La Ire République de 1792 à 1799Cours

En 1789, la monarchie absolue est remplacée par une monarchie constitutionnelle qui applique les principes proclamés dans la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen comme la souveraineté nationale et la séparation des pouvoirs.

Fragilisée par des ennemis intérieurs et extérieurs, la monarchie constitutionnelle est remplacée par la République le 22 septembre 1792

Gouvernée par les révolutionnaires radicaux, la Ire République se transforme en dictature pendant la Terreur entre 1793 et 1794. Gouvernée par les bourgeois modérés à partir de 1795, la Ire République prend la forme du Directoire jusqu'à ce que le général Napoléon Bonaparte s'empare du pouvoir par un coup d'État en 1799.   

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow} Comment se déroule la première expérience républicaine entre 1792 et 1799 ?

-
I

La monarchie constitutionnelle, fragilisée par ses ennemis

La monarchie constitutionnelle est officiellement née le 9 juillet 1789 lorsque l'Assemblée nationale devient l'Assemblée nationale constituante mais il faut attendre le 3 septembre 1791 pour que son fonctionnement soit défini par une Constitution

Le nouveau régime ne fait pas l'unanimité. En effet, si la majorité des Français soutiennent la monarchie constitutionnelle, certains lui sont hostiles. Les ennemis intérieurs, ceux qui font tout pour affaiblir et renverser la monarchie constitutionnelle, sont le roi et les contre-révolutionnaires.

A

Le roi et les contre-révolutionnaires : les ennemis intérieurs

Malgré des gestes forts – porter la cocarde tricolore après la prise de la Bastille, s'installer à Paris au palais des Tuileries ou encore prêter serment lors de la fête de la fédération – Louis XVI reste totalement hostile à la révolution. Pourtant, même avec la séparation des pouvoirs, le roi reste une pièce maîtresse dans la monarchie constitutionnelle. Or, Louis XVI fait tout pour que le nouveau régime dysfonctionne. Pour cela, il use et abuse du droit que la Constitution lui a donné de s'opposer aux lois votées par l'Assemblée législative : c'est son droit de veto. 

Cette stratégie d'obstruction du roi est soutenue par les royalistes contre-révolutionnaires qui sont le second ennemi intérieur de la monarchie constitutionnelle

  • des nobles qui n'acceptent pas l'abolition de leurs privilèges ;
  • les Français les plus attachés à la religion catholique qui considèrent que la Révolution est allée trop loin contre la religion. 

 

La question religieuse fragilise donc la monarchie constitutionnelle. En avril 1791, le pape Pie VI condamne la Constitution civile du clergé, encourageant de nombreux prêtres réfractaires à refuser de prêter serment.

Dans l'Ouest de la France, et particulièrement en Vendée, la situation vire à la guerre civile puisque des paysans et des bourgeois catholiques prennent les armes pour protéger leurs églises et leurs prêtres réfractaires.

Assiette représentant un prêtre jureur

Assiette représentant un prêtre jureur

Domaine public, © Wikimedia Commons

B

La fuite de Varennes

En avril 1791, le roi demande l'autorisation de sortir de Paris pour se rendre en province. La Garde nationale l'en empêche car on suspecte Louis XVI de vouloir quitter la France pour rejoindre les contre-révolutionnaires émigrés et revenir à la tête d'une armée pour rétablir l'absolutisme. Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, le roi et sa famille déguisés quittent le palais des Tuileries. Ils prennent la fuite en direction de Metz où est stationnée l'armée de Lorraine, commandée par un fidèle du roi. 

Reconnu, Louis XVI est arrêté à Varennes. Le 25 juin 1791, il est ramené à Paris entouré par les soldats de la Garde nationale, comme un prisonnier.

 « Quiconque applaudira le roi sera bâtonné ; quiconque insultera le roi sera pendu ».

Affiches dissuasives placardées par l'Assemblée nationale sur la route qui mène au château des Tuileries

Pour protéger le « roi des Français », sans qui la monarchie constitutionnelle risque de disparaître, les députés de l'Assemblée tentent même une campagne de désinformation. Selon eux, le roi ne s'est pas enfui mais il a été enlevé. Cette version « officielle » ne calme pas le peuple.

