Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-ils ?Cours

I

Les marchés imparfaitement concurrentiels

Dans les marchés concurrentiels, les consommateurs comme les producteurs sont preneurs de prix (price taker) c'est-à-dire qu'ils n'ont pas la capacité d'influencer les prix du marché. Mais sur de nombreux marchés, les offreurs disposent d'un pouvoir de marché qui leur permet de faire les prix (ils sont alors price maker) : ce sont des marchés imparfaitement concurrentiels.

A

Les différentes situations de concurrence imparfaite

Les marchés où la concurrence est imparfaite se caractérisent par le fait que les conditions du modèle de concurrence pure et parfaite (homogénéité, libre entrée et sortie, etc.) ne sont pas garanties. 

Dans ces conditions, les mécanismes de l'offre et de la demande ne sont plus les seuls à déterminer les prix et orienter les productions.

On peut distinguer trois principales structures de marché en concurrence imparfaite :

  • Le monopole est une structure de marché dans laquelle il n'y a qu'un seul offreur face à un grand nombre de demandeurs. 

- On parle de monopole naturel lorsqu'une entreprise plus efficace que les autres a fini par évincer tous ses concurrents.

- Lorsque le monopole découle d'une disposition réglementaire qui réserve le marché à un unique producteur, il s'agit d'un monopole légal ou institutionnel. 

- Le monopole d'innovation s'observe quand une entreprise domine grâce à une stratégie d'innovation. En effet, lorsqu'elle est protégée par un brevet, l'innovation permet aux entreprises de disposer d'un monopole temporaire (jusqu'à ce que le brevet expire).

  • L'oligopole est une structure de marché caractérisée par un petit nombre d'offreurs face à un grand nombre d'acheteurs. Dans cette situation, les membres de l'oligopole peuvent s'entendre sur les prix et les produits pour se partager le marché.
  • La concurrence monopolistique est une structure de marché dans laquelle les entreprises différencient fortement leurs produits, de manière à disposer chacune d'un certain monopole pour leur propre produit.

La SNCF (Société nationale des chemins de fer) est la seule entreprise de transports autorisée par l'État : il s'agit d'un monopole légal.

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© Wikimedia Commons

L'un des éléments constitutifs d'une situation imparfaitement concurrentielle est l'existence de coûts élevés à l'entrée sur le marché. On parle de barrière à l'entrée, car ces coûts agissent comme une barrière qui bloque l'accès au marché.

Pour entrer sur le marché des voyages en train, une entreprise devrait commencer par poser ses propres rails et construire ses propres gares, ce qui représente des coûts trop élevés pour qu'un tel projet soit envisageable.

Monopole

Le monopole est une structure de marché dans laquelle il n'y a qu'un seul offreur face à un grand nombre de demandeurs.

Oligopole

L'oligopole est une structure de marché caractérisée par un petit nombre d'offreurs face à un grand nombre d'acheteurs.

Concurrence monopolistique 

La concurrence monopolistique est une structure de marché dans laquelle les entreprises différencient fortement leurs produits, de manière à disposer chacune d'un certain monopole pour leur propre produit.

B

Le pouvoir de marché

Sur les marchés imparfaits, les entreprises cherchent à obtenir un pouvoir de marché leur permettant d'influencer les prix.

Pouvoir de marché

Le pouvoir de marché représente la capacité pour une entreprise d'influencer le prix du marché et de le fixer au-dessus de son équilibre en situation de concurrence pure et parfaite.

Si une entreprise est en situation de monopole, elle dispose d'un fort pouvoir de marché et peut fixer ses prix relativement librement. 

Une entreprise qui détient le monopole sur un marché n'a pas intérêt à engager des dépenses de recherche et de développement pour améliorer ses produits car elle n'a pas de concurrence qui pourrait faire mieux qu'elle. Ainsi, les situations de monopole ont tendance à ralentir les efforts de recherche et développement.

C

L'échange en situation de concurrence imparfaite

En situation de concurrence imparfaite, les gains à l'échange sont réduits par rapport à la situation de concurrence pure et parfaite.

Comparer le cas du monopole à une situation de concurrence pure et parfaite permet de décrire cette perte. 

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En situation de concurrence pure et parfaite (graphe de gauche), sans pouvoir de marché, offre et demande sont à l'équilibre. Le gain total est partagé entre producteur et consommateur : le gain du consommateur désigne la différence entre le prix qu'un consommateur est prêt à payer et le prix du marché ; le gain du producteur désigne la différence entre le coût marginal et le prix du marché.

En situation de monopole (graphe de droite), le producteur peut choisir d'élever son prix (de Pe à Pm), ce qui entraîne une diminution de la demande et donc de la production (de Qe à Qm) : il vend moins à un prix plus élevé. Une partie du gain du consommateur est alors transférée au producteur (aire en vert foncé) et le gain total est réduit : l'aire en rouge représente la réduction de gain total. Cette réduction peut se diviser en deux parties : la réduction du gain du consommateur, due à l'augmentation des prix (partie de l'aire en rouge au dessus du trait en pointillés), et la réduction du gain du producteur, due à la baisse de la production (partie de l'aire en rouge en dessous du trait en pointillés).

La situation de concurrence imparfaite n'est donc pas optimale pour l'ensemble de la société.

II

Les stratégies des entreprises

L'existence de marchés à concurrence imparfaite amène les entreprises à élaborer des stratégies particulières dans le but d'exercer un pouvoir de marché.

A

La concentration

Les stratégies de concentration permettent aux entreprises de se regrouper (par segments ou par activités). Les concentrations permettent de coopérer mais aussi de diminuer les coûts fixes et de renforcer le pouvoir de marché. Elles renforcent les grandes entreprises et entraînent des situations de monopole ou d'oligopoles sur les marchés. On distingue deux principales formes de concentration : les concentrations horizontales et les concentrations verticales.

Concentration horizontale

La concentration horizontale est une stratégie qui consiste pour une entreprise à étendre son contrôle du marché par l'achat ou la participation dans des entreprises exerçant dans le même domaine de production ou de commercialisation.

Le groupe Carrefour a racheté de nombreuses entreprises de la grande distribution comme Champion ou Dia.

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Concentration verticale

La concentration verticale est une stratégie qui consiste pour une entreprise à étendre son contrôle du marché par l'achat ou la participation dans des entreprises exerçant à différentes étapes du processus de production.

Une société de grande distribution achète une société de production agricole et une société de publicité pour contrôler l'ensemble du processus : production, distribution, vente et publicité. Ainsi, la société Intermarché possède des supermarchés mais également des pêcheries et des sociétés de transports.

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B

Les cartels

Les stratégies de concentration entraînent des situations d'oligopole, dans lesquelles les producteurs peuvent avoir intérêt à coopérer pour maximiser leurs profits. Pour cela, elles peuvent décider de créer un cartel.

Cartel

Un cartel désigne une situation d'entente sur un marché, dans laquelle les principaux producteurs prennent le contrôle du marché et se partagent les parts de marché entre eux. Le cartel permet aux producteurs de s'assurer une importante part de marché, d'échanger des informations stratégiques et de décider des prix sur le marché.

En France dans les années 2000, les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile décident de se partager les parts de marché entre eux. Pour cela, ils élaborent des offres similaires avec des tarifs communs.

Le pouvoir de marché exercé par les cartels a tendance à augmenter les prix au détriment des consommateurs.

C

Les stratégies non coopératives

Lorsque les entreprises d'un oligopole ne parviennent pas à s'entendre, elles peuvent développer des stratégies non coopératives dans le but d'évincer leurs concurrents : guerre des prix, montée en gamme des produits, etc. Ces stratégies ne sont pas forcément défavorables au consommateur, qui profite de prix plus bas et/ou de produits plus haut-de-gamme.

Focus sur le dilemme du prisonnier

Le dilemme du prisonnier permet de comprendre pourquoi les entreprises d'un oligopole ont généralement intérêt à coopérer, mais aussi pourquoi cette coopération n'est pas toujours observée.

Imaginons que seules deux entreprises soient concurrentes sur un marché, et que leurs coûts de production soient identiques. Si l'entreprise A propose son produit à 15€, et que l'entreprise B choisit un prix plus concurrentiel (5€), leurs profits respectifs seront de 1 million et 6 millions d'euros. Si les deux entreprises proposent leur produit à 15€, elles feront chacune un profit de 5 millions d'euros. Si les deux entreprises proposent leur produit à 5€, elles feront 2 millions d'euros de profit chacune.

Les deux entreprises ont intérêt à choisir un prix ensemble pour maximiser conjointement leur profit, d'où des stratégies de cartel. Cependant, si elles ne communiquent pas ou ne se font pas confiance, alors elles peuvent choisir d'adopter une stratégie individualiste en proposant un prix très concurrentiel.

Le dilemme du prisonnier

Le dilemme du prisonnier

Dans la formulation initiale du « dilemme du prisonnier », les protagonistes ne sont pas des entreprises concurrentes mais deux prisonniers qui doivent choisir de dénoncer ou non leur complice, sachant que leurs peines dépendent à la fois de leur choix et de celui de l'autre prisonnier.

III

Le rôle des États

L'existence de marchés à concurrence imparfaite, notamment de monopoles et d'oligopoles, poussent les gouvernements à encadrer les pratiques marchandes afin de protéger les individus et de favoriser l'activité économique et le progrès.

Ils agissent :

  • sur les réglementations et les normes ;
  • sur les prix et la concurrence.
A

Les réglementations de marché et les normes

Le prix des biens et services est le plus souvent libre mais l'État peut l'encadrer. En France il est interdit de revendre à perte, de pratiquer des prix abusivement bas ou d'imposer un prix minimum de vente. Ces dispositions servent notamment à protéger les entreprises en évitant une guerre des prix entraînant la faillite simultanée des entreprises concurrentes. Les normes et certifications (la norme française ou la norme européenne) servent également à s'assurer que les produits vendus sur les marchés sont techniquement ou sanitairement sans danger pour la société.

B

La lutte pour la libre concurrence

La libre concurrence doit augmenter l'efficacité économique en améliorant la qualité des produits ou en abaissant les prix. Elle est menacée par les cartels et les abus de position dominante.

Abus de position dominante

L'abus de position dominante est une pratique consistant, pour une entreprise, à se servir de son pouvoir de marché pour restreindre le jeu de la concurrence.

Pour lutter contre ces pratiques, les États ont mis en place un droit de marché et un droit de la concurrence, c'est-à-dire un ensemble de lois encadrant le pouvoir de marché afin de faire respecter les règles de la concurrence au sein des pays de l'Union européenne.

Ainsi, le droit de l'Union européenne interdit aux entreprises :

  • de s'entendre sur les prix 
  • de se répartir le marché entre elles : les entreprises ne peuvent pas passer d'accord pour définir les zones où elles peuvent vendre, et celles où d'autres entreprises peuvent vendre.
  • d'abuser d'une position dominante : les opérations de concentration (notamment les fusions) sont soumises à l'autorisation de l'Autorité de la concurrence, afin que les entreprises créées par fusion ne disposent pas d'un pouvoir de marché qui pourrait être défavorable aux consommateurs.

En 2005, le Conseil de la concurrence condamne les trois principaux opérateurs mobiles pour entente sur les prix de leurs abonnements.