour les consommateurs de l'acheter donc la demande a tendance à s'accroître ;
  • en revanche, la rémunération des producteurs diminue, ce qui entraîne une diminution de l'offre.

La loi de l'offre et de la demande correspond aux variations de l'offre et de la demande lorsque les prix se modifient. Sur un marché en concurrence pure et parfaite, le prix et la quantité d'équilibre se fixent de telle façon que l'offre est égale à la demande : on parle de prix et de quantité d'équilibre.

Prix d'équilibre

Le prix d'équilibre est le prix qui se fixe sur un marché en concurrence pure et parfaite. Ce prix est tel que les quantités offertes sont égales aux quantités demandées.

Quantité d'équilibre

La quantité d'équilibre est la quantité unique offerte et demandée au prix d'équilibre.

On peut représenter graphiquement le prix et la quantité d'équilibre au point de croisement des droites d'offre et de demande.

L'équilibre de marché 
L'équilibre de marché 
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Allocation des ressources et maximisation des gains à l'échange

La rencontre de l'offre et de la demande sur un marché concurrentiel permet de réaliser l'allocation des ressources la plus efficace possible par un gain à l'échange mesurable − aussi appelé surplus.

Allocation des ressources

L'allocation des ressources correspond à l'affectation des ressources rares (et notamment les facteurs de production) pour satisfaire la demande de biens et services.

Gain à l'échange

Le gain à l'échange correspond à la satisfaction supplémentaire que les agents retirent de l'échange.

On peut distinguer :

  • le gain du consommateur, qui correspond à la différence entre la disposition à payer d'un acheteur et le prix de marché.

Si une étagère est à 30€ et que le consommateur était prêt à la payer 40€, le gain du consommateur est de 10€.

  • le gain du producteur, qui correspond à la différence entre le prix de réservation d'un vendeur et le prix du marché.

Si une étagère est à 30€ et que le producteur était prêt à la vendre 20€, le gain du producteur est de 10€.

  • le gain total : c'est l'addition des gains du consommateur et du producteur, il correspond au gain à l'échange de la collectivité.

Pour reprendre l'exemple de l'étagère, le gain total est égal à deux fois 10 € donc 20 €.

Gain du producteur

Le gain du producteur correspond à la différence entre le prix auquel un producteur est prêt à vendre et le prix de marché.

Gain du consommateur

Le gain du consommateur correspond à la différence entre le prix auquel un consommateur est prêt à acheter et le prix de marché.

Gain total

Le gain total est la somme des gains du consommateur et du producteur.

Les gains du consommateur et du producteur peuvent être représentés graphiquement, ici dans une situation d'équilibre :

Les gains à l'échange
Les gains à l'échange

Le gain du consommateur  est l'aire qui représente la différence entre le prix que le consommateur est prêt à payer pour une certaine quantité de biens (représenté par la droite de demande) et le prix de marché (représenté par la droite de prix horizontale).

Le gain du producteur est l'aire qui représente la différence entre le prix auquel le producteur est prêt à vendre pour une certaine quantité de biens (représenté par la droite d'offre) et le prix de marché (représenté par la droite de prix horizontale).

La concurrence pure et parfaite permet de fixer le prix à l'équilibre et ainsi de maximiser la somme des gains du consommateur et du producteur : selon les économistes classiques, c'est donc une situation avantageuse pour la collectivité.

 

III

 Les modifications de l'équilibre du marché sous le modèle de la concurrence pure et parfaite

L'équilibre de marché peut être perturbé du fait de facteurs économiques affectant l'offre et/ou la demande ou du fait d'interventions étatiques.

A

Les déterminants de l'offre

Les déterminants de l'offre d'un produit sont, entre autres :

  • le prix du produit : si le prix d'un produit augmente, l'offre va augmenter car il sera plus rentable de vendre.

 

  • le prix des biens substituables 

Si le prix du blé augmente, l'offre de maïs va baisser car il sera plus rentable pour les paysans de cultiver et vendre du blé que du maïs. Les deux cultures étant possibles pour le paysan, elles sont en partie substituables.

  • le prix des facteurs de production : si le prix du facteur travail (les salaires) ou des matières premières augmente, les entreprises vont moins produire et l'offre va baisser.
  • les facteurs naturels

S'il pleut, l'offre de parapluies va augmenter car les entreprises vont anticiper les besoins des consommateurs.

Les variations de l'offre peuvent se traduire graphiquement par des déplacements de la droite de l'offre.

Les variations de l'offre

Les variations de l'offre

La situation de départ est représentée par la droite d'offre O1.

  • Lorsque l'offre augmente, la droite d'offre se déplace vers la droite (droite O3 sur le graphique) et cela fait baisser le prix.
  • Lorsque l'offre baisse, cela déplace la droite d'offre vers la gauche (droite O2 sur le graphique) et cela fait augmenter le prix.
B

Les déterminants de la demande

Les déterminants de la demande pour un produit peuvent être :

  • les revenus : plus le revenu disponible des consommateurs est élevé, plus ceux-ci voudront consommer de produits.
  • les préférences : si la préférence pour un bien augmente, la demande pour ce bien augmente.
  • le prix du produit : si le prix d'un produit augmente, la demande va baisser car il sera moins accessible.
  • le prix des biens substituables 

Si, pour un consommateur, les pommes et les poires sont substituables et que le prix des pommes augmente, il va remplacer les pommes par des poires et demander plus de poires.

  • le prix des biens complémentaires (qui se consomment ensemble)

Si le prix des raquettes de tennis augmente, les consommateurs achèteront moins de raquettes et donc moins de balles de tennis (puisqu'on ne consomme pas de balles de tennis sans raquette).

  • les facteurs naturels

Lorsqu'il se met à faire froid, les consommateurs préfèrent boire des chocolats chauds que des menthes à l'eau, et la demande de chocolat chaud dans les cafés augmente.

Les variations de la demande peuvent se traduire graphiquement par des déplacements de la droite de demande.

Les variations de la demande

Les variations de la demande

La situation de départ est représentée par la droite de demande D1.

  • Lorsque la demande augmente, la droite de demande se déplace vers la droite (droite D2 sur le graphique) et cela fait augmenter le prix de P1 à P2.
  • Lorsque la demande baisse, la droite de demande se déplace vers la gauche (droite D3) et cela fait baisser le prix de P1 à P3.
C

Les interventions de l'État

L'équilibre sur le marché peut être modifié par l'État à travers la mise en place de taxes ou de subventions. Le modèle de la concurrence pure et parfaite permet d'envisager les conséquences de ces interventions sur un marché qui répondrait parfaitement à la loi de l'offre et de la demande. 

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L'effet d'une taxe

Taxe

Une taxe est un prélèvement fiscal de l'État.

En France, une entreprise commerciale doit reverser la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) à l'État, celle-ci s'élève selon les cas de 2,1 % (taux très réduit) à 20 % (taux normal).

Sur un marché à l'équilibre et en supposant que la demande ne change pas, lorsque l'État propose une taxe, il augmente le coût de production des entreprises sur le marché. Celles-ci sont incitées à se retirer du marché ou bien à réduire leur production. Ainsi, la quantité produite diminue alors que la demande reste inchangée. On assiste alors à une situation de sous-production, ou pénurie : la demande est supérieure à l'offre.

On peut représenter graphiquement l'effet d'une taxe :

L'effet d'une taxe sur l'équilibre de marché
L'effet d'une taxe sur l'équilibre de marché
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L'effet d'une subvention

Subvention

Une subvention est une aide financière accordée à l'État à une organisation productive.

La PAC (Politique agricole commune) accorde aux agriculteurs européens des aides financières pour moderniser leur équipement.

Sur un marché à l'équilibre et en supposant que la demande ne change pas, lorsque l'État propose une subvention, il augmente l'offre. Le coût de production est réduit, ce qui incite les entreprises à investir le marché ou bien à produire plus. La quantité produite augmente alors que la demande reste inchangée, ce qui engendre une situation de surproduction : l'offre est supérieure à la demande.

On peut représenter graphiquement l'effet d'une subvention :

L'effet d'une subvention sur l'équilibre de marché
L'effet d'une subvention sur l'équilibre de marché

Les interventions de l'État (taxes, subventions, prix minimum ou maximum) visent à modifier le fonctionnement du marché pour répondre à des besoins sociaux ou économiques : financer les politiques publiques, protéger les entreprises, etc. Cependant, d'après le modèle de la concurrence pure et parfaite, toute intervention de l'État est inefficace du point de vue économique car elle diminue le gain total et entraîne des situations de pénurie ou de surproduction artificielles.