Retour de Varennes. Arrivée de Louis Seize à Paris, le 25 juin 1791, Jean Duplessis-Bertaux, 1791

Retour de Varennes. Arrivée de Louis Seize à Paris, le 25 juin 1791, Jean Duplessis-Bertaux, 1791

Domaine public, © Wikimedia Commons

C

Des tensions entre révolutionnaires

La fuite du roi entraîne des tensions au sein de l'Assemblée législative : les députés se divisent au sujet de l'avenir de la monarchie constitutionnelle :

  • À droite, les députés « modérés » comme Barnave souhaitent maintenir le roi.
  • À gauche, les députés « radicaux » comme Brissot et Robespierre souhaitent fonder un régime sans roi, c'est-à-dire une République

 

Le 17 juillet 1791, des manifestants parisiens se rendent sur le Champ-de-Mars pour déposer sur l'autel de la patrie une pétition réclamant la proclamation de la République et le suffrage universel mais La Fayette ordonne à la Garde nationale de tirer sur la foule. Pour la première fois, des révolutionnaires tirent sur d'autres révolutionnaires. Cet événement démontre les désaccords entre révolutionnaires : alors que certains veulent stopper la révolution, d'autres veulent la poursuivre.

Le député modéré Antoine Barnave et le député radical Maximilien de Robespierre

Le député modéré Antoine Barnave et le député radical Maximilien de Robespierre

D

La menaces des monarchies européennes : les ennemis extérieurs

La monarchie constitutionnelle est aussi confrontée à des ennemis extérieurs. Beaucoup de nobles français ont émigrés au début de la révolution. Réfugiés dans les monarchies voisines comme l'Autriche et la Prusse, ils organisent la contre-révolution. Ils reçoivent l'aide des monarques européens qui voient d'un mauvais œil les événements français. En effet, ils craignent une contagion révolutionnaire en Europe et s'inquiètent du sort réservé à Louis XVI après son arrestation. D'ailleurs, dans une déclaration adressée aux Français en août 1791, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse avertissent qu'ils sont prêts « à agir promptement et avec les forces nécessaires » si l'intégrité physique de Louis XVI est mise en péril. À l'été 1791, la France est donc menacée d'invasion.

II

La monarchie abolie : la proclamation de la République

Faut-il déclarer la guerre à l'Autriche ? Cette question divise l'Assemblée législative. 

Le roi est pour : il espère la défaite des armées révolutionnaires qui faciliterait le rétablissement de l'absolutisme

Les députés sont divisés

  • À droite, les députés « modérés » pensent qu'une guerre victorieuse pourrait consolider les acquis de la révolution et même leur diffusion à toute l'Europe. 
  • À gauche, les députés « radicaux » craignent que la guerre fragilise la révolution par son coût financier et humain.
A

La guerre contre l'Autriche : la « patrie en danger » 

La France déclare la guerre à l'Autriche le 20 avril 1792. Peu nombreuse, mal équipée et désorganisée, l'armée française est rapidement mise en échec. Les troupes étrangères envahissent le Nord-Est et la capitale parisienne est menacée. 

Le 11 juillet 1792, l'Assemblée législative décide de réagir par un décret qui proclame « la Patrie en danger ». Concrètement, il s'agit d'une sorte d'état d'urgence qui fait de la défense du territoire l'objectif prioritaire. Tous les citoyens sont donc appelés à s'engager volontairement dans l'armée. Le roi utilise son veto pour l'empêcher mais il est trop tard : les Gardes nationaux et les troupes de volontaires convergent vers Paris.

Décret de l'Assemblée nationale proclamant « la Patrie en danger »

Décret de l'Assemblée nationale proclamant « la Patrie en danger »

Domaine public, © Wikimedia Commons

Parmi elles, les volontaires marseillais popularisent « le chant de guerre pour l'armée du Rhin », surnommé La Marseillaise, composé à Strasbourg par l'officier Rouget de Lisle le 26 avril 1792.

Claude Joseph Rouget de Lisle

Claude Joseph Rouget de Lisle

B

Un climat d'insurrection : la prise des Tuileries

Dans Paris, le climat tourne à l'insurrection. Le 1er août 1792, les Parisiens ont connaissance du « Manifeste de Brunswick ». Dans ce texte, écrit par un noble émigré à la demande de Marie-Antoinette le 25 juillet 1792, les monarques européens menacent de détruire Paris si Louis XVI n'est pas rapidement rétabli dans ses fonctions de monarque absolu de droit divin. En réaction, le peuple réalise un nouveau coup de force le 10 août 1792 avec la prise des Tuileries. Depuis la fuite à Varennes, la famille royale vit sous surveillance au palais des Tuileries. Pour les révolutionnaires parisiens les plus radicaux surnommés les « sans-culottes », c'est de là que le « roi des Français » complote contre la nation et organise la contre-révolution. 

Le 10 août 1792, avec l'aide des Gardes nationaux dont fait partie le jeune officier Napoléon Bonaparte, les sans-culottes assiègent les Tuileries défendues par les Gardes suisses qui sont massacrés au cours de cette nouvelle journée révolutionnaire. La famille royale se réfugie dans l'Assemblée législative. Sous la pression des sans-culottes qui l'envahissent, les députés votent la suspension du roi et, le 13 août, la famille royale est incarcérée à la prison du Temple où Louis XVI est rebaptisé « Louis le dernier ». La nation se sépare donc du roi.

Les sans-culottes parisiens

Les sans-culottes parisiens

Domaine public, © Wikimedia Commons

Dix août 1792. Siége et Prise du château des Tuileries, gravure publiée dans Collection complète des tableaux historiques de la Révolution française, 1804

Dix août 1792. Siége et Prise du château des Tuileries, gravure publiée dans Collection complète des tableaux historiques de la Révolution française, 1804

Domaine public, © Wikimedia Commons

C

Nouvelle Assemblée, nouvelle constitution

Sans roi, la monarchie constitutionnelle est hors-service et la Constitution de 1791 est obsolète : une nouvelle Assemblée nationale constituante est élue. Cette nouvelle Assemblée prend le nom de « Convention nationale ».

Pour la première fois, les députés sont élus au suffrage universel c'est-à-dire par tous les citoyens (masculins) sans distinction de richesse

Deux groupes de députés s'opposent :

  • Sur les bancs de droite, les députés « Girondins » ont pour leader Brissot. Révolutionnaires modérés, ils souhaitent conserver le suffrage censitaire car ils se méfient de la violence des sans-culottes. Soucieux de maintenir l'ordre, ils veulent avant tout respecter les lois et protéger les libertés. 
  • En haut des bancs de gauche, les députés « Montagnards » sont dirigés par Danton, Marat et Robespierre. Révolutionnaires radicaux, ils souhaitent l'adoption du suffrage universel car ils sont soutenus par les sans-culottes. Ils veulent avant tout établir l'égalité politique et sociale, quitte à limiter les libertés.
Maximilien de Robespierre

Maximilien de Robespierre

Le compromis semble difficile entre ces révolutionnaires qui ont des visions différentes de la France nouvelle à construire. Les députés girondins dominent la Convention grâce au soutien de la « Plaine », le groupe de députés le plus nombreux.

-

Les travaux de la Convention nationale sont perturbés par le climat parisien insurrectionnel. Depuis le 10 août 1792, les sans-culottes ont pris le contrôle de la Commune de Paris. Ils instaurent la « Terreur contre tous les ennemis de la nation ». Un tribunal révolutionnaire est mis en place. Il accuse sans preuves au mépris des Droits de l'homme et du citoyen et ordonne : 

  • la confiscation des biens des nobles émigrés ;
  • la déportation des prêtres réfractaires ; 
  • l'arrestation arbitraire des aristocrates. 

 

Le réveil des théories d'un « complot contre le peuple » entraîne les massacres de septembre 1792. Du 2 au 6 septembre 1792, les sans-culottes se rendent dans les prisons et massacrent environ 1 300 personnes. Débordés ou satisfaits, les députés de la Convention laissent massacrer en toute impunité.

D

Septembre 1792 : de la victoire de Valmy à la proclamation de la République

Les armées révolutionnaires ne parviennent pas à contenir les armées autrichiennes et prussiennes qui envahissent le Nord-Est. Le 2 septembre 1792, les citoyens-soldats capitulent à Verdun : les armées étrangères se dirigent vers Paris. Mais le 20 septembre 1792, les soldats volontaires du général Dumouriez qui entonnent La Marseillaise sont rejoints par les soldats professionnels de l'armée royale du général Kellermann. Ensemble, ils remportent la victoire décisive de Valmy. Stoppées à 200 km de Paris, les armées étrangères et les nobles émigrés se replient. 

À Paris, cette victoire de « la nation en armes » contre la meilleure armée d'Europe crée un climat d'euphorie qui débouche sur le vote de deux décisions majeures par la Convention :

  • l'abolition de la royauté, votée à l'unanimité le 21 septembre 1792 ;
  • la proclamation d'un nouveau régime politique, la République, le 22 septembre 1792 : c'est « l'An I de la République ». 

 

La Convention lance aussi deux chantiers : la rédaction de la Constitution républicaine et d'une nouvelle Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen

La République étant un régime politique sans roi, la Convention nationale décide de régler le cas Louis XVI

  • Les députés Girondins sont favorables à un procès équitable et un verdict clément.
  • Les députés Montagnards veulent que « Louis le dernier » soit exécuté sur-le-champ car, selon Robespierre : « Louis doit mourir pour que la république vive »

 

Un procès est finalement organisé. Défendu par ses avocats, le roi est accusé de 33 crimes dont celui « d'avoir trahi la nation et d'avoir fait couler le sang des Français ». Après 3 mois d'enquête et deux semaines de jugement, le verdict tombe le 15 janvier 1793 : Louis XVI est déclaré coupable de « conspiration contre la liberté publique et d'attentats contre la sûreté de l'État ». Condamné à mort à cinq voix près, il est guillotiné le 21 janvier 1793 sur la place de la Révolution et sa tête est montrée au public venu nombreux. Pour les monarchies voisines, la décapitation du roi est un « meurtre perpétré par un régime dictatorial et sanguinaire : la République française ».

Gravure anonyme du XVIIIe siècle représentant Louis XVI lors de son procès

Gravure anonyme du XVIIIe siècle représentant Louis XVI lors de son procès

Domaine public, © Wikimedia Commons

Gravure anonyme du XVIIIe siècle représentant l'exécution de Louis XVI

Gravure anonyme du XVIIIe siècle représentant l'exécution de Louis XVI

Domaine public, © Wikimedia Commons

III

L'histoire mouvementée de la Ire République

La République est proclamée le 22 septembre 1792. Sept ans après, le 9 novembre 1799, le général Bonaparte prend le pouvoir par un coup d'État. Entre ces deux dates, la Ire République connaît des années tumultueuses que l'on peut découper en deux phases : 

  • la « Terreur » de 1793 à 1794 ;
  • le « Directoire » de 1795 à 1799.
A

Les textes fondamentaux de la Ire République

La Ire République repose sur deux textes votés par la Convention le 24 juin 1793 : une nouvelle Constitution et une nouvelle Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. 

  •  La Constitution de 1793 confirme les acquis révolutionnaires en proclamant la souveraineté nationale et le suffrage universel c'est-à-dire que tous les hommes de plus de 21 ans peuvent voter. La séparation des pouvoirs est elle aussi garantie : le pouvoir législatif est confié à un « corps législatif » où les représentants de la nation votent les lois, le pouvoir exécutif à un « conseil exécutif » qui fait appliquer les lois et le pouvoir judiciaire à des juges élus. 
  • Les 35 articles de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1793 réaffirment les grands principes de 1789 mais insistent beaucoup plus sur l'égalité des citoyens devant la loi, l'instruction et le travail.

L'article 1 proclame que « le but de la société est le bonheur commun ».

L'article 2 précise que les Droits de l'homme sont « l'égalité, la liberté, la sûreté et la propriété ».

C'est en vertu du principe d'égalité que le 4 février 1794, la République abolit l'esclavage dans les colonies françaises de Saint-Domingue, de Guyane et de Guadeloupe.

La Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1793

La Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1793

Domaine public, © Wikimedia Commons

Pourtant, ces textes ne sont pas appliqués car la République est confrontée à des périls intérieurs et extérieurs qui créent une situation d'urgence

À l'extérieur, les monarchies coalisées contre la France augmentent leur pression après l'exécution de Louis XVI. Les frontières sont de nouveau menacées au Nord-Est par les armées autrichiennes et prussiennes et au Sud par les armées espagnoles : la République est cernée, assiégée. Pour soutenir les armées révolutionnaires la Convention décrète une « levée en masse ». Ainsi, le 23 août 1793, 300 000 hommes de 25 à 35 ans sont réquisitionnés.

Malgré ces renforts, la situation militaire continue de se dégrader et les députés Girondins sont accusés de mollesse par les sans-culottes parisiens qui leur reprochent aussi le manque de pain.

B

Robespierre et le règne de la Terreur de 1793 à 1794

En mars 1793, les députés Montagnards prennent le dessus à la Convention et font voter des mesures exceptionnelles qui créent :

  • un « Comité de Salut public » chargé de sauver la République par tous les moyens. Maximilien de Robespierre, alors surnommé « l'incorruptible », en est l'un des membres les plus influents ;
  • un « Comité de sûreté générale » qui traque les suspects ;
  • un « Tribunal révolutionnaire » qui les sanctionne. 

 

Dans la foulée, le 2 juin 1793, les Montagnards aidés par les sans-culottes font un coup d'État en arrêtant les députés Girondins qui sont pourtant des élus de la nation.  

Désormais seuls à la tête de la République, les Montagnards proclament « la Terreur » le 5 septembre 1793. Sa mise en œuvre est confiée à un « gouvernement révolutionnaire » qui ignore la séparation des pouvoirs et supprime les libertés. Son but est d'éliminer tous les ennemis intérieurs et extérieurs de la République. Selon Robespierre, « la Révolution doit vaincre ou mourir » et les Français doivent choisir entre « la liberté ou la mort ». 

Le 17 septembre 1793, les Montagnards votent la loi des suspects qui met en place un système répressif permettant de condamner à mort, sans preuves, toute personne suspectée d'être un anti-républicain. Tout comportement ou propos peut être suspecté, la liberté d'expression disparaît. Plus encore, la dictature, la délation, les condamnations arbitraires, la violence et la guillotine remplacent donc les principes de 1789.

Intérieur d'un comité révolutionnaire sous la Terreur, Malapeau, 1797

Intérieur d'un comité révolutionnaire sous la Terreur, Malapeau, 1797

Domaine public, © Wikimedia Commons

À l'été 1794, après 11 mois de Terreur, le bilan des Montagnards est mitigé

  • La République est sauvée : le territoire est entièrement libéré grâce à une nouvelle « levée en masse » qui enrôle tous les hommes célibataires de 18 à 25 ans encadrés par de jeunes généraux patriotes et charismatiques, dont le jeune Corse Napoléon Bonaparte. Les armées républicaines partent à la conquête de l'Europe et remportent la bataille de Fleurus, en Belgique, en juin 1794. Les ennemis intérieurs sont écrasés comme c'est le cas des contre-révolutionnaires en Vendée. 
  • Mais la République s'est transformée en État « terroriste » : 500 000 suspects sont arrêtés dont 40 000 sont guillotinés, soit plus de 120 personnes par jour. La guerre de Vendée fait quant à elle 200 000 morts. De nombreux massacres entachent la première expérience républicaine.
  • Des révolutionnaires renommés ont été guillotinés.

Sylvain Bailly qui avait prononcé le serment du Jeu de paume et présidait la première Assemblée nationale en 1789.

Jacques-Pierre Brissot, leader des députés Girondins Philippe Égalité, qui avait pourtant voté la mort de son cousin Louis XVI. 

En 1794, les Montagnards se divisent. Certains députés comme Georges Danton et Camille Desmoulins réclament la fin de la Terreur puisqu'elle a atteint tous ses objectifs. À l'inverse, les députés « Enragés », veulent accentuer la Terreur. Refusant toute critique, Robespierre bascule dans la paranoïa et s'enferme dans un pouvoir absolu. En un mois et demi, il fait guillotiner 1 300 personnes dont Danton et Desmoulins. Craignant d'être les prochains sur la liste, des Montagnards se liguent pour faire tomber Robespierre. Le 27 juillet 1794, la Convention accuse Robespierre de tyrannie et le déclare hors la loi. Arrêté, il est guillotiné sans jugement le 28 juillet 1794. Les députés modérés reprennent alors le contrôle de la Convention. Pour tourner la page de la Terreur, ils préparent une nouvelle Constitution.

Estampe anonyme représentant l'exécution de Robespierre en 1794

Estampe anonyme représentant l'exécution de Robespierre en 1794

Domaine public, © Wikimedia Commons

C

Le Directoire de 1795 à 1799

En août 1795, une nouvelle Constitution est votée qui donne naissance au « Directoire ». La forme républicaine du gouvernement est conservée et les principes de 1789 sont réaffirmés :

  • La souveraineté nationale est garantie par le vote des citoyens.
  • La séparation des pouvoirs est renforcée : deux assemblées se partagent le pouvoir législatif et cinq « directeurs » nommés par les représentants du peuple ont le pouvoir exécutif. 

 

Néanmoins, les bourgeois optent pour le suffrage censitaire. Ainsi, une nouvelle fois, les citoyens sont divisés en une minorité de « citoyens actifs », c'est-à-dire environ 6 millions d'hommes de plus de 21 ans qui peuvent voter parce qu'ils payent l'impôt, et une majorité de « citoyens passifs ». Les bourgeois du Directoire écartent donc la majorité du peuple de la vie politique. Cette Constitution s'accompagne d'une nouvelle Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen qui insiste tout particulièrement sur le droit de propriété. Le Directoire est donc une République conservatrice qui prend la forme d'une oligarchie car ce sont les citoyens les plus riches qui gouvernent.

Le Directoire est « le gouvernement des meilleurs ».  

 Député Boissy d'Anglas

-

Contesté, le Directoire réprime toutes les révoltes :

  • Les royalistes organisent de nouvelles insurrections en Vendée et à Paris mais le Directoire missionne le général Napoléon Bonaparte qui les écrase dans le sang. 
  • Les sans-culottes parisiens se soulèvent eux aussi en réclamant « du pain et la Constitution de 1793 ! » mais ils sont défaits par l'armée qui les obligent à livrer toutes leurs armes. 

 

C'est grâce à l'armée que le Directoire connaît des succès à l'extérieur puisqu'elle annexe de nouveaux territoires en Belgique, en Suisse et en Italie. 

Inquiète de cette expansion de la République française en Europe, l'Angleterre contre-attaque en organisant une nouvelle coalition qui menace la France d'invasion. C'est dans ce climat que le Directoire est fragilisé par la multiplication des tentatives de coup d'État. Le 10 novembre 1799, Emmanuel-Joseph Sieyès, l'un des cinq directeurs, organise un coup d'État avec l'aide du général Napoléon Bonaparte. Sous la pression des armes, les représentants du peuple lui accordent les pleins pouvoirs pour préparer une nouvelle constitution : c'est la fin du Directoire.

Napoléon Bonaparte

Napoléon Bonaparte

  • Après 4 années d'existence, entre 1789 et 1792, la monarchie constitutionnelle née de la Révolution française ne survit pas aux périls intérieurs et extérieurs. Elle est remplacée par un régime républicain sans roi en septembre 1792
  • Dans un contexte de crise politique et sous la menace d'invasion des monarchies coalisées, la République se transforme en dictature guerrière. Gouvernée par les Montagnards radicaux et notamment Robespierre entre septembre 1793 et juillet 1794, la République traque et assassine tous ses ennemis au mépris des droits et des libertés proclamés dans la Déclaration de 1789 : c'est la « Terreur ».  
  • Les républicains modérés reviennent au pouvoir sous le Directoire entre 1794 et 1799 avant que le général Napoléon Bonaparte ne le renverse par un coup d'État et fonde le Consulat
  • Si la période 1792−1799 voit naître la République française, elle révèle aussi les tensions entre deux camps : les républicains radicaux qui souhaitent la démocratie et le suffrage universel, et les républicains modérés qui privilégient l'oligarchie et le suffrage censitaire